‹ Histoire des livres du Nouveau TestamentChapitre 70 sur 99 · Hist, eccl, ni · texte numérisé non relu

Hist, eccl, ni

gardaient pas du tout l'ombre de la Loi, la vérité de rÉvangile l'ayant remplacée ^ Que saint Matthieu ait eu surtout en vue des Juifs convertis, cela ressort encore des paroles mêmes que Notre-Seigneur adresse à ses disciples d'abord, mais ensuite à tous ceux qui sont appelés au royaume des cieux ou en font déjà partie : « A tous il est donné de connaître les mystères du royaume; mais aux autres cela ne leur est pas donné, XIII, 11. Vous êtes le sel de la terre... la lumière du monde, V, 13, 14. » S^int Matthieu cependant, ainsi que nous le montrerons plus loin, bien que se plaçant au point de vue juif, n'a pas écrit un évangile particulariste.

§ 6. — But de l'auteur du premier évangile.

Jésus a réalisé les prophéties anciennes dans leur totalité ; telle est la thèse qu'a voulu démontrer saint Matthieu à ses lecteurs juifs. Elle comportait trois idées principales : Jésus est le Messie, et le royaume qu'il inaugure est le royaume messianique; le peuple juif n'aura point part, dans son ensemble, à ce royaume à cause de ses péchés ; l'Évangile sera annoncé à toutes les nations et tous les hommes sont appelés au salut. En établissant ces enseignements, l'évangéliste suivait la voie qu'avaient ouverte les Livres sacrés, Deutéronome, Livres historiques et prophétiques, et revenait à l'enseignement authentique des prophètes, défiguré ou mal compris par le peuple juif contemporain.

Tous les exégètes, anciens et modernes, ont reconnu que saint Matthieu avait eu pour but de prouver que Jésus de Nazareth était le Messie, fils^ de David. Il a

1, In Matth, proU

montré, en effet, qu'en lui se réalisaient toutes les prophéties anciennes sur le Messie. Il a été TEmmanuel, né d'une vierge mère, I, 22, 23, qu'avait annoncé Isaïe, VII, 14; il est né à Bethléem, II, 6, comme l'avait prédit Michée, V, 2 ; il est allé en Egypte et en a été rappelé, II, 15, ainsi que l'avait dit Osée, XI, 1 ; il habite Nazareth, II, 23, car, avaient dit les prophètes : Il sera appelé Nazaréen. Suivant la parole d'Isaïe, XL, 3, il est annoncé par un précurseur, Jean-Baptiste, III, 1 ; il va habiter Capharnaûm, ville de Zabulon, IV, 14, réalisant la prophétie d'Isaïe sur la Galilée des Gentils, IX, 1, 2. Il guérit tous les malades, VIII, 16, pour accomplir la prophétie d'Isaïe, LUI, 4, et dans toute sa conduite, il est bien celui dont avait parlé le même prophète, XLII, 1 : « Voici mon serviteur que j'ai choisi, mon bien-aimé, en qui j'ai mis toute mon affection. Je mettrai mon Esprit sur lui (baptême de Jésus) et il annoncera la justice aux nations. 11 ne contestera point; il ne criera point... Il n'achèvera point de briser le roseau froissé... Et les nations espéreront en son nom. » Son enseignement en paraboles, XIII, 3, a été conforme à ce qu'avait dit Isaïe, VI, 9. Enfin, il a souffert et il a ainsi accompli les prophéties des Écritures, Mt XXVI, 54, 56, d'Isaïe en particulier, LUI, 3-12; le drame entier de la passion et de la mort de Jésus a été raconté dans le détail par le psalmiste, XXII, 13-22.

