Resch, Agrapha, Leipzig
3. Neulestamentliche Apokryphen, herausgegeben von E. Hejïnecke» Tùbingen, 190*, p. 7-43.
saccord dans les sections. Il y a des groupes de récits qui se suivent dans les trois synoptiques, mais il y a aussi variation dans Tordre de ces groupes. Ceci peut faire supposer que certains récits s'agglomérèrent dès l'origine, principalement ceux qui traitaient des sujets semblables, miracles, paraboles, discussions sur la Loi, ou qui se rapportaient à un même lieu ou à un même jour, et ces récits étaient répétés ensemble. Les synoptiques ont inséré ces groupes de récits dans leur travail sans les disloquer. Mais comme Ton ne connaissait pas l'ordre chronologique de ces groupes, et que l'on s'en préoccupait peu, il arriva qu'ils furent rangés différemment dans les trois synoptiques. Constatons cependant que, soit les agglomérations de récits, soit les récits dans les agglomérations suivent visiblement l'ordre des faits, et, lorsqu'il y a divergence d'ordre, on en voit assez souvent la raison; c'est, d'ordinaire, l'évangéliste qui, pour atteindre le but qu'il se proposait, a modifié l'ordre des récits.
4. Incertitude du texte de la catéchèse primitive. On reconnaît que l'enseignement oral aurait pu conserver fidèlement un texte fixé; ce que l'on conteste, c'est que le texte évangélique ait jamais été fixé, même à l'origine. S'il l'avait été, comment expliquer les nombreuses variations dans les récits ou dans les discours du Seigneur? Elles sont trop nombreuses et trop importantes pour supposer qu'il y ait jamais eu une catéchèse primitive unique. Comment surtout expliquer les variantes dans les paroles du Seigneur, qui auraient dû être fidèlement conservées? Nous pourrions citer les variantes de la prière dominicale, où Luc, XXII, 42, omet des passages importants : yjpiwv ô £v toî; oùpavot; ; ysvïiOtotw to OéXyiuà cou; àç Iv oupavbî xai Itci y^Îç; àXXà puaai fjjAaç àith xoîi Ttovy,pou. Une demande même est présentée différemment chez les deux évangélistes.
Mt, Et remets-nous nos dettes, comme, nous aussi, nous les avons remises à nos débiteurs.
Le, Et remets-nous nos péchés, car nous-mêmes aussi nous remettons à quiconque nous doit.
Parmi les paroles du Seigneur celles par lesquelles il institua l'eucharistie sont certainement les plus importantes qui nous aient été transmises, et il semble bien qu'on aurait dû faire effort pour les conserver mot à mot. Or, nous avons déjà vu (p. 170) qu'elles étaient rapportées avec des variantes ou des additions assez importantes par Mt Me d'un côté, et Le Pl de l'autre. Et encore dans un de ces groupes l'accord n'est pas même parfait. Il ressort de ces observations, ou que la catéchèse primitive n'avait aucune fixité, ou qu'elle était multiple, et alors que devient l'argument tiré d'un enseignement stéréotypé retenu de mémoire? Il semble que, en fait, la mémoire des premiers auditeurs a été peu fidèle.
5. Dans l'hypothèse de la tradition orale et, par conséquent, de l'indépendance des évangiles par rapport les uns aux autres, comment expliquer qu'ils aient rapporté tous les trois des détails de peu d'importance qui auraient dû être oubliés plutôt que les paroles du Seigneur? Les phrases qui servent actuellement de transition d'une péricope à l'autre, ou ne devaient pas exister dans la catéchèse orale ou être très variables. Or, assez souvent, ces phrases d'introduction sont identiques chez les synoptiques. Ex. :
Mo I, 16 : Kal iza^ytù^ wapà ti^v OàXaffaav Tf|; FaXtXaCac eîSev JIt IV, 18 : icepiicaxcôv 8è wapà tV^v OaXadaav Tîi; roXiXaioiç eî8ev ôvo
Me £î(j.a>va xal *Av6{>lav tèv dtSeXçov
Mt àSeXçoî»; £({jia>va tôv Xe^opievov Ilécpov xal 'AvSpéav tôv àîeXçôv
Me £((j.a>vo; dljiçiêdiXXovtoïc Iv t^ ^xkéaa^, f,<Tav |àp
Mt aOToO pàXXovta; à(i.9ÎêXT]9Tpov el; tt^v OàXaaaav, rjaav y«P
Me àXsetc.
