‹ Histoire des livres du Nouveau Testament (volume 4)Chapitre 63 sur 82 · Ep. 130, ad Hedibiam. Quaest. XI · texte numérisé non relu

Ep. 130, ad Hedibiam. Quaest. XI

ce qui démontre l'origine pétrinienne de ces discours et de l'épître. Cette preuve est la seule vraiment objective que nous puissions donner pour établir l'authenticité de l'épître, mais remarquons qu'aucune des raisons que l'on a présentées pour la nier n'est convaincante; nous venons de le prouver.

Relevons cependant dans l'épître quelques traits qui indiquent que l'auteur est bien l'apôtre Pierre. Il se désigne sous ce nom et il affirme qu'il a été témoin des souffrances du Christ, V, 1 ; il en parle comme un témoin oculaire, II, 21-24. Il rapporte souvent des paroles du Seigneur, ainsi que nous l'avons déjà dit, et il les rapporte comme un témoin auriculaire, car il paraît indépendant de nos évangiles synoptiques. On pourrait aussi, avecB. Weiss \ essayer d'établir qu'il y a un étroit rapport entre ce que nous savons de la nature et du caractère do Pierre et les enseignements principaux de l'épître, mais ces considérations trop subjectives n'entraînent pas la conviction.

3° Authenticité relative de l'épître de saint Pierre. — L'épître aurait été écrite par un secrétaire, probablement Silvain, sous l'influence plus ou moins directe de saint Pierre. De cette façon s'expliqueraient, ainsi que nous l'avons déjà dit, plusieurs des difficultés qu'on a soulevées contre l'origine pétrinienne de cette épître. L'auteur paraît aflirmer lui-mt'me que Silvain a été son secrétaire : Par Silvain, dit-il, que j'estime le frère fidèle, je vous ai écrit en peu de mois : 8ià iliXo^avoî*

1. Le/irhitrii iler Kinlciluny in das Neue Teslumcnf. H' Aull.. p. ils. Uurlin, 18»7.

OfAïv... oi' ôXi'ywv eYpa'|/a. Il semble que par ces mots : oià ^iXouKvou, Pierre indique celui qui a écrit lépître et non le porteur de la lettre, car il était inutile de nommer celui-ci. Nous avons cependant de nombreux textes contemporains où Sii désigne le porteur de la lettre. Dans les Actes, XV. 23, les apôtres choisirent des délégués pour porter leur lettre à Antioche et il est dit : Ypai^^tsç ô'^ X^'P^"! aùxtov. Plusieurs manuscrits minuscules ajoutent à la fin de Tépître aux Romains : £Ypa<pïi «Tto KopivOovi Sta «toiêiriç. Polycarpe dit aux Philippiens, XIV : Tauia eYP*4'* "f*'^ ^'^ K piidxevcoç, et le contexte indique que Crescent était le porteur de l'épître. Cf. Ignace, Philad. XI, 2; Smyrn. XII, 1 ; Rom. X, 1. Esther , III, 13; VllI, 10 : xal àTreaTdlXri oià pi6Xi«{pdpti)v.

Il est possible cependant que Sià 2i>.oufltvou signifie que l'épître a été écrite par le moyen de Silvain. Ata, en effet, indique le moyen, l'instrument par lequel est faite une chose. Silvain a pu être un secrétaire, qui a donné la forme à l'épître, mais il n'en est pas l'auteur, car le ton d'autorité de plusieurs passages ne lui conviendrait pas. Cf. V, 1-11. A-t-il écrit simplement sous la dictée de Pierre ? Dans ce cas l'hypothèse n'expliquerait aucune des difficultés mentionnées plus haut, et l'authenticité resterait absolue.

En fait, la teneur générale de l'épître, l'unité qui y règne, la transition facile qu'on y trouve d'une idée à une autre, le lien solide qui réunit les doctrines, ne permettent pas de supposer l'existence de deux auteurs, l'un qui aurait dicté les idées et l'autre qui les aurait mises en forme. L'épître sort tout entière d'un

même cerveau. Si l'on suppose que Silvain est Técrivain, il faut admettre qu'il a composé l'épître simplement sous l'influence de Pierre, ce qui réduirait la part de l'apôtre à si peu de chose que l'on aurait de la peine à maintenir l'authenticité de l'épître.

