CHAPITRE II
S 1. — Nature del'épître.
La première épîtn; de saint Pierre est une épître catholique, c'est-à-dire un écrit d'enseignement général, adressé à un ensemble de lecteurs. Sauf la conclusion, V, 12-14, elle ne contient rien de spécial, qui pourrait lui donner le caractère d'une lettre. Ce genre d'écrit était d'usage courant chez les Juifs, habitués à correspondre entre eux, de communauté à communauté. Nous avons dans l'Ancien Testament les épîtres de Jérémie, XXIX, 4-20 et de Baruch, VI, 1-72. Le IP livre des Macchabées, texte des Septante, contient
I. Maykuhoff, Einlcitung in die petrinischen Schriften, Hamburg, 1835. — NViNDisciiMANN, Vindiciae Peirinae, Mogunliae, 1830. — 15. Woss, Der petrinische Lehrbegriff, Berlin, 1855. — HiNDiui'si:N', Die beiden Pontificalschreiben des Apostelfûrsten Petrus, Maiiiz, 1878. — J. »I. UsTK.ui, W iss. und prakt. Comm. ûber den I Petrusbrief, Zurich, 1887. — E. KïiiL, Briife Pétri und Judae, Gôttingen, 1897. — E. Si.harfk, Die petrinische Strùmung der neut. Lit., Berlin, 18'J3. — Von Sodem, Brie/'» des Petrus, Freiburg, 1899. — A. Honr, The /irst epislle of St. Peter, I.ondon, 1898, — J. MiiXMKii, La première épitre de l'apôtre Pierre, Màcon, 1900. — G. BicG, Crilical and exeijvtical Commcntary on the Fpistles of. St Peter and St. Jude, Edinburgli, 1901.
plusieurs épîtres de ce genre, I, 1-9; I, 10-11, 18. Quelques expressions de cet écrit : xxt'dTT]?, ypri^Toç, se retrouvent dans la première épître de Pierre. Mais c'est avec l'épître de Baruch ' que les analogies sonl les plus frappantes : Les tribus reliées entre elles par une chaîne, Bar. LXXVIII, 4=1 Pr. I, 23 ; la communauté des souffrances, LXXVIII, 5 = V, 9 ; la réception de Tespérance éternelle, LXXVIII, G := V, 4; la connaissance du mystère des derniers temps, LXXXI, 4 = 1, 10-12; l'esprit de liberté LXXXV, 7 = II, 16; la brièveté du temps, LXXXV, 10 = I, 6; telles sont les idées qu'on rencontre dans les deux épîlres.
Dans le Nouveau Testament le type de l'épître est surtout représenté par les épîtres de Paul, aux Romains, aux Éphésions et aux Colossiens par l'épître aux Hébreux, la première épître de Jean, l'épître de Jacques et celle de Jude.
ï", 2. — Destinataires, occasion et but de l'épître.
La première épître de saint Pierre est adressée aux élus étrangers de la dispersion, IxXsxtoî; «apsuiSr^ixoi; SiaffjtopôÉî, de Pont, de Galatie, de Cappadoce, d'Asie. de Bithynie. Les régions sont probablement dénommées d'après leurs anciens noms, plutôt que d'après la désignation officielle des provinces romaines. Le
1. Le texte syriaque et la traduction anglaise de l'opitrc du Rarucli aux neuf tril>us et demie, qui sont sur l'Eupliratc, ont été publies, comme appendice dans The Apocaliji'sc of Baruch, par H. Chaules, l.ondon, IWMJ.
Pont n'a jamais été province romaine: il faisait partie des provinces de Bithynie et de Galatie. Mais si l'auteur a suivi l'usage populaire pour désigner ces régions, comment n'a-t-il pas nommé la Phrygie, où les chrétiens étaient nombreux et par où devait passer le porteur de l'épître en allant de la Cappadoce à l'Asie proconsulaire V D'autre part, Ramsay et Hort ont soutenu que les pays étaient nommés d'après l'usage ofTiciel. On ne voit pas d'ailleurs pourquoi le Pont a été nommé en premier lieu, sinon parce que le porteur serait parti de ce point-là. Grâce aux voies romaines qui sillonnaient ces régions il a pu transmettre assez rapidement son message aux communautés chrétiennes. Parti d'un port du Pont-Euxin, Sinope ou Amisos, il a rejoint par Ancyre en Galatie, Césarée de Cappadoce; de là, il est allé à travers la Phrygie, par Laodicée et Apamée, à Éphèse; puis par Smyrne, Pergame et Cyzique, il est arrivé en Bithynie.
