Jb, V, n
que le rouleau sur les jeûnes (66-70 ap. J.-Ci), les lettres de Gamaliel, écrites aux Juifs de la Judée, de la Galilée et de Babylone, 110 après Jésus-Christ, étaient en araméen*.
Il ressort d'ailleurs de tous les témoignages anciens que les habitants de la Palestine, au temps de Jésus- Christ, parlaient Faraméen, qu'on appelait plus ordinairement le syriaque^. Actuellement on a réservé ce nom à Faraméen septentrional, celui d'Édesse, et on donne le nom d'araméen occidental à la langue que parlait Jésus-Christ. Cet araméen occidental n'était pas un jargon hébreu, comme on Fa dit quelquefois, mais bien une véritable langue, que nous avons vue très répandue aux ix-viii« siècles avant J.-C. 11 est possible qu'on Fait appelée l6paWi de ce fait que Faraméen parlé par les Juifs était altéré par l'introduction de mots hébreux, ou bien cette dénomination provient peut-être de ce qu'on voulait, par rapport au grec ou au latin, marquer que c'était la langue des Hébreux; I6p«ïax\ expression employée par les Grecs, signifiait donc simplement : langue des Hébreux.
2* Nous pouvons prouver par des textes que Jésus parlait Faraméen dans le dialecte de Galilée, différent de celui de Jérusalem par la prononciation indistincte des gutturales et une absorption telle des syllabes, que la signification des phrases ou des mots en devenait obscure pour un Juif de Jérusalem. On reconnaissait un Galiléen à la prononciation, Mt XXVI, 73. La Samaritaine, Jn IV, 9, reconnaît que Jésus était juif et cela probablement parce que, entre son dialecte et celui du Seigneur, il y avait des différences, tout au moins de prononciation.
i. Dalmann, op. cit.t p. 2-4.
S. Voir les textes dans Zahm, Einl, in doê Neuen Testament, I, p. 15. Leipzig, i890.
Les évangiles nous ont conservé quelques-unes des paroles du Seigneur. Prenant par la main la fille morte de Jaïr, Jésus lui dit : taXtOà xoujx, Me V, 41. Il guérit le sourd-muet par cette parole, 'E«p^a6a, Me VIT, 34. Sur la croix Jésus s'écrie : 'HXel, iikù, Xoifiià (^«î*^) (xa6otxeave(, Mt XXVII, 46, ou T.Xw{, IXwf, Me XV, 34. Op, ces quelques paroles sont de Faraméen. Lorsque Jésus parlait aux Samaritains, Jn IV, 7-43; Le XVII, 16, ou avec la femme syro-chananéenne , Mt XV, 22, il n'eut pas besoin d'interprète. C'est donc qu'il parlait araméen comme ses interlocuteurs.
On rencontre d'ailleurs dans les évangiles des membres de phrases et des mots araméens, ce qui prouve bien que Jésus parlait araméen et que la catéchèse primitive était dans celte langue. Les voici rangés d'après les écrits où on les rencontre : Mt III, 7, «papwatoç; IV, 10, «atavaç; V, 22, fxxdt, y/cvv»; VI, 24, jJuxfxwvS; ; XII, 24, B£«XÇ66<AX; XXI, dxxovvai; XXIII, 7, PaSSfi'; XXVI, 2, i:éir/y, XXVII, 33, roXYoÔS; Me III, 17, Bwviip^; VII, lî, xopSSv; VII, 34, i^ipaôà; X, 51, 'PotS^ouvi'; XIV, 36, A€6«. Le I, 15, aCxcpa. Jn I, 43, RrifSç; IV, 25, Mecffia;; V, 2, BijôeaSa; XIX, 13, ra6€«08E. Les noms propres, composés avec Bap : Bapa£SSc, BapOoXofjiatoc, B«pvTi^f^j^f BaptiovSy BotpvbcSx;, BapaafôSç, BaptifAoïtoç , sont araméens.
