Dos atteste Evangelium, Gdttingen
S'appuyant sur l'ouvrage de Weiss et sur celui de Wrede^ M. Loisy^ tente, lui aussi, de démontrer que l'évangile de Marc est, quant à la composition, une œuvre de seconde main, une compilation du même genre que celle de Matthieu ou de Luc, Voici quelques-unes des preuves qu'il a présentées et qui paraissent Iç plus convaincantes : La parole du Père céleste, au moment du baptême de Jésus, Me I, 11, « Tu es mon Fils bienaimé, en toi je me complais », paraît secondaire relativement à la leçon occidentale de Le III, 22 : « Tu es mon Fils, je t'ai engendré aujourd'hui », leçon qui correspond au sens primitif de l'événement relaté ici, à savoir la coni^écratiou messianique de Jésus. Mais nous ne voyons pas pourquoi les paroles du Père céleste n'auraient pas été telles que les rapportent les trois synoptiques. La leçon occidentale paraît être une reproduction entière du passage du Psaume II, 7, dont les autres témoins ont reproduit seulement les mots caractéristiques.
Le récit de la tentation dans Marc, dit encore M. Loisy, est un récit abrégé, qui suppose les récits plus développés de Matthieu, Luc. Pourquoi?
La parole : « Le sabbat est fait pour l'homme et non rhomme pour le sabbat », Me II, 27, 28, est doublée par la réflexion : « Si bien que le Fils de l'homme est maître du sabbat ». Il faut choisir entre les deux. Cela ne nous paraît pas nécessaire ; la seconde réflexion est le complément naturel de la première.
Ce qui est dit de la mission des douze et le discours qui s'y rapporte. Me VI, 7-13, est visiblement emprunté à la relation qui a servi de source à Matthieu, Luc. C'est possible, mais ce n'est pas démontré.
i. Das Messiasgeheimnis in den Evangelien, GôUingen, 1901. 3. Revue (^histoire et de littérature religieuse, Nov. 1903.
M. Loisy relève ensuite un arrangement défectueux dans l'ordre des récits, des diversités de provenance, des sentences qui ne paraissent pas à leur place, des compositions artificielles, comme les discours des paraboles, des récits symboliques ou destinés à présager ce qui était arrivé plus tard. Toutes ces observations ne portent qu'à la condition de voir dans nos évangiles et dans Marc en particulier un travail littéraire exécuté par un écrivain très habile, qui a eu de multiples intentions et qui a su les mener à bien. Or, il semble que les incertitudes, les incohérences que Ton relève dans son récit devraient plutôt faire supposer un écrivain malhabile, qui n'a pas essayé de faire œuvre d'historien, mais a voulu simplement reproduire des récits et des paroles qu'il avait entendus, et cela, au petit bonheur, sans se rendre compte ou même se demander si tout était bien à sa place.
SchmiedeP a relevé les sources multiples où les évangélistes auraient puisé et a discuté les principaux passages : Me IX, 33-42; Mt XVIII, 1-6; Le IX, 46-50; Me IV, 1-34; Mt XIII, 1-35; Le VIII, 4-18 où se traliit ce mélange de sources; la démonstration, trop subtile, nous a paru peu convaincante.
2. Observations sur V hypothèse documentaire, — Tenons-nous pour le moment à quelques observations générales sur l'hypothèse documentaire ; nous réservons les critiques de détail pour la discussion de l'hypothèse des deux documents.
L'hypothèse documentaire est basée sur l'existence d'évangiles ou de fragments d'évangiles, antérieurs aux évangiles canoniques. Saint Luc, I, 1, fait allusion à des récits évangéliques, antérieurs au sien, mais il ne dit pas s'en être servi pour son travail ; il semble plu-
i. Encyclopœdia biblica, Gospels^ col. 18G2, t. H, London, 1901.
HYPOTHÈSES SUR LA FORl^TION DES ÉVANGILES. 321
tôt les mettre de côté. Les écrivains ecclésiastiques mentionnent aussi des écrits évangéliques : évangile des Hébreux, évangile des Égyptiens, évangile de Pierre, etc., 'mais il est plus qu'improbable que ces évangiles aient été écrits avant les nôtres. En fait, rhypothèse repose sur une présomption, plausible, nous le reconnaissons, mais qui n'a que de faibles fondements historiques.
