I. De Viris ill. V
baios; ou Lebbaios, qui a été appelé Thaddaios. 11 a été identifie avec Judc de Jacques de la liste apostolique de Luc. En outre, que Jude ait été apôtre, cela ressort du fait que Judc, non l'Iscariote, dit le IV" évangile, XII, 22, était parmi ceux qui ont pris part à la dernière cène, où ne se trouvaient que les apôtres.
On a soutenu que Jude, l'auteur de Tépître, n'avait pu être apôtre, puisqu'il était parent de Notre-Seigneur et que nous apprenons par le IV'' évangile que les parents du Seigneur lui étaient hostiles. En outre, Jude s'exclut lui-même du nombre des apôtres, quand il dit à ses lecteurs : Souvenez-vous des paroles qui ont été dites par les apôtres de Notre-Seigneur Jésus- Christ. Nous avons déjà répondu à ces deux observations.
On a encore fait remarquer qu'une épître où se trouve cité un écrit apocryphe et utilisé un autre apocryphe ne pouvaitavoirunapôtrepour auteur, et cela d'autant plus que ces livres n'avaient pas été rassemblés avant le commencement du ne siècle. Examinons brièvement les rapports de l'épître avec le livre d'Hénoch et l'Assomption de Moïse. La citation d'Hénoch, I, 9, qui est faite aux f 14, 15, est presque textuelle : Mais aussi, dit llénoch, c'est pour eux qu'a prophétisé Hénoch, le septième depuis Adam, en disant :
Jd. : Voici qu'est venu \c Seigneur avec tes saintes myriades pour exercer le jugclaenl envers tous, pour reprocher à tous les irnpios les œuvres d'iniquité qu'ils ont commises
IIÉsoc» : Voici qu'il vient avec ses myriades et ses saints pour exercer le jugement envers tous et il détruira tous les iiupios ot il reprochera à toute chiiir toutes les œuvres
et toutes les paroles injurieuses qu'ont proférées contre lui les pécheurs impies.
d'iniquité qu'ils ont commises et les paroles injurieuses qu'ils ont proférées et toutes celles que les pécheurs impies ont proférées contre lui.
En d'autres passages, Judc paraît encore s'être inspiré du livre d'Hénoch; f 6, il parle comme Hénoch, X, 4, 12, des anges enchaînés dans les ténèbres, jusqu'au jour du jugement. Les astres errants, auxquels l'horreur des ténèbres est réservée pour l'éternité, f 13, rappellent : « les étoiles, qui roulent sur le feu, sont celles qui ont transgressé le commandement du Seigneur », XVIII, 15. Est-ce dans Hénoch, qui en parle tout au long, que Jude a appris la déchéance des anges, ^6? On a relevé aussi dans Jude et dans Hénoch des expressions analogues, des termes semblables.
Origène affirme, avons-nous déjà dit, que Jude, en parlant de la dispute de l'archange Michel avec le diable pour la possession du corps de Moïse, s'est souvenu de l'Ascension de Moïse. On a identifié aussi Jd. 3 = Ass. IV, 8; Jd. 12 = Ass. VH, 4; Jd. 16 = Ass. VII, 9, etc.
Nous pouvons admettre, quoique cela soit insufiisammcnt démontré, que Judo a utilisé le livre d'Hénoch et l'Assomption de Moïse ' , mais nous ne voyons pas pourquoi un apôtre ne se serait pas -souvenu des écrits contemporains. On n"a jamais refusé à un écrivain
\. Le livre qu'Origène appelle Ascension de Moïse est catalogué aujourd'hui sous le nom d'Assomption de Moïse. Cf. H. Cuaules, The Assumptionof Moses, p. 108, Loudon, 1897.
sacré la faculté d'utiliser des documents profanes ou de citer même des traditions qui n'étaient pas rappelées dans les Ecritures. Il suffit de se rappeler les allusions que font les livres des Rois ou saint Luc à l'emploi d'écrits antérieurs aux leurs. Paul a plusieiu-s fois emprunté des faits à la tradition rabbinique, I Cor. X, 4; Gai. III, 19; II Tim. III, 8; Héb. XI, 27.
Quant à soutenir que l'apôtre Jude n'a pu connaître des livres rassemblés ou écrits au ii'' siècle, cela est impossible, vu que l'on ne connaît pas exactement la date de l'Assomption de Moïse, Le livre a dû être écrit avant 70, après Jésus-Christ. Quant aux livres d'Hénoch rassemblés, si l'on veut, au ii'= siècle, ils ont été écrits pour la plupart avant l'ère chrétienne. Le chapitre I*', où se trouve le passage d'Hénoch, emprunt ('■ par saint Jude, ferait partie, d'après Fr. Martin ', d'un groupe de chapitres écrits vers le milieu du ii*' siècle avant Jésus-Christ.
Rien ne s'oppose donc à ce que l'épîtrc ait été écrilr par l'apôtre saint Jude, frère de saint Jacques. Nous avons une confirmation de cette attribution dans ce fait que l'auteur était un Juif familier avec l'Anciou Testament. Nous relèverons plus tard les cmprunls qu'il fait aux livres de la Bible, ainsi que les expn^ssions qui viennent de l'Ancien Testament ; signalons seulement quelques hébraïsmes grammaticaux : xpi'ui; pX«(Tçr|Utaç, To epyov àffeCït'a;, ôTriato (lapxôç, etc.