In Sent. Ili, dlst. ii
27, est nettement enseignée par saint Paul dansl'épître aux Éphésiens : « Qu'est-ce à dire qu'il est monté, si ce n'est qu'il est aussi descendu dans les plus basses parties de la terre », IV, 9. Elle se retrouve ensuite dans la littérature chrétienne primitive : Tertullien. de Anima, 55 ; Cyrille de Jérusalem, Cat. IV; Ililaire de Poitiers, Ps. CIX, 82 ; Augustin, de Gen. ad lilterani^ XII, 63; ad Evod. etc.
§ 11. — Histoire littéraire de la I" épitre de Pierre.
Nous retrouvons des traces, citations ou réminis •ences, de la première épître de saint Pierre dans les plus anciens écrivains chrétiens. Saint Irénée. cependant, est le premier qui l'ait citée sous son nom. Le témoignage de la deuxième épître de Pierre, 111,1, semble prouver qu'il existait une première épître, portant le nom de Pierre, et faisant allusion elle aussi aux prédictions des prophètes, I, 10-12. Eusèbe l'avait placée parmi les homologoumènes, c'est-à-dire parmi les livres reconnus par toute l'Eglise comme canoniques.
Nous retrouvons dans la Didachè des sentences, au nombre de dix, dont l'idée ou les termes rappellent 1 épître de saint Pierre : Pr. II, 11 =: Did. 1, 4; Pb. IV, 3 = Did. I, 8, etc. Clément Romain a certainement connu cette épître ; il n'en donne pas de longues citations , mais son vocabulaire en reproduit les expressions les plus caractéristiques, 27 au moins : iîXr,6uv6E(Yi, «î(xa Ti'fxiov, àYaôOTTOtEtv, «[Atoao;, àvTftUTrov, 07tOTaYr,Te «pEsêuté-
poiç, etc. Quelques-uns des (Sita$ XeYOfieva de Pierre se
retrouvent dans Clément : àyaôcTroita, àoïX'^pdtrjç, àirpoffo)7toX>iu.7iTO);, aiiiriXoç, Trapoixfa, CiTCOYpaaixdç, etc. Comme Pierre, Clément a cité le psaume XXXI V, etlsaïe, XXXV; Pr. III, 10-12 = Cl. XXII, 2-6; Pk. II, 22-24 = Cl. XVI, 5-10. Clément, XLIX, a cité le texte des Proverbes, X, 12, de la même façon que Pierre, IV, 8, en suivant plutôt l'hébreu que les Septante. Bien qu'on puisse supposer que la même langue chrétienne était commune aux deux écrivains, les ressemblances sont trop nombreuses pour qu'on ne soit pas obligé d'admettre que saint Clément s'est inspiré de la première épître de saint Pierre.
L'épître de Barnabe contient quelques expressions analogues à celles de l'épître de Pierre : Pi«. I, 29. pavT«j|/.ovctl'[ji.aTo;= Barn. V, 1, ev xôi a?(xâTiTOu ^avTiff(jLaTO(; ; Pr. II, 5. olxoî TTveujjLaTixô; = Barn. XVI, TrveujjLaTixôçvaoç. Quelques passages de Barnabe rappellent d'assez près Pierre :
Bars. IV, \'i : ô Kûpto; âmpo- (TWTtoXrjfiitTO); xpivsî tov xéofiov • sxaffTo; xaOw; èTtoiTiaev xojiiieÎTat.
1*R. I, 17 : xal eî Ttatépa iTtixotXeïffÔE Tèv àTTpoawTtoXyijAnTti); xpîvovTa xarà tô éxâdTou ép^ov.
Cf. aussi : Barn. I, 5 =Pr. I, 9; Barn. V, I = Pr. 1. 2; Barn. V, 6 = Pr. 1, 11 etc. Barnabe a-t-il emprunté ces idées et ces expressions à Pierre ou les a-t-il trouvées dans la tradition chrétienne commune ?
