Hist, eccl. ni, xxxix
TRADITION SUR LORIGINS. 11
Voici quel est son témoignage sur les deux premiers évangiles :
« Or, le presbytre Jean disait ceci : Marc l'interprète, IpfATiveuTi^ç, de Pierre, pour autant qu'il s'en souvenait, écrivit exactement, non cependant dans leur ordre, les choses dites ou faites par le Christ. Car il n'avait pas entendu le Seigneur et ne l'avait pas accompagné; mais, à la fin, comme je l'ai dit, il avait accompagné Pierre, <^i donnait ses enseignements suivant les besoins de ceux qui l'écoutaient et non comme établissant, iroioufAevoc, une mise en ordre, ouvtaÇiv, des oracles du Seigneur, de sorte que Marc ne fit aucune faute en écrivant quelques faits comme il les répétait de mémoire (ou il s'en souvenait) àicefAvifjfjtoveuaev. Car il ne prenait soin que de ne rien laisser de côté des choses qu'il avait entendues et de ne les altérer en rien. »
« Telles sont les choses que rapportait Papias concernant Marc ; sur Matthieu voici ce qu'il disait, eiptitai : Matthieu écrivit donc les oracles (sentences) dans la langue hébraïque (araméenne) MaxOaîoç j4.iv o3v iêpoifôi $taXsxtc^ Ta XoYiot ouveYpot^ato, et chacun les a traduits, selon qu'il en était capable. »
Ainsi donc, au dire de Papias, Marc avait rassemblé des faits et des paroles du Seigneur, le tout sans ordre, car il les reproduisait d'après la prédication de Pierre, laquelle ne formait pas un ensemble suivi des oracles du Seigneur. On se demande si ces notes caractéristiques peuvent s'appliquer à l'évangile actuel de saint Marc ou si elles ne se rapportent pas à un Marc primitif, qui aurait été la source de celui que nous possédons maintenant. De la comparaison des deux autres synoptiques il ressort bien que l'évangile canonique de saint Marc est incomplet, qu'il ne contient qu'une partie de la matière évangélique, mais peut-on
dire que tout, faits et discours, y est rapporté sans ordre, ou ne Test pas dans l'ordre strictement chronologique? Car le texte de Papias comporte ces deux interprétations. S'il faut l'entendre au premier sens, il ne peut être question de notre Marc actuel, lequel est, au contraire , très bien ordonné en vue du but que l'auteur s'était proposé. Mais il est plus probable que Papias a fait allusion ici à un ordre chronologique des faits, et, à son point de vue, il a pu caractériser ainsi le Marc canonique. Celui-ci, en effet, raconte les faits à peu près dans le même ordre que saint Matthieu et saint Luc; mais, d'abord, il n'est pas certain que ce soit l'ordre strict des événements de la vie de Notre- Seigneur; en tout cas, il n'est pas celui qu'a adopté saint Jean. Papias a pu adopter un autre ordre que celui des synoptiques, ou bien celui de saint Jean ; dans les deux cas, il a pu dire que notre Marc actuel n'avait pas rangé les événements en ordre. En fait, donc, le témoignage de Papias n'oblige pas à conclure à un Marc primitif, mais ne l'exclut pas non plus.
Le témoignage de Papias sur Matthieu soulève trois questions : 1° Saint Matthieu a-t-il écrit les oracles en hébreu ou en araméen? 2** A-t-il écrit un évangile complet ou a-t-il rassemblé seulement des oracles du Seigneur? 3° Les traductions, dont il est question ici, étaient-elles orales ou écrites ? La première question sera traitée dans le chapitre suivant. La seconde dépend du sens qu'il faut donner au mot ^oyia.
Aoyiov, diminutif de Wyo;, signifie dans les auteurs classiques, réponse d'oracles, prédictions. Dans les Septante et dans Philon il signifie oracles de Dieu, paroles inspirées, xà 8éxa Xoyia, les dix commandements ^ En quelques passages il paraît avoir un sens plus