‹ Histoire des livres du Nouveau TestamentChapitre 74 sur 99 · Op. cit., ni · texte numérisé non relu

Op. cit., ni

§ 3. — - Caractéristiques générales de l'évangile selon saint Marc.

laangue du second évangile.

i^ Vocabulaire, — Il y a 1330 mots diJËférents dans l'évangile de Marc; 60 sont des noms propres. Sur ces 1330 mots il y en a 79 qui sont des ^Tca? XeyoVeva par rapport aux autres livres du Nouveau Testament; 29 de ces éfiraÇ se retrouvent dans le grec classique ; 41 sont dans les Septante seulement, et 9 mots se trouvent pour la première fois dans Marc : SrjXauywç, IxTrepiffaSiç, ewo/a, eTTippàiTTeiv, liriauvip^j^^eiv, oua, 7Tpofjiepiu,vSv, ffjiupviîeiv, Oirepwepiaffwç. Signalons aussi 15 mots que Ton trouve employés pour la première fois par Marc et par Matthieu, dfYvacpoç, acp6$pu)v, ysysaia, èxspusiv, etc., et 9 mots par Marc et par Luc, XairTsiv, IvSiSuffxciv, iTriXueiv, îjjt-aTtÇeiv, Xéictov, etc. Il y a 6 de ces mots qui sont communs aux trois évangélistes, ce qui indique bien que ceux-ci ont puisé à la même source.

En outre, il y a dans Marc 104 mots qui lui sont

communs avec Matthieu et Luc : «y^'^^j» «Yop^i *w«'"'

peiv, xTYÎfjLa, etc. ; 54 communs avec Matthieu : àXiïeiv,

^acp{;, etc. ; 43 communs avec Luc : (iorcpaXwç, paroç, Siavoi-

xxpoç, etc., qui ne se retrouvent pas dans le Nou-

Testament, par conséquent 201 mots que l'on

DU sidérer comme étant du vocabulaire particulier

irc, puisqu'il est très probable que Marc n'a

ni Matthieu ni Luc. De plus, Marc a 15 mots que

) retrouve que dans Jean : àxàvôivoç, eupwpdç, xuirrsiv,

, etc. ; 12 mots de Marc qui sont dans Jean ou

un des synoptiques : apoofiia (Le), [Lov/tia (Mt), epave-

c), (TTcoYYoç (Mt), etc. ; 12 qui sont dans les épîtres

iques et dans un autre écrivain du Nouveau Tes-

t : Sap.àÎ6iv, ÀYvoeïv, ttoAuteXtiç; etc. ; 13 qui sont dans

l'Apocalypse et dans un autre écrivain du Nouveau Testament : ^psTravov, Xcuxaivciv, icopveueiv; en tout 52 mots particuliers aussi à Marc, puisqu'il n'a pas pu les emprunter à ces écrivains postérieurs. Ce qui porte à 332 les mots qui sont particuliers à Marc ou peu employés par d'autres. Le vocabulaire de Marc a relativement peu de ces mots composés que l'on retrouve fréquemment dans la langue de l'époque et que l'on peut relever dans saint Paul. Il faut remarquer cependant l'u*nion du verbe composé avec le simple : I, 29, iSeXOovte; ^XOov; VI, 1; XIV, 16; IXÔàv irpodeXôwv, XIV, 45; ou l'emploi de deux composés d'une même racine : iÇ^Xôev xal àit^XÔEv, I, 35; la répétition de la particule composante, iSepyecôai eÇ, ou le rappel d'un mot par un autre : oôxoç o6tcoç, oTa Toiaur/j, % «ùt^ç; Ix icaiSioÔev et àirb [xaxpoôsv, sont des pléonasmes. Marc a des mots peu usités : sïtev (ionien), icaiSioôev ; des diminutifs : xopdoriov, itXoiapiov, Ouyoc- Tpiov, xuvofpiov, ?)^6o$tov, etc. ; des mots populaires : ÇeffTTjç, TCKTTixoç, oTcexouXaTwp ; des mots araméens ou hébreux : xop^àv, l^pipaOà, ^aê€ouvei. Auo $uo, Trpotatpti 7ipaffia{, ei avec le serment, sont des hébraïsmes. Marc a des mots qu'il emploie très souvent : àxaôapxoç, 11 fois; StaXoyiÇedOat, 7 fois; IxTTopcueorÔai, 10 fois; iÇouaia, 10 fois; eTcsponav, 25 fois; TtepiêXéTceaOai, 6 fois; uTtàyeiv, 15 fois, etc. Parmi les mots que Marc emploie fréquemment, il faut signaler l'adverbe eùôu;; il a une véritable prédilection pour ce mot. Tandis que Matthieu l'emploie 7 fois, et Luc 1 fois seulement, Marc l'emploie 42 fois ; relativement à l'étendue de son écrit, il l'emploie 9 fois plus souvent que Matthieu. En revanche, Marc n'emploie jamais «uOswç, qui est 12 fois dans Matthieu et 6 fois dans Luc; à la place, Marc dit euOuç. A remarquer que euôuç est employé 35 fois dans I-IX, et 7 fois seulement dans X-XVI. Le mot içtyp^Loa est souvent aussi employé par Marc ; il aime à introduire un récit par ^pÇaio avec un

