‹ Histoire des livres du Nouveau TestamentChapitre 69 sur 99 · Adv. Haer., I · texte numérisé non relu

Adv. Haer., I

rares, et ne viennent pas directement des œuvres de ces hérétiques, mais de l'ouvrage d'Hippolyte qui les leur attribue. Or, on sait que cet auteur est peu soucieux de précision. Son expression : il dit, en parlant de Basilide ou de Valentin ou d'un autre, signifie simplement que les tenants de cette hérésie, que ce soit Valentin ou un autre, disent. Par conséquent, son témoignage peut viser une source récente, peut-être de son temps.

Il serait possible de citer d'autres témoignages d'hérétiques du II® siècle, établissant qu'ils ont connu le premier évangile. Nous ne savons s'ils sont bien démonstratifs. Ceux qui voudraient les connaître pourront consulter sur ce point Hug^ et Tischendorf^.

Celse connaît des faits : les mages, le massacre des Innocents, la fuite en Egypte, que Matthieu seul raconte. N'a-t-il pu les apprendre par d'autres évangiles disparus? Il faudrait avoir le texte de Celse pour porter un jugement. Enfin, Tatien, vers 150-180, composa son Harmonie des quatre évangiles, où, par le texte que nous en avons, nous voyons qu'il avait entre les mains un texte de Matthieu, identique au nôtre, sauf quelques détails.

Vers cette époque, saint Irénée, nous l'avons vu, affirme nettement l'existence de l'évangile de Matthieu. 11 ne peut donc plus y avoir de doute sur l'existence, à la fin du II® siècle, de l'évangile de saint Matthieu.

4. EinL in die Schriften des N. T., p. 37-104. Stuttgart, 4821.

2. Wann wurden unsere Evangelien verfasst, p. 9-40. Leipzig, 486î».

§ 4. — Caractéristiques générales de révangile selon saint Matthieu.

Langue du premier évangile.

Saint Matthieu a employé 1475 mots environ, dont 137 sont des iizal XcY^fAsva, par rapport aux autres écrits du Nouveau Testament; 76 de ces i-Kal sont classiques; 21 se retrouvent dans les Septante, et 16 ont été employés pour la première fois par Matthieu, ^taxaOotpl^tw, paTToXoYCÎv, piaoTi^ç, eûvox^Çeiv, ÇtÇaviov, xaTaôeftaTiÇety, oÏKiaxoçy olxo^wiTOTTiç, àhyom^xia^ ôfjLoibtÇsiv, Tcapofjioialieiv, Tiuppa2^tv, acXTivtaCeoOotii araviaTui^ç, uicepTrspta^oDc, uTcàvoi^tc; 8 mots ont été employés pour la première fois par Matthieu et Marc, àcpe^pwv, Y^fJ^iÇsiv, xaTeÇouaiaÇeiv, xoX- Xuêian^ç, 8vixoç, ©paYeXXouv, ij/îu§o)^piaTOç, ^v/ioyf; 15 autres par Matthieu et un autre écrivain du Nouveau Testament, ixj^uvfffOai, ^Tciouaio;, xoXacpiÇeiv, fxaOYjTeueiv, àh'^om (XTOç, ô<peiX^ TcapaXuTixoç , ttiotixo;, TcaXiYY^veaia, 7rp(OTOxa6£- BploLf irpctiTOxXKjCa, «uvavàxetoOat, ouv^xaupouv, cudTrapavvetv, tpctYoç. Il est probable que ces mots étaient d'usage courant à Tépoque deTévangéliste.

