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LA PREMIERE EPITRE DE SAINT PIERRE. 2i9
pas être familier avec le texte hébreu de l'Ancien Testament. Cette objection prouverait seulement que Pierre n'a pas écrit lui-même son épître, mais l'a fait rédiger par un secrétaire. Il n'est cependant nullement prouvé que Pierre ait ignoré le grec. Cette langue était, au temps de Notre-Seigneur, par suite surtout de la conquête romaine de la Judée, d'un usage très répandu dans ce pays. Certaines villes, entre autres Gadara, en Galilée, étaient hellénisées. Il est donc fort probable que Pierre connaissait la langue, qui était alors la langue internationale dans le monde romain. Comment d'ailleurs n'aurait-il pas appris le grec pendant les trente ans où il fut en contact avec les Grecs, à qui il prêcha l'Kvangile? Il est difficile de supposer qu'il eût besoin d'un interprèle pour ses rapports journaliers avec des convertis, qui ne connaissaient que le grec. Marc pouvait être l'interprète Je Pierre en ce sens qu'il l'assistait dans ses rapports avec les Grecs ou bien parce qu'il écrivait les souvenirs de l'apôtre. Le mot épfXTjvtuTr^i; signifie secrétaire ou rédacteur, aussi bien qu'interprète. Il est fort possible que Marc ait corrigé et rendu plus grecque une lettre écrite par Pierre. Celui-ci, en outre, a cité l'Ancien Testament d'après la version des Septante parce que c'était le texte connu de ses lecteurs et celui dont il se servait lui-même dans ses prédications aux convertis, qu'ils fussent juifs ou païens.
3, On s'étonne qu'une épître datée de Rome ne donne iiucune nouvelle de Paul, qui devait être dans cette ville quand la lettre fut écrite; qu'elle ne parle pas
même de cet apôtre qui avait évangélisé plusieurs des contrées mentionnées dans l'épître. Et d'abord, il n'est pas certain qu'elle ait été écrite à Rome. En supposant qu'elle l'ait été, il est probable que le porteur, Silvain peut-être, était chargé de transmettre les renseignements particuliers, lesquels ne convenaient pas à toutes les églises. Enfin, le caractère encyclique de cette épître explique pourquoi on n'y rencontre aucune personnalité.
4, Plusieurs critiques, von Soden, Jûliclier, Harnack, font observer que l'on ne trouve pas dans cette épître autant de réminiscences de la vie et des doctrines de Notre-Seigneur,que l'on est en droit d'en attendre d'un témoin oculaire de Jésus-Christ, tel que l'avait él(i saint Pierre. Rappelons que l'argument ex silentio a peu de valeur. Observons aussi que, si Ton en excepte les évangiles, les autres écrits du Nouveau Testament racontent très peu de choses sur la vie de Notre-Seigneur. Dans ses discours rapportés par les Actes, saint Pierre fait allusion une fois au baptême de Jésus, Avt. X, .']8 ; deux fois aux miracles de celui-ci, II, 22 ; X, 38, et parle surtout de sa mort et de sa résurrection. La prédication apostolique portait donc principalement sur ces deux faits et nous les retrouvons mentionnés dans l'épître de Pierre, II, 21-24.
