Annot. in tit.Matth
2. Histoire critique du texte du AT. T., p. 108. Rotterdam, 1689.
3. Neue Hypothèse ûber die Evangelisten aïs bloss menschliche Gesehichtschreiber betrachtet, 1778.
Tévangile primitif un choix si différent des faits et des enseignements. *
Eichhorn^ a développé cette hypothèse. Il admet un évangile primitif araméen, racontant la vie de Jésus depuis la prédication dô Jean-Baptiste jusqu'à la résurrection. Cet évangile fut, dès les premières années, modifié, à diverses reprises, sous sa forme araméenne ou sous sa forme grecque, par des changements, des additions ou des suppressions. De la combinaison de ces divers écrits sont issus nos évangiles synoptiques, les évangiles extracanoniques, le Diatessaron de Tatien, et c'est à eux que saint Justin a emprunté ses citations. Ce système n'a que la valeur d'une hypothèse, car il ne tient aucun compte des données de la tradition sur l'origine de Matthieu et de Marc.
Griesbach, dans un programme de 1783^ et dans deux autres programmes de 1789 et 1790^, a proposé une hypothèse très simple. Matthieu a écrit son évangile en grec, sans recourir à des sources, redisant simplement ce qu'il avait vu et entendu. Luc avait composé le sien en utilisant la tradition orale, encore vivante à son époque, et en se servant de l'écrit de Matthieu. Marc a abrégé Matthieu et Luc; il a retranché tout ce qui, dans les usages juifs, n'intéressait pas ses lecteurs, et expliqué ce qu'ils ne comprenaient pas. Il a entendu à Jérusalem des récits plus complets que ceux de Matthieu et de Luc, car il a des péricopes inconnues à ceux-ci; i^es additions cependant se réduisent à 24 versets.
Cette hypothèse ne tient compte ni des faits ni de la
1. Allg, Bibliothek der bib. Lit., V, 759; 1794; Einleitung in das Neue Testament, 1, 2« Auf. Leipzig, 1804.
8. Inquisitio in fontes unde evangelistae suas de resurrectione Domini narrationes hauserint, lena.
3. Commentatio qua Marci Evangelium totum Matthaei et Lucae cornmentariis decerptum esse monstratum, lena.
tradition. Griesbach refuse d'admettre que Matthieu a écrit en hébreu et que Marc a reproduit la prédication de saint Pierre; il déclare que tous les témoignages de la tradition sont des fables.Affirmation gratuite et ridicule. Marc ne peut être un abrégé de Matthieu, Luc, puisque, très souvent, il est plus complet qu'eux. Matthieu a certainement résumé plusieurs récits ; les discours seuls lui importaient. Luc a souvent agi de même. Dira-t-on que Marc a glané un trait, ici à Matthieu, là à Luc ; ce travail ne paraît guère conforme aux habitudes littéraires de ce temps-là; ensuite, où a-t-il glané les très nombreux détails qu'il est seul à rapporter?
Vers la même époque à peu près, Ilerder^ et Storr^ présentent une hypothèse nouvelle. Il y eut, tout d'abord, un ensemble de récits et de discours, fixés quoique non écrits, s'étendant du baptême de Jean à la résurrection de Jésus-Christ. Cet évangile primitif, qui servait de base à la prédication, était en araméen ; pour le reconstruire , on n'a qu'à réunir les sections que les synoptiques ont en commun. Transmis oralement par les catéchistes, tel qu'était Marc, il fut écrit par eux pour plus de commodité, et afin d'obvier aux défaillances de leur mémoire. Ainsi prirent naissance de nombreux évangiles privés. Marc nous a laissé le sien, lequel représente presque sans changement cette prédication primitive, née sous les yeux des premiers apôtres, Pierre, Jacques et Jean. Il l*a dopné en grec. Vers l'an 60 ou un peu plus tard, parut en Palestine sur la base de ce même évangile araméen primitif un autre évangile araméen plus complet, qui a survécu sous sa
1. Vom Erlôser der Menschen nach den drei ersten Evangelien, Riga, 1796; Von Gotte8 Sohn, der WellHeiland^ nach Johannes Evangelium, 17»7.
