Haer. U, t. U, p
une très forte proportion par rapport au Nouveau Testament, qui n'en contient que 1.686. Relativement, cette épître en aurait quatre fois plus que les autres écrits du Nouveau Testament. La l-* épître en avait 62, ce qui constitue aussi une forte proportion. 9 mots se trouvent dans la II" épître pour la première fois : à)ta- TOtTcaoTOç, IfJiiïaiYiAOviq, i^s'pafia, xaudouffÔai, xuXtff|xa, ttutOTtâ^siv, Trapatppovia, Taprapouv, «j^guSoSiSaffxaXoç. Le vocabulaire de cette épître est donc assez particulier. Il renferme, en outre, bon nombre de mots d'usage poétique; Chase l'a qualifié d'ambitieux et d'artificiel \ Ce jugement est exagéré. Il a relevé aussi quelques propositions incorrectes, I, 5; II, 4; I, 12, mais il convient que nous ne connaissons pas assez la langue ordinaire de répoqu(> pour être affirmatif à ce sujet. Les particules de liaison sont rares dans cette épître et peu variées ; y«P, Sia, àXX«, s'y rencontrent souvent. Il y a de nombreuses répétitions de mots ; des phrases assez embrouillées.
On relève dans la IP épître un certain nombre d'expressions qui se retrouvent dans la P« épître : x.s'piî u^v xa\ elpTivïi 7cXr,9uv6gtri ; irapà 0g(o IjcXextoç; to ôeXyijxa xoû 0eou; offfuiXoixal o[[jLtii[xïiTo;, etc. Cf. Il Pr. I, 3 = 1 Pn. I. 15; Il Pr. I.IO = IPn. 11,4, 9; etc. 100 mots sont communs aux deux épîtres : à'^aitôna, à^fa-nritôiif aSixo;, «îwv, àvasTpéçoixai, àvajTpotfr^, àircJOeaiî, àper>l, aairiXoç, TtopaSi5u)|it irXavâo- [jiai, irpoYivwffxu), TifAioç, ctc. Un des caractères les plus particuliers de ces deux écrits est l'habitude de répéter les mots ou les idées : II Pn. : péSaioç, I, 10, 19 ; ivexeeiori;,
1. HxsTiKcs, Dict. or the Bible, t. III. Second Ep. of Peler, p. 809. Edlnburgh.^OOO.
I, 17, 18; àTTotpsÛYeiv, 1, 4; II, 18, 20; îSôc, II, 2, 15, 21; f,(Aépa xpiffeco;, II, 9; III. 7; atoij^eTa xaudoufxeva, III, 10, 12, etc. = I Pr. : <x7roxaXu']/i(;, 1 , 7, 13 ; IV, 13 ; V, 1 ; &Tcaxoii, I, 2, 14, 22; ).iôo!: ÇÔiv, II, 4, 5; xaxoicoiô;, II, 12, 14; III, 16; IV, 15; Si' àvastotaew; 'Jr,ffou XpiaTou, 1,3; III, 21, etc. Celte similitude de facture est importante à relever, car elle provient de la mentalité même de l'auteur et ne dépend pas de lliabitude d'un secrétaire. Elle indique le même auteur pour les deux opîtres.
D'autre part, on compte 369 mots qui sont dans la 1'" épître et qui ne sont pas dans la II' , et 230 qui sont dans la II" et qui ne sont pas dans la I". Il y a donc 599 mots non communs contre 100 qui sont communs entre ces deuxépîtres. Pour exprimer les mêmes idées les termes sont différents; le second avènement du Seigneur est appelé à7roxàXw}/iç dans la I""* épître et Tuapouffi'a dans la 11^. Les termes exprimant de bonnes ou de mauvaises qualités, sont différents. On compte 31 citations de l'Ancien Testament dans la I" épître et 5 seulement dans la II".
D'une comparaison grammaticale et littéraire des deux épîtres il résulte que le style de la I""" est plus clair, plus simple, plus noble que celui de la II", dont le style est plus animé, plus énergique, plus véhément, plus emphatique, mais il n'y a pas entre les deux do différence essentielle. Les deux emploient de même manière l'article, le génitif absolu, les cas, les verbes , l'accusatif, les prépositions accumulées. Dans les clausules finales la II" épître emploie régulièrement le subjonctif avec ?v«, tandis qu'une fois la I" épître a le
futur indicatif. D'ailleurs la l'^ épître n'est pas exempte (le ces ambiguïtés et de ces constructions difficiles quon reproche à la IP; cf. II, 2; III, 6; 20, 21, etc.
