‹ Histoire des livres du Nouveau Testament (volume 4)Chapitre 77 sur 82 · NOUVEAU TESTAMENT. — III · texte numérisé non relu

NOUVEAU TESTAMENT. — III

papyrus et les tessons de vases nous ont fourni des échantillons nombreux de cet idiome. Déjà quelquesuns des mots qu'on avait crus nouveaux ont été trouvés dans les papyrus ou les inscriptions. Nâgeli, dans son Vocabulaire de Vapôtre Paul, en a relevé plusieurs. Milligan^ réduit à deux — 6eo8ioaxToç et aufx'puXéTYjç — les mots de la première épître aux Thessaloniciens que l'on trouve pour la première fois ; les autres sont dans Plutarque ou dans des inscriptions du temps. Remarquons qu'un certain nombre de ces mots du Nouveau Testament se retrouvent dans des inscriptions du x" ou du ii® siècle après J.-C, dans Josèphe, qui ne les ont certainement pas empruntés au Nouveau Testament, ex. : à[ji£Tavo7iToc, (jiaxeXXov, xp(va) TO Sixaiov, (juvaipto lo^ov, xeTpapysw, etc.

Deissmann^ affirme qu'il y a tout au plus 50 mots dt formation nouvelle sur les 5.000 que contient le Nouveau Testament, par conséquent 1 %. Tant qu'il n'est pas prouvé par les textes qu'un mot est de formation chrétienne, on doit le regarder comme un mot de l'usage courant. Voici quelques-uns des termes que l'on avait cru de la grécité biblique et que l'on a retrouvés dans les documents du temps : àXXoYevvi'ç, ovixôc xoxxivo;, l[t.a.xi^(ù, ^irrâvoixai, àcpiXdpYupoç, TrXripotpopew, (JuvavtiXa(x6dvofAat, (xva^âci), eÙTrpodWTréw, (xpy(nco(jjir)v, àvadTaxoto, Ttpoffxap- TfpTjfft;, èirt<JuvaYWY>l, SÎSwai èpYaai'av, i^a(io<; 6eo;, Oeoo uîdç, awTT^p, eCiaYYE'Xiov, iroTajjio^opriTOç. Le terme ^(pKiTiavô; a son

i. Si. PauFs Epistles lo the Thcssalonians, p. lu, London, 1908. «. New Testament Philology ; Expoaitor, p. 71, London, 1908.

analogue dans xaisaptavoç, aTreXsuôspoç Kupiou dans i-m- XeuOspoç KaiffapO!;.

On pourra faire le relevé exact des mots néotestamentaires qui n'ont pas encore été retrouvés dans les inscriptions et les papyrus quand auront paru en entier les notes lexicographiques dont Moulton et Milligan ont commencé la publication dans The Expositor, 1908. Ces notes seront très précieuses surtout pour établir que bon nombre de sens donnés à certains mots et que l'on croyait particuliers aux écrivains néotestamentaires se retrouvent dans les inscriptions : c^Yvor.fxot, au sens d'offense, erreur; «YY«pww, au sens de contraindre; àyvô;, pur pour le sacrifice ; iSeXcpo'ç, au sens de membre d'une même communauté religieuse; arpeaiç, secte religieuse ; à.uapTàvw, à[xapTi'«v fxeTavo'at ; àvaSéyoïxai, au sens d'accueillir ; àvaÔ£|*aTi'C(o, anathématiserausens biblique ; dvaxpt'vw, examiner au sens judiciaire ; oJvaaTpe'cpojiLai, se conduire;' «vatjTposp^ conduite ; àvarpéTro) oixou;. bouleverser les familles, etc. De son côté, Thieme en a relevé quelquesuns dans les inscriptions de Magnésie sur le Méandre : XetToupyéw; Sta'xovoç, ministre du culte; xaTà Trpo'aomov, parler en justice en présence de quelqu'un; <iuyy£v>Î;, compatriote. Il a trouvé aussi dans ces inscriptions antérieures au i» siècle des expressions propres au Nouveau Testament : àîià TrpoYovwv, i? t'wç toÎI Osou, «p/tepsiç x«l Yp«[xfAaTeïç, xaxà xh lOoç, (xvet'av TcoteTcrÔat, icotpe'xoixJi luaurov, (xerà Ttoldïi; 7rpo8w(*t'a;, [xstà orîtouSÇiç, uîôç Ôeoîi. On cite encore comme analogues à des textes du Nouveau Testament : <pu<TEtoç xoivtovetv àvôpa)7n'vr)ç, Qet'a SOvotfxi;, uaaav ottouS^ 7r«petacps'pstv. D'ailleurs, Deissmann avait déjà relevé dans

ses Bibelstudien eiNeueBibelstudien un grand nombre d'expressions analogues et il répète dans YEncyclopsedia biblica ^ que les mots suivants qu'on tenait pour bibliques ne le sont pas en réalité : àyaTrYi, (xxaTàYvo)(;Toç, àvTiXv^ixTrrtop, IXauov, Ivtoiriov, sodtpsfftoç, UCiiXaTOç, lepaTeutu, xaOapi'ÎJo), xupiaxôç, XeiTOupyixo;, "ko-^zioL, veotjiuTo;, ocpsiXi], uepi-

SÉ^lOV, O7C0 TTÉpUfft, -jrpOffeUy^Yl, TtUppâxTjÇ, fflTO(Jl£TpiOV, EVOVTIj

îppevoTïaTYiç, en tout vingt-deux mots. Le P. Prat- fait remarquer avec raison que plusieurs de ces termes étaient déjà connus par les Septante ou par Josèphe. 11 reste néanmoins que des sens donnés à ces mots par le Nouveau Testament, ont déjà été appliqués à ces mots dans la langue du temps.