Il a existé un recueil évangélique araméen, Papias l'affirme; mais était-ce un évangile complet ou une collection de sentences? Il est difficile de le dire. Ce que nous ne nous expliquons pas, c'est que, si ce recueil a été réellement un évangile complet, il se soit perdu sans laisser aucune trace de son existence. Nous ne pensons pas en efifet qu'il soit cet évangile des Hébreux dont parle saint Jérôme.
Faut-il attribuer de l'importance à la parole de Celse, que rapporte Origène * : jifTa^ç^apatrouffi t^ iua^fyikio^ ix. TÎjç irpwTYjç Ypacp^ç, et en conclure que les chrétiens ont tiré d'un premier écrit l'évangile sous ses quatre formes? Celse paraît vouloir dire que les chrétiens dans leurs divers évangiles ont altéré ce qui avait été écrit en premier lieu.
Quelle que soit la valeur que l'on attribue à l'hypothèse documentaire, il est certain que des systèmes qui multiplient presque indéfiniment les sources, ne répondent pas à la réalité des faits. Comment imaginer des écrivains puisant tantôt ici, tantôt là, prenant à celui-ci une expression, à cet autre un détail ou une sentence, et finalement produisant un récit ordonné, qui se tient bien sous tous les rapports, dont la langue est la même d'un bout à l'autre, et dont les caractères historiques, doctrinaux, sont partout identiques?
i. Contra Celsum, II, 27.
Celte observation n'atteint pas l'hypothèse des deux documents, dont nous allons parler, parce que celle-ci suppose seulement que les évangélistes auraient travaillé, pour l'adapter à leur but, un seul texte primitif en l'abrégeant, ou en le corrigeant et le complétant à l'aide d'un autre document.
20 Hsrpothèse des deux documents :
Marc et les Logia.
Cette hypothèse s'appuie sur le témoignage de Papias, que nous avons discuté déjà. Matthieu a écrit en hébreu les Logia du Seigneur; Marc a écrit les choses dites et faites par le Seigneur. Ce sont les documents primitifs qu'auraient utilisés Matthieu et Luc. Il y a lieu de préciser les rapports de ceux-ci à ces documents primitifs, Marc et les Logia.
L — Marc, première source. — 1*^ Exposé, Les tenants de cette hypothèse établissent la priorité de Marc et l'usage qui en aurait été fait par Matthieu et Luc, en se basant 1, sur l'ordre des récits évangéliques ; 2, sur la langue des récits; 3, sur la présence dans Matthieu et Luc d'éléments secondaires par rapport à Marc.
1. Si nous adoptons l'ordre de Marc comme base nous expliquons facilement l'ordre des deux autres évangiles, tandis que si nous prenons comme base l'ordre de Matthieu, nous ne pouvons comprendre ni l'ordre de Marc ni celui de Luc; même difficulté si nous suivons l'ordre de Luc. C'est l'ordre de Marc qui trouble le moins l'ordre des récits. En effet, l'évangile de Marc peut être divisé en trois parties : I-III, 6, Marc et Luc suivent le même ordre; III, 7- VI, 13, Marc s'accorde pour l'ordre tantôt avec Matthieu, tantôt avec Luc; on voit d'ordinaire pourquoi ceux-ci n'ont pas suivi l'ordre de Marc; VI, 14-XVI, 8, Marc et Matthieu suivent le même ordre ; Luc s'en écarte quelquefois.
2. La langue de Marc comparée à celle des deux autres synoptiques prouve aussi la priorité de cet évangile. De l'analyse que nous avons faite il ressort que les mots que Marc a en commun avec l'un ou l'autre des synoptiques, sont beaucoup plus nombreux que ceux que Matthieu a en commun avec Luc. Ex. :
Guérison du lépreux : Hc i, 4<M5; Mt vui, 1-4; Le v, 12-16.
