‹ Histoire des livres du Nouveau Testament (volume 4)Chapitre 75 sur 82 · Le Livre d'Hénoch, p. cxvii, Paris, lOtM · texte numérisé non relu

Le Livre d'Hénoch, p. cxvii, Paris, lOtM

'J 2. — Destinataires, occasion et but de l'épître.

Nous n'avons, sur ces diverses questions, aucune donnée certaine ; nous en sommes réduit à recourir pour les résoudre à des conjectures plus ou moins plausibles.

L'auteur envoie son épîtrc à ceux qui sont aimés en Dieu le Père et prédestinés à être appelés à Jésus- Christ \ par conséquent, à tous les chrétiens. Cependant, à cause des nombreuses ressemblances qui existent entre cette épîtrc et la seconde de saint Pierre, il est probable qu'il écrivait aux mêmes communautés chrétiennes auxquelles était adressée l'épître de saint I*ierre. Les destinataires étaient probablement des convertis du paganisme, familiers avec les doctrines et la terminologie pauliniennes. Ces mots de l'adresse : Toî; èv 0£Ô) Traxpl ii'fa-nr^tjLi^oiç, se retrouvent dans I Th. 1, 'i; 11 Th. II, 13. Les xXriroi, à qui l'auteur parle, rapl)ellent les lecteurs de Paul, appelés du même nom : Rom. I, 7; I Cor. I, 2. La doxologie finale a son analogue dans celles de Paul, Rom. XVI, 25; Eph. III, 20; Col. I, 22, etc. Les châtiments infligés à Israël sont donnés en exemple aux communautés chrétiennes par Judo, 5, 11, 16 et par Paul, I Cor. X, 1-13. En disant : ouTOÎ eifftv àîToSiopiCovTeç, <|;uy(^ixoi, irvEÛfjia firj ^/ovxeç, 19, lude ne pouvait être compris que de lecteurs connaissant la doctrine particulière de saint Paul sur la '^^j/r^ cl le TTvgîîiJia. Cf. aussi Jd. 20 = Col. II, 7.

D'autre part, les lecteurs devaient bien connaître

l'Ancien Testament, car il y est fait souvent allusion dans répître. Le Seigneur, après avoir sauvé le peuple de rÉgypte, fit périr de nouveau les incrédules, 5 = Nombr. XIV, 26-35. Les blasphémateurs sont entrés dans la voie de Gain ; ils se sont laissé entraîner par un salaire dans l'égarement de Balaam et ont trouv('' leur ruine dans la révolte de Coré, 11 = Gn. IV, 8; Nomb. XXXI, 16; XVI, 32. Jude fait aussi allusion aux villes de Sodome et de Gomorrhe, à Hénocli, le septième depuis Adam. Nous n'en conclurons pas cependant que les lecteurs étaient des Juifs convertis, car l'Ancien Testament était le livre saint des premiers chrétiens et il était souvent lu dans les communautés même composées de Gentils convertis.

Jude a écrit son épître pour mettre ses lecteurs en garde contre des hommes qui changeaient la grâce d( notre Dieu on dérèglement et niaient notre seul maîtr»> et Seigneur Jésus-Christ. Ces hommes souillent la chair, blasphèment ce qu'ils ignorent. Jude est donc obligé d'écrire afin d'exhorter ses lecteurs à lutter pour la foi qui a été définitivement transmise aux saints.

S 3. — Date et lieu de composition de l'épître.

Les critiques sont assez divisés sur l'époque où fut écrite l'épître de Jude ; elle l'aurait été vers l'an 65, 66 , d'après Cornely, Bclser; avant 70, d'après Arnaud. Bleek, Sticr, Wciss, Valroger; vers 70, d'après Drach; vers 80, d'après Crcdner, Ewald, Spilta;do 100 à 130. d'après Harnack ; après 130, d'après Schenkel; après

140, d'après Davidson, Vôlter. La date décomposition de cette épître dépend de l'opinion que l'on professe sur les hérétiques contre lesquels Jude a écrit. Or, en déterminant la date de la IP épître de Pierre, nous avons établi que les hérétiques auxquels il est fait allusion ont vécu dans la seconde moitié du i*' siècle. C'est donc à cette époque que fut écrite l'épître de Jude, puisque les hérétiques dont il parle sont ceux-là même dont il est question dans l'épître de Pierre.

D'après Jûlicher', les adversaires combattus par Judo ne sont pas des chrétiens vicieux et faibles de caractère, peut-être tombés pendant la persécution, 4, 16, encore moins des Juifs révolutionnaires, mais des Gnostiques antinomiens. Ils ne sont pas encore sortis de l'Eglise, 12, mais plutôt ils cherchent à en imposer et à exploiter la crédulité des autres par le moyen de visions, 16. Le f 19, où les hommes sont divisésen deux classes et, le mépris des pneumatiques pour les pyschiques, indiquent des Gnostiques. Leur antinomismc hyperpaulinien et leurs passions charnelles et contre nature sont aussi de caractère gnostique. Que nous voyions en eux des Carpocraticns ou des Archontiques ou des partisans d'une école disparue, nous ne pouvons les placer, dit-il, avant les épîtres pastorales et par conséquent ni l'épître de Jude non plus. (D'après Jûlicher les épîtres pastorales ont été écrites dans le premier quart du ii* siècle.) Par sa conception de la foi, l'auteur montre qu'il est un homme vivant au temps où

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