Ib., 33. Mangcy, H
les », IV, 3. Cf. IV, 4; II, 25. Si l'on examine attentivement le passage I, 9-12, on voit que ceux dont parle l'écrivain sont d'anciens païens. Enfin, le silence de l'auteur sur tout ce qui est proprement juif, la loi, la valeur de la loi et des observances légales, indique qu'il ne s'adresse pas à des Juifs. Les raisons que l'on donne pour soutenir que les lecteurs étaient d'origine juive s'expliquent par ce fait qu'il y avait des Juifs et des prosélytes parmi eux et que, d'ailleurs, même les convertis du paganisme connaissaient bien l'Ancien Testament. En outre, comme l'auteur était Juif lui-même, il s'ensuit nécessairement que son écrit a une teinte juive, et qu'il appuie ses raisonnements sur l'Ancien Testament. Saint Paul, écrivant aux Galates, aux Corinthiens, tous anciens païens, procédait de la même façon.
Ces communautés chrétiennes avaient été évangélisées par divers missionnaires, I, 12, et cela depuis assez longtemps, bien que l'auteur les exhorte à désirer, comme des enfants nouveau-nés, le lait spirituel et pur, II, 2. Les recommandations, qu'il fait à tous et à chacun en particulier, prouvent que la communauté était fortement, quoique simplement, organisée; elle avait à sa tête des presbytres auxquels Pierre est obligé d'ordonner de paître le troupeau qui leur est confié non par crainte, mais volontairement ; non par avarice, mais par zèle, V, 1-3. Ces défauts ne pouvaient être ceux qui se rencontrent à l'origine d'une communauté. De plus, les chrétiens auxquels s'adresse cette épître, formaient une société déjà connue, puis-
qu'elle était exposée aux persécutions des païens.
C'est même à cause de ces persécutions que Pierre écrivit son épître. Il semble qu'au chapitre I, 6, 7, il fait allusion à diverses épreuves, qui atteignaient les chrétiens et étaient destinées à manifester leur foi: puis, après avoir paru conclure sa lettre, IV, 11, il la reprend à l'occasion de la fournaise, qui a surgi au milieu d'eux pour les éprouver, IV, 12. 11 les engage à se réjouir de ce qu'ils ont part aux souffrances du Christ, et il déclare qu'ils sont heureux d'être outragés au nom du Christ, car l'esprit de gloire, l'esprit de Dieu repose sur eux, IV, 13, 14. C'est donc à l'occasion des persécutions qui menaçaient les chrétiens, puis les atteignirent, que Pierre écrivit son épître. Toutefois, le but principal que s'est proposé l'écrivain, était d'exhorter les frères et de leur attester que • est la vraie grâce de Dieu, à laquelle ils sont attachés, TtapaxaXwv xai iTTifjiapTupwv xauTriv eïvat àXyiOî) /«piv tou 06OVÎ eîç fjv oTrje, V, 12. Le verbe TrapaxaXs'w signifie exhorter et consoler.
L'auteur, en effet, s'adresse tour à tour au chrétien en général, aux serviteurs, aux femmes et aux maris, aux presbytres et aux jeunes, pour les engager à observer les devoirs qui leur sont imposés et, en même temps, il les console en rendant grâces à Dieu, qui les a sauvés pour une espérance vivante, I, 1-12 et en leur rappelant surtout que le chrétien doit souffrir comme le Christ, son modèle, IV, 1-6; 12-19, D'autre part, il rend témoignage à la vérité de l'Evangile, en établissant fermement la mort de Jésus-Christ et sa
résurrection, dont il a été témoin, la foi en Jésus- Christ, condition du salut, l'espérance en un héritage immarcescible.
En fait, Tépître de saint Pierre est un petit traité de théologie où les vérités dogmatiques servent d'appui, de base à des règles morales. L'auteur a voulu prouver à ses lecteurs persécutés et exposés aux tentations du paganisme ambiant, que leur foi était divine et que, par elle, ils seraient participants à l'héritage céleste, s'ils imitaient le Christ dans ses souffrances, et s'ils accomplissaient leurs devoirs envers tous. En outre, ils devaient être les témoins du Christ en face des païens. III, 15; avoir une bonne conduite, afin que ceux-ci glorifient Dieu, II, 12, 15.
8 3. — Plan de l'épître.
Il ne peut être question d'un plan strictement ordonné de l'épître de saint Pierre, car les pensées y sont plutôt groupées d'après quelques idées générales qu'enchaînées les unes aux autres. Les parties, d'une dizaine de versets environ, sont placées les unes à côté des autres, sans qu'un lien étroit les relie entre elles.
