‹ Histoire des livres du Nouveau Testament (volume 4)Chapitre 7 sur 82 · Lukas dcr Arzt, p. ;20-i · texte numérisé non relu

Lukas dcr Arzt, p. ;20-i

Cette citation suffira pour montrer la légitimité de la conclusion : Le IIP évangile et les Actes ont été écrits par le même auteur.

B. Différences. Après avoir signalé les ressemblances entre le IIP évangile et les diverses sections des Actes, il y a lieu de relever les différences de mots et d'expressions que Ton constate pour les mêmes parties. Certains mots très fréquemment employés dans le III' évangile ne sont pas dans les Actes : àroXaf/êàvw, 4 fois; àtpaipÉoj, 4 fois; àfaTzâio, 12 fois; àaapTtuXdç, 17 fois; Iysvêto avec xai, il fois; avec le verbe fini, 22 fois; 6epait£uw à-r.ô. 4 fois; xal oStoç, 8 fois ; 1 fois dans les Actes; ôuottoç, 11 fois; où/t, àXXol, 5 fois; wXouo-toç, 11 fois; sTpasei'ç, 7 fois; tî; e; ôfjiiov, 7 fois.

D'autres mots très fréquemment employés dans les Actes, et cela dans les douze premiers chapitres et dans les seize derniers, ne sont pas dans le III* évangile. (Le premier chiffre indique l'usage dans les premiers chapitres et le second l'usage dans les derniers) : aî'peai;, 1, 5; (xvaXaaéâvoj, 5, 3; y^voç, 4, 5; StaXa'YOuai, 0, 10 ; eiraupiov, 3, 7 ; iTTuaÀéojjias être nommé, 8, 1; invoquer, en appeler, 4, 7; ^Ttt'ffTajjiai, 1, 8; [jLETaTré(X7rou.ai, 5, 4; ôjxoôuixaSdv, 7, 3presque spécial aux Actes, puisqu'il n'est ensuite qu'une fois dans Rom. XV, 6; Spa(x«, 8, 3; 7rappr,(Tia!;ojjLai, 2, 5; t^paç, 7, 2; Tr,p£0), 2, G; ywp'°^5 6, 1, etc. Remarquons cependant que ces particularités de vocabulaire dans les Actes s'expliquent en partie par l'emploi fréquent de termes administratifs, militaires ou maritimes; ces derniers surtout sont nombreux.

Dos mots ont été fréquemment employés par le III"

LES ACTES DES APOTfvES. 21

évangile et rarement par les Actes, (Le premier chiffre indique l'usage par le III* évangile et le second par les Actes) : éauTOλ, 57, 22; eTuEv Se, 59, 15; Iv tS, avec l'infînilif, 32, 7; lliçiyo^anàTÔ, 13, 3; xai aùiô;, 41, 8; TcXr^v, 15, 4, etc.

D'autres mots fréquents dans les Actes sont rares dans le 111° évangile. (Le premier chiffre se rapporte aux Actes, le second à l'évangile) : poûXoaai, 14, 2 ; yvoistoç, 10, 2; xKTa, dans le sens de contre, en face de, 12, 3; xsXeuw, 17, 1; (jiôvov, 8, 1; auvép/ofxai, 16, 2; (prifxf, 24, 7; 8io, 10, 2 et 1 fois seulement dans I-XII, 2 fois dans le journal de roule; (aèv ouv, 16, 1; 5 fois dans XII, Ofois dans J. R. ; xe est 8 fois seulement dans l'évangile et toujours sous la forme ts... xa(, tandis qu'il est 158 fois dans les Actes et employé sous toutes ses formes te... xa(, TE xaî... xai tï, t£... te... Èav te... èav xs, te... os'; il est uniformément répandu dans toutes les parties : 45 fois dans I-XII, 15 fois dans J. R. et 74 fois dans le reste des Actes. rvionTo; dans le IIP évangile est appliqué seulement aux personnes tandis que dans les Actes il l'est seulement aux choses.

