‹ Histoire des livres du Nouveau TestamentChapitre 43 sur 99 · Encyclopœdia biblica^ t. H, col. 1845, London · texte numérisé non relu

Encyclopœdia biblica^ t. H, col. 1845, London

1. Remarquons tout d'abord que la prédication primitive a été araméenne; c'est donc en cette langue qu'elle a dû se fixer. Les ressemblances d'expressions dans nos évangiles grecs ne peuvent provenir d'une tradition orale araméenne. Plusieurs réponses peuvent être données à cette objection.

a) Les traducteurs grecs travaillaient sur un récit araméen à peu près identique, très simple d'ailleurs; ils ont donc pu se rencontrer pour un bon nombre d'expressions ; ils ont divergé cependant assez souvent pour des détails insignifiants, et aussi, parce que le mot araméen avait plusieurs équivalents grecs. Les différences peuvent provenir aussi de ce que certains catéchistes ont changé les expressions traditionnelles pour en donner de meilleures à leur avis ; de ce fait les catéchèses araméennes ont pu diverger. 11 est possible ainsi que les évangélistes aient entendu des prédications différentes. Resteraient inexplicables les nombreuses ressemblances littérales pour les paroles de Jésus, mais peut-être y a-t-il eu à l'origine chez les copistes une tendance à unifier principalement les sentences du Seigneur.

b) 11 est possible aussi qu'il y ait eu, dès l'origine, une catéchèse grecque, -prêchée aux nombreux Juifs hellénistes, qui ne comprenaient pas l'araméen; il y en avait même à Jérusalem, où ils possédaient leurs synagogues particulières. Les Actes, VI, 9, parlent des synagogues des Affranchis, des Cyrénéens et des Alexandrins. Cette catéchèse grecque, reproduction plus ou moins fidèle de la catéchèse araméenne, serait la source de nos synoptiques. Nous savons que Marc était l'interprète de saint Pierre, et qu'il écrivit en grec la prédication de son Maître. Les ressemblances d'expressions proviennent de ce que l'on a dû faire effort pour donner un texte pour ainsi dire officiel, et aussi

(lu fait que les premiers prédicateurs, n'étant pas familiers avec la langue grecque, ont dû être très limités dans le choix de leurs expressions et dans l'emploi des tournures. Remarquons cependant que, si Ton suppose une catéchèse orale grecque, il faut en admettre une autre araméenne, source des Logia araméens de Matthieu, base du premier évangile. Mais, étant donnés les rapports intimes du premier évangile et des deux autres, il faudrait supposer un accord presque complet entre les deux catéchèses pour le fond et pour la forme. 2. Cette hypothèse n'explique pas pourquoi les trois évangélistes ont, parmi le grand nombre de miracles et de paroles du Seigneur, choisi à peu près les mêmes. Saint Jean, XXI, 25, nous affirme que Jésus a fait encore beaucoup d'autres choses que celles qu'il vient de raconter ; si on les rapportait en détail, il ne pense pas, dit-il, que le monde même pût contenir les livres qu'on en écrirait. Faisons la part de l'exagération orientale, il n'en reste pas moins vrai qu'un grand nombre des actions de Jésus : voyages, miracles, discours, ne se trouvent pas dans nos évangiles. Les synoptiques eux-mêmes nous laissent entrevoir qu'ils ne contiennent qu'une partie de la vie du Seigneur. Les villes de Chorazin et de Bethsaïda sont anathématisées par Jésus, parce qu'elles n'ont pas cru, malgré les miracles et les prodiges accomplis dans ces villes, Mt XI, 21; Le X, 12; or, les évangélistes ne racontent aucun de ces miracles. Les synoptiques ne rapportent aucun fait attestant un ministère de Jésus en Judée, avant la semaine qui a précédé sa mort, ministère qui nous est connu par l'évangile de saint Jean, II, 14-25 ; V, 1-47: VIII, 14-X, 39. Enfin, la preuve évidente que les synoptiques ont omis même des faits importants de la vie du Seigneur, c'est que le quatrième évangile en contient plusieurs que l'on s'attendrait à trouver dans