f. Ueber den Zvœck der evangelitchen Geschichte y Tûbingeu, 1796; De fonte Evangeliorum Matthaei et Lucae, Tùbingen, 1794.
forme araméenne dans l'évangile hébreu des Nazaréens, et, après 70, dans l'évangile grec de Matthieu, mais celui-ci modifié. Luc a utilisé non seulement l'évangile primitif araméen, qu'il a eu entre les mains, comme catéchiste, mais aussi les traditions, qu'il avait recueillies des témoins oculaires et auriculaires, et en plus l'évangile araméen plus complet, qui est devenu plus tard l'évangile de Matthieu. Herder ne pouvait dire si les évangélistes s'étaient servis les uns des autres. Storr affirmait la dépendance mutuelle; Marc aurait écrit la prédication de Pierre de bonne heure avant de partir de Jérusalem ; Matthieu ne se serait fait aucun scrupule d'utiliser ce travail pour son évangile, qu'il compléta par ses souvenirs personnels et en se plaçant à un point de vue spécial. Luc se serait servi de l'évangile de Marc, mais il n'aurait pas connu Matthieu.
Hug^ se prononce nettement pour la dépendance littéraire. Marc a utilisé Matthieu; Luc, Matthieu et Marc, et Jean les trois synoptiques; mais chacun d'eux a complété ses devanciers par des données qu'il avait obtenues d'ailleurs. Matthieu n'a pas eu de sources; il s'est servi des notes qu'il avait prises sur la vie et les enseignements de son maître. Dans quelle mesure Marc et Luc ont utilisé la tradition orale, on ne peut le dire. En tout cas, le témoignage unanime de la tradition, affirmant l'existence d'un évangile hébreu de Matthieu, est une fable scientifique. Hug est un critique catholique.
Gieseler ^proposa l'hypothèse de la tradition orale^ que nous exposerons plus loin.
Christian Baur^ émit une hypothèse, qui dépendait
1. Einleitung in die Schriften des Neuen Testaments, Stuttgart, 1808.
2. Histarisch'kritiker Versuchûber die Entstehung und die frûhesten Schiksale der schriftlichen Evangelien, Leipzig, 1M8.
3. Kritische Untersuchungen ûber die kanonischen Evangelien, TùbiDgen, 184T.
de son système général sur le caractère des premiers écrits chrétiens et sur l'histoire des i-ii® siècle ; nous en parlerons plus tard.
Schleiermacher ^ ouvrit une voie nouvelle, qui a été suivie par la plupart des critiques modernes. Il y eut, pensait-il, à l'origine un grand nombre de petits écrits, qui ont été le fondement de nos évangiles. Papias a conservé le souvenir de deux d'entre eux ; il n'a connu qu'un recueil de discours de Jésus, que Matthieu avait écrit en araméen, et de nombreuses traductions de ces Logia, qui nous ont été transmis par le Matthieu canonique et par les divers évangiles judéo-chrétiens; on les trouve dans Mt V-VIII; X; XIII, 1-52; XVIII; XXIII- XXV et dispersés en d'autres chapitres. Papias a connu un Marc moins complet que le nôtre, et surtout moins bien ordonné ; ce Marc a été la source du Marc canonique et de l'évangile de Pierre. Schleiermacher supposait donc un Matthieu et un Marc primitifs.
Les critiques postérieurs ont marché dans cette voie. Credner ^ cherche à établir que les Logia de Matthieu sont la base du Matthieu canonique, lequel aurait été écrit par un Palestinien à l'aide du Marc original et des Logia. Les notices de Marc, mentionnées par Papias, se sont perdues peu à peu, lorsqu'elles eurent été reproduites dans leur état actuel, c'est-à-dire comme évangile de Marc. Luc a combiné les Logia de Matthieu, Marc et d'autres narrateurs.
Weisse^ a découvert de nouveau, dit Holtzmann^,
1. Ueher die Schriften des Lucas , ein kritischer Versuch, Berlin, 1817; Ueber die Zeugnisse des Papias von unseren beiden ersten Evangelien, dans les Theol. Studien und Kritiken, 1833, p. 735-768. Gotha.