Die synoptische Frage^ Tûbingen
en date et que Thypothèse des deux documents y est présentée sous toutes ses faces. Voici les conclusions principales :
Evangile de saint Luc. — Luc est un écrivain de seconde et peut-être même de troisième main. Il a inséré presque tous les récits de Marc dans son évangile. Il connaissait cependant ceux qu'il a omis ; il les a laissés de côté pour éviter les doublets, ou parce qu'ils n'avaient aucune importance pour ses lecteurs, quelquefois, mais rarement, pour des raisons dogmatiques; c'est notre Marc canonique qu'il a eu sous les yeux ; il a quelquefois changé l'ordre des récits pour des raisons spéciales. Luc a retravaillé à fond le texte de Marc au point de vue de la langue. Il l'a commenté, complété, amélioré; il l'a combiné, assez rarement cependant, avec d'autres sources. Luc n'a pas connu Matthieu, et les discours qu'il a en commun avec lui, sont empruntés à la première rédaction des Logia. Il les a retouchés, mais dans un sens conservateur, à divers points de vue : adaptation à son propre grec, transposition des discours en récits, changements d'après les idées et les besoins du temps, amoindrissement, affaiblissement de la tendance légaliste et ébionite, exaltation de la dignité de la pauvreté et de la bienfaisance, mais dans un sens catholique. Nous n'avons l'ordre des Logia ni dans Matthieu, ni dans Luc, et il est impossible de le retrouver. Luc a encore utilisé d'autres sources, une ou plusieurs, où il a puisé de nombreuses sentences authentiques du Seigneur, des paraboles et des récits. Il s'est servi de leurs données avec la plus grande liberté ; il les a complétées, transformées, rangées suivant sa fantaisie; il en a retravaillé la langue, de sorte qu'il est impossible de reconstruire cette ou ces sources.
Évangile de saint Matthieu, — Le grand nombre des doublets qu'on relève dans cet évangile, ainsi que
les doubles citations de l'Ancien Testament, les paroles de Jésus, tantôt particularistes, X, 23, tantôt universalistes, XXIV, 29, tous ces faits prouvent qu'il a été composé d'après des sources d'origine différente. Le texte grec n'est pas une traduction d'un original araméen. Matthieu a connu Marc, et l'a pris comme fond de ses récits, en suivant à peu près le même ordre que lui, excepté pour les douze premiers chapitres. Cependant, il a combiné le récit de Marc avec d'autres sources ; il y a inséré des discours venant d'ailleurs. Il a profondément modifié le texte de Marc au point de vue de la langue, lui a donné une tournure plus grecque et a amélioré surtout les paroles du Seigneur au point de vue de la forme. Il a commenté, complété le texte de Marc, d'après ses propres réflexions, principalement pour des motifs d'érudition scripturaire ou de foi plus développée. Pour les discours il a eu un recueil, où ils étaient déjà développés ; il en a modifié la langue , tout en conservant le caractère judaïque de la source. Il a encore utilisé d'autres sources orales ou écrites, auxquelles il a fait subir des transformations, soit pour la langue, soit pour les idées. En résumé, l'évangile de Matthieu présente des caractères très nets ; il est scripturaire et théologique, tantôt particulariste et judaïque, tantôt universaliste et anti-judaïque; enfin, il est ecclésiastique.
Éçangile de saint Marc. — L'évangile de Marc n'est pas une œuvre provenant de sources écrites. Son auteur, Jean Marc , a reproduit ce qu'il avait appris de Pierre. Cependant, dans le XIII® chapitre, il a admis une apocalypse écrite plus ancienne. Il a toute la fraîcheur et l'aisance d'un premier narrateur. Il n'a aucune tendance propre, sinon celle des premiers chrétiens. Il cherche à démontrer que Jésus, malgré ses souffrances et sa mort, est le Messie et le fils de Dieu en toute
puissance. Ce qui le guide c'est l'impression du divin en Jésus.
Il serait trop long de faire le départ de ce qu'il y a de vrai ou de faux dans ces propositions ; ce que nous avons déjà dit suffira à l'exécution de ce triage. Bornons-nous à quelques observations dernières sur certains points de la théorie documentaire. Nous nous plaçons au point de vue des critiques qui l'ont soutenue.