Si nous comparons 100 versets choisis dans les parties de l'évangile particulières à Luc, V, 1-27; XV, 11- 32; XVI, 1-13; 19-31; XXIV, 13-33, et pour les Actes principalement dans le journal déroute : XVI, 10-40; XX, 9-38; XXVII, 1-44, nous constatons l'emploi suivant des particules pour l'introduction des phrases :

xaî

te

autres partie.

sans partie.

Évangile :

Actes

Remarquons encore avec Blass ' que, dans le livre des Actes, Luc s'est montré IXXyivuojrepoç, plus grec, que dans l'évangile. Cependant, bien qu'il y ait moins d'iiébraïsmes dans les Actes que dans l'évangile, et que surtout les derniers chapitres des Actes soient d'un grec plus idiomatique que celui des premiers, les règles de la rhétorique grecque y sont rarement suivies ; ce qui domine c'est une diction simple, unie, sans antithèse ou balancement des propositions, telle que l'aimaient les Grecs. Blass cite une phrase des Actes et montre comment un Grec de l'époque classique l'aurait traitée.

^ci'es, .XVIII, -ii, xai xaT£).G(l)v £t; Kaiîràpsiav, àvaSàç xaî à(77ra- (jxiiôvo; ty;v èx/./,rjcrîav xaTÉêvi Et; 'AvTtôyîiav , xal uoirioa; yj^ovo'é Tivà È^r,).6£v ô'.£p/.ô[i£Vo; xocOîÇ?;; Tr;v ra).aTi-/.r,v -f/ù^rvi.

y.aTêXÔwv £Î; Kataâpciav àvÉSiri [làv xal YiTîrdcfjaxû t/^v £xxXr,(TÎav, xa- T£5ri ô' e-jôùç et; 'Avriôy^etav, xal &Ù8' èx£t 7to).ùv ^pû'vOV Sl£Tpi4'£V, à).),à 7îâ/,tv êÇsXOwv ôtr,px2^o '^■'i"'' TaXaTix/jv -/tôpav.

Les différences entre le IIP évangile et les Actes sont, on le voit, assez peu nombreuses et nous en expliquons plus loin l'origine. Signalons d'autres faits particuliers aux Actes,

On y a relevé aussi un grand nombre d'expressions qui ne sont pas classiques : eOero ev xr, îoi'a È^ouaia, IX«xr,7£v aéffoi;, xaOôti av ti; /pîiav eI/ev, Iôevto eÎ; Tv^ùTjdiv, ô Xo'yo; r,ij;ave xaxà ty-jV ouuav ÊXxXr,oiav, eTTiffiEÎXai aiiTOÏÏ; toîî à.Tiv/Ks^'xK, etc. Remarquons encore l'omission de l'article: VII, 36; XII, 10, 11, 12; XXI, 11; XXIV, 25; un arrangement des mots contraire à la grammaire, IX, 36; X, 37 ; la concordance des temps non observée, IX,

\.Acla apostolorum, p. 18, G&ltingcn, 189tt.

LES ACIL.T Oi^b .AroiuiiiO. 23

21; le datif mis pour l'accusatif, VIII, il; XIII, 20; l'accusatif au lieu du datif, X, 3, 30, et d'autres irrégularités. La phrase la plus bizarrement construite est certainement celle du cli. XXII, 17 : èfiytxo U ijloi C/zoarps- •|iav-ci eîç 'IrjpoyffaX/ifx xai Trpocs'j^ojxsvou (jlou £v tw Upûi YEvsaôai UL£ Iv èxaTcxaet... [7.oi.., xai [xou; un pronom, formant génitif absolu et se rapportant à quelqu'un déjà nommé dans la phrase à un autre cas, est une anomalie assez sinp^uliùie.

