NOUVEAU TESTAMENT. — UI
Jd. 20-25 : Mais vous, bien-aimés, vous édifiant vous-mêmes
faites en sorte qu'il vous trouve en paix, sans lâche et sans reproche, et estimez que la patience de Notre-Seigneur est votre salut, ainsi que notre bien-aimé frère Paul vous l'a aussi écrit, selon la sagesse qui lui a été donnée, comme aussi (il le fait) dans toutes les épitres, où il parle de ces choses, dans lesquelles il y a des choses difficiles à comprendre que les ignorants et ceux qui sont mal affermis tordent comme les autres Écritures, pour leur propre perdition.
Vous donc, bien-aimés, étant avertis, soyez sur vos gardes de peur ({u'entrainés par l'égarement des pervers vous ne veniez à déchoir de votre propre fermeté. Mais croissez dans la grâce et la connaissance de Notre-Seigneur et Sauveur yestis-Christ. A lui soit la gloire et maintenant et jusqu'au jour d'éternité! Amon.
sur votre très sainte /bi, priant par l'Esprit-Saint, maintenezvous dans l'amour de Dieu, attendant la miséricorde de Notre - Seigneur Jésus-Christ pour la vie éternelle. Et reprenez les uns, qui sont hésitants; sauvez les autres, en les arrachant du feu; ayez pitié des autres dans la crainte, haïssant mèmelatuniquesow7lée dans la chair.
Or, à celui qui peut vous conserver innocents et vous établir devant sa gloire, irréprochables dans l'allégresse, au Dieu unique, notre Sauveur par Jésus-Christ Notre - Seigneur, gloire, niajeslé, force et puissance dès avant tout temps et maintenant et dans tous les temps! Amen.
Au point do vue des idées la dépendance de Jude à 11 Pierre ou inversement est indéniable ; elle l'est encon* bien davantage au point de vue de la langue. 75 mois leur sont communs; jilusicui-s sont ici employés avec des sens particuliers : à-^i-nri, (tip\, ou ne se retrouvenl pas dans les autres écrits du Nouveau Testament : à«6éo), lunrai'xTTjÇ, Côïoç (1 fois dans Hébreux), ouveuio)(^£Oî/.ai. uTcs'poYxoç. Les deux écrits emploient l'arlicle de la
même façon, le supprimant quelquefois devant les noms propres, Pr. II, 5, 7 = Jd. 14, 5; devant un génitif, Pr. II, 9; III-7 = Jd. 6, l'employant pour deux noms, Pr. I. 10, 11, 20 = Jd. 4; utilisant de même les cas : Pr. I, 5; II, 8 = Jd. 5,7, etc. Les pronoms o&to;,o;, ô'ffoî, Tivt'ç, sont employés d'une façon particulière, Pr.
II, 12 = Jd. 8; Pr. II, 12 = Jd. 15; Pr. III, 9= Jd. 4; Tactif est employé pour le moyen, Pr. I, 5, 15, 10 = Jd. 15. Ils font tous les deux un fréquent usage de l'ellipse, Pr. I, 1; III, 18, 15 = Jd. 1; du pléonasme, Pr.
III, 3, 10 = Jd. 3, 5; de la périphrase, Pr. I, 10; II, 16 = Jd. 3; de l'anacoluthe, Pr. II, 17-10; 4-9 = Jd. 16. Jude et Pierre affectionnent l'accumulation des mots pour développer une idée : Pr. III, 10-12; I, 5-7 = Jd. 2, 4, 3-7, etc. Ces remarques pourraient être multipliées; celles que nous venons de rassembler suilisent pour démontrer la dépendance littéraire entre la IPépîtro de Pierre et celle de Jude. Mais quelle est celle des deux qui reproduit l'autre? La question est discutée depuis longtemps et ne paraît pas résolue.
