‹ Histoire des livres du Nouveau Testament (volume 4)Chapitre 65 sur 82 · Hist. vu · texte numérisé non relu

Hist. vu

•2. Bull, di arcft. christ., Roma^ ISW, p. 10; 1867, |>. 70, 71.

insiste-t-on, les chrétiens furent poursuivis, pour la première fois, en tant que chrétiens ; sous Néron, ils Tavaienl été comme incendiaires. Or, dans l'épître, le chrétien soulTre comme chrétien. La première partie de l'argument serait à prouver; la seconde est juste, mais il ne ressort pas de l'épître que les chrétiens aient eu à répondre de leur nom de chrétien devant les magistrats. Tout bien examiné, il semble probable que l'épître a été écrite vers 62-64,

S 9. — Langue de l'épître.

Vocabulaire. — La première épître de Pierre contient 539 mots différents; 302 ne sont employés qu'une fois; 492 de ces mots sont classiques ; 485 se retrouvent dans les Septante ; 408 lui sont communs avec les épîtres pauliniennes. 62 sont des «ua; XsYo'aHva, c'est-à-dire des mots inconnus aux autres écrivains du Nouveau Testament : àSoXo;, àva^wvvuoôai, £YXO[x6oviaOai, èfjncXoxi^, (AtoXo)!];, otvotpXjYi'a, ôu.ô?pwv, etc. 15 mots se trouvent dans cette épître pourlapremière fois : «YaôoTrou'a, àXXoTpioeTn'axoTcoç, «ijiapavTivoç, àvotyewôEv, àvsxXâXrjTOç, (XTrpodtoTtoXT^fjLTTTCoç, <îpTi- Yévv/jTo;, àpy(^i7rot{/.ir)v , TrspiÉysi Iv Yp»?^) TtEptOsdtç. Trpofxap- TupeaOai, (iOevoûv , (juvTrpEffêÛTspoç, «tuvexXêxto; , GiToXi[/.Ttâveiv.

Nous distinguons quatre éléments principaux dans le vocabulaire de cette épître. 1" L'aiileur était un lecteur assidu de la Bible grecque, ainsi que le prouvent les nombreuses citations ou réminiscences des Septante, qu'on relève dans sa lettre. Voici les citations les plus littérales : 1, 10 = Lév. XI, 34; XIV, 2;

], 21, = Is. XL, 6; II, 6-8 = Is. XXVIII, 16; Ps. CVII, 22 ; /s. VIII, 14 ; II, 9, 10 = h. XLIII, 20 ; Ex. XIX, 6; XXIII, 22 ; II, 22 = Js. LUI, 9, 12; Jér. XI, 20 ; III, 10-12 = Ps. XXXIV, 13-17, III, 14, 15 = Is. VIII, 13 ; IV, 8 =^ Proi>. X, 12 ; IV, 18 = Proi^. XI, 31; V, 5 = Proi'. III, 34. L'auteur citait ordinairement de mémoire; au ch. II, 6, il a subi l'influence d'un texte analogueà celui dont se servait Paul, Hom. IX. 33. 11 lisait une recension des Septante, qui se rapprochait davantage des codex nAQ que de B. Cependant, IV, 8, il cite le texte hébreu des Proverbes, X, 12 ; il a peut-être emprunté sa traduction à l'épître de saint Jacques, V, 20. Les réminiscences du texte des Septante sont trop nombreuses pour que nous puissions les relever. Oulre celles que l'édition de Westcott-IIort a signalées, citons encore les suivantes indi- (juéespar Chase* : I, 2,etpr,vyi7rXï)ôuv6sîri =Dtr. III, 98; il, 24, Tw dojfjiaTt aÙTou îki to ÇûXov = Dtr. XXI, 23, etc. Un certain nombre de mots sont probablement dérivés des Septante : àvTi'Sixoç, Y'^^^'xeTo;, UpotTeufxa, xaxairieîv, TTupojdiç, ^«vTiffixdç, etc. Beaucoup lui sont communs avec lesdeutéro-canoniquesetlesextra-canoniques : àSeXcpÔTYiç.

I et IVyi/rtt'M.; àÔEfjMTo;, II et III J/atrA.; uTcoYpaixuLÔi;,

II AfatcA./lxÇïiTeïv xa't l^epauvSv, I Macch.; £Ttî<Txoiroç<]<uyojv, aîpOotpToç, à{x(avToç, àfiapavTOç, Sag. ; ■if.-:\.<sx-t\^, J udith ^ etc.

2" Parmi les à'rea^ XeYÔ|Ji.eva un certain nombre sont classiques : àvayxaffTwç, àvoty^^uaiç, àicoYiveoôoti, ïirixocXuuiAa, ôixô^pwv, ô TtapeXTjXuôwç }(^pôvo;, icpo6û[X(i)ç, evvoik, etc.