Les expressions non classiques sont relativement plus nombreuses dans les douze premiers chapitres, mais on en relève encore cependant un assez grand nombre dans les seize derniers. En somme, la phrase de Luc trahit une lecture assidue des Septante, l'iulluence de Paul et surtout l'adaptation au langage ordinaire des communautés chrétiennes. Jamais un Grec n'aurait compris les phrases suivantes : ^voiÇev (6 8eoç) Iv toTç lôvîaiv OupavTTi'iTTScOs, XIV, 27 ; «px xai ToTç EOvEffiv 6 ©eoç TTjV [iExâvoiav

F.ÎÇ CWÏ",V IScOXgV, XI, 18; 8-i X5t\ xi eOvtJ £0£;aVTO tOV XOVÙV TOÙ

Oïoîî, XI, 1, pourtant très claires pour un chrétien.

Si nous tenons compte de toutes ces particularités de mots, d'expressions, de construction de phrases, le plus souvent identiques dans toutes les parties des Actes et le III* évangile, quelquefois cependant divergentes, nous devons conclure, pour expliquer les ressemblances et les divergences, que l'auteur de ces deux livres est le même, qu'il a imprimé à toutes les parties de son œuvre sa marque littéraire, comme rédaction, mais que, pour certaines sections, il a utilisé des sources orales ou écrites, dont il a conservé, à un certain degré,

la phraséologie, tout en les retravaillant, surtout pour le style. Il est possible même qu'il ait cherché à imiter le style de ses interlocuteurs. 11 reste donc établi que l'auteur du III* évangile et celui des Actes est le même, et que c'est Luc, le compagnon de Paul, le médecin, païen d'origine, probablement né à Antioche. L'étude des Actes prouve l'exactitude de ces données traditionnelles, ainsi que nous allons le montrer.

Nous avons vu en étudiant le IIP évangile que la langue et la phraséologie de cet écrit se rapprochaient à un très haut degré de la langue des épîtres pauliniennes, qu'on y retrouvait les doctrines caractéristiques de l'apôtre; nous ferons les mêmes contatations pour les Actes ; ce qui prouve une fois de plus l'identité d'auteur du III^ évangile et des Actes. Relevons d'abord seulement les mots qui sont communs et particuliers aux Actes et aux épîtres pauliniennes, en laissant de côté ceux qui sont communs à ces écrits et au IIP évangile, à l'épître aux Hébreux, à la première épître de Pierre, lesquels ont beaucoup de mots communs avec ceux-ci. Ce procédé restreint, il est vrai, les rapprochements entre les Actes et les épîtres pauliniennes, mais donne plus de force à l'argument.

Nous comptons 63 de ces areaÇ XsYoV^va. Citons les mots le plus souvent employés par les deux ou l'un des deux écrivains : àTrcoÔEÎdÔai, èTTifjieveiv, xarayYsXeiv, xaTavTÎv, vouOetcTv, 7rapa/e'.jiiâ!îgiv, irappyididtÇecôai Tcpoopt'Ceiv, oTOi/EÏv, (jujjiêiSâ^u), ffûv8£a[ji.oç, TaTreivocppoffûvY), j^p^oOai, ÎJéojv TÔ) TtveufjLaTi, etc.

On n'aurait pas cependant une idée exacte des a(Ti-

nités de langue entre les Actes et les épîtres pauliniennes si l'on ne faisait pas entrer aussi en ligne de compte les mots que ces écrits ont en commun avec le III" évangile. Ils sont au nombre de 54. En voici quelques-uns : àSriXo;, àvaCa'oj, avot«, àpoTpiSv, àpa, Siatpeïv, evSoîo;, xupteueiv, (AStaoïSovat, irayi';, etc. Il y a donc 117 mots, qu'on ne trouve que dans Paul et les écrits de Luc. Il y a enfin 175 mots communs entre Paul, le m*' évangile et les Actes, ou Paul et l'un des deux (^crits de Luc ; ce qui montre bien l'aninité de la langue de ces deux écrivains. Matthieu a seulement 32 mots, qu'il a seul avec Paul; Marc, 22 mots; Jean 22 mots.