infinitif : I, 45; II, 23; IV, 1; V, 7, 17, 20 etc. Marc emploie fréquemment aussi les doubles négations : oux oOSei'ç, m, 27; V, 37; Vï, 5; XII, 14; XIV, 60, 61; XV, 4; oiixixi oôSeiç, V, 3 ; VII, 12 ; IX, 9 ; [atixsti [xyiSs, II, 2 ; uTixéit fAYlSsi';, XI, 14; 11^ [LfiUy III, 20; ouSeCç, répété, XVI, 8; 0ÙX6TI OÙ jjLTQ, XIV, 25; fiLifiSevl jATiSev, I, 44. En résumé, Marc a 17 doubles négations, tandis que Matthieu en a 3, Luc, 8, les Actes, 5, Jean, 17 aussi; ou ja^ n'est pas employé plus fréquemment par Marc que par les autres synoptiques. Quelques mots sont employés dans un sens peu ordinaire ou énigmatique : IveT/ev, icuYfx^, «Td^st, lîctôaXtoJv. Un exemple seulement : -mr^ri signifie poing, pugilat. Or, dans Marc, VII, 3, tcuyixîj signifie, avec soin ou souvent. Les classiques auraient dit 7ruxiv(}ç, ituxvo;. 'ATTsj^ei, XIV, 41, dans le sens de : il suffit, est inusité. Marc aime les mots pittoresques : (JjjKpiêaXXeiv, citapafforstv, xaxeaôtciv xiç okiaç, TcepiêXsTrsdôai, oupavol <r)Kfi6\umf èxTtXTÎdffeaôat. Il a aussi d'assez nombreux hébraïsmes, si tant est que plusieurs d'entre eux ne viennent pas simplement de l'usage populaire du temps, comme, par exemple, la liaison des propositions ou des phrases par la conjonction de coordination xa(, ou par deux verbes finis, IyIvsto, -^Xôev, le pronom relatif, employé conjointement avec le pronom démonstratif, 1,7; VII, 25 ; ce qui paraît bien être un hébraïsme, c'est le verbe accompagné d'un substantif de même radical : çwviîv (pwvÇj, fiXaff:pT)t;.taç pXacrîpTrjjjieïv, et encore, n'a-t-on pas dans le grec classique, 8ouXe(av SouXeusiv?

2° Grammaire. — Nous relèverons quelques particularités de construction spéciales à Marc, ou dont il a beaucoup usé. Il emploie fréquemment l'imparfait dans un sens qui demanderait plutôt l'aoriste, V, 18, xai ifiiêaCvovTo; aôtou sic xà irXoïov TcapcxxXet aôxov ô SaifxovioOtk* L'imparfait indique une action qui durait ou se développait dans le passé, tandis que l'aoriste marque sim-

plement cpie l'action est passée, ce qui est le cas ici. Cf. encore : yil, 17; X, 17; XII, 41; XIV, 55. Marc se sert de eïvat ou de IXôsïv avec un participe : I, 6, ^v IvSeSufxevoç: I, 30, ^Xôsv )cy,pu(jawv. Il multiplie les participes : I, 41, OTcXaYXvwOei; IxTeiva; ^t|;aTo. Dans le récit de la guérison de l'hémorroïsse, V, 25-27, la phrase est construite tout entière avec des participes ; il y en a sept de suite, et à la fin seulement un verbe à un mode personnel : xa\ yuvi^ tiç ouaa... xat ttoXX^ icaôouffa... x«t Sa7cavr'(T«<r^«.. >t«'i [xrjSsv wtpfiXyjôeîffa... àXXà tU to )^6Îpov IXôouffa... àxouaada... IXeouaa... ^^^olto. Cf. V, 33; XIV, 67; XV, 43, etc.

Marc emploie fréquemment l'article devant l'infinitif ou des prépositions : I, 14, a&x^ to wafwtSoôv»» ; IX, 23, To et Suvif). Relevons encore les consCructions imparfaites, II, 22; III, 16, 18; le mélange de constructions, IV, 15, 26, 30, 31 ; le fréquent usage des prépositions : elç employé 176 fois, deux fois et même trois fois dans le même verset; il en est de même pour Iv. Trois fois seulement, Marc use de la forme : ô fjLâv... 6 Se, XII, 5 ; XIV, 21, 38. Luc ne l'a guère employée plus souvent que lui : 7 fois, tandis qu'on la trouve 21 fois dans Matthieu.

Marc a une préférence très marquée pour xa(; il l'emploie souvent au lieu de Se, pour introduire un récit nouveau. Ainsi, sur les 88 sections de son évangile, 80 commencent par xa{ et 6 seulement par Se'. Il a souvent xa( lorsque Matthieu et Luc ont Se', III, 4, 32; IV, 11, 18; en tout, 26 cas analogues.

On a fait remarquer depuis longtemps que les latinismes sont plus fréquents dans Marc, que dans lequel que ce soit des écrivains du Nouveau Testament. Il en a quelques-uns en commun avec les autres évangélistes, mais il a seul (TTrexouXo^TOjp, xevtupCwv, Ç^atriç, et des expressions latines : h/^a'ztaç ly^eiv, în extremis esse^ il îxavov icoieTv, satisfacere.

De ces faits, il résulte que Marc connaissait suffisamment le grec ; il pouvait même, au besoin, trouver un mot peu usité, quand cela était nécessaire pour rendre sa pensée ; mais, ordinairement, il est assez limité dans le choix des mots qu'il a à sa disposition et ne montre aucune familiarité des usages littéraires de la langue grecque.