Observations générales, — On affirme que nos évangiles canoniques, même Marc, présupposent des sources antérieures de diverse provenance, les unes principales, les autres supplémentaires. Dans ces conditions, puisque les auteurs de nos évangiles canoniques ont eu entre les mains des sources que nous n'avons plus, il est impossible de contrôler l'usage qu'ils en ont fait, et de déterminer ce qui est de formation secondaire ou primaire. On n'est donc plus obligé d'attribuer tel ou tel passage à Marc ou aux Logia ou à une des sources indiquées, et de supposer que l'évangéliste a modifié, amélioré, corrigé son texte, puisqu'on ignore s'il n'a pas pour l'appuyer une source particulière, ou même s'il ne s'est pas souvenu de détails ou de faits transmis oralement.
Les critiques libéraux doivent admettre une autre possibilité, à savoir que les évangélistes, même Marc, ont pu subir des altérations diverses, intentionnelles ou non, du fait des copistes ou de personnages autorisés. Les évangiles ont pu aussi dans la transcription réagir l'un sur l'autre.
Enfin, il est un fait constaté, c'est que nos trois évangiles synoptiques ont une tenue générale très une, pour le but qu'ils ont en vue, pour le style, pour la manière de présenter les faits. D'où il suit que leura auteurs ont remanié les documents dont ils se sont servis, oraux ou écrits ; dans ces conditions, comment
savoir à quel degré ils les ont remaniés et par conséquent comment retrouver ces documents ? Telles sont les observations dont les critiques ont à tenir compte. En résumé, les évangélistes ont eu des sources, mais il est impossible d'en établir le départ et, par conséquent, de faire un choix entre les données des évangiles canoniques.
Prétendues sources évangéliques.
Quelques savants. Bunsen ^ Seydel ^, Arthur Lillie ^ ont soutenu que les récits évangéliques dépendaient des légendes sur la vie du Bouddha. Seydel prétend que les similitudes suivantes démontrent cette origine bouddhique des évangiles : La présentation de Jésus au temple et celle du Bouddha enfant à l'ascète Asita; le jeûne de Jésus et celui du Bouddha; la préexistence de Jésus et du Bouddha dans le ciel ; l'épisode de Nathanaël et du figuier analogue à la légende de Farbre de la Bodhi ; la guérison de l'aveugle-né. On en signale d'autres encore : l'étoile des mages , le baptême de Jésus. Le Bouddha est, de même que Jésus, dieu et homme sans péché et omniscient. Enfin, on établit des rapprochements entre les enseignements de Jésus et la doctrine morale du Bouddha.
Etant donnée notre incompétence, nous ne discuterons pas ces questions. Observons seulement que les indianistes de profession, Oldenberg, Barth, Rhys Davids, Monier Williams, Hopkins ont tous nié celte dépendance des récits évangéliques à l'égard des lé-
i. TheAngel Messiah of Buddhists, Essenes and Christiansj LondoOt
2. Das Evangelium von Jesu in seinen VerhâUnissen zu Buddhascige und Buddhalehre, Leipzig, 4882. Die Buddhalegende und das Leben Jesu nach den Evangelien, Leipzig, 1884.
3. Buddhism in Christend'om or Jésus the Essene, London, 1885. The influence of Buddhism on primitive Christianity, LondoD, 1893.
gendes bouddhiques. Il suffît d'ailleurs de lire ces dernières pour se persuader qu'il est impossible que nos évangiles, si simples dans leur grandeur, proviennent des légendes extravagantes et souvent bouffonnes, qui forment le fond de la vie du Bouddha.
Nous renvoyons le lecteur qui désirerait de plus amples informations à l'ouvrage de M. Aiken^ où il trouvera démontré que tous les arguments employés pour combattre l'originalité des évangiles se ramènent à trois : ressemblances exagérées, anachronismes, fictions ^. En outre, il y a quelquefois des ressemblances dont les origines sont indépendantes. Ainsi, il a été raconté de plusieurs personnages qu'ils étaient nés d'une vierge, ou que leur génération était divine. Enfin, estil impossible que, par l'entremise des chrétiens convertis de la Parthie, de la Bactriane, de l'Inde, des récits relatifs à Jésus-Christ se soient glissés dans la légende du Bouddha »?
Hypothèse d'un seul document primitif.
Ce document peut être araméen ou grec ; les deux hypothèses ont été soutenues.
l"" Évangile original hébi^eu-araméen, — Nous avons déjà rencontré plusieurs fois des critiques postulant un évangile original hébreu ou araméen. Tout dernièrement, un savant allemand, Resch, a essayé de le reconstruire *. Il était, pense-t-il, en hébreu; son titre était Dibré leshoua; il contenait des récits et des discours. Cet évangile hébreu aurait commencé au ministère de Jean-Baptiste, et se serait terminé après l'As-