Commentée sont formés les Evangiles^ Paris
Le système de Zahn^ se rapproche beaucoup du précédent. Matthieu aurait écrit un évangile complet en araméen ; Marc l'aurait connu et s'en serait servi en Tabrégeant. Le traducteur de Matthieu aurait utilisé Marc, mais pour la forme seulement. Luc se serait servi de Marc et de sources secondaires ; il n'a pas connu Matthieu.
Pour Belser^, Matthieu a écrit le premier son évangile araméen ; il en fut donné une traduction grecque en 59-60. Marc dépend du Matthieu araméen et de la prédication de Pierre. Luc a utilisé Marc, Matthieu araméen et grec, ainsi que la tradition orale.
Le P. Bonaccorsi^ propose une hypothèse presque semblable, avec ces différences cependant que Luc se serait servi seulement indirectement de Matthieu, et que la traduction grecque de l'évangile de Matthieu dépendrait de Marc.
2** Observations sur Vhypothèse de la dépendance mutuelle. Elle ne peut être soutenue d'une façon absolue, car, quelle que soit la combinaison adoptée, il y a toujours des récits où l'un des évangélistes est indépendant de celui qui est, dit-on, sa source, puisqu'il est plus complet que celui-ci. En particulier, la combinaison : Matthieu Marc Luc, est difficile à admettre, puisque dans les parties communes entre Matthieu et Marc, tout au moins pour les sections qui précèdent le voyage de Jésus à Jérusalem, Marc contient un grand nombre de détails inconnus à Matthieu.
De plus, si cette hypothèse rend bien compte des ressemblances, il n'en est plus de même pour les divergences. Si un évangéliste a sous les yeux le texte d'un
1. Einleitung in dos Neue Testament, Leipzig, 1889. St. Einleitung in dos N. T., Freiburg, 19(M.
3. I treprimi Vangeli e la critica letteraria ossia la Questione sinottica, Monsa, 1904.
autre évangéliste, comment expliquera-t-on que tantôt il le reproduit textuellement, tantôt, dans la même phrase ou le même membre de phrase, il s'en affranchit quelquefois pour des détails de forme,* d'autres fois pour des changements d'idées ou de faits ? Comment admettre en outre qu'un évangéliste, ayant deux textes sous les yeux, emprunte tantôt à l'un tantôt à l'autre? Ce travail de marqueterie n'aurait jamais produit le récit vivant et animé qu'est l'évangile de jsaint Luc. Comment expliquer que Marc ait laissé de côté tant de belles paroles du Seigneur, qu'il lisait dans Matthieu, ou que Luc ait omis des parties aussi considérables de Matthieu, XIV, 22-XV, 39 et de Marc, VI, 45- VIII, 10, etc.? Peut-on croire que Luc a connu les deux premiers chapitres de Matthieu?
Enfin, on ne tient aucun compte dans cette hypothèse des données de la tradition sur l'origine de l'évangile de Marc. Papias affirme que celui-ci a pour source la prédication de Pierre. On a bien essayé de trouver des soutiens à cette hypothèse chez les Pères de l'Église ou chez les théologiens du moyen âge, mais, d'après Cornely * , on ferait dire à ces écrivains plus que leurs écrits ne comportent. La plupart disent seulement qu'un évangéliste a été plus long ou plus bref qu'un autre dans ses récits. Ceux qui affirment la mutuelle dépendance ne sont pas ici l'organe de la tradition, mais émettent un jugement littéraire. Rappelons que saint Jean Chrysostome a déclaré nettement que les évangélistes ne s'étaient pas servis les uns des autres.
Hsrpothèse documentaire.
Déjà, dans l'exposé chronologique, nous avons rencontré des systèmes qui supposaient des documents