L'auteur du Pasteur s'est probablement inspiré de l'épître de Pierre, II, 4, 5, surtout dans la Vision, III, ."), où il parle de la construction de l'Eglise. 11 a aussi quelques expressions qui rappellent celles de Pierre,
mais ces ressemblances peuvent s'expliquer par l'emploi d'une source commune, fia même observation doit être faite à propos de la sentence, Ps. Cl. ad Cor. XVI, 4, sur la charité qui couvre une multitude de péchés, Pr. IV, 8. Saint Polycarpe a inséré dans sa lettre aux Philippiens dix passages empruntés à l'épître de Pierre, sans cependant nommer ce dernier : PoL. I, 3 = Pr. I, 8; I, 3 = I, 12 ; II, 1 = I, 13, 21 ; V, 3 = II, 11, etc. Le plus textuel est le suivant : \i.\ àîroSiSôvTe; xaxôv <xvTt xaxoîî -^ Xotoopiav àvri XoiSopi'aç, Pn. III, ') et PoL. II, 2. Harnack ' a soutenu que Polycarpe ne croyait pas que cette épître fût de Pierre, sans quoi il aurait nommé celui-ci comme il a nommé Paul quand il cite son épître aux Philippiens. Remarquons que Polycarpe a cité aussi des passages de la première épître de Jean sans nommer Jean qui, cependant, avait été son maître. Il a nommé Paul parce que Paul avait aussi écrit une lettre aux Philippiens.
Eusèbe^ avait affirmé que Polycarpe s'était servi do la première épître de Pierre; il fait la même constatalion pour Papias-*. Nous ne pouvons vérifier son dire, n'ayant pas le texte de Papias; rappelons cependant que Papias déclare qu'il a recueilli les paroles des presbytres qui avaient entendu Pierre et les apôtres*.
Quelques idées et des expressions de l'épître de Pierre : àfauiXoç, ofixtoiAoi;, «xpoYtoviaîov, en parlant de Jésus-
1. Gesch. der allch.Litl., Chronologie, l" Bd., p. t€.H, Leipzig, 1897. â. Hist. eccl. IV, 14, 9.
,1. Ih. m. 39,16.
Christ, se retrouvent dans Justin martyr. Dans son Dialogue avec Tryphon, 72. 9, il parle de la descente du Christ aux enfers pour prêcher l'Evangile aux morts, mais il s'appuie sur un texte apocryphe qu'il attribue à Jérémie. Irénée s'est servi du même texte.
On signale encore des traces de cette épîlredans lépître à Diognète.dans Hippolyte. dans Méliton de Sardes, Théophile d'Antioche, dans la lettre des églises de Vienne et de Lyon . dans les Actes des martyrs scillitains, mais elles sont trop vagues pour établir un emprunt. Il est difficile d'expliquer pourquoi le Canon de Muratori, ligne 76, n'a pas catalogué l'épître de Pierre. L'hypothèse de Zalm est ingénieuse, mais repose sur des corrections hasardées. Au lieu de « Apocalypse etiam Johanis et Pétri tantum recipimus quam quidam ex nostris in eeclesia legi nolunt », texte tronqué par le copiste, il y avait, dit-il, primitivement: « Apocalypse etiam Johanis et Pétri (unam) tantum recipimus (epistolam) ». On ne voit pas, en effet, pourquoi il est question ici d'une Apocalypse de Pierre; on comprend mieux la mention de l'épître de Pierre.
Saint Irénée cite l'épître en l'attribuant à Pierre. « Et propter hoc Petrus ait non velamentum maliliac habere nos libertatem »,1V, 16, 5=:Pn.II, 16. Il la cilr encore en disant : « Et Petrus ait in epistolasua », IV 9. 2; il en donne aussi des passages sans indiquer l'anteur, II. 17, 19 ; III, 6. 9. etc. Tertullien en cite de nombreux passages el raltribueà Pierre: « Petrus quidem adPonticos, quanta enim, inquit gloria si... », Scorp. XII =:'Pn. II, 20. Clément d'Alexandrie attribue aussi
cette épître à Pierre : Xe'Yei 6 ïlérpo;'. Il l'a commentée cl nous avons des fragments de cet écrit dans les Hypotyposes et dans une version latine.
Enfin on trouve des traces de cette épilrc cliez les hérétiques du ii*" siècle, Basilide. les Valentiniens, les Marcosiens, Marcion. Elle était dans la Peschito, dans les versions égyptienne, éthiopienne, arménienne, arabe. Il nous reste quelques fiagments de la version vieille latine.
Les témoignages de la tradition sont donc très nombreux en faveur de l'existence de celte épître dès la fin du i" siècle et ils l'attribuent nettement à Pierre dès le milieu du n* siècle. Dès le commencement du m* siècle elle est pleinement entrée dans la littérature canonique.