3** Style de saint Marc, — La tenue générale de la phrase est simple; les propositions, presque toujours très courtes, sont reliées entre elles par la copule xai; c'est plutôt une série de sentences ou de faits que des propositions coordonnées. Marc, cependant, sait imprimer la vie à son récit par l'emploi fréquent de 6Ù6uç, par les détails pittoresques, qu'il y sème à profusion, par la répétition des mêmes idées, par l'expression d'un même fait ou d'une même idée sous sa forme positive, puis sous sa forme négative, II, 27; III, 29; V, 19, etc. Il sait aussi résumer en traits rapides les impressions ressenties par Notre-Seigneur ou par les assistants, I, 27; VIII, 29; XII, 38-40. Il donne encore une certaine légèreté à son style par l'emploi très fréquent du présent historique : 151 fois contre 78 dans Matthieu et 6 fois dans Luc. 11 se servira de ^éyet, tandis que Matthieu et Luc auront cTtcev; I, 12, il a IxêàX^ei et Mt IV, 1, àNi/i^\ Le IV, 1, %8To. Cf. Me IV, 1 =z Mt XIII, 2; Le VIII, 4; Me IV, 38 = Mt VIII, 38; VIII, 35, etc.

L'emploi fréquent de l'asyndeton imprime une allure plus rapide à la phrase, mais aussi la rend plus rude, plus fruste. Les Grecs n'employaient l'asyndeton que lorsqu'ils voulaient produire un effet oratoire; c'était un procédé de rhétorique. Marc en use souvent, mais plutôt par manque d'habileté littéraire que pour un effet spécial. E^ns les passages parallèles Matthieu et Luc ont supprimé l'asyndeton en insérant la copule

nécessaire : Me XIII, 33 = Mt XXV, 13; Le XXI, 36; Me XII, 9 = Mt XXI, 40; Le XX, 15 etc.

Enfin, Marc imprime beaucoup de mouvement à sa phrase par le changement alternatif des temps employés : présent, parfait, imparfait, aoriste se suivent dans la même phrase. Ainsi, V, 15, xov Saifxoviïojxevov et f 18, ô oaifAOYiceetç; VI, 14, è^ripyt-cai et f 16, ^YepO/]. Ces changements de temps produisent une nuance dans le sens de la proposition. Les suivants sont justifiés par la variété qu'ils donnent au dialogue, XI, 27-29. Quelquefois dans un même récit le présent historique alterne avec l'imparfait et l'aoriste : IV, 35-41, ^eyei, SieXBwjiiev, «cpsvTEç, TtapaXafjLÔavouatv, ^v, yivEtai, iTcéêaXXev, lyeipoudiv, XsYou(jiv,etc.; cf. VI, 30-51. Dans la narration indirecte, Marc emploiera le présent pour le parfait, en plaçant le lecteur au point de vue du rédacteur, ce qui donne de la vie à sa phrase.

En résumé, le style de Marc, tout en étant assez monotone, parce que les tournures en sont peu variées, est néanmoins vivant par ses détails pittoresques, son allure populaire, la netteté et la précision des traits. L'écrivain tombe dans l'excès de ses qualités ; il n'évite pas toujours la prolixité, la répétition, les détails oiseux ou inutiles; tantôt il est diflPus, tantôt trop concis. Bref, le style du second évangile trahit l'origine populaire du récit; il est sans apprêt, sans recherche littéraire, mais reproduit bien l'impression première des témoins du Christ.

Caractéristiques historiques du second évangile.

Au point de vue historique, Tévangiîe de Marc a des caractéristiques très spéciales, qui découlent les unes de son origine populaire, les autres du but qu'a poursuivi l'écrivain. Il faut distinguer, d'ailleurs, pour le

juger exactement, entre les trois parties de Tévangile, I-IX; X; XI, 15-XVI, 20, dont les caractères historiques sont assez différents.

Dans la première partie, I-IX, ministère galiléen, Tordre paraît avoir été historique et géographique. Jésus s'établit à Capharnaûm et, de là, il rayonne sur les régions environnantes. L'auteur a voulu suivre un ordre historique, ainsi que le prouvent les nombreuses indications de temps, ô\|^«ç Bï Yevojxsvtic, I, 32; IV, 33; VI, 47; XIV, 17; XV, 42; six jours après, IX, 2, etc. L'ordre est en même temps géographique comme l'établissent les indications de lieux : passant le long de la mer, 1, 16; ils entrèrent à Capharnaûm, I, 21 ; II, i, 13; III, 1, 7, etc.; et ils vinrent vers le rivage, V, 1; et il parcourait les bourgs, VII, 7 ; il s'en alla vers les territoires de Tyr, VII, 24, 31 ; il alla vers le territoire de Dalmanoutha, VIII, 10, etc. Mais il est possible que les voyages aient été groupés, car ils se déroulent, d'abord d'une manière imprécise dans la Galilée, puis à Test, puis à l'ouest, au nord-ouest, au nord avec un retour, peut-être, par le sud du lac de Tibériade. L'évangélisation de la Pérée et des pays au sud de la Galilée se fait dans le voyage à Jérusalem. On ne voit pas que Jésus passe deux fois dans la même région, ce qui peut paraître extraordinaire. Il y a donc probablement un certain arrangement artificiel dans le récit.

Il semble aussi que nous avons un groupement des récits ou des discours; par exemple, II, 23-III, 6; IV, 1-34 et 21-25 ; IX, 33-50. En outre, le récit suit une progression qili est peut-être voulue ; les événements sont arrangés, comme si Tordre en avait été établi d'avance. Nous avons d'abord un enseignement restreint à la synagogue, I, 21 ; puis la prédication aux foules, II, 2; III, 7; l'auditoire grossit chaque fois. En même temps, renseignement est donné à tous en paraboles,

puis expliqué en particulier aux disciples. Jésus, tout d'abord, n'enseigne pas à ses disciples sa mission messianique, il les prépare peu à peu, et enfin il fait proclamer par Pierre qu'il est le Messie, Fils de Dieu; il apprend progressivement à ses disciples ce que doivent être le royaume messianique et le Messie, et prédit ses souffrances, sa mort et sa résurrection, mais ordonne le silence sur cette mission messianique. D'autre part, l'enthousiasme des foules va grandissant, mais en même temps commence l'hostilité des scribes de Capharnaûm, renforcés par ceux de Jérusalem, puis par l'alliance avec les Hérodiens. Cette première partie paraît donc établie sur trois lignes : l'ordre historique des faits, l'ordre géographique et le développement de l'enseignement de Jésus par les récits et les paraboles. Et, cependant, si on lit le texte sans idée préconçue, on ne voit aucun à coup, aucune lacune. Ou bien les choses ont dû se passer ainsi, ou bien cet arrangement est le comble de l'art. Il serait possible de supposer que l'auteur a suivi l'ordre des faits, mais qu'il a retranché ce qui pouvait déranger le plan qu'il suivait.