Matthieu a un grand nombre d'expressions qui lui sont spéciales et qui donnent à son style une couleur très particulière. Il a employé 34 fois l'expression : BadiXeioe twv oupavwv, tandis que Marc et Luc ne l'ont jamais ; dans les passages parallèles, ils l'ont remplacée par BaatXs^a tou ôeou, que l'on trouve aussi 4 fois dans Matthieu; une fois sous la forme : fiaaiXtCa tou icaxprfç. La prédication du royaume des cieux est désignée par b XoYoç ou To eùaYYsXiov ttîç PaaiXtiaç. L'expression « le Père céleste » est employée vingt fois sous des formes diverses : 6 irdlryip ô èiroupavioc, ô oùpavioç, 6 Iv xolç oâpavoic. Les citations de l'Ancien Testament sont introduites par les formules : tva 7rXT)pw6îî xh frjôiv ôtto tou 6cou (tou xup(ou), 8ik

Tou irpocpiiTOu, ^Tcwç 7rXr,pa)65 to frjOev 5tà, tote litXrjpwÔY) to prfih Bik, TOUTO Si ^ov ysYOvev tva, o8tu>< y^P Y-YP^^^*^** ^*^> ï^" YpaTrrai, y^YP*^'^** Y*P> î^^^w; y^YP*'"**' Jérusalem, sous la forme grecque, *lTripo<roXu;jLa, et une fois sous la forme hébraïque, 'IrjpooaàXiQjx, est appelée ^ aYta iroXtç, ô 5y'<^<î T07COÇ, TTtJXiç Totî fx6Y«Xou padiXÉcoç. Pour déterminer un nom propre, Matthieu ajoute : ô "ktyo^yoç; sa formule de transition est : T0T6, 90 fois, ou aico totc ou xa\ lîou; sa formule d'introduction sera : tou Bï XptdTou ^ ^iygcfiii oStojç ^v; aux termes : YP*H^î**fsîç> TrpeaêuTepoi, il ajoute tou Xaou. Matthieu dira : cÎTcetv ti xaToc tivoç, 7rotr,<xai wç, wffwep, wffauTw;, xaôw;; il emploiera Trpoaxuveîv avec le datif de la personne; XÉYojv, sans le datif de la personne. Il a une prédilection pour les verbes en eueiv,. auxquels il donne un sens factitif, vt)<xt€u6iv, cpojvcuciv, à^'(aptùei)f^ Secfxeuctv, iraY^- §eu6iv; pour la préposition ^ttcJ, qu'il emploie même quand Marc et Luc ont ex; pour l'expression uloç AàuiS, 7 fois.

Signalons encore comme expressions particidières ou familières à Matthieu : prfiii<;^ ?t^ô«v, Ôeoç ô Çwv, guvts- Xeta TOU a!wvoç, 5 fois; eiç to ovojxa, icSç 5<rciç, [a^XP' "^^ ci^jAspov, éw; TYJç oTQfxepov, àpTi, è*(ii> xupie, eTcdtvoj, ^y^H^^» Ttapoudia, 7rpoa«p6p€tv Sôipov, auvaipEiv Xoyov, duvotYSiv, aîpoSpa, Toiîpoç, àvotxwpfitv, crufxêouXiov Xaêetv, xa\ Iy^veto, ^tc^ xaTovop, ô<XTepov, etc.

n serait possible de relever dans l'évangile de Matthieu un assez grand nombre d'hébraïsmes, tels que : oôx eYivùDffxcv «ÙTi^v, Iv i^fxépaiç, Tcon^ffaTS o3v xapirov, ô8ov 6aXafffftlç, ^ àxo^ aiÙtou, dlvoiÇaç to <rTojA«, [/.(yoLÇ xXTiô/'dETat, XoYOç 'icopvcfaç, ^tto twv xàpTrwv, eiç (napTupiov, ot èk uîoi tt,; Pa<xiXeia;, ti ^{jlTv xai aoi, ot uîoi tou vujAcpwvoç, ôfxoXoYîîffCi ^v IfAol, £? lïsffTiv, etc. etc., mais en définitive Matthieu n'est pas plus hébraïsant que Marc ou Luc, et même on pourrait affirmer qu'il l'est moins. On a déjà remarqué qu'en plusieurs passages il ramène au grec les

hébraïsmes, que Marc a gardés, et qu'il n'a pas tous ceux que Luc a conservés, en reproduisant des péricopes d'origine nettement araméenne.