Gaérison du paralytique : Hc II, 1-12; Mt ix, 1-8; Le v, 17-26.
Sur le jeûne : Me ii, 18-22; Mt IX, 14-17 ; Le v, 27-32
La tempête apaisée : Me iv, 35-41 ; Mt viil , 18, 23-27 ; Le Viii, ^^25
COM
aux trois
COM
à Mc-Mt
COM
à Mc-Luc
COM
à Mt-Lc
De ce tableau il ressort que Marc est le terme moyen entre les synoptiques au point de vue de la langue. Cet argument, tiré du vocabulaire de Marc, comparé à celui de Matthieu et de Luc, sera développé dans le paragraphe suivant.
3* Matthieu et Luc ont des éléments secondaires par rapport à Marc. Voici comment on établit cette proposition :
A. — Matthieu est secondaire par rapport à Marc. Les exemples donnés comme preuve peuvent s'interpréter dans ce sens, mais ne sont pas concluants d'une telle façon qu'ils forcent l'adhésion. En voici un : Me X, 17, un jeune homme pose à Jésus une question en l'appelant ^idàffxaXe «YaOé, et Jésus lui répond : x( (jit XeYciç à^M^; oùôetç àyaOb? eî [a^i eTç 6 Osoç. Dans Mt XIX, 16, le jeune homme appelle Jésus seulement StSavxaXe, et la demande : ti à^f^^h itov^atù ?va ^^(w Çwiqv alwviov ; dyadov ici est au neutre, et Jésus lui répond : eTç I(jtiv ô àvaôoç,
parole qui s'accorde mal avec la demande du jeune homme, telle que la rapporte Matthieu, mais concorde avec la demande, telle qu'elle est posée dans Marc; elle est dans le plan de Marc et non dans celui de Matthieu.
L'étude littéraire comparée de Marc Matthieu fait mieux ressortir que Matthieu est secondaire par rapport à Marc. Matthieu est plus grec que Marc ; il supprime les hébraïsmes, et corrige les tournures difficiles; il est plus correct et plus idiomatique. Au lieu de xal il emploiera Bi : Mt XIII, 5 = Me IV, 5; IV, 18,22 =
XII, 1-8, ou bien Y«p, vuv, totc, l§ou, ce qui donne à la phrase une tournure plus grecque. Matthieu introduit sept fois dans le texte de Marc les particules 6 [lev... ô U, Dans l'introduction de la parabole du semeur, Marc, IV, 1, répète trois fois le mot 0«Xa<j<ja ; Matthieu, XIII, 1,2, le supprime une fois, où il était inutile, et le remplace une autre fois par à^ioko^. Signalons encore quelques autres corrections du texte de Marc par Matthieu. Au lieu de Me III, 28, uîoîç twv àvOpwirtov, Mt
XIII, 21, dira : av6pwitoiç ; Me XIII, 25, edovxai itiTtxovTeç = Mt XXIV, 29, iteaouvTai ; Me XIII, 25, al $uv«.aei« é Iv Toî; oùpavoîç = Mt XXIV, 29 : al Ôuvocuieiç twv oupavwv; Me VIII, 36, t( y^P àçe^eî avôpu)irov xepSr,ffai = Mt XVI, 26, Tt Y^P à:peXTfiôi5«Tai avOpcoïcoc Idév; Me, cpepeiv Tcpoç = Mt, icpoff:pép6iv.
En de nombreux passages, Matthieu adoucit la rudesse du style de Marc. Ainsi, au lieu de àXX' ou aXXot, Matthieu dira : irX^v oùx oXXa; Me, ?va iXôàv Ittiô^ç =Mt, aXXà IXôàv liciôeç; Me, to ôoYaxpiov jxou èr/oixioç iy(Ei = Mt, f, ÔuYaxTfip piou àpTi IteXeuTTiffev.