La seconde partie, voyage de Galilée à Jérusalem, X, 1-52, présente un caractère un peu différent; Marc reproduit presque constamment la tradition qui lui est commune avec Matthieu et Luc ou avec Matthieu seul, rarement avec Luc seul ; il n'a qu'en quatre passages des détails qui lui soient particuliers, X, 16, 21, 32, 49, 50; il n'a inséré aucune indication de temps, et seulement quatre indications de lieux, X, 1, 17, 32, 46. Marc n'avait donc pas, sur cette période de temps, des renseignements spéciaux.

La troisième partie, XI-XVI, 20, séjour à Jérusalem, passion et résurrection, a aussi ses caractéristiques propres. Divisons cette partie en deux et examinons d'abord les chapitres-XlV-XVI, 8. Nous avons déjà relevé

les détails particuliers que Marc ajoute au récit de Matthieu et Luc ; ils sont relativement peu nombreux. Il semble qu'il a dû ici reproduire une catéchèse de la passion, qui n'avait pas encore été complétée, comme le fut celle de Matthieu. Le récit de Marc et celui de Matthieu proviennent de la même source, car Tordre suivi est presque identique. Marc a inséré dans son récit peu de ces détails pittoresques qu'il a prodigués dans la première partie. On le reconnaît cependant dans certains détails qui, sans être inutiles, auraient pu être laissés de côté, comme pléonastiques, XIV, 16, 18, 30, 68; XV, 34; XVI, 5, et à d'autres qui complètent le tableau, XIV, 20, 31, 39, 42, 54, 56, 58, 59, 60, 69; XV, 16, 19, 39, 41, 44; XVI, 3, ou sont explicatifs, XIV, 35, 40, 44, 53, 65; XV, 7, 21, 24-42, XVI, 1, 3, 6, ou précisent le temps, XV, 25. Relativement, Matthieu ou Luc sont, dans les récits de la passion et de la résurrection, plus complets que Marc.

Si maintenant nous examinons les chapitres où Marc raconte le commencement du séjour de Jésus à Jérusalem, XI-XIII, nous constatons qu'encore ici les évangiles de Matthieu et de Luc ont plus de détails que celui de Marc. Ge fait provient probablement de ce que nous avons surtout ici des discours du Seigneur; or, Marc paraît avoir, en général, laissé de côté les longs discours, soit de parti pris, soit qu'il n'ait pas connu le recueil de discours où puisaient Matthieu et Luc. En fait, dans cette partie, il a cinq détails seulement qui lui soient particuliers, XI, 13, 16, 25; XII, 26, 32.

Examinons maintenant de quelle façon Marc présente les faits et de quelle nature sont les détails qu'il a en propre. Nous avons déjà constaté que d'une manière générale le récit de Marc est le même que celui de Matthieu et de Luc, soit pour les faits, soit pour les paroles du Seigneur. Parmi celles-ci, cependant, il en

a conservé de très caractéristiques : II, 27, Le sabbat a été fait pour Thomme et non Thomme pour le sabbat ; VII, 22, Toutes ces choses mauvaises sortent du dedans; IX, 48, Tout homme sera salé par le feu; IX, 34, Si quelqu'un veut être le premier, il sera le dernier de tous et le serviteur de tous; IX, 39, Car il n'est personne qui fera un miracle en mon nom, et qui pourra de suite mal parler de moi. Le dialogue entre Jésus et le père du possédé, IX, 20-24, est dans Marc seul. Pour quelques paroles l'idée est la même dans Marc et les autres synoptiques, mais les mots diffèrent, ou sont présentés autrement, VIII, 11-13; IX, 17-24. A la demande des disciples pourquoi ils n'ont pu expulser l'esprit impur, IX, 28, Jésus répond dans Marc, IX, 29 : Rien ne peut expulser cette espèce de démon sinon la prière, tandis que, dans Matthieu et Luc, Jésus dit qu'ils n'ont pu l'expulser à cause de leur peu de foi.

De plus, si nous en exceptons le récit de la tentation de Jésus, où, 1, 12, 13, il relate simplement le fait, Marc a de plus que les deux autres synoptiques une foule de détails, qui lui sont particuliers. 11 insère d'abord, nous l'avons dit, de nombreuses indications de temps et de lieux, des traits pittoresques, il précise les faits, I, 35-39; II, 1-12; m, 19-30; IV, 35-41; V, 1-20; 21-34; 35-43; VI, 14-29; 33-44; VII, 1-13; il raconte seul la guérison d'un aveugle, VIII, 22-26, avec des détails très pittoresques. Cf. encore XI, 1, 11, 12, 19, 20, 26; XIII, 1, 9; XIV, 56, 65; XV, 40, 47; il développe l'idée, X, 30; XIII, 35; VIII, 17, 18; IX, 3,12, ou répète une idée déjà exprimée, I, 32; XII, 32; il signale l'impression qui est produite sur la foule par les miracles de Jésus : I, 22, Les auditeurs de Jésus étaient frappés de son enseignement; I, 28, à la suite de la guérison d'un démoniaque, la renommée de Jésus se répandit aussitôt, et, f 33, toute la ville se pressait à sa porte, puis^