Le Père Dillenseger ^ présente ainsi l'état des choses : « Si la langue des deux épîtres diffère, la manière de penser et de composer est la même. Il y a des hébraïsmes de part et d'autre; de part et d'autre, on aime les idées abstraites, les répétitions de pensées et de mots. On remarque dans les deux écrits une égale difficulté d'arriver au sujet qu'on veut traiter. L'auteur louvoie tout autour, il s'en approche comme par cercles concentriques : ce n'est qu'après avoir longuement préparé le terrain qu'il montre enfin où il veut en venir. Dans la première épître, il y a 13 versets de préambule; dans la seconde, il y en a 12; et même, comme le sujet à traiter est singulièrement délicat, on ne l'abordera franchement qu'après le verset 21, c'est-à-dire au chapitre II. Il y aurait d'autres similitudes à relever, mais celles-là suffisent. Que si le texte de la II' est moins saturé de citations des Septante et de paroles du Seigneur, il est juste de convenir qu'il y en a encore plusieurs, et que cette différence peut tenir uniquement à la diversité des sujets. Un prédicateur, exhortant les fidèles à la patience ou à la charité, emploiera facilement 40 ou 50 citations scripturaires, tandis qu'il en trouvera fort peu pour stigmatiser telle ou telle erreur moderne. — M. B. Weiss [Studien u. Krit. : die Petrînische FragBy an. 1866) a pu dire avec raison que,
1. L'authenticité de la II' Pétri. Mélanf/es de la Faculté orientale (Univeraité (le Saint Joseph), p. 1!«, Beyrouth, 1907.
DEUXIEME EPITRE DE SAINT PIERRE. 30t
parmi les écrits du Nouveau Testament, aucun ne ressemble autant à la I* que la If* Pet. Et comme, par ailleurs, cette ressemblance porte sur le fond même des deux écrits sur la manière de penser, sur l'ordre et l'cnchaînement des idées : en un mot, sur ce qu'il y a de plus intime et de plus personnel dans l'écrivain, la meilleure solution est encore celle de saint Jérôme, expliquant les différences par l'emploi de différents secrétaires. Seulement saint Pierre aurait exprimé en hébreu ce qu'il voulait dire à ses lecteurs, et deux néochrétiens de ses disciples se seraient chargés d'habiller en grec la lettre de l'apôtre. Mais, tandis que le « Silvanus » de la h (cf. 5^^) était un helléniste plus habile, le « ouYïP*?^"? " ^^ ï* ÏI" l'était moins. Cette solution ne suppose point, d'ailleurs, que saint Pierre ne savait pas le grec; mais, entre parler une langue et l'écrire, il y a une distinction facile et même nécessaire. »
2, Observations contre l'authenticité de la JP èpitre de Pierre. — On s'est étonné tout d'abord de rencontrer dans cette épître des phrases qui, moyennant de légères transformations, formaient des vers iambiques :
II, 1 : tÔv i.fo^iav.'tiai Seaitoxiriv ipvoû[AEyo( II, 3 : 7tX«ffToTffiv Ojjiaç l{jiTropEÛffovTa(i Xô'^oiç.
Cf. II, 4. Il paraîtrait qu'il y eut, à celle époque, des Juifs, très habiles dans la versification iambique. D'ailleurs, il ne serait pas difficile de trouver dans un écrit quelconque des propositions dont on ferait un vers.
On a soutenu que les expressions : Taaav ffirouS">,v
-rtapsiffcpspetv, I, 5 et Ge(« Suvajxiç étaient d'époque tardive. Or. Deissmanu a cité le décret de Stralonice de Carie, de l'an 22 après Jésus-Christ, où l'on trouve ces deux expressions, ôeta Sûvafjiiç que l'on qualifie d'expression philosophique a un analogue dans le Nouveau Testament : ^ Sûvaai; tou ^soû, Mt. XXII, 29; Me. XII, 24; Le. XXII, 69, etc. L'adjectif ôsïoç est classique.
Harnack, Jûlicher, von Soden, Holtzmann, ont soutenu que la phrase : iva y"^'^- Ô£'«« xoivwvoi tpuoewç, I, 4, était une expression théologique, influencée par la philosophie grecque, par conséquent d'époque tardive. Or, Oei'a cpuaiç cst une expression que l'on trouve dans Diodore, Josèphe; de plus, la combinaison ôelaç xoivwvoi ^uaewç a ses analogues dans une inscription d' Antiochus I*"" de Commagène, milieu du premier siècle avant Jésus-Christ : «pussco; xoivwvsîv àvOptoTtt'vYiç; dans Philon et dans le Nouveau Testament, II Cor. I, 7; I Cor. X, 18, 20, etc. La doctrine qu'exprime cette proposition se retrouve à chaque page des épîtres pauliniennes. Nous sommes les frères de Jésus-Christ, les fils adoptifs de Dieu, Rom. VIII, 29-27; Gai. IV, 6, 7; Eph. I, 5; Jésus-Christ vit en nous. Gai. II, 20.