Souvent Matthieu, ainsi que Luc, ont ajouté le sujet que Marc ne donne pas : VIII, 4, 14; IX, 9, 19, 23, 39; XIII, 1, 34; IX, 8; XIX, 20, 22, etc. Ils ont le participe avec le verbe au mode personnel au lieu des deux ver-
HYPOTHÈSES SUR LA FORMATION DEé ÉVANGILES. 325
bes au mode personnel qu'emploie Marc. Ainsi Me, ^<j^«To XXI Xeyei =: Mt fj^j/ato Xgywv; Me, Ip-^ovrai xa\ ôewpsî xat Xeyct z= Mt, IXOwv x«t !5àv ^Xe^ev ; Me, ^pÇato àiroffTÉX- Xetv xa\ TrapTÎYYsiXev =: Mt, àTcwTeiXev irapa^ysiXaç, etc.
Que l'on compare encore Me III, 28 et Mt XII, 31; Me XI, 24 et Mt XXI, 22; Me XI, 29 et Mt XXI, 24 et l'on constatera que Matthieu a corrigé le style de Marc, et en a adouci les rudesses. Il l'a aussi rendu plus grammatical. Dans Me I, 29, le sujet est changé quatre fois, tandis qiie, dans le passage concordant de Mt VIII, 14, il reste le même dans toute la phrase. Les passages où Matthieu a rendu la phrase de Marc plus légère et plus alerte par des abréviations sont excessivement nombreux : Me I, 42 = Mt XIII, 3; Me IV, 37 = Mt VIII, 24; Me V, 15-17 = Mt VII, 34; Me VI, 27 = Mt XIV, 10; Me VI, 29 = Mt XIV, 12, etc.
B. — Luc est secondaire par rapport à Marc. La preuve en est fournie parles nombreux changements de style par lesquels Luc corrige le texte de Marc. Il remplace les mots de Marc par d'autres d'une meilleure grécité; par ex. : fxoSw; paroxeuo;, ifAïqv par oIXyjôwç, [xuXo; dvixoc par X{0o< [auXix^C, Soç par $ià$oç, Tpu{i.aXia ^acpiSoç par TpîjfiLa pcXovri;, xpàSaxTOv par xXtvyj, ucrcsprifftç par uffrsprjfxa, fAe^piç oS par l(oç, etc. Il traduit en grec les latinismes de Marc : xevcroç par cpopoç, <ppaYeXXouv par Tiai^euetv, xsvtuptcov par IxaTovTapxo;. Au lieu des mots indéterminés de Marc, Xéyeiv, Ipj^cdôai, Luc emploie les termes précis : IpcoTav, irapaYYsXXeiv, (pwvav. Au lieu du verbe simple, il se sert du composé : xaTaitiTrxeiv, SieYsipeiv, i$ép)^6J0ai, SiaSouvott, IÇaTçocTTsXXeiv. Il ajoute to devant des membres de phrases : ti tiç àv stri fte^Çwv; to rfç apa etri; to icw; «oToîç icapaiSw. Il remplace le sujet indéterminé, il, eux, par le sujet déterminé : VI, 3, 7, 9; VIII, 30, 46; XX, 19; IX, 11, etc. Il adoucit la rudesse des tournures de Marc : il remplace x«( par U; VI, 6-11; VIII, 22, 25 et
326 fflSTOÏRE DES LIVRES DU NOUVEAU TESTAMENT.
8 [ih aXXo fl^o par 8 jaIv Itepov iTepov ; IçsXOovtoç aÙTou uth^v- Tjqasv auTw par iÇeXôovTt auxÇ uiCTQVxriffev. Au lieu de deux verbes à un mode personnel, il emploie le participe avec le verbe au mode personnel : Me, ISrjXôev xa\ ÔTniX- Oev = Le, IÇeXôàv eTCopeuÔTf) ; Me, eTriiTTev xal icapexàXsi = Le, Tccffwv TrapexàXei, etc. Enfin, il est visible qu'en plusieurs passages, Luc abrège Marc.
De ces diverses constatations, il semble résulter que Matthieu et Luc ont corrigé le texte de Marc, par conséquent qu'ils sont secondaires par rapport à lui. Ils ont donc eu sous les yeux le Marc canonique ou un document analogue.