\. Hastings, Diction, of the Bible; Peter, first epistle, vol. III, p. 721, Edinburi{li, 1900.

3" Quelques mots sont employés dans leur sens chrétien : «YaTCav, oLyiaauôii, à^ii^Ocia, 6aTtTi(î[xa, IxXsxtoç, eùaYY^- Àî^eoôai, xXîîpoi, ^tiXov, 7r£tpa(T[xôî, TiveûfjLa, TcpsaSuTepo;, xaTtEivd;, cpiXaSsX'^pîa, yâpia[jt.a, ^(pifftiavoç. Sauf deux, tous ces mots se retrouvent dans les épîtres pauliniennes, ce qui ne prouve pas que l'auteur les leur a empruntés, car les mots les plus caractéristiques de ces épîtres :

oixaiouv, (xxpoêuffTia, TcepiTOfAi], uîoOefft'a, 7tXTipo)[A:<, voy.oî, {/uTTv^piov, irapdtTTTtDiji.a, xau^^Staôai, «TTaupôç, [^opcev), C^^fAT), etc. sont absents de cette épître.

4" On peut aussi relever quelques vulgarismesetdes mots de formation tardive, xaôw;, u7roXijjiT:dveiv; la confusion des finales \t.a. et txo; : uTroYpaixao; pour 6TtÔYP«fA,"-« ; un petit nombre d'hébraïsmes : IXTtîÇsiv Itcî, Te'xva ÔTtaxo^ç, xà; offcpôa; xî;; Siavot'aç, pîi|Ji.a Kupiou, Xaoç sîç 7Tepi7Toîr,(Jiv, xopeuearôat iv, etc.

Grammaire. — L'article est employé dans cette épître suivant les règles du grec classique; on trouve liuit fois un arrangement analogue au suivant : xov x^; irapoixia; Guôiv ^povov, I, 17 ; cf. 111, 1, o, 20 ; IV, 14 ; V, 1 bis, 4. D'ordinaire, cependant, l'article est omis quand le nom est suivi d'un autre nom au génitif de qualité : sv àYiafffxûi 7rv£U(jiaxo;, eî; pavxi(j(Jiov al'jJiaTo;, etc., OU simplement quand le nom est seul : ©eo';, yp«?^ yu^aXxtq, XoY«a, etc., ou lorsqu'il est accompagné d'un adjectif : TTveu[jLa oiYiov , sv xaipw l(j)(^àxw, etc. On ne voit pas la règle qui est suivie dans cet emploi de l'article. La conjonction est très correctement employée : w; àuvou àiAtô- [jiou xai (x<jtc(Xou XptffTou, I, 10. Cf. 11, 10; 111. 7; II, 12. — Mev, g fois, est toujours suivi de oi. Mr^ est employé avec

le participe, quand l'usage classique demanderait oùx, I 6 ; cf. IV, 4. On a cependant, I, 8, oùx iSovtêç. "Iva est toujours suivi du subjonctif, quel que soit le temps du verbe principal, sauf une fois, lll, 1, où il est suivi du futur indicatif. Les particules de connexion sont rares ; otv n'est jamais employé. Les cas des noms et les temps des verbes sont régulièrement employés ; l'inlinitif est toujours précédé de l'article quand il fait fonction d'un nom au génitif ou au datif, IV, 17.

Style. — Les propositions sont unies naturellement les unes aux autres dans cette épître ; elles sont même quelquefois d'une grandeur simple : I, 3-9; 17-21; II, 21-25, etc. Le rythme et le balancement sont exactement observés dans l'arrangement des mots : II, 21 ; IV, 2, 12, etc. ; les épithètos et les expressions adverbiales sont bien choisies, I, 3, 10, 22, etc.; l'idée est heureusement développée par l'emploi des synonymes, I. 4, 10, 19; II, 8, 11, etc. La phrase tire beaucoup tie variété du contraste des verbes ou des prépositions employées, II, 1 ; III, 7; IV, 8-10; I, 5; I, 2, ■f : III, 18, etc. Remarquons aussi la prédilection de 1 auteur pour les propositions négatives, renforcées par une proposition affirmative correspondante : I, 14, 18, 22; II, 16; III, 3, 9 ; IV, 2; V, 2. Les figures que l'on relève dans cette épître sont empruntées à la vie de famille, I, 3, 14, 17; II, 2; à la vie nomade ou pastorale, I, 17; II, 11 ; I, 4 ; V, 2,8; à la vie militaire, I, 5; II, 11; IV, 1: au temple et à son culte, II, 3; III, 15.

En résumé, cette épître est correctement écrite et.

sans être de forme classique, elle peut être tenue pour un excellent représentant du grec de la bonne conversation.

S 10. — Doctrine de la T' épttre de saint Pierre.