D'ailleurs, il ressort de quelques passages que Pierre se donne comme témoin de la vie de Notre- Seigneur : (ji.âpTu; twv tou Xpiutou iraOrjixdTiov, V, 1. Il dit à ses lecteurs qu'ils ont aimé Jésus sans le voir, I, 8, terme qu'il n'aurait pas employé si lui-même avait été
dans le même cas qu'eux. Quant aux souvenirs de l'enseignement du Seigneur, ils sont tellement nombreux dans cette épître qu'on peut dire qu'ils en forment presque la substance. Les rapprochements textuels sont, il est vrai, assez rares entre les évangiles et l'épître, mais les coïncidences sont telles qu'on doit supposer qu'elles proviennent de la source primitive évangélique, laquelle remonte à saint Pierre, le premier prédicateur chrétien. Voici les similitudes d'idées les plus frappantes : Les brebis égarées, II, 25 = Mt. IX, 36; le rachat par le sang de Jésus-Christ, I, 18, 19 = Mt. XX, 28; la pierre angulaire, II, 7 = Le. XX, 17; l'amour des ennemis, III, 9 = Le. IV, 28; la soumission mutuelle, V, 3, 5 = Mt. XXII, 21. Cf. encore I, 10 = Le. X, 23 ; I, 4, 3, 9 = Mt. XXV, 34 ; II, 21 = Mt. IX, 23; II, 12 = Mt. V, 10 ; V, 8 = Me. XIV, 38, etc. La première épître de saint Pierre présente aussi quelques points de contact avec le IV" évangile. Jésus est le berger, II, 25 = Jn. X, 11; il est comparé à un agneau, I, 19 = Jn. 1, 29; Heureux ceux qui n'ont pas vu et qui ont cru, I, 8 = Jn, XX, 29. Cf. V, 5 = Jn. XXI, 15-17. En tout, on a relevé 54 passages des évangiles, dont on trouve des réminiscences dans l'épître. Il est possible aussi de penser que nous avons dans l'épître des enseignements du Seigneur qui n'ont pas été rapportés par les évangiles et que, par conséquent, nous ne connaissons pas comme tels.
5, Les mêmes critiques insistent sur la parenté très étroite de langue et de doctrine qui existe entre l'épître
de Pierre et les épi très pauliniennes. La dépendance de celle-là à celles-ci est telle que l'on doit conclure que Pierre s'est mis à l'école de Paul. Rien, dit Jûlicher^ dans répîtrede Pierre qui ne soitpaulinien. Sa conception du Christ, de la valeur de sa mort pour le salut, de la foi et de la régénération, est d'origine paulinienne. Les ressemblances entre l'épître de Pierre et l'épître aux Éphésiens sont telles, dit Sieffert, qu'on a pu supposer qu'elles avaient été écrites par le même auteur-, riarnack ^ soutiendrait l'authenticité de l'épître de Pierre si elle n'était pas essentiellement dépendante des épîtres pauliniennes.
Examinons d'abord ces rapports entre l'épître de Pierre et les épîtres pauliniennes. Le début de l'épître de Pierre rappelle de très près celui de l'épître aux Kphésiens. La salutation est identique : yapiç ufjitv xal £?piivï5, ainsi que le début de la bénédiction : EùXoyriTÔ!; ô ©go; xal TtaT'^p toïï Kupiou -/iuwv 'Iri<joû XpiuTou. Le mouvement des idées est le même; les expressions sont identiques ou analogues : xaxà TrpoYvuxnv, Pr. I, 2 = 7rpoop((Ta<;, Eph. I, 5; Stà Tri'ffTSw;, Pr. I, 5 = TrKjxeuffavTeç, Eph. I, 13; èv oùpavoîçj Pr. I, 4 = Iv toï; eTroupavi'oi;, Eph. I, 3. Dans la suite des deux écrits nous relevons d'autres parallélismes d'idées ou d'expressions :
I Pk. II, l;l : ynoTâyriTS 7rà<n[) I Eph. V, 21 : Û7tOTa(jc6|X£VOt àvOpwTiivT) XTiffEi Stà TÔv K-jptov. I i),),f,Xot; èv cfô&tjf XpidTOÙ.
1. Einleituug i» dat NcueTestamcul, p. 179, TiibiiiRcn, 1!>0C. i. Zeilschr. fur die iviss. Theol. 1881, p. 178, ;j2-2, J.oipzis;. .1. Die chron. der allcfiristtiche Ull., l" Band, p. iGt, note, Leipzig
111,2 : olxovofxiav ttj; "/crpiTOi.
IV, 10: olxovô|iioi 7îoixtÀT)ç x«-
Ç-'.TOî.
I, 13 : àvaÇwffdtiAevût Tà;ôffçûai:.
111, 1 : yuvaîxEt toï; l8(oi; àv- 111, 2'^ : 6i éaxtv jv SeÇià ©eoû,