Il résulte de ces relevés que le vocabulaire du Nouveau Testament, soit pour les mots et les expressions, soit pour le sens des mots, est à peu de choses près analogue à celui de la langue du temps. La seule différence que l'on doive constater est la signification spécifiquement chrétienne qui a été donnée à quelques termes : pâTCTiffi/a, oî ayioi, (X7toXuTpto<jt;, Sixaiocuvy], exXexTOt, eùayYÉXiov, TtiuTiç, aÔiCeiv, x«P'Ç; ^tc, OU à certaines expressions : P«ffiXeia tov/Oeou, Twvoùpavtov, àprov xXov, (XTtoÔEaOat t^v TraXaiov dtvôpwTTOv, ffuffTaupouoOai, ffuvôàTrxeffôai tw Xpiaxw, etc.

III. La grammaire du Nouveau TesUiment nous fournira des exemples analogues aux précédents. Ainsi, nous lisons, Jn. I, 14 : Nous avons contemplé sa gloire, oôçav ôjç (jLOvoYevoûç Ttapà uaxpoi; îtXiopY); /dpiTo;. On avait

1. Papyri, col. 3.';68, 1.ondon, l!K)i. CI. Licht vom Osten, p. -Mî. *. Papyrun bibliques, Piclioiiuuire ilc la Bible do Vicoiinoix, l. IV toi. 40!»2, l'aris, i!»08.

vainement essaye d'expliquer ce nominatif, TcX^ip/];. Or, les ostraka prouvent qu'à cette époque TrXi^pT];, dans la langue vulgaire, était indéclinable.

Examinons maintenant la question des sémitismes (hébraïsmes ou aramaïsmes) dans le Nouveau Testament. Il est d'usage de citer un grand nombre d'expressions grecques, que l'on qualifie d'hébraïsmes, parce qu'elles ont leurs analogues dans la langue hébraïque et qu'on ne les rencontrait pas dans les écrivains classiques ; quelques philologues, Deissmann, Moulton. "Sont d'avis que la plupart, sinon toutes, se retrouvent ou se retrouveront dans la langue du temps. Voici (|uelques-unes des constatations qu'ils ont faites. Des expressions qualifiées de sémitismes ont leurs analogues dans la langue du temps, telle qu'elle se présente dans les inscriptions et les papyrus. En outre, on les rencontre dans la grécité du moyen âge et dans le grec moderne. Or, il n'est pas à croire que ces expressions proviennent du Nouveau Testament. — Ce dernier argument ne nous paraît pas péremptoire, car on a constaté que la langue de la Bible avait exercé une influence profonde sur les langues modernes, sur le français ', par exemple, soit pour le sens des mots, soit pour les expressions.

L'hypothèse doit donc être prouvée surtout au moyen d'exemples empruntés aux documents de l'époque contemporaine du Nouveau Testament. En voici quelquesuns relevés par Deissmann et Moulton : xaôapoç (xtco tivoç

1. J. TuÉNEL, L'Ancien Testament et la langue française du moyen lige. Paris, 1004.

est dans Démosthène et les papyrus du Fayoûm; ^voua, au sens de personne, et? to ovojjia, dans les mêmes papyrus ; irouTv Tt èv Tto évofjLaTt tivo;, dans une inscription d'Assos de l'an 37 après J.-C. ; îSou, qui répond à un terme hébreu et à un araméen, est de sens classique. Les papyrus de Tebtunis, époque des Ptolémées, ont prouvé que le datif instrumental avec èv, Iv (xa/aipr), ev ^aêSw, n'était pas un hébraïsme. BXiireiv àizô se trouve dans un papyrus de l'an 41 après J.-C. ; eTvai avec eU dans une inscription de Priène, ii* siècle avant J.-C. Dans l'Apocalypse on a relevé de nombreuses constructions gram-' maticales, étrangères au grec et qu'on a qualifiées d'hébraïsmes. Or, d'après Moul ton \ les papyrus offrent de nombreux exemples de ces constructions. Signalons encore la répétition du même mot au sens distributif ou emphatique : Siio 8uo, ffuijnrodia avinzôata., qu'on retrouve dans le grec classique (Eschyle, Sophocle) et les papyrus de Tebtunis; elç, un, employé au sens ordinal, premier, est vulgaire, d'après Moulton, mais il ne donne pas d'exemple, sauf un texte de Josèphe où xpwxoç et eTç sont employés indistinctement. On croyait bien hôbraïquo l'emploi du nom au génitif pour remplacer l'adjectif : ôxpiTr,; -c^; àSixi'aç, lojuge dcTiniquité pour le juge inique; i-ni tcXoutou àSïiXoTirjTi, dans l'incertitude de la richesse pour la richesse incertaine ; iv xaivÔTrjTi î^toîîç, dans une nouveauté de vie pour dans une vie nouvelle, mais Moulton^ donne des expressions parallèles extraites de Sophocle ou des papyrus. Le renforcement de l'idée

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