2° Discussion des faits qui appuient cette hypothèse de r usage de Marc par Matthieu et Luc ou qui linfirment, 1. Matthieu et Luc ont suivi, dit-on, le récit de Marc, chacun d'eux lui empruntant des détails, que l'autre a laissés de côté, et corrigeant son style. On pourrait faire l'hypothèse contraire et supposer que Marc est une harmonie de Matthieu et de Luc, que s'il a tous les détails que possède chacun d'eux en particulier, c'est qu'il a pris à l'un et à l'autre ces détails pour les insérer dans son travail. Davidson^ a soutenu cette hypothèse après Griesbach. Marc s'accorde verbalement tantôt avec Matthieu, tantôt avec Luc : Me I, 40-44; Mt VIII, 2-4; Le V, 12-16, etc. Ce procédé de travail ne parait guère être celui du temps, car l'époque apostolique ne nous offre rien de ce genre. Les harmonies de Tatien ou d'Ammonius ne sont pas exécutées d'après cette méthode. D'ailleurs, si l'on compare Marc avec Matthieu et Luc, on constate qu'il est tantôt plus complet qu'eux, tantôt moins.
En outre, si Marc a eu sous les yeux les évangiles de Matthieu et de Luc, comment expliquer qu'il a laissé de
1. An Introduction to the study of the New Testament^ 3« éd., p. 478, London, 1894.
côté un aussi grand nombre de faits et de discours du Seigneur, qui, cependant, convenaient bien à son but? On répond, il est vrai, qu'il a omis certaines paroles du Seigneur de parti pris. Ainsi, nous lisons dans Matthieu, X, 5, 6 : « N'allez pas, dit le Seigneur à ses disciples, dans les chemins des Gentils et n'entrez pas dans les villes des Samaritains, mais allez plutôt aux brebis perdues de la maison d'Israël » , pensée que Jésus- Christ reproduit encore dans sa réponse à la Chananéenne, XV, 24 : « Je n'ai été envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël. » Ces paroles si caractéristiques ont dû être laissées de côté par Marc, à cause de leur particularisme trop étroit. Ses lecteurs d'origine païenne auraient pu en être étonnés.
Remarquons d'ailleurs que, dans les sections parallèles, tout en étant presque aussi complet que Matthieu et Luc réunis, Marc laisse de côté tout ce qui est caractéristique de ces deux évangélistes, tant au point de vue de leur but que de leur façon de s'exprimer. Cette seule remarque suffit à prouver qu'il ne dépend pas de Matthieu et de Luc.
Si l'on veut se convaincre plus amplement que Marc n'a pas formé son texte à l'aide de celui de Matthieu et de Luc, l'on comparera, par exemple, le discours sur la parousie dans Me XIII, 5-32; Mt XXIV, 4-44; Le XXI, 8-37. Les ressemblances, principalement dans les paroles du Seigneur, sont nombreuses, mais les différences le sont tout autant. Marc ajoute des détails qui lui sont particuliers : xaxlvavti tou tspou ; il nomme les quatre disciples présents; il ajoute : pXeTreTe Ofi-eiç lauTouç. D'autre part, Matthieu et Luc ont chacun des détails qui ne sont pas dans Marc : xal tots (DcavSaXiaÔTÎ- ^ovTGtt TtoXXoi, xai {xicnidouaiv àXXi^Xouç, xal ttoXXoI ^j;£uSo7rpocp9i- Tai, et les f, 11 et 12. Il y a même des passages entiers qui sont dans Matthieu et Luc et qui sont absents de
Marc, ainsi : Mt XXIV, 26-28; Le XVII, 23, 24; Mt XXIV, 37-41; Le XVII, 26, 57, 35, 27. Il est donc impossible de croire que Marc dépende de Matthieu et Luc, Fhypothèse inverse est plus probable. Comme preuve décisive de cette conclusion, qu'on examine Me IX, 14-29; Mt XVII, 14-20; Le IX, 37-43, la guérison de l'enfant épileptique.