les synoptiques, étant donné le retentissement qu'ils ont eu, par exemple, la guérison de Taveugle-né, la résurrection de Lazare. Somme toute, les synoptiques n'ont rapporté que ce qui concernait le ministère de Jésus en Galilée et son dernier voyage à Jérusalem, Dans ces conditions, comment expliquer qu'ils aient, au milieu de cette masse de faits et, par conséquent, de récits, choisi les mêmes, s'ils puisaient dans la tradition orale, indépendamment les uns des autres? On comprendrait qu'ils continssent quelques récits analogues, mais comment, relatant si peu de récits, ont-ils pu cependant relater les mêmes à quelques exceptions près? Nous ne voyons pas très bien, à dire vrai, pourquoi les synoptiques ont choisi dans la tradition orale à peu près les mêmes récits; cependant, nous remarquons le fait suivant. Saint Jean, qui a écrit après les synoptiques, et qui devait connaître ceux-ci, relate des faits que les synoptiques n'avaient pas rapportés; mais, en somme, ceux-ci sont en très petit nombre. Si nous étudions la littérature post-apostolique et même les écrits du milieu du ii® siècle, ceux de Justin, par exemple, en un temps où, au dire de Papias, la tradition orale était encore vivante et, par conséquent, pouvait avoir conservé un grand nombre des actions et des discours du Seigneur, nous constatons que, à part quelques détails insignifiants, elle ne nous apprend rien que nous ne connaissions par les synoptiques. Que faut-il en conclure? sinon que, malgré le grand nombre des actions du Seigneur et les récits qui en ont pu être faits, ce dont nous n'avons aucune preuve, il est probable que la tradition orale s'est restreinte peu à peu, et assez rapidement, s'accordant sur un petit nombre de récits topiques, laissant tomber les autres en oubli, si du moins ces récits ont jamais existé. Et, comme d'ailleurs les synoptiques n'ont été écrits qu'assez tar-

divement, l'on comprend que leurs auteurs n'aient connu que ce qui restait de la prédication primitive. Il est possible aussi que la prédication officielle ait été réduite à ce choix de récits et de discours ; le reste, laissé à la mémoire privée, se perdit bientôt.

Les sentences de Jésus, récemment découvertes à Behnesa et publiées par MM. Grenfell et HuntS celles qui nous ont été conservées dans les évangiles extracanoniques des Hébreux, des Égyptiens, des Ébionites, et celles qu'a rassemblées Resch^, sentences presque toutes inconnues à nos évangiles canoniques, et dont quelques-unes semblent pourtant authentiques, les fragments évangéliques, mis au jour depuis peu, évangile de Pierre, évangile copte ^, etc. indiquent l'existence d'une tradition évangélique, parallèle à la tradition canonique. Restées à l'état indépendant ou consignées dans les évangiles locaux, que l'Église a finalement rejetés, ces sentences se sont perdues, l'autorité ecclésiastique n'ayant pas pris soin de les conserver. Il en a été de même pour les évangiles susmentionnés, dont quelques-uns d'ailleurs avaient des tendances hérétiques.

3. L'ordre des récits soulève une autre difficulté contre l'hypothèse de la tradition orale. Les trois synoptiques rangent les récits dans un même ordre général, puis diffèrent dans l'ordre de diverses péricopes, ou s'accordent assez souvent deux à deux seulement. Comment n'ont-ils pas suivi le même ordre, s'ils reproduisent la même tradition? — Voici, dans cette hypothèse, quelle a pu être la raison d'être de l'accord et du dé-

1. AOriA IHSOr, Sayings of Our Lord, edited by Grenfell and Hlnt, London, 1897. New. Sayings of Jésus and Fragments of a Gospely edited by Grenfell and Hunt, London, 4904.

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