^ 37, le lendemain tout le monde le cherche. Après la guérison du lépreux, I, 40-45, la nouvelle s'en répandit, et Jésus ne pouvait plus entrer publiquement dans une ville, mais il se retirait dans les lieux solitaires, où Ton venait à lui de toutes parts. A Capharnatïm, II, 3, il se fait un tel attroupement devant sa porte, que Fespace, situé devant celle-ci, ne suffisait plus. A la vue de la guérison du paralytique, II, 12, les témoins sont stupéfaits. Les détails de ce genre abondent, III, 10, 3, 9, 20; VI, 2, 30, 33, 55, etc.

Les sentiments de haine qu'éprouvent les ennemis de Jésus à son égard sont notés aussi avec soin : III, 2, les pharisiens et les Hérodiens observent Jésus pour voir s'il guérissait l'homme à la main sèche, un jour de sabbat; le miracle accompli, ils complotent ensemble sur le moyen de le faire périr. III, 22, Les scribes l'accusent d'être possédé de Beelzeboul. XI, 18, Les princes des prêtres et les scribes le craignaient.

Marc relève les dispositions des disciples envers leur maître. Enfin, il relate avec soin les sentiments de Jésus et les impressions qu'il ressent. III, 5, Jésus regarde autour de lui avec colère ; il est affligé de l'aveuglement de cœur des assistants; VI, 34, il est ému de compassion à l'égard de la foule qui le suivait; X, 21, Jésus, ayant regardé le jeune homme riche, l'aima. Plusieurs de ces détails jettent un jour spécial sur la figure de Jésus-Christ. Ils limitent plus que dans les autres synoptiques le pouvoir de Jésus ; I, 32, Marc dit : Ils lui apportèrent tous ceux qui étaient malades, et f 34, il en guérit beaucoup, tandis que Matthieu, VIII, 16, dit qu'il les guérit tous, et Luc, 40, qu'il les guérit. Même observation pour III, 10, et Mt XII, 15; Le VI, 19. VI, 5, Il ne put faire là, à Nazareth, aucun miracle, si ce n'est de guérir quelques malades, en leur imposant les mains, et il s'étonnait de leur incrédulité; Mat-

thieu, IX, 58, dira qu'il ne fit pas là beaucoup de miracles à cause de leur incrédulité. Il guérit le sourd-muet avec beaucoup d'efforts ; il lui met les doigts dans les oreilles, de la salive sur la langue, lève les yeux au ciel, soupire et prononce une formule. Vil, 32-35. Or, sauf quelques exceptions, Jésus guérit par un simple acte de volonté. VIII, 22-26, même cérémonie pour la guérison d'un aveugle; celle-ci ne se fait même que graduellement. XI, 20, les disciples ne virent desséché le figuier maudit que le lendemain matin, tandis que dans Mt XXI, 20, ils virent le figuier desséché sur-lechamp et s'en étonnèrent. Quelques passages ou expressions paraissent rabaisser la personne de Notre- Seigneur, en ce sens qu'elles sont moins dignes de lui. III, 5, Jésus regarda autour de lui avec colère, {A6t' ôpY^i; ; Luc, VI, 10, a la même expression, TtspiêXeil^afjievoç, mais il supprime [iiex* ^py^ç; III, 21, ses parents, ayant appris ce qui se passait, vinrent pour se saisir de lui ; car ils disaient : Il est hors de lui.

Le caractère et l'intelligence des apôtres sont présentés quelquefois sous un jour peu bienveillant; IV, 38, Cela ne t'inquiète pas que nous périssions, traduit de la part des disciples une certaine irritation, que l'on ne remarque pas dans les passages parallèles de Matthieu, VIII, 25 : Sauvez-nous, nous périssons. VI, 51^, 52, Les disciples étaient dans une stupéfaction profonde, car ils n'avaient rien compris à ce qui s'était passé à propos des pains, car leur cœur était aveugle. VIII, 17, 18, les reproches de Jésus à ses apôtres : Avez- vous votre cœur endurci? Vous avez des yeux et vous ne voyez pas, ne sont pas dans Matthieu, X, 32. Parlant du voyage à Jérusalem, Marc signale la crainte et la frayeur des disciples qui suivent Jésus de loin. Les apôtres restent obstinément incrédules à la nouvelle de la résurrection de Jésus, XVI, 11, 13, 14.

A remarquer encore la place prépondérante que Pierre occupe dans Marc. Dans les autres évangiles cette place ne lui est pas déniée, mais elle ressort moins. En une occasion cependant, Marc ne rappelle pas, comme Matthieu, XVI, 17-19, les paroles deNotre- Seigneur louant Pierre, lui annonçant qu'il serait la pierre fondamentale de son Église, et lui accordant le pouvoir des clefs. Est-ce que Pierre omettait dans sa prédication de rapporter ces paroles? En revanche, Marc ne craint pas de dire que Pierre, lors de la Transfiguration, ne savait pas ce qu'il disait, IX, 5, et de rappeler avec Matthieu, XVI, 23, que Jésus Ta appelé Satan.