Il n'est pas possible, assurc-t-on, que l'apôlro Pierre ait connu toutes les épîtres de Paul, réunies en collection, et qu'il les ait regardées comme analogues aux écrits sacrés, ainsi qu'il ressort du chapitre 111, 15-16 de Tépîtrc. En fait, de ce texte il ressort seulement que l'auteur a connu certaines épîtres de saint Paul, et qu'il les compare aux autres Ecritures. Or, nous savons que les épîtres de Paul étaient très répandues
ot qu'on les avait en grande vénération. Pourquoi Tapôtre saint Pierre n'aurait-il pas attesté ces faits?
Au chapitre 111,2, les apôtres sont mis sur le même pied que les saints prophètes, et l'auteur en parle comme s'il n'avait pas été l'un d'eux. Observons que, (lès l'origine, les apôtres, choisis par Jésus-Christ, ont joui d'une grande autorité dans les communautés chrétiennes. De plus, est-ce que, parce qu'il dit à ses lecteurs : Rappelez-vous le commandement du Seigneur, enseigné par vos apôtres, il s'exclut par là même du nombre des apôtres?
Enfin, l'état de choses que flétrit si vigoureusement la deuxième épîtren'apu exister, dit-on, dans les premiers temps du christianisme. C'est au ii® siècle que nous retrouvons les faux docteurs, les moqueurs qui dénaturent les doctrines évangéliques, qui mettent en doute la parole du Seigneur, qui se livrent aux excès de la • liair. En réalité, il ressort des épîtres de saint Paul (juil y eut déjà du temps de celui-ci de faux docteurs qu'il a combattus, des gens qui ne croyaient pas à la [>arousie et d'autres qui vivaient dans le libertinage. N'est-ce pas à eux que l'apôtre fait allusion quand il (lit : Si les morts ne ressuscitent pas, mangeons et buvons, car demain nous mourrons, I Cor. XV, 32? Nous aurons à revenir sur cette question.
On s'étonne aussi que, si l'auteur était l'apôtre Pierre, il n'ait presque rien dit de Notre-Seigneur, qu'il se soit borné à une allusion à la transfiguration sur la montagne sainte. Mais était-il nécessaire qu'il retraçât la vie de Notre-Seigneur pour étayer ses con-
seils et ses avertissements? Il suffisait qu'il affirmât su qualité d'apôtre et sa dignité de témoin oculaire d'un des grands actes de la vie du Seigneur.
On objecte encore qu'il n'était pas convenable qu'un apôtre se servît d'écrits apocryphes. Or, on trouve dans l'épître des passages empruntés au livre d'Hénoch, à l'Assomption de Moïse, ou à des écrits du 11^ siècle, l'Apocalypse de Pierre. L'auteur a même copié un autre écrit, l'épître de Jude.
Les rapports avec le livre d'Hénoch nous paraissent assez douteux et nous les signalerons quand nous parlerons de l'épître de Jude. Rien ne prouve que l'auteur ait été inspiré par l'Assomption de Moïse dans l'allusion qu'il fait aux anges, II, 11. Quant aux emprunts à l'épître de Jude ils ne sont rien moins que certains el . le fussent-ils, on ne voit pas pourquoi l'apôtre Pierre n'aurait pas subi l'influence d'un autre écrit chrétien. On ne peut soutenir, en effet, qu'il ait copié littéralement celui-ci.
Examinons plus attentivement les rapports de l'épître avec l'Apocalypse de Pierre, car s'il était prouve que l'auteur se soit inspiré de cet apocryphe, écrit au plus tôt vers 150 après Jésus-Christ, il serait démontre par cela même qu'il n'a pu être l'apôtre Pierre. Voici les rapprochements que l'on a relevés :
II Pk. II, 1 ss. : èY^vovTO Se xal tJ/cuSoicpoçfjTai 2v T(})Xa<i>... otrive; Tiapciaâ^ovaiv alp^ott; àntoXcia;.
II, 2 : fil' oûe 1^ ô5ô« rfn ilrr Ottac pXa<T9r,|iT)6^(TeTat.
II, 21 : ti^jV ôôèv Tîj; fitxatooûvT);.
Apor. Pierre, I : Tro),Xoi â$ aù- TÔ)v Éffovtai «};£u5oiTpoip>5Tai... èxEÏvot Si ulol TTJ; &n(i>>.eta; yevififfovtat.