De l'adresse de l'épître il résulte qu'il y avait des communautés chrétiennes dans toute lAsic Mineure; la partie méridionale n'est pas nommée, mais cette omission ne prouve rien contre l'existence du christianisme dans cette région. On ne peut dire à quelle époque l'Évangile a été prêché dans ces pays. On sait que Paul a parcouru une partie de ces provinces, mais pour le reste du pays on est sans indication précise. Origène * dit que Pierre paraît, soixsv, avoir
l. EusÈnr, Ilist. eccl., UI, 1.
prêché aux Juifs de la Diaspora dans le Pont, en Galatie, en Bitliynie, en Cappadoce et en Asie, mais il est possible qu'il conclue cette évangélisation du le' verset de l'épître de Pierre. En fait, ceux qui ont affirmé que saint Pierre avait évangélisé l'Asie Mineure : Épiphane. Eusèbe, Jérôme, la Doctrine des Apôtres (en syriaque), ne citent aucune tradition autorisée, mais s'appuient sur l'épître. Or, il semble bien que Pierre parle à ses lecteurs comme s'ils avaient été évangélisés par d'autres que par lui, I, 12, 25; V, 12, 11 ne leur dit rien qui leur soit spécial; il n'y a aucune allusion à des faits précis, qui soient personnels à lui et à eux. 11 est vrai que le caractère encyclique de l'épître excluait la personnalité.
Nous sommes obligé de nous en tenir à des conjectures sur l'évangélisation des régions que Paul n'avait pas visitées. Il est probable que les Juifs de la Cappadoce, du Pont, de l'Asie, de la Phrygie et de la Pamphylie, qui ont entendu Pierre, le jour de la Pentecôte, prêcher l'Evangile, ont répandu la bonne parole dans ces contrées. En faut-il conclure que ces communautés auxquelles s'adresse Pierre étaient composées de chrétiens convertis du judaïsme? Origène, Didyme d'Alexandrie, et la plupart des Pères grecs, Érasme, Bengel et de nos jours surtout B. Weiss, Ktihl, l'ont soutenu. L'auteur le dit nettement dans l'adresse : aux étrangers de la Diaspora ; c'est le terme technique pour nommer les Juifs établis hors de la Judée. Nous savons qu'ils («taicnt très nombreux on Asie Mineure. Outre le témoignage des Actes à ce sujri
nous avons celui d' Agrippa dans sa lettre à Caligula et celui de Pétronius ^, légat de Syrie, en 40 après Jésus-Christ. De plus, l'Ancien Testament est fréquemment cité dans l'épître sans que l'auteur appuie i preuve en indiquant que le passage est tiré des J'^critures, ce qui suppose que les lecteurs connaissaient très bien les Livres saints. Le texte d'Osée, I, ^1. cité II. 10 : « Vous qui jadis n'étiez pas un peuple ». s'adressant au peuple hébreu, doit être ici appliqué à des Juifs. De même, au ch. II , 25, le texte d'Isaïe, LUI, (i : « Vous étiez comme des brebis égarées », ne peut être dit que de Juifs et non de païens. C'est, enfin, des femmes, juives d'origine, seulement que Pierre a pu dire qu'elles étaient les filles de Sara, III, 6. En fait, l'épître est pleine de réminiscences de l'Ancien Testament, de souvenirs du judaïsme.
Mais déjà anciennement saint Augustin, saint Jérôme, et actuellement Cornely, Chase, Bigg, pensent que l'épître a été écrite à des convertis du paganisme ou, plus précisément, à des communautés mixtes, où dominaient les anciens païens, mais où se trouvaient aussi des Juifs et des prosélytes convertis. Ainsi s'expliqueraient simplement divers passages de l'épître : « Ne vous abandonnez pas aux passions de votre ancienne ignorance », I, 14. « Vous avez été rachetés (le vos vaines pratiques héréditaires, » I, 18. « C'est assez d'avoir, dans le temps passé, accompli la volonté des païens en marchant dans les idolâtries criminel-