La plupart de ces détails, propres à saint Marc, paraissent empruntés à la source traditionnelle et ont leur importance; ils expliquent une situation ou une expression inconnue aux lecteurs ; il en est, cependant, qui nous semblent les amplifications d'un auteur pro- "ixe, d'autres qui sont même oiseuses; les répétitions l'idées y sont fréquentes. En voici quelques exemples rès significatifs ; ce qui est à remarquer c'est que Mathieu et Luc, dans le même contexte, n'ont qu'une expression et que, quelquefois, des deux expressions le Marc, on en trouve une dans Matthieu et une dans ^UC. I, 32, à^ioLç Bï Ysvofjievyiç ^tê eSydSV ô ^Xtoç = Mt VIII, 6, 64'iaç 5è YcvoiAevYi; et Le IV, 40, §uvovto; ol tou ^Xiou. , 42, a7rr,Xôev dw* aÙTOU ifj XeTrpa xai exoiÔepiffôy) = Mt VIII, 1, ixaÔep^crÔTi autou fj X^wpa et Le V, 13, X^Trpa ôtTrTiXôev ait* ÔTou. Cf. IV, 21 = Mt V, 15; Le VIII, 16; V, 33 == .c VIII, 67; V, 39 = Le VIII, 52; VIII, 17 == Mt CVI, 9; XIV, 68 = Mt XXVI, 70; Le XXII, 57, etc. :f. IV, 29; VI, 36; VII, 15; X, 22; X, 38; XII, 14, 44; CIV, 15; XVI, 2. Quelquefois cependant la répétition joute quelque chose à l'idée : III, 29, oux i/ti dtcpediv tç Tov al(5v«, dXXà iyo/6^ Itmv aio)v(ou àjjLapTTqaaTO!;. Cf. I, 45;

IV, 2, 8, etc. A ce procédé se rattachent les nombreuses répétitions de termes : où Suvaxai aTaôiivai, III, 24-26; feav crwapY), IV, 31,32 ; oux àcpîixev aicépfjia, XII, 20-22, et les reproductions presque textuelles de XI, 18 en XII, 12; XIV, 18 en XIV, 22; XIV, 60, 61 en XV, 45; XV, 13 en XV, 14. On peut en voir quelquefois la raison, mais d'ordinaire ces répétitions trahissent la pauvreté de la langue de l'écrivain.

On avait cru tout d'abord que Marc avait des expressions redoublées parce qu'il avait reproduit les expressions de Matthieu et de Luc, lorsque celles-ci, bien qu'exprimant une idée semblable, n'étaient pas les mêmes; exemple : I, 32,42; XIV, 30 : (n^jjiepov xauiY] -nj vuxTi, où Matthieu, XXVI, 34, dit : Iv TauTV) t^ vuxt\, et Luc, XXII, 34, ffiîfjtepov, mais, comme Marc présente de nombreux autres passages où il redouble les expressions sans les emprunter à Matthieu ni à Luc, on en a conclu que, plus vraisemblablement, c'est Matthieu et Luc qui lui avaient emprunté, l'un une expression, l'autre une autre, tandis que, dans certains passages, Me II, 25 = Mt XII, 3; Le VI, 3 et XIV, 43 = Mt XXVI, 47; Le XVII, 47, ils adoptaient tous les deux la même.

Enfin, une des caractéristiques les plus spéciales de Marc, c'est son procédé assez ordinaire de dramatiser le récit ; au lieu de raconter les faits, il les met en action. Là où Matthieu emploie le style ordinaire, Marc a le style direct : IV, 39; V, 8; IX, 14-29, 35-50, etc. ; il emploie le style direct, même lorsqu'il ne paraît pas répéter textuellement des paroles : I, 37- VIII, 19, 20, ou pour donner plus de vivacité à son exposé : IV, 21 ; V, 25, 39. Il introduit le style direct par ^ti, 27 fois.

Étant donnés ces faits, une question se pose. Faut-il penser que Marc a ajouté tous ces détails de son chef? Pour les détails caractéristiques, il est probable qu'ils

étaient dans la source orale ou écrite, qu'il a utilisée, ou que, s'ils n'y étaient pas contenus, il les tenait de l'apôtre Pierre, dont il reproduisait la prédication. Pour ceux qui sont de peu d'importance, oiseux ou même tautologiques, il n'est pas impossible qu'ils ne soient pas le fait de Marc, et qu'ils viennent de la narration populaire, car ils sont très conformes à la manière de raconter des peuples de l'Orient et en particulier des Juifs ; on en trouve plusieurs exemples dans la Bible.

Les caractéristiques doctrinales du second évangile seront traitées plus tard, lorsque nous parlerons du but que s'est proposé l'écrivain, car elles en dépendent à un certain degré.

§ 4. — Sources de révangile de saint Marc.

Avant de déterminer à quelle source saint Marc a puisé les éléments de son récit, il faut essayer d'établir en quel état se trouvait la tradition évangélique, lorsqu'il a composé son évangile. N'ayant sur ce point aucune donnée positive, nous ne pouvons faire que des conjectures, basées sur l'état actuel des évangiles. Cet état réclame probablement tel état antérieur ; mais ne pourrait-il en supposer tel autre?