D'autre part, les secrétaires de Pierre sont connus ; c'est Marc et peut-être Glaucias. 11 n'est nulle part question de Silvain. Les écrivains des premiers siècles ne lui ont jamais attribué une part quelconque dans la composition de l'épître. 11 s'ensuit donc que cette hypothèse de l'authenticité relative ne repose sur aucun fondement sérieux. L'apôtre Pierre, dont nous allons esquisser la biographie, est, au sens absolu du mot, l'auteur de l'épître.

§ 6. — L'apôtre Pierre.

Dans le Nouveau Testament Pierre est appelé Suuswv, forme hébra'ique, Act. XV, 14; II Pn. I, 1; 2;([X(ov, forme grecque, Mt. XVI, 17; XVII, 25; Me. I, 29; Le. IV, 38; V, 3; Jn. 1,42, 43, etc., et surtout 2tVwv Hérpoç, dans les évangiles et les Actes. Il reçut de Jésus le nom araméen de KyupS;, Jn. I, 43, nom que lui donne d'ordinaire saint Paul, I Cor. I, 12; IH, 22; XV, 5; Gai. I, 18. Les évangiles et les Actes emploient toujours néxpoç, traduction grecque de Kïiîpaç. Deux fois saint Paul se sert de celui-ci, (lal. Il, 7, S.

Pierre était originaire de Bethsa'ida, Jn. I, 44, et avait pour père 'ItovS;, Mt. XVI, 17, ou 'iuxxvYjç, Jn. 1, 42; XXI, 15, et pour frère, André, Mt. IV, 18. Il était

marié, Mt. VIII, 14, et vivait à Capharnaum, Mt. VIII, 5, 14, Il était pêcheur, Mt. IV, 18, et possédait un bateau, Le. V, 3. La première rencontre de Pierre avec Jésus eut lieu sur les bords du Jourdain, Jn. I, 41, 42. Appelé par Jésus à l'apostolat. Le. V, 10, 11, Pierre suit désormais partout son maître. Parmi les apôtres, il est toujours nommé le premier; il est le représentant, le porte-parole de ses compagnons. 11 interroge le Seigneur, et c'est à lui que Jésus répond, Mt. XV, 15; XVII, 25; XVIll. 20; Me. XllI, 3- XIV, 29; Le. VIII, 45; XII, 41; Jn. XIII, 8; XXI, 21, etc. A Capharnaïim, à la demande de Jésus aux douze, s'ils veulent aussi s'en aller, Pierre répond : Seigneur, à qui irionsnous? Tu as des paroles de vie éternelle. Pour nous, nous avons cru et nous avons connu que tu es le saint de Dieu, Jn. VI, 07-69. Sur la route deCésarée, il confesse, parlant au nom de tous, que Jésus est le Messie, le Fils du Dieu vivant. Jésus lui aflirrae qu'il est pierre et que sur cette pierre il bâtira son Eglise, Mt. XVI, 16-18, qu'il lui donnera les clefs du royaume des cieux, XVI, 19. Cependant, un peu plus tard, Jésus le réprimande, parce qu'il n'a pas compris ses enseignements et a voulu le reprendre : Va derrière moi, Satan, car tu ne penses pas les choses qui sont de Dieu, mais les choses des hommes, Me. VIII, 32, 33. Pierre est le premier des trois apôtres qui formaient l'entourage plus immédiat du Seigneur, Mt. XVII, 1-9; Me. V, 37; XIV, .53, 37. Lors du dernier repas de Jésus avec ses apôtres, il refuse de se laisser laver les pieds, Jn. XIII, 6-10; il promet à Jésus de le suivre partout, quand même les

26i HISTOIRE DES LIVRES DU NOUVEAU TESTAMENT.

autres l'abandonneraient, Mt. XXVI, 33-35; Me. XIV, 29-31; Le. XXII, 33. Au jardin de Gethsémani, lors de l'arrestation de Jésus, il coupe l'oreille de Malchus, le serviteur du grand-prêtre, Jn. XVIII, 10: il suit Jésus, puis, dans la cour du grand-prêtre, il renie son maître. Me. XIV, 66-72. Le matin de la résurrection de Jésus, il constate que le tombeau ost vide, Jn. XX, 1-10, et, vers le soir, il voit Jésus ressuscité, Le. XXIV, 36. Sur le lac de Tibériade, il se jette à l'eau pour rejoindre plus tôt Jésus, puis à l'appel de son maître il proteste trois fois de son amour pour lui. Jésus lui ordonne de paître ses agneaux et ses brebis et lui prédit qu'il mourra martyr, Jn. XXI, 7-19.