Remarquons, en outre, que saint Matthieu s'est appliqué à faire ressortir ce double caractère du Messie, qui devait être, tout à la fois, pauvre, humble et triomphant. Jésus est fils de David, mais il est né d'une vierge pauvre et ignorée; il naît dans une étable, mais sa naissance est annoncée par une étoile, et des Mages de l'Orient viennent l'adorer et lui offrir des présents, symbole de sa nature et de sa destinée. Il fuit en Egypte, mais Hérode reconnaît implicitement sa royauté

par le massacre des enfants de Bethléem. Il est baptisé dans le Jourdain par Jean, mais le Saint-Esprit descend sur lui et Dieu le déclare son Fils bien-aimé. Il est tenté dans le désert par le démon, mais les anges le servent. Pendant sa vie publique il n'eut pas un toit où reposer sa tête et il vécut pauvre, mais les vents et la mer lui obéissent; il commande aux démons, à la maladie, à la mort; il est transfiguré en présence de trois de ses disciples. Il meurt d'une mort cruelle et ignominieuse, mais il ressuscite triomphant, et déclare que tout pouvoir lui a été donné au ciel et sur la terre.

Saint Matthieu d'ailleurs rappelle que Jésus, luimême, a proclamé sa qualité de Messie. Il ne l'a pas dévoilée dès le commencement de sa vie publique, parce qu'il voulait amener progressivement ses disciples à comprendre ce qu'était le Messie, ce que devait être le royaume messianique, à savoir le règne de Dieu et non le triomphe temporel d'Israël sur les nations. Nous aurons à revenir sur ce procédé pédagogique du Seigneur, lequel d'ailleurs n'infirme en rien l'affirmation très nette de Jésus à l'égard de sa messianité. Sans entrer dans le détail des preuves de cette affirmation ^ rappelons seulement la scène qui se passa sur le territoire de Césarée ; lorsque Pierre professa nettement que Jésus était le Messie, Jésus approuva cette déclaration. Rappelons surtout les paroles solennelles du Seigneur devant le Sanhédrin. A cette interpellation du grand-prêtre : Je t'adjure par le Dieu vivant de nous dire si tu es le Christ, le Fils de Dieu, Jésus répond : Tu l'as dit; je vous le déclare, désormais vous verrez le Fils de l'homme, assis à la droite de la puissance de Dieu, et venant sur les nuées du ciel. Et les assistants comprirent si bien que Jésus avait professé

1. LEPiif, Jésus, Messie et Fils de Dieu, ch. m, Paris, 1904.

qu'il était le Messie, que, par moquerie, ils lui reconnurent cette qualité. « Alors ils lui crachèrent au visage et lui donnèrent des coups de poing et des soufflets en disant : Prophétise-nous, Christ, qui t'a frappé », XXVII, 67.

Il serait possible de montrer que tout l'évangile de saint Matthieu est en fonction de cette dernière scène, et que, si l'on veut nier que Jésus s'est affirmé Messie, et qu'il l'a été, tout ce que raconte l'évangile est incompréhensible, car l'on rejette le principe organique et directeur de tous les récits. Cette démonstration a été trop bien faite pour que nous ayons à la reprendre ^

Saint Matthieu s'attache aussi à montrer que le royaume inauguré par Jésus, est le véritable royaume messianique, celui qu'avaient prédit les prophètes, et non celui qu'attendait le peuple juif. Dès le début de sa vie publique, Jésus proclame que le royaume des cieux s'est approché, IV, 17 ; dans le sermon sur la montagne, il donne la charte de ce royaume; dans les paraboles, il en dit la nature et les conditions. Dans sa réponse aux envoyés de Jean-Baptiste, Jésus déclare nettement que le royaume messianique annoncé par les prophètes est arrivé et il en donne les caractères. « Les aveugles voient et les boiteux marchent ; les lépreux sont purifiés et les sourds entendent et les morts ressuscitent, et la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres. » C'est dans ces mêmes termes qu'Isaïe avait décrit le royaume futur, XXXV, 5, 6; LXI, 1. Sur cette venue du royaume saint Matthieu rapporte une parole très formelle du Seigneur : Si je chasse les démons, c'est donc qu'il est survenu sur vous le royaume de Dieu, XII, 28. D'ailleurs, Jésus n'a pu se dire le Messie, que parce que le royaume des cieux était arrivé.

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