Des plans assez divers ont été présentés. Voici les principaux. D'après J. Monnier ', on peut établir dans l'épître un certain ordre et même une progression dans les idées : 1, Adresse et salutation, I, 1, 2. II, Le salut, exposé sous la forme d'un acte d'adoration et d'actions
1. La première épître de l'apôtre Pierre, p. I.s, Paris, 1900.
(le grâces, I, 3-12. llf, Principes essentiels de la vie chrétienne, conséquences du salut : la sainteté, l'amour, le sacerdoce universel, I, 13-11, 10. IV, Morale pratique, devoirs du citoyen, de l'esclave, de la femme, du mari, II, ll-III, 12. V, Conduite à tenir dans la persécution et en face de la fin du monde qui approche, III. 13-IV, 19. VI, Exhortations adressées à l'église, recommandations, V, 1-11. VII, Détails personnels, salutations, V, 12-14.
Le plan de Bonnet^ est moins détaillé. I, Adresse de l'épître, actions de grâces à Dieu qui nous a sauvés pour une espérance vivante, I, 1-12. II, Exhortation générale à la sainteté et à l'amour, I, 13-11, 10. III, Le chrétien dans ses diverses relations avec les hommes doit agir et souffrir comme- le Christ, II, 11-IV, 19. IV, Dernières instructions, salutations, V.
Le P. Cornely - distingue cinq parties dans l'épître : I, Exorde, Adresse, Actions de grâces pour les bienfaits qu'apporte l'Évangile aux chrétiens, I, 1-13. Il, Après avoir posé le fondement de ses exhortations, l'auteur engage ses lecteurs à mener une vie vraiment chrétienne, I, 13-11, 10. 111, Règles générales de conduite à tenir en face des païens, en ce temps de persécution, II, 11-lV, 19. IV, Avertissements spéciaux, V, 1-11. V, Épilogue, V, 12-14. Sans établir de plan, nous analysons l'épître en essayant de montrer la suite et l'enchaînement des idées, quand c'est possible.
I. Le Nouveau Teslaynent, t. IV,p. 179, Lausanne, s. d. a. Introd. in libro» Novi Testamenti, p. 629, Paris, 1897,
§ 4. — Analyse de l'épître.
Adresse de l'épître, I, 1-2. Pierre, apôtre de Jésus- Christ, écrit aux étrangers de la dispersion dans les provinces de l'Asie Mineure, lesquels ont été élus, 1, selon la prescience de Dieu et sanctifiés par l'Esprit, pour qu'ils soient obéissants et aspergés du sang de Jésus-Christ. Qu'ils aient la grâce et la paix en abondance, 2.
Actions de grâces à Dieu, I, 3-12. Béni soit Dieu, Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui nous a régénérés pour la résurrection de Jésus-Christ, pour une espérance vivante, un héritage immortel, qui vous est réservé, à vous conservés par la foi pour le salut, 3-5. Réjouissez-vous donc, bien que vous deviez encore être attristés par des épreuves, afin que la manifestation de votre foi tourne à votre gloire quand paraîtra Jésus-Christ, que vous aimez et en qui vous croyez sans le voir, vous réjouissant parce que vous êtes sûrs d'obtenir le salut de vos âmes, 6-9. Ce salut a été étudié par les prophètes qui, cherchant le temps et les circonstances, indiqués par l'Esprit du Christ qui était en eux, prédisaient les souffrances et la gloire du Christ, 10, 11. 11 leur fut révélé que ces choses étaient préparées non pour eux, mais pour vous, à qui elles ont él<^ annoncées par ceux qui, animés de l'Esprit, vous ont prêché l'Evangile; toutes choses que les anges désirent apercevoir, 12.