D'après Hug, Haneberg, Kaulen, Cornely, Iloberg. Bludau, Belser, Calmes, Batilîol, Reuss, Bleek, Holtzmann, Davidson, B. Weiss, Chase, Harnack, Salmon, lîovon, l'épîtrc de Pierre dépendrait de celle de Jude. Voici leurs arguments : La phrase de Jude est plus simple, plus claire que celle de Pierre, laquelle est arlificielle, périphrastique. Cf. Jd. 4 = Pr. II, 1-3; Jd. 0 = Pr. II, 4; Jd. 8 = Pr. II, 10; Jd. 17, 18 = Pr. m, 1-3. Pierre a abrégé Jude: Pr. II, 13, 17 = Jd. 12, 13. Certains passages de Pierre, II, 4; II, 11, sont in-
compréhensibles si l'on ne se reporte pas aux passages correspondants de Jude , 6, 9. Les adversaires dénoncés par Jude sont clairement décrits, tandis que ceux de l'épîtredc Pierre le sont beaucoup moins. Dans Judo ils exercent actuellement leurs ravages; dans Pierre ils sont à venir, II, 1-3, puis f 10 et ss. ils sont présents. Si l'on compare Jd, 12a et Pr. II, 36, on remarque chez le premier unité de conception et chez le second deux idées entremêlées. Il en est de même dans Jd. 5-7 et Pr. II, 4-10. Jude flétrit les péchés de la chair, 4 ; Pierre y combat en plus la tromperie, II, 3. En général, les peintures de Jude sont plus simples et celles de Pierre plus chargées. Enfin, on ne comprendrait pas que Jude ait composé une épître brève, énergique et puissante à l'aide d'un écrit plus long et assez diffus.
D'autres critiques : Hoffmann, Spitta, Zahn, Bigg, soutiennent que l'épîtrc de Jude dépend de celle de Pierre. On ne comprend pas, disent-ils, que Pierre ait copié la lettre d'un autre écrivain. De plus Pierre est quelquefois obscur; venant après lui, Jude Ta éclairci. Le second chapitre de Pierre, qui est en discussion, suit naturellement et sans lacune le premier, puis se relie bien à la suite de l'épîtrc ; il y a des points de raccord entre lui et les deux autres chapitres. La langue de l'épîtrc de Pierre est uniforme dans toutes ses parties, et ses caractères distinctifs, tels que répétitions de mots, se retrouvent dans le second chapitre, aussi bien que dans les deux autres. Enfin et surtoul. Jude, 17, 18, a cité lépîlrc de Pierre, III, 1-4, que
nous avons traduite plus haut. Cette preuve cependant n'est pas décisive, car on fait observer que les deux écrits se réfèrent aux enseignements des apôtres, Pr. III, 2 = Jd. 17.
En fait, tous ces arguments sont d'ordre subjectif; il en est même qui sont employés en sens contraire par les tenants des deux hypothèses. Toutes les suppositions qu'on a faites pour expliquer ces ressemblances, mèmel'emploid'une source commune, sontassez vaines et le problème ne nons paraît pas résolu. L'hypothèse intermédiaire qu'a présentée Kûhl n'est pas plus admissible. D'après lui, l'épître originale de Pierre aurait compris I, 1-21; III, 3-18; Jude se serait servi de cette épître dans laquelle un interpolateur ajouta plus tard les versets II, l-lll, 2, qu'il emprunta à Jude. Cette interpolation n'a pu avoir lieu, car nous avons déjà constaté qu'il n'y a pas de marques de rupture entre les passages en question et que les chapitres se relient naturellement l'un à l'autre.
S 2. — L'auteur de la II' épître de saint Pierre.
Dans le cours de l'épître l'auteur se désigne lui-môme comme l'apôtre Pierre. Son nom est en tête de l'épître : Syméon Pierre, serviteur et apôtre de Jésus-Christ. I, 1 ; il rappelle la prédiction de sa mort que Jésus lui a faite, I, 14; il affirme qu'il a été témoin oculaire de la transfiguration, I, 16-18. Malgré ces attestations un bon nombre de critiques, deWetle, Reuss, Schwegler, Bleek, von Soden, Harnack, Holtzmann, Cheyne,
Julicher, Conc, Loisy, refusent d'attribuer cette épître à l'apôtre PierrC; tandis que d'autres, Zahn, Spitta, Kûhl. Bigg, Chase, Cornely. Belser, Maier. Henkel, Dillenseger et tous les cxégètes catholiques affirment, à des degrés divers, qu'elle a pour auteur l'apôtre Pierre. Pour résoudre la question nous étudierons d'abord le témoignage de la tradition, puis l'épître elle-même.