Cette affinité ressort encore davantage si l'on examine la phraséologie de leurs écrits. La plupart des tournures de phrase et des expressions déjà citées^ comme particulières à Paul et au III'^ évangile, se retrouvent dans les Actes : àvô' wv, àirô toû vïv, «tvê'oj tov Heo'v, IBol) ydlp, ti Trepi, xarà TrpÔ7o>Tcov ; en voici quelquesunes qui sont communes à Paul et aux Actes seulement : ô Xo'yoî toû Kuptou, ÎJéw tô> TçveûjxatTi, in\ TrXeTov, etc.

Nous retrouvons aussi d ins les Actes les doctrines caractéristiques des épîtres pauliniennes : l'action du Saint-Esprit, l'élection gratuite, l'universalisme du salut, la justification par la foi. « Sachez-le donc, hommes mes frères, dit Paul aux Juifs d'Antioche de Pisidie, que c'est par Jésus que la rémission des péchés vous est annoncée, et que c'est par lui que tous ceux qui croient sont justifiés de toutes les choses dont vous n'avez pu être justifiés par la loi de Moïse », XIII, 38. Il faudra reconnaître que ces idées, développées plus

tard par Paul, ne sont dans les Actes qu'à l'état d'ébauche, telles qu'elles pouvaient être à leur naissance. Jésus-Clirist les avait enseignées, les apôtres les avaient répétées et Paul les systématisa et en tira les conséquences ultimes. Luc n"a emprunté à son maître que l'extérieur de la doctrine, si l'on peut parler ainsi. En d'autres termes, il l'a exprimée, sans l'approfondir, ce qu'il n'avait pas d'ailleurs à faire dans un écrit historique.

Mais cette connaissance de la théologie pauliniennc et cette parenté do langue avec les épitres ne peuvent provenir dune étude par laquelle l'auteur des Actes se serait assimilé les épîtres pauliniennes pour le fond et pour la forme, car nous démontrerons que lauteur des Actes n'a probablement pas connu les premières épîtres de Paul. Une conclusion s'impose donc : L'auteur du IIP évangile et des Actes a été un compagnon et un disciple qui a vécu longtemps dans la société de Paul. Cela était nécessaire pour qu'il se fût pénétré à ce point des doctrines et surtout de la terminologie el de la phraséologie pauliniennes.

On a cependant soutenu que l'auteur des Actes n'avai: pas été un compagnon de Paul; cette conclusion s'impose aux critiques qui rejettent au commencement du n" siècle la composition et la rédaction délinitive du livre des Actes. Nulle part, dit-on, il n'y est fait mention des épîtres de Paul et, assez souvent, il y a contradictio i entre celles-ci et le récit des Actes, Act. XV et Gai. IL Le portrait de Paul, tel qu'il ressort de ceux-ci, n'est pas semblable à celui que nous nous formons d'après les

épîlrcs. Nous avons déjà relevé et discuté * les princil)ales divergences que l'on signale entre les Actes et l'épître aux Galates, et nous en parlerons de nouveau plus tard. Celles qu'on pourrait encore présenter seront résolues plus loin quand nous étudierons la valeur historique des Actes, Observons seulement que, pour avoir une connaissance complète de saint Paul, on ne doit pas s'en tenir aux quelques épîtres que nous possédons de l'apôtre, épîtres de circonstance, écrits polémiques, présentant quelques aspects seulement de la personnalité de saint Paul, il faut tenir compte aussi des Actes, qui relatent d'autres circonstances do la vie de l'apôtre et complètent, par conséquent, l'idée que nous nous sommes faite de celui-ci, mais ne la modilient pas. Ilarnack a fait observer avec raison que les critiques ont fait Paul plus paulinien qu'il ne l'était en réalité ; Schurer vient d'adhérer à cette observation d<' Ilarnack-.

Malgré toutes les observations que l'on a pu faire, nous maintenons donc que Luc, l'auteur des Actes,

tait le compagnon de Paul.

Il était Grec. Bien que nous ayons constaté dans ses

crits des formes étrangères au grec classique, nous devons reconnaître qu'il était capable d'écrire en bon grec, témoin le prologue du IIP évangile et le journal de route. De plus, les termes classiques sont nombreux dans ses écrits. Enfin, il se montre très au courant, ainsi que nous le prouverons, de toutes les questions

Page 1