Après l'Ascension, Pierre est le chef de l'Église. Il fait nommer par l'élection un successeur au traître Judas, Act. I, 15-26; le jour delà Pentecôte, il explique au peuple la descente du Saint-Esprit sur les apôtres et prouve que Jésus est le Messie, Act. II, 14-36. Il guérit un impotent à la porte du temple et prêche au peuple Jésus Messie, ib. 111, 1-26. Arrêté, il paraît devant le Sanhédrin et refuse de cesser de parler de ce qu'il a vu et entendu, ib. IV, 1-20. Il châtie Ananie et Saphire qui ont essayé de tromper le Saint-Ksprit, ib. V, 1-11. De nouveau arrêté, il prêche devant le Sanhédrin Jésus, chef et sauveur, ib. V, 17-32. 11 va en Samarieavec Jean et confère aux convertis le Saint-Esprit parl'imposition des mains ; il maudit Simon le magicien et son argent, ib. VIIL 14-25. Appelé par le centurion Corneille et instruit par une vision, il l'admet dans la communauté chrétienne lui et sa famille, ib. X, 1-48. Il

se justifie de cet acte devant les frères de Jérusalem qui l'approuvent, ib. XI, 1-18. 11 reçoit la visite de Paul à Jérusalem, Gai. 1 , 18. Il est jeté en prison, puis délivré par un ange, il s'en va dans un autre lieu, Act. XII, : 17. Où? On l'ignore.

Pierre est de nouveau à Jérusalem, lors de la conférence apostolique, et parle en faveur de l'admission des païens dans l'Eglise, Act. XV, 6-11. A Antioche, il mange d'abord avec les convertis du paganisme, puis il se retire à l'arrivée de certains d'auprès de Jacques, Paul lui reproche sa conduite, Gai. II, 11-15. Il n'est plus parlé dès lors de saint Pierre dans le Nouveau Testament, sauf dans la première épître aux Corinthiens où Paul mentionne ceux qui se disaient les disciples de Képhas. I, 12.

Les renseignements que nous ont laissés les écrivains ecclésiastiques sur les dernières années de Pierre, sont peu nombreux et quelques-uns assez incertains. D'après des témoignages dignes de foi, il aurait fondé l'église d'Antioche. En 42, il serait venu à Rome et aurait fondé l'église de cette ville; il aurait prêché à Corinthe; il aurait évangélisé le Pont, la Galatie, la Cappadoce, l'Asie et la Bithynie et aurait séjourné à Babylonc. Un fait est certain : Pierre est mort martyr, à Rome, eu II'» ou en 67 après Jésus-Christ '.

I. Pour les textes voir ; Dkt. of the bible de Hasung:», t. Ul. |>. 766. IA8E, St. Peter in Christian tradition, Edinburgli, 1900.

§ 7. — Lieu de composition de lépître.

L'auteur termine son épître par ces mots : La coélue avec vous, qui est à Babylone, t] h BaêuXtovi ayvexXext^ vous salue. Deux villes dans l'antiquité ont porté les noms de Babylone, l'une sur TEuplirate, l'autre sur le Nil. près du Caire. Une peut être question de la seconde, qui na jamais été visitée par l'apôtre Pierre. 11 ne s'agit pas non plus probablement de l'ancienne capitale du royaume de Babylonie. Au temps de Pierre, elle n'existait plus. D'après Pline l'Ancien, elle était retournée à la solitude ^ 11 y avait, il est vrai, dans le pays, des Juifs en assez grand nombre, mais on ne découvre au i" siècle aucune trace de l'évangélisation chrétienne en Babylonie. Quelques écrivains syriaques tardifs, Amrus et Jeschuyahb, peut-être le faux Moïse de Chorène, font allusion à la présence de Pierre en Babylonie, mais ils ne représentent pas sur ce point la tradition de l'église syrienne, dont tous les écrivains envoient l'apôtre Pierre à Rome et attribuent l'évangélisation de la Parthie à Thomas ou à Aggée, disciple d'Addée, qui aurait fond(' les églises de Babylonie ^. Aucun des écrivains d'Orienl ou d'Egypte ne mentionne un séjour de Pierre à Babylone ou dans les contrées environnantes. De l'avis de la très grande majorité des critiques, Cornely, Belser,

Page 1