2. Marc possède de nombreux détails inconnus à Matthieu et à Luc. Est-il possible de supposer que les deux évangélistes, s'ils ont eu Marc sous les yeux, se soient accordés pour les laisser de côté, et laisser les mêmes? Si l'on admet que l'évangile de Marc est un travail de premier jet, populaire, et que ceux de Matthieu et de Luc soi;it des œuves littéraires, élaborées avec un but défini, on pourra entrevoir la raison d'être des omissions par Matthieu et Luc de certains détails de Marc. Un grand nombre de ces détails de Marc trahissent le témoin oculaire, qui dit ce qu'il a vu ou entendu, sans se préoccuper de l'effet produit sur des lecteurs qui, peut-être, ne seront plus de la même mentalité que lui; aussi, ces détails seront-ils supprimés par des écrivains subséquents pour diverses raisons, dont voici les principales.
Ces détails pouvaient être mal compris ou mal interprétés, parce qu'ils semblaient limiter le pouvoir de Jésus -Christ ou ï^elater des faits indignes de lui. Ainsi, dans Me I, 32, 34, Jésus guérit beaucoup, TToXXouç, de malades, qui lui sont amenés, tandis que dans Mt VIII, 16, il les guérit tous, iravTaç. Cf. Le IV^, 40. La constatation sera la même pour Me III, 10; Mt XII, 15; Le VI, 19. Dans Me VIII, 22-26, le miracle se fait peu à peu. Me III, 5, Jésus regarde les pharisiens avec colère, fAST* 6pY?ç, détail omis par Matthieu et Luc, probablement comme irrévérencieux pour la personne du Christ.
Certains de ces détails rabaissaient les apôtres. Me VI, 52, leurs cœurs (des disciples) étaient aveuglés : i\ xapSia ireTcwpwiJLsvYi. Cf. VIII, 17, 18. Me X, 35, ce sont les fils de Zébédée qui demandent à Jésus d'être assis à ses côtés, Tun à sa droite, l'autre à sa gauche, dans le royaume des cieux; dans Mt XX, 20, c'est leur mère qui fait la demande.
Quelques passages auraient pu étonner le lecteur. Me II, 27, cette parole : « Le sabbat a été fait pour l'homme et non l'homme pour le sabbat », aurait paru dure aux chrétiens palestiniens, lecteurs de Matthieu. La sentence. Me III, 29 : Ivoj^oç laxiv aîwviou à{jiapTTo- [kOLxo^j paraissant incompréhensible, a été omise par Matthieu et Luc. Dans Me VIII, 31 ; IX, 31 ; X, 34, il est dit que Jésus ressuscitera après trois jours : fxeTà Tpeîç^aépaç; dans les passages parallèles, Matthieu, XVI, 21; XVII, 22; XX, 19 et Luc, IX, 22; XVIII, 33, ont remplacé ces mots par TpiTi[i ^ifjtépa, le troisième jour, ce qui était plus conforme à la réalité. Matthieu, cependant, est témoin que telle a bien été la parole du Seigneur, puisque, XXVII, 63, il rapporte que les pharisiens disaient à Pilate : IxeTvo; 6 TrXàvo; eTirev en Çwv* (xsTà Tpetç ^(JtipQCç lYeipofxai.
Marc ajoute au récit des éclaircissements qui ne sont pas nécessaires, parce qu'ils ont été déjà donnés ou parce qu'ils ressortent nécessairement du contexte, I, 4, 7, 13; II, 18; III, 8; XV, 24, etc. Il ajoute même à la narration des détails, qu'on peut bien qualifier d'oiseux : III, 34; I, 19, 20, 29, 41; II, 15, III, 19, 20, 23, etc. On comprend très bien que Matthieu et Luc faisant un travail plus littéraire, et ayant un but déterminé, aient omis ces détails.