L'état de chrétien : sainteté, amour fraternelf sacer-
doce spirituel, I, 13-11, 10. Après avoir établi sur quel fondement reposent la foi et l'espérance du chrétien, l'auteur montre quelle doit être, en conséquence, la conduite de celui-ci. 11 doit ceindre les reins de son esprit, se confier en la grâce, qui lui sera apportée, lors de l'apparition de Jésus-Christ, ne plus s'abandonner aux passions, qui le possédaient aux temps de son ignorance. Qu'il soit saint, comme celui qui les a appelés, 13-16. S'il appelle Père le juste juge, qu'il se conduise avec crainte pendant cette vie, car il n'a pas été racheté de sa vaine manière de vivre héréditaire par 11' l'or ou de l'argent, mais par le sang d'un agneau sans tache, le Christ prédestiné avant la création, et qui leur est manifesté à la fin des temps. Par lui qu'il croie en Dieu, l'objet de sa foi et de son espérance, 17- 21. Gardant son âme pure, que le chrétien aime ardemment son frère, car il a été régénéré par la Parole de Dieu, qui demeure, tandis que toute chair passe comme l'herbe, 22-25. Qu'il rejette toute malice et désire le lait spirituel, afin de naître pour le salut, II, 1-3. S'approchant du Seigneur, pierre rejetée par les hommes, mais choisie par Dieu, que les chrétiens soient aussi des pierres vivantes, édifiées en un saint sacerdoce pour offrir des victimes spirituelles, agréables à Dieu, suivant la parole de l'Écriture, 4-0. A eux donc l'honneur! Aux incrédules la pierre rejetée est une pierre d'achoppement. Pour eux, ils sont une race élue, un sacerdoce royal, destinés à annoncer les vertus de celui qui les a appelés à la lumière. Jadis, ils n'étaient pas un peuple et maintenant ils sont
le peuple de Dieu, et ont obtenu miséricorde, 7-10.
Règles de conduite du chrétieHy II, 11-111, 12. Après avoir établi le caractère idéal du chrétien et les principes généraux de sa vie, l'auteur établit les préceptes de la vie chrétienne. Il exhorte tout d'abord les fidèles, qui sont des passagers sur la terre, à s'abstenir des désirs charnels, et à vivre de façon que les païens, remarquant leurs bonnes œuvres, glorifient Dieu, 11, 12. Qu'ils soient soumis pour l'amour du Seigneur à tous ceux qui ont le pouvoir pour punir et pour récompenser. Dieu veut que leur bonne conduite ferme la bouche aux insensés, et qu'ils aient la liberté des serviteurs de Dieu. Qu'ils honorent tous les hommes et aiment leurs frères. Qu'ils craignent Dieu et honorent le roi, 13-17.
L'auteur exhorte les esclaves à souffrir à lexemple du Christ. Que les esclaves soient soumis à leurs maîtres, bons ou méchants. C'est une grâce d'endurer des peines pour Dieu. Souffrir quand on fait le bien, cela est agréable à Dieu, 18-20. Telle est leur vocation, car le Christ a souffert et leur a donné l'exemple. Il était sans péché et il a été injurié et il n'a pas répondu; il a été frappé et sans menacer il a remis sa cause au juste juge; il a porté nos péchés, afin que nous vivions pour la justice; il les a guéris par ses meurtrissures; ils étaient des brebis errantes, utils sont revenus au berger de leurs âmes, 21-25.
L'auteur adresse des recommandations aux femmes chrétiennes et dicte leurs devoirs aux maris. Que les femmes soient soumises à leurs maris, afin de gagner
LA PREMIERE ÉPITRE DE SAINT PIERRE. 2i3
leurs maris encore infidèles par la pureté craintive de leur conduite. Qu'elles ne recherchent pas les parures extérieures, mais la beauté cachée du cœur, le charme d'un esprit paisible et doux. Les femmes d'autrefois leur ont donné l'exemple ; qu'elles le suivent en faisant le bien sans nulle crainte, III, 1-6. Que les maris traitent avec sagesse leurs femmes et les honorent comme cohéritières de la grâce de la vie. Ainsi leurs prières ne seront pas troublées, 7.
Viennent ensuite des exhortations générales. Enfin, (jue tous soient d'un même sentiment, aimant leurs frères; qu'ils soient humbles, pardonnant les injures, bénissant afin d'hériter la bénédiction promise par l'Écriture, 8-12.
Après ces préceptes particuliers, l'auteur fait des recommandations qui se rapportent au temps présent, 111, 13-lV, 19. Et d'abord, les chrétiens doivent être fidèles dans la soufTrance. Qui les maltraitera, s'ils sont zélés pour le bien? S'ils ont à souffrir pour la justice, ils seront heureux. Sanctifiez dans vos cœurs le Christ Seigneur ; soyez prêts à répondre à ceux qui vous demandent raison de votre espérance, mais avec calme, confondant vos adversaires par votre bonne conduite dans le Christ, 13-16.
L'exemple du Christ les encourage au milieu des persécutions injustes. Il vaut mieux souffrir en faisant le bien qu'en faisant le mal, 17. Ainsi le Christ mourut un* fois pour les péchés, juste pour les injustes, afin de nous conduire à Dieu. Mis à mort quant à la chair, il a été vivifié quant à l'esprit et est allé prêcher aux esprits
en prison, lesquels avaient été incrédules aux jours de Noé, où huit personnes furent sauvées au travers de l'eau, 18-20. C'était une figure du baptême, qui nous sauve non par la purification d'une souillure corporelle, mais par la demande à Dieu d'une bonne conscience et cela par la résurrection de Jésus-Christ, 21, 22.