Il a existé, tout d'abord, des récits et des discours du Seigneur à l'état dispersé ; cela a été établi avec assez de vraisemblance. Les apôtres, ou ceux qui avaient vu ou entendu Jésus, répétaient ce dont ils se souvenaient. Certains récits, tels que ceux de la passion ou de la résurrection, furent agglomérés dès l'origine; car, si Ion examine les trois synoptiques, on constatera que les trois récits sont à peu près en accord pour Tordre des faits. Il n'en est plus de même pour les récits antérieurs ; les évangiles ne les rangent pas toujours dans

le même ordre. Cependant, il dut y avoir de bonne heure des groupements de récits, car les synoptiques marchent quelquefois ensemble pour un certain nombre de faits, puis divergent dans leur arrangement. Ces récits d'ailleurs, existant primitivement à Tétat sporadique, étaient, en général, une anecdote de la vie de Jésus, formant un tout complet; c'était une situation donnée, qui aboutissait à une parole du Seigneur. C'est celle-ci qui est la raison d'être de l'anecdote, laquelle est présentée quelquefois en termes assez vagues. On situe l'événement, tant au point de vue du lieu que du temps, par des renseignements de ce genre : quelques jours après, en passant dans un champ ^e blé, un jour de sabbat, c'était sur le bord de la mer, dans une maison, sur la montagne. On n'était pas toujours bien sûr que la parole eût été dite en telle circonstance, puisqu'un évangéliste la rapporte à propos de tel fait et un autre à propos de tel autre. De bonne heure cependant, il y eut des recueils écrits des récits ou des enseignements du Seigneur, mais ces recueils, eux aussi, n'étaient pas complets. Pour un même fait ou des ensembles de faits, ces recueils n'étaient pas toujours identiques. Il y en eut qui reproduisaient ime même catéchèse; d'autres en reproduisaient sur le même sujet une autre qui, provenant d'un catéchiste différent, divergeait au moins pour les expressions. Ceci nous est prouvé par le fait que, pour un certain nombre de récits, les termes sont presque identiques; ils sont reproduits mot pour mot, tandis que pour d'autres les divergences s'accentuent, tantôt dans les trois synoptiques, tantôt deux à deux. Ces récits étaient écrits, car la tradition orale n'aurait pu longtemps les conserver aussi littéralement identiques, et la preuve c'est que, pour certaines paroles, pourtant très importantes, elle ne les a pas conservés. Nos évangiles ca-

noniques dérivent de ces catéchèses, mais quel emploi en a-t-il été fait? C'est ce que nous allons essayer de voir pour le second évangile.

Les trois parties de l'évangile de Marc doivent être traitées séparément. Pour la première partie, ministère de Jésus en Galilée, presque tous les récits qui y sont contenus, se retrouvent dans les deux autres synoptiques ou dans l'un des deux, mais avec l'addition de nombreux traits de détail. Il est donc probable que les trois synoptiques ont, pour cette partie, reproduit une catéchèse primitive, assez succincte, déjà agglomérée pour quelques sections, mais non pour toutes, et que Marc y a ajouté des détails, qu'il tenait d'un témoin oculaire, ou bien et plutôt, que la catéchèse qu'il reproduisait avait déjà été complétée en certains points par le prédicateur, qui était saint Pierre. La tradition ancienne est trop nette, pour qu'il soit possible de douter que Marc ne dépende point de l'apôtre pour l'ensemble de ses récits. Un certain nombre de détails ne peuvent provenir que de saint Pierre : I, 35-37; III, 13, 16; V, 37; X, 14. La façon, dont sont racontées les scènes de Césarée et du reniement de Pierre prouve que celuici en est le narrateur. On peut faire la même observation pour divers passages, III, 13; IX, 14, qui supposent un récit fait par l'apôtre lui-même. Il est donc très probable que Marc a écrit une des catéchèses de Pierre, mais que d'autres aussi ont reproduit une catéchèse de l'apôtre plus succincte ou qu'ils ont abrégé pour les détails celle qu'a utilisée Marc. Il est possible de supposer encore qu'il n'y a eu qu'une catéchèse de Pierre, à laquelle Marc aurait ajouté des détails, qu'il tenait en particulier de Fapôtre. Qu'il ait modifié le style de cette catéchèse, c'est assez probable, étant donnée la tenue générale de la langue. Il est même probable que Marc a ajouté quelques par-

ties, qui ne venaient pas de la catéchèse de Pierre. Tel serait peut-être ce qu'on pourrait appeler les discussions d'école, II, 23-28; le conflit à propos du sabbat, VII, 1-23 ; la discussion sur la purification des mains, X, 1-12; le discours sur le divorce, XII, 18-27; la discussion avec les sadducéens sur la résurrection, XII, 13, 17. Il ne semble pas que Pierre eût dû se préoccuper de ces questions scolastiques, et qu'il les ait introduites dans sa catéchèse destinée à prouver la messianité de Jésus ; elles ont d'ailleurs une tournure rabbinique assez marquée.

Nous avons vu que, dans la seconde partie, voyage de Galilée à Jérusalem, Marc a peu de détails qui lui soient particuliers ; il a donc reproduit presque sans changement la catéchèse apostolique.

Dans la troisième partie, Jésus à Jérusalem, passion et résurrection, Marc, à peu de choses près, est moins complet que Matthieu. Il a donc connu la catéchèse de Pierre dans un état moins avancé que Matthieu. Il est à remarquer en outre que la tenue générale de ces chapitres, Xl-XVI, est différente de celle des neuf premiers. Au lieu de sentences brèves du Seigneur, nous avons des discours, dont le plus long est au chapitre XIII. Le style est plus varié; au lieu de xat comme introduction des phrases et des péricopes, on a souvent Bé. Cette particule se trouve 19 fois dans les neuf premiers chapitres et 19 fois également dans les cinq derniers; c'est XII, 5 et XIV, 21 seulement que l'on a la forme classique : ô {jtiv... ô §è. On a même soutenu que le discours eschatologique du Seigneur, XIII, provenait d'un document écrit, qui ne serait pas la catéchèse de Pierre; celle-ci ne contenant pas de longs discours. Cette supposition est toute gratuite, ainsi que nous l'avons établi. Il est donc certain que Marc a, dans tout son évangile, utilisé la catéchèse de Pierre, mais

il ne Fa pas reproduite servilement; il a fait un choix et a disposé ses matériaux avec beaucoup d'habileté.