1° Témoignage de la tradition. — Les critiques, Harnack, Holtzmann, Julicher, Chase affirment comme Reuss qu'on ne trouve pas la moindre trace de la Il« épître de Pierre dans la littérature du second siècle, qu'elle n'est citée nulle part explicitement; qu'il n'en est pas fait un usage même indirect dans des allusions ou dans des emprunts, soit conscients, soit involontaires; qu'il n'en est fait mention qu'au m* siècle par Origène, qui nous informe qu'il existe une IP épître de Pierre, mais que la première seule est généralement acceptée comme authentique, tandis qu'à l'égard de l'autre il subsiste des doutes. Nous ne relevons, en effet, dans les écrits chrétiens du ii* siècle, aucune citation explicite de la IP épître de Pierre, mais nous pouvons indiquer des rapprochements littéraires qui permettent de croire que cette épître était connue à cette époque. D'ailleurs, en supposant même qu'on n'en trouvât aucun, cela ne prouverait pas la non-existonce d'une épître très courte et de peu d'importance doctrinale. Relevons les faits.
On trouve dans Clément Romain des expressions : 0 TTpotpvjTixbç Xo'yo;, |Jiw|xo;, NSe èxiqpuÇev (xetavoiav, qui sont dans la 11* épître de Pierre. Môme observation pour
Hermas. La parole : « Devant le Seigneur un jour est comme mille ans et mille ans comme un jour », Pr. III, 8, est citée presque dans les mêmes termes par Barnabe, XV, 4; par Justin, Adi>. Tryph. 81; par Irénée, Adv. Haer. V, 23; par Hïppolyte, In Dan. XXIII, 24. Les trois premiers la citent comme empruntée à la Sainte Écriture. Or, cette parole ne se trouve que dans la II® épître de Pierre. On ne peut supposer qu'il soit fait allusion ici au Ps. XC, 4 : « En vérité, mille ans sont à ses yeux comme le jour d'hier qui n'est plus, ou comme une veillée dans la nuit ». Un passage de la lettre des églises de Lyon et de Vienne : ô Se otà (xénou xaipo; où* «pYo; aÙTOÏ; où5è axapiroç ly/veTo, rappelle Pn. 1, 8. Si nous comparons le dialogue de Justin avec Tryphon, 82, 51, et l'épître de Pierre, II, 1, nous pouvons établir un parallélisme entre les expressions employées par les deux écrivains.
Jl'S. :87ti Ttôv iiap' 0|Atv (juifs) ye-
vo{iéva>v 7iap*y||jiïv (chrétiens) zWi tj/euSonpoçr)Tai xal iJ/eu8o8t-
6(i<ïxaXot '!/eu8o7tpoq)iQTac xal aîpéaei;
Pr. : âY^vo^To êv Toi Xa<^ (juifs)
irap' (((J.ÏV (chrétiens) ïffovxai t{*cu5ojtpoç^Tat, «|/8u5oôi5i- (TxaXot
alpiaet;.
Les rapprochements avec Polvcarpe III =: Pr. III, 15; Théophile d'Antioche, 11, 13 =:Pr. I, 19; Polyc. II, 9 = Pr. I, 21 ; avec Hïppolyte, Philos. IX, 6 = Pn. II, 22; X, 23 := Pr. I, 19 sont trop vagues pour qu'on puisse en tirer une conclusion quelconque. Ceux avec Irénée sont plus concluants. Le passage de Adi>.
Haer. IV, 36, rappelle de près Pr. II, 4-7; 9-11; l'idcc et les expressions sont quelquefois concordantes. Irénée, III, 1, emploie comme Pierre, I, 15, le mot E^oSoç dans le sens de mort. D'après Eusèbe^ Clément d'Alexandrie, dans ses Hypotyposes, aurait parle des écrits canoniques, même des écrits disputés, c'està-dire de Jude et des autres épîtres catholiques. De fait, on trouve dans ses écrits des expressions qui rappellent celles de la IP épître de Pierre. Ces rapprochements prouvent tout au moins que la IP épître de Pierre n'était pas inconnue aux premiers écrivains chrétiens. Origène 2, le premier, parle d'une IP épître de Pierre et la cite en l'attribuant à Pierre ^ ; Methodius cite un passage de Pr. III, 8, comme écrit par l'apôtre Pierre. Didymc d'Alexandrie "^ assure que « non ignorandum praesentem epistolam (II» Pétri) esse falsatam, quaelicet publicetur non tamen in canonc est ». 11 est probable que ce jugement est lofait d'un copiste, qui l'a inséré dans le commentaire qu'a donné Didyme des épîtres catholiques, cardans son traité sur la Trinité ^, celui-ci cite plusieurs fois la IP épître de Pierre comme Ecriture canonique. Firmilien^ parle des apôtres Pierre et Paul qui, dans leurs épîtres, ont maudit les hérétiques et nous ont avertis de les éviter. Il fait ici allusion à la IP épître de Pierre qui, seule,
i. Hist. ceci. VI, 11,1.