3. Il paraîtra cependant étonnant que Matthieu et Luc se soient accordés pour omettre les mêmes détails. Remarquons d'abord qu'écrivant dans le même but, à
savoir, d'instruire leurs lecteurs, ils pouvaient bien s'accorder pour rejeter ces détails que chacun d'eux, en particulier, regardait comme non nécessaires; mais il y a bon nombre de cas où tantôt Matthieu, tantôt Luc ont gardé le détail de Marc, qu'a omis l'autre synoptique; Matthieu, cependant, abrège davantage que Luc. Ex. Luc, V, 14, garde Trspi xaOapiffjxou; V, 21, xiç Ôuvaxat (îcpiévai àjxofpTiotç, et d'autres que Matthieu omet. Matthieu garde, XII, 48, Ti; laxiv i\ {i.rivr\p {aou; IX, 19, lirCôeiç T^jv ;^6îpa (jou, et d'autres que Luc omet.
On s'explique très bien encore que Matthieu et Luc, étant des écrivains, se soient accordés à corriger les mêmes incorrections de Marc. Ainsi, celui-ci a des expressions ou des mots obscurs, inusités, qu'ils omettent ou remplacent par d'autres; Marc, I, 34; XI, 16, a ^^lÊV, forme inusitée, que Luc remplace par eîa; Marc, II, 4, 9, 11, 12, a xpaêaTToç, terme vulgaire que Matthieu remplace par xXivv) et Luc par xXiv(Stov. Marc, II, a ImppaTTTei, mot inconnu; Matthieu et Luc ont im^iWei, Marc, V, 23, a ^eyojv ïva liriô^ç, construction difficile, évitée par Matthieu et Luc, etc., etc. Ceci confirme le fait déjà constaté, à savoir que Matthieu et Luc ont corrigé le style de Marc. Ils ont corrigé aussi les phrases. Dans plusieurs passages où Marc pratique l'asyndeton — absence de conjonctions ou de mots connectifs — Matthieu et Luc ont relié les propositions ou la phrase par des particules conjonctives. Ces diverses raisons permettent de supposer que, malgré les nombreux détails que Marc possède seul, c'est le deuxième évangile, tel que nous le possédons, que Matthieu et Luc ont utilisé.
4. On présente une autre difficulté à cette conclusion. Comment alors expliquer que, même pour les parties où Marc serait la source de Matthieu et Luc, ceux-ci possèdent ensemble des détails inconnus à
Marc? On a compté 240 passages où Matthieu s'accorde avec Luc contre Marc pour la manière de présenter les événements, et surtout par Temploi des mêmes termes. Voici les principaux: Mt XIII, 11; Le VIII, 10 : ôficîv SsôoTai yvcovai ta fxuffXT^pta, contre Me IV, 11 : ufxîv Tè [Aucm^piov ^eSoxai. Dans Mt XIV, 1; Le IX, 7, Hérode est appelé Texpàp^^Tiç, et dans Me VI, 14, paat- Xeu;; Mt XXVI, 75; Le XXII, 62 ont xal IÇeXOàv IÇw ïxXaucrev itixpwç, contre Me XIV, 72, liriêaXwv IxXaiev; Mt XXVII, 59; Le XXIII, 53, ont IvtxuXtiev aôxo, contre Me XV, 46, auxàv lveiXyi<j«v. Plusieurs hypothèses supplémentaires ont été présentées pour expliquer ces faits et quelques auti^es dans le système des deux documents.
A. — Ces leçons communes à Matthieu et à Luc contre Marc proviennent d'un Marc primitif, différent de contenu de notre Marc canonique. C'est la théorie de Holtzmann^ Voici comment elle a été exposée par Beyschlag^. D'après Papias, Marc écrivit les actions et les paroles du Seigneur, telles que les prêchait Pierre, mais sans ordre; c'étaient de simples notes. Il les combina ensuite avec une tradition galiléenne spéciale pour former un évangile primitif qui fut utilisé par Matthieu et Luc. Après la prise de Jérusalem, le Marc primitif fut retravaillé et devint notre Marc canonique. Il y a diverses couches dans celui-ci ; les unes sont plus anciennes que notre Matthieu grec, d'autres le sont moins ; les unes datent d'avant, les autres d'après la prise de Jérusalem.
Cette hypothèse d'un Marc primitif a été soutenue pour diverses raisons par d'autres critiques, Reuss^, en particidier. Celui-ci ne s'explique pas que, si Luc a