Après avoir rappelé l'effet sauveur de la résurrection du Christ, l'auteur en déduit des conseils d'ordre moral. Puisque le Christ a souffert dans la chair, armez-vous de cette pensée que celui qui a souffert dans la chair a cessé de pécher et ne doit plus vivre pendant le reste de sa vie suivant les passions humaines, mais selon la volonté de Dieu, IV, 1, 2. C'est assez d'avoir vécu auautrefois comme les païens, qui maintenant s'étonnent que vous ne vous précipitiez pas comme eux dans le désordre et vous calomnient. Ils en rendront compte à celui qui va juger les vivants et les morts, car l'Évangile a été aussi prêché aux morts, afin qu'ils fussent jugés comme des hommes quant à la chair, et qu'ils vivent comme Dieu quant à l'esprit, 3-G.
Après avoir parlé des péchés qu'il faut éviter, l'auteur rappelle les vertus qu'il faut pratiquer. La fin de toute chose est proche ; soyez sobres pour prier ; pratiquez la charité mutuelle et l'hospitalité. Mettez au service des autres le don que vous avez reçu, soit de prédication, soit d'administration, afin que Dieu soit glorifié par Jésus-Christ, 7-li. •
L'auteur revient sur la conduite du chrétien au milieu des persécutions. Que les chrétiens ne soient pas étonnés de la persécution qui les éprouve. Qu'ils se ré-
jouissent plutôt d'avoir part aux souffrances du Christ, afin d'avoir part à sa gloire, 12, 13. Heureux, s'ils sont persécutés pour le nom de Jésus-Christ; mais que personne ne souffre comme ayant commis un méfait. Qu'ils ne rougissent pas de souffrir comme chrétiens, 14-10.
Le jugement prochain est annoncé. 11 va commencer par la maison de Dieu. S'il s'exerce même sur eux, quelle sera la fin des incrédules? Si le juste est sauvé avec peine, que deviendra le pécheur, 17, 18? Que ceux qui souffrent selon la volonté de Dieu remettent leurs âmes au créateur en faisant le bien, 19 !
Pierre donne ensuite ses dernières instructions à la communauté, V, 1-13. S'adressant aux presbytres, il leur recommande, lui, leur confrère, témoin des souffrances du Christ, de paître le troupeau de Dieu, volontairement, sans avarice, de bon cœur, en étant le modèle du troupeau ; et quand paraîtra le souverain Pasteur, ils recevront la couronne de gloire, 1-4. Que les jeunes soient soumis aux presbytres, ha ; que tous soient humbles les uns envers les autres; qu'ils s'humilient sous la main de Dieu ; qu'ils se confient en lui; qu'ils soient sobres, vigilants; qu'ils résistent au diable, qui rôde autour d'eux pour les dévorer ; qu'ils soient fermes dans la foi ; leurs frères ont à supporter les mêmes persécutions. Le Dieu qui les a appelés à la -loire, les affermira, 5Ô-11.
C'est par Silvain que l'auteur a écrit cette lettre pour les exhorter et leur attester que la grâce de Dieu qu'ils possèdent est véritable, 12. L'Élue, qui est à Babylone, et Marc les saluent. Qu'ils se saluent d'un baiser
d'affection ! Paix à eux tous qui sont dans le Christ !
S 5. — L'auteur de l'épître de Pierre.
Nous relèverons plus tard des réminiscences de la première épître de Pierre dans les premiers écrits chrétiens : Didachè, épîtres de Clément, de Barnabe, le Pasteur d'Hermas, le dialogue de Justin avecTryphon, etc. Vers la fin du ii* siècle saint lrénée\ citant un passage de la première épître, 1,8, l'introduit par ces mots : « Et Petrus ait in epistola sua ». Clément d'Alexandrie^, Origène^, Tertullien ', Firmilien^, Cyprien*^, Athanase^, et les hérétiques Basilide^ et Théodore de Byzance ^ l'attribuent aussi à Pierre. Eusèbe '" la range parmi les écrits reçus comme sacrés dans toute l'Église chrétienne. Cette épître se trouve dans la version syriaque Peschito, dans la vieille version latine, sous le nom de Pierre. Il semblerait, d'après Léonce de Byzance ' * , qu'elle aurait été rejetée par Théodore de Mopsueste et d'autres catholiques. Jusqu'au siècle dernier elle fut tenue par tous les exégètes et les
I. Adv. llaer. IV, 0, 2; IV, 10, 5 ; V, 7, 2. ♦. Strom. iy,i; Paed. I. <>.