D'une manière générale, le style de Matthieu est, surtout dans les discours du Seigneur, simple mais majestueux; l'allure en est solennelle. Les formules bien frappées, brèves, sentencieuses y abondent ; on y sent vraiment le docteur qui parle avec autorité. Quelques-unes même des sentences sont paradoxales. Dans les récits, assez souvent écourtés, le style est dégagé, libre, rapide; il n'est pas traînant, diffus, prolixe, comme Test quelquefois celui de Marc. L'auteur raconte brièvement, même sèchement, afin d'arriver plus vite à la sentence, qui est la raison d'être du récit. Le style du premier évangéliste est, en somme, d'une bonne tenue littéraire, bien que l'écrivain ne possède pas, au même degré que Luc, les finesses de la langue.

Caractéristiques historiques.

Le premier évangile se présente, au point de vue historique, avec des caractères spéciaux. Il y a même lieu de distinguer entre les vingt?cinq premiers chapitres et les trois derniers, si l'on veut se rendre un compte exact de la méthode historique qu'a suivie l'auteur. Dans les chapitres XXVI-XXVIII, passion et résurrection de Notre-Seigneur. saint Matthieu procède tout autrement que dans les chapitres précédents. Il reproduit exactement la catéchèse qu'il avait sous les yeux, laquelle était identique à celle de Marc, sauf qu'elle était plus complète; il n'abrège plus le récit. Il conserve tous les détails historiques qu'il connaît; il en a même plusieurs que le second évangile a ignorés ou laissés de côté. Mais surtout il ne paraît pas s'être préoccupé autant que précédemment de montrer que

Jésus a accompli les anciennes prophéties. Deux fois seulement il y fait allusion ; une fois dans un discours du Seigneur, XXVI, 56, qui lui est commun avec Marc, XIV, 49, ce qui suppose que Tallusion était dans la source, et une autre fois à propos de la mort de Judas ^ XXVII, 9, récit* qui lui est particulier et où par conséquent il a suivi, cette imique fois, le même procédé que dans les chapitres I-XXV.

Dans ceux-ci en effet, Matthieu, ainsi que nous le verrons plus loin, se préoccupe de prouver que Jésus est le Messie, annoncé par les prophètes et attendu par le peuple juif. Son récit est orienté dans cette direction. Un second caractère de ces chapitres, c'est que l'élément didactique remporte de beaucoup sur l'élément historique. Il est visible que l'écrivain a voulu faire une collection de discours. Si l'on met à part les deux premiers chapitres, dont le but est surtout de prouver la descendance légale et la messianité de Notre-Seigneur, dans la presque totalité des chapitres III-XXV les récits, sauf quelques exceptions, ne sont là que pour introduire les discours ; saint Matthieu a, de parti pris, supprimé dans la narration tout ce qui n'était pas absolument nécessaire pour l'intelligence des paroles qui suivent. Qu'on lise, par exemple, Matthieu en le comparant à Marc, et même aussi à Luc, car celui-ci, sans être aussi complet que Marc, admet encore bon nombre de détails que Matthieu a supprimés, et l'on verra le bien-fondé de cette observation. Ce procédé donne même beaucoup plus de rapidité au récit, lui imprime un cachet plus littéraire. On sent qu'on n'a plus là un récit populaire comme dans Marc. Qu'on examine, en se plaçant à ce point de vue, la guérison de l'hémorroïsse et la résurrection de la fille de Jaïr, IX, 18-26, la guérison du paralytique, IX, 1-8, du démoniaque de Gadara, VIII, 28-34, la mort de Jean-

Baptiste, XIV, 3-12, la guérison de Fenfant épileptique, XVII, 14-21, etc., et l'on constatera que le récit est réduit au strict nécessaire.