D'une façon générale, il omet les longs discours; il n'en a qu'un, XIII, 1-37; il reproduit quatre paraboles seulement, le semeur, IV, 2-9; la semence jetée en terre, f 26-29; le grain de moutarde, f 30-32; les vignerons homicides, XII, 1-9. Il raconte beaucoup de miracles, dix-huit en tout, et ce choix s'explique par le but qu'il se proposait. On voit bien aussi la raison d être de la disposition des matériaux. Il raconte la vie du Seigneur, mais il groupe certains enseignements. Ainsi, entre les chapitres II, 1 et IV, 36, la biographie de Jésus subit un temps d'arrêt, et Marc, II, l-III, 6, groupe divers faits, qui tous tendent à un même but, lequel est de faire ressortir les attributs de la personnalité de Jésus-Christ, à savoir le droit qu'il a de pardonner les péchés, d'interpréter la Loi, de sauver les pécheurs. Puis, nouvelles discussions avec les scribes, où Jésus dit ce qu'il est. Enfin, chapitre IV, groupement de paraboles. De nouveau, IX, 33-X, 45, temps d'arrêt dans le récit, groupement de faits et de discours, préséance, scandale, divorce, danger des richesses, promesses aux disciples, préséance.

Ces groupements sont-ils du fait de l'évangéKste ou les matériaux de même nature s'étaient-ils déjà agglomérés? Pour quelques-uns, c'est possible, mais il faut tenir compte aussi du travail de l'écrivain.

§ 5. — Destinataires et lieu de composition du second évangile.

Cet évangile n'a pas été écrit en vue de lecteurs juifs; cela ressort de plusieurs détails du texte. Il a dû Tétre pour des lecteurs païens, ignorants des mœurs et des coutumes juives. L'auteur explique en effet des

usages que tout Israélite connaissait très bien, tels que, par exemple, la purification des mains avant le repas, le bain au retour du marché, le lavage des coupes, des ustensiles d'airain, des lits, VII, 3, 4; il spécifie que l'agneau pascal était mangé le premier jour des pains sans levain, XIV, 12, que le jour de la préparation était la veille du sabbat, XV, 42 ; il dira à quel moment ne mûrissent pas les figues en Palestine, XI, 13, la position du temple en face du mont des Oliviers, XIII, 3; il traduit les expressions araméennes qu'il cite : Boanerges, III, 17 ; talitha koum, V, 41 ; corban, VII, 11 ; epphata, VII, 34 ; Bartimée, X, 46; Abba, XIV, 36; Eloï Eloï, lamma sabachtani, XV, 34. Ces lecteurs étaient probablement latins et même romains. Il exprime en monnaie romaine, un quart d'as, les deux lepta de la veuve, XII, 42. Nous avons déjà relevé les mots latins et les latinismes qui se rencontrent dans cet évangile. Marc fait remarquer que Simon de Cyrène était le père d'Alexandre et de Rufus, XV, 21; ces deux personnages étaient donc connus des lecteurs. Or, Paul salue à Rome un membre de la communauté du nom de Rufus, XVI, 13, et ce Rufus avait des liens spéciaux avec Paul, puisque celui-ci appelle la mère de Rufus, la sienne aussi. Il est donc probable que Rufus et sa mère avaient autrefois habité Jérusalem.

Ainsi d'ailleurs que nous l'avons déjà dit, saint Irénée et Clément d'Alexandrie rapportent la naissance de l'évangile de Marc au séjour de Pierre à Rome soit avant, soit après la mort de l'apôtre. Clément d'Alexandrie, dans un fragment de la traduction latine de ses Hypotyposes, le dit clairement : Comme Pierre prêchait publiquement [l'évangile à Rome, Marc fut sollicité par les auditeurs de leur donner un monument écrit de la doctrine qui leur avait été oralement communiquée, et ainsi naquit l'évangile qui porte le nom

de Marc^ Eusèbe, saint Jérôme, saint Épiphane et d'autres encore croient que Tévangile de Marc a été composé à Rome. Seul, saint Jean Chrysostome pense qu'il a été écrit à Alexandrie. Eusèbe^ rattache à Alexandrie la divulgation de l'évangile de Marc. De même saint Jérôme^ dira : Assumpto itaque Evangelio, quod ipse confecerat, perrexit Aegyptum et primus Alexandrise Christum annuntians, constituit Ecclesiam.

§ 6. — Date de composition du second évangile.

Il ne peut être question de fixer la date d'origine de la catéchèse primitive ; elle a dû naître et grandir dès les premières prédications apostoliques. A quelle époque a-t-elle été écrite pour la première fois, c'est là encore un point que nous ne pouvons fixer. Il ne semble pas que cela fût de très bonne heure, car nulle part, dans les livres du Nouveau Testament, il n'est fait une allusion quelconque à un récit écrit de la vie du Seigneur. Pierre dira, Act. XV, 7, que Dieu Ta choisi pour annoncer aux Gentils la parole de l'évangile, XoyovcùaYYe- Xiou. Paul parlera très souvent de son Évangile, c'està-dire de la façon dont il comprenait Je salut; il se référera à l'Evangile qu'il a prêché, mais non à un évangile qu'il aurait laissé entre les mains de ses convertis. Il était d'ailleurs conforme à l'usage du temps de conserver de mémoire l'enseignement des docteurs. Un jour vint, cependant, où l'on put craindre que cette tradition orale ne fût insuffisante pour conserver la catéchèse apostolique et, alors, on l'écrivit. Nous avons même sur ce point le témoignage de Clément d'Alexandrie, déjà rapporté, que les auditeurs de Pierre à

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