La I""* épître de saint Pierre, très riche en enseignements doctrinaux, ne présente pas ceux-ci en un système lié, ni sous forme théologique ; elle offre plutôt un ensemble de considérations religieuses, tendantàunbut pratique. Les critiques ont émis au sujet du caractère doctrinal de cette épître les opinions les plus diverses; les uns la tiennent pour un écrit syncrétique, où l'on trouve mélangés des doctrines pauliniennes et le message apostolique primitif; les autres y trouvent l'exposé de la forme première de la pensée chrétienne primitive et la dégagent des conceptions théologiques de Paul ; d'autres enfin la regardent comme un écrit deutéro-paulinien, un exposé populaire des idées de Paul, ramenées à un point de vue pratique. Un bref exposé des doctrines principales de cette épître permettra au lecteur de porter un jugement sur la valeur de ces diverses opinions.

Dieu est le Père de Jésus-Christ, I, 3, et des croyants, I, 17, le juge des vivants et des morts. IV, 5, la cause de toute vie spirituelle, I, 3, 23. Le Christ est préexistant, révélateur, sauveur et roi, I, 11, 25; I, 3, 19; III, 22, etc. ; il a racheté les hommes par sa mort; il s'est offert en sacrifice pour nos péchos, I, 2 ; III. 12 ; I, 19; II, 24; ressuscité, I, 3, il est monté au ciel, III,

22 ; il est Seigneur, II, 3. Le Saint-Esprit est le révélateur, I, 11 ; il est principe de vie pour les fidèles, III, 18; IV, 14. La foi est le salut des âmes, I, 9; l'espérance est vie pour le chrétien, I, 3, qui doit souffrir pour la justice, 111, 14, pour le nom du Christ, IV, 14, L'homme est âme et corps; Tâme doit être sauvée. 1. 9. Le péché est universel, car il faut être régénéré. 1,3 ; l'incrédulité volontaire, la désobéissance à l'Evangile est le plus grand péché, III, 20; IV, 17. Les fidèles sont une race élue, sainte, II, 9, formant un édifice spirituel ; ils sont une sainte sacrificature qui offre à Dieu par Jésus-Christ des sacrifices spirituels, 11,5. Le gouvernement de l'Eglise appartient aux anciens qui sont les pasteurs et les modèles du troupeau, V, 2, 3. Le moment du jugement est venu, IV, 17 ; la fin de toutes choses est proche, IV, 7. Le juste sera sauvé à grand'peine, IV, 17. Qu'en adviendra-t-il de limpie et du pécheur? IV, 18.

Peut-on répondre à cette question par les deux passages suivants de cette épître? « Le Christ, vivifié ([uant à l'esprit dans lequel, étant allé, il prêcha aux esprits en prison, incrédules autrefois, lorsque la patience de Dieu attendait, aux jours où Noé construisait l'arche », III, 18-20 et « Ils rendront compte à celui qui est prôt à juger les vivants et les morts, car à cause de cela l'Evangile a été aussi prêché aux morts », I\', 5, 6. De ces deux textes il semble résulter que le Christ, iprès sa mort, est allé en esprit prêcher aux esprits (jui avaient été incrédules aux jours de Noé, et qui t taient en garde ; et que, pour être jugés, les morts

avaient été évangélisés. Avons-nous ici un souvenir d'une croyance juive d'après laquelle les pécheurs d'avant le déluge auraient un temps de repentance avant le jugement définitif? Ou bien est-ce un rappel de ce texte attribué à Isaïe et à Jérémie par saint Irénée \ a Jérémie par saint Justin 2, mais qui ne se trouve en réalité ni dans l'un, ni dans l'autre prophète : « Le Seigneur, le Dieu saint s'est souvenu des morts d'Israël, de ceux qui dorment dans la terre de la sépulture, et il est descendu vers eux pour leur annoncer, eùayyikiacnoôai, le salut, qui vient de lui pour qu'il les sauve »? Cette croyance d'une prédication de Jésus-Christ aux morts se retrouve dans l'évangile de Pierre et dans l'évangile de Nicodème. Saint Augustin ^ pense que cette prédication aux incrédules du temps de Noé a été faite par l'esprit du Christ préexistant et non par le Christ après sa mort. Saint Thomas '♦ adopte cette explication. Quant aux morts qui ont été évangélisés, on peut croire qu'il s'agit d'hommes morts maintenant, mais qui ont été évangélisés de leur vivant.

Bien qu'on l'ait nié, il paraît ressortir des deux textes, III, 10, 20 et IV, 5-6, que Jésus-Christ est descendu aux enfers entre sa mort et sa résurrection ou entre la Résurrection et l'Ascension. Cette croyance de la descente du Christ aux enfers, insinuée par saint Pierre dans son discours après la Pentecôte , Art. Il

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