L'abondance des aramaïsmes, que nous retrouvons dans les évangiles, soit dans les récits, soit dans les paroles du Seigneur, prouvent encore que Jésus a parlé araméen et que les sources évangéliques étaient parlées ou écrites dans cette langue. En voici quelques-uns : Mt V, 24, IXOwv icpoatpepe; XXV, 27, A8àv faoîMdajjnrjv; Le XV, 25, lpx<{îA«voç ^YY'^ev; Mt XIII, 36, i«pelç Toùç 2)^Xou; âic^XOev; XXI, 17, xataXiirwv «utoÙç l^riXOev. L'emploi de ^ipÇato, ^pÊavto, avec un infinitif, sans que quoi que ce soit marque plus tard un développement
30 HISTCHRE DES UVRSS DU NOUVEAU TESTAMENT.
subséquent de Taction, est une des particularités de la langue des synoptiques. On trouve ce terme 12 fois dans Matthieu, 26 fois dans Marc, 26 fois dans Luc. Jésus remploie souvent : Mt XVIII, 24, 'ApÇajA^vou Si aOiou ouvaCpciv; Le XY, 14, aOtic ^p^aio Oatepelodat; XIII, 25, 36; XIV, 9,18, 29; XXI, 28, etc. Or, cette locution, inconnue à Fhébreu, est très usitée en araméen. Même observation à présenter sur l'emploi de euOuc et côO^hk, si fréquents dans les synoptiques. L'emploi de «Tv«i avec le participe est possible en hébreu, mais devient très fréquent en araméen ; les synoptiques Font souvent employé dans les récits.
Notre-Seigneur parlait donc araméen. Cette conclusion a permis à plusieurs exégètès, et en particulier à M. Dalman, d'expliquer certaines paroles de Notre- Seigneur en les ramenant à leur original araméen et en établissant la signification qu'avaient pour les auditeurs juifs des expressions telles que : le monde futur, la vie éternelle, le Père céleste, le fils de l'homme, le fils de Dieu, le Messie ^ etc.
3^ Jésus parlait araméen et la catéchèse primitive a été araméenne. En fut-il de même pour le premier évangile écrit et, pour préciser la question, les Logia, écrits par Matthieu, dont nous parle Papias, étaientils en hébreu ou en araméen? Il y a des tenants sérieux pour les deux hypothèses. Les uns croient qu'ils ont été rédigés en hébreu; les autres pensent qu'ils l'ont été en araméen. Voici en bref les arguments présentés.
1. Matthieu a écrit les Logia en hébreu. Papias le dit nettement : MatOaToc (aIv oov ISpafôt diaX6cT({) xà Xi^w ffuviYpdcij/aTo. D'après saint Irénée ^, Matthieu a écrit son
1. Dalman, Die Worte Jesu, I. Leipzig, 1898. S. EusÈBB, Hist. eecL Y, 8.
évangile aux Hébreux dans leur propre langue. Pantène aurait trouvé dans les Indes Tévangile de Matthieu, écrit en ^ESpaito^ yP*(M^^^^ ^ - Eusèbe affirme que Matthieu, prêchant aux Hébreux, leur délivra son évangile iraxpu^ Y^<*^^^- Epiphane dit que Tévangile de Matthieu a été écrit ISpaïotl xal l€patxo?c y^tiiiyLMi ^. Enfin, en plusieurs passages , saint Jérôme répète que Matthieu écrivit hebraeis litteris, hebraeo sermone. IjBS témoignages des écrivains ecclésiastiques sur ce point sont très nombreux; ils ont été rassemblés par Resch*, qui en relève vingt-huit. Et il est à remarquer que saint Jérôme a bien su nous dire que Tévangile des Hébreux : Chaldaico quidem syroque sermone sed Hebraicis litteris scriptum est. Il croyait donc que l'évangile de Matthieu était écrit en hébreu, lorsqu'il dit : edidit hebraeo sermone^. On en conclut que Matthieu, qui était un homme lettré, aurait écrit dans la langue employée en ce temps-là par les scribes pour renseignement, c'est-à-dire en hébreu modernisé, dont nous avons des exemples dans les livres talmudiques. Il en était de son évangile comme des livres de l'Ancien Testament; on lisait le texte hébreu et un interprète le traduisait en araméen. Il nous est parlé d'un Procope qui, vers Tan 300, interprétait en araméen, la langue du pays, t^ç tCv Supoiv (poov^ç. Mais il est probable qu'il traduisait du grec en araméen. En outre, si Ton examine de près certains textes ou expressions difficiles des évangiles, l'on se convaincra qu'ils supposent un texte primitif hébreu. Cette opinion déjà soutenue par Fr. Delitzsch* a été reprise et longue-