Et maintenant, que saint Matthieu n'ait pas eu l'intention d'écrire une histoire, basée sur l'ordre chronologique des événements, cela ressort très nettement de ce qu'il n'enchaîne les faits que par des transitions vagues : après cela, en ce jour, et il arriva, comme il passait, quittant ce lieu, en ce temps-là, en ce même moment; la transition ordinaire est tote, alors, employée 90 fois. En second lieu, surtout dans les premiers chapitres, il a groupé les faits : discours sur le royaimie de Dieu, V-VII; guérisons, VIII, IX; paraboles, XIII, enseignements eschatologiques, XXIV, XXV. En résumé, saint Matthieu a raconté exactement les faits, mais il les a présentés à sa manière, et les a disposés dans un ordre spécial, destiné à établir la doctrine, qu'il voulait inculquer à ses auditeurs d'abord, puis à ses lecteurs.

§ 5. — Destinataires de l'évangile selon saint Matthieu.

Si nous voulons comprendre le but qu'a poursuivi saint Matthieu en écrivant son évangile, il est nécessaire de savoir à quels lecteurs il l'a adressé.

Saint Matthieu a écrit pour les Hébreux; les Pères de l'Église sont unanimes dans cette affirmation. Qu'on se rappelle les témoignages de Papias, de saint Irénée, d'Origène, d'Eusèbe, de saint Jérôme, que nous avons déjà cités. Tout d'ailleurs, dans cet évangile, prouve que l'auteur avait en vuedes lecteurs juifs. Saint Matthieu ne leur explique pas, ainsi que l'ont fait saint Marc et saint Luc pour leurs lecteurs latins et grecs, les usages juifs, tels que les ablutions, le Corban, la Parascève, le jour des pains sans levain; il suppose

qu'ils connaissent la Palestine, car il nomme les lieux, sans désignation topographique, comme le fait saint Luc. Il rapporte les paroles du Seigneur qui pouvaient intéresser les lecteurs juifs, leur laisser une impression favorable. La Loi n'est pas abolie, mais accomplie, V, 17 ; les apôtres sont envoyés d'abord aux brebis perdues de la maison d'Israël ; Notre-Seigneur lui-même devait borner à celles-là son ministère, XV, 25. Ce n'est que lorsqu'il est ressuscité qu'il envoie ses apôtres évangéliser toutes les nations, XXVIII, 19. Ce qui prouve bien cependant que saint Matthieu n'avait pas réservé son évangile uniquement aux Juifs.

Enfin, saint Matthieu insiste plus que saint Marc ou saint Luc sur les fausses interprétations de la Loi, que donnaient leâ pharisiens et les scribes, sur l'hypocrisie et même sur les vices de ceux-ci, toutes choses qui ne pouvaient intéresser que des lecteurs juifs. Il ne faudrait pas conclure cependant que ces Juifs étaient uniquement les Juifs hellénistes, qui ne comprenaient pas l'hébreu, de ce que, plusieurs fois, les mots hébreux ou araméens, Emmanuel, Golgotha, Eloï, Eloï, ont été traduits. Il est probable que ces interprétations ont été insérées lors de la traduction en grec de cet évangile.

Saint Irénée semble dire que Matthieu a écrit pour convertir les Juifs en leur prouvant que le Christ était fils de David ^ Origène, de son côté, affirme catégoriquement que cet évangile a été publié pour les Juifs convertis à la foi 2; Eusèbe est formel aussi sur ce point^ ; saint Jérôme, résumant la tradition, nous apprend que saint Matthieu a publié son évangile en Judée dans la langue hébraïque principalement pour ceux d'entre les Juifs, qui avaient cru en Jésus et ne

i. Fragment 29.

«. In Matth, I ; Eusèbe, Hist, eccU, VI, !25.

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