Mt àXeet;.
On pourrait dire que ces récits sont introduits de la même façon parce que, suivant des récits identiques chez les synoptiques, ils faisaient partie d'un groupe aggloméré. Cette observation, qui peut expliquer le cas précédent, et d'autres, où l'ordre des récits est le même chez les synoptiques, ne peut résoudre tous les cas. Ainsi elle ne s'applique pas au récit suivant qu'introduisent presque de la même façon Marc et Luc :
Me I, 21 : xal slaicopeuovtai el; Kaçotpvaoûpi
Le IV, 31 : xal xoiTvjXOev el; Kaçapvaoùji. ndXiv tt); FaXiXoica;
Me xal evOvi; toTc aà66aoiv elaeXOàv eIc t^v auvaYcoy^v xal é^T)- Le iSiSooxEV xal f^v StfiàoxtAV aÙToCi; èv toîc aàêêodiv xal è^-
Me itXfjffffovTo in,\ T^ 8i5a^ aOtoO.
Le «XiQaffovTO iiii t^ Siôax^ aÙToO.
L'ordre des récits n'est pas le même chez les deuiç synoptiques. Dans Marc, le récit suit l'appel des premiers disciples; dans Luc, il vient après la visite de Jésus à Nazareth.
On trouve aussi des transitions identiques chez les trois synoptiques avec des divergences caractéristiques, supposant une dépendance l'un de l'autre.
Me I, 32 : ô4/ta; Bï ysvoikhriz ots ë5y à -Î^Xio; êçepov irpèç avrôv. Mt vin, 16 : ài^iaç Bï Yevopiévyi; itpoariveyxay aOtc^).
Le IV, 40 : . fiuvovroç ôè tov i?|Xtoy ^iy^YO^ ^P^C aùrdv.
Il est 3ifficile de supposer que Marc ait connu deux récits différents, et emprunté à l'un la première expression, et à l'autre la seconde ; il est plus vraisemblable que Matthieu a emprunté à Marc la première expression et Luc la seconde.
D'autres fois, on ne voit pas pourquoi les trois synoptiques font la même observation, inutile d'ailleurs ou de peu de conséquence. Ainsi, Marc, XIV, 43, Mat-
thieu, XXVI, 47, Luc, XXII, 47, ajoutent au nom de Judas, qui vient trahir Jésus, cTç twv Swîexa, comme s'il était parlé de Judas pour la première fois. On comprend que, si la source écrite avait cette indication, les trois synoptiques l'aient reproduite, mais comment la tradition orale s'est-elle accordée à reproduire ce détail inutile dans un contexte identique ?
6. Nous avons un passage où il semble bien que les évangélistes font allusion à un texte écrit. Mt XXIV, 15, 16; Me XIII, 14, nous lisons : « Quand donc vous verrez établie dans le lieu saint l'abomination, cause de la désolation, dont parle le prophète Daniel (que celui qui lit y réfléchisse), alors que » etc. Nous avons là une réflexion de l'évangéliste, une glose écrite de la parole du Seigneur, car si cette parole venait de la tradition orale, il y aurait : « Que celui qui entend. » De plus, comment les deux évangélistes, s'ils ne travaillent pas sur un texte écrit, possédant déjà cette réflexion, ont-ils pu, ne l'ayant pas dans la tradition orale , s'accorder à l'insérer à la même place du discours?
7. Enfin, cette hypothèse suppose que la catéchèse apostolique est restée orale, et la principale raison qu'on en donne, c'est que, d'après l'usage du temps, on écrivait peu et que l'enseignement se transmettait de vive voix. Or, il est probable qu'on écrivait beaucoup plus qu'on ne le croit ; tous les hommes cultivés savaient écrire; en Palestine, il y avait des écoles et on devait y enseigner l'écriture. Ramsay * cite un fait qui prouve que l'écriture était plus répandue autrefois qu'on ne le pense. Au vi« siècle avant Jésus-Christ, des mercenaires grecs, carions et autres, remontèrent le Nil et, sur les statues colossales d'Abu Sim-