Les Évangilei, Paris, 1877, p
veau sur la situation : l'antithèse entre Tœuvre de Jésus et celle de Satan, IV, 13; X, 17-20; XIII, 16; XXII, 3; l'apparition de l'ange au jardin de Gethsémani, la sueur de sang, le regard de Jésus sur Pierre, qui vient de le renier. Il sait rapprocher les paroles avec les faits : la parabole de l'ami indiscret rappelle la prière persévérante; celle du riche insensé, la Providence. Il nous a conservé des paroles qui nous font pénétrer dans l'intimité de la pensée du Seigneur : « Ne savezvous pas que je dois être dans la maison de mon Père? » II, 49. « Marie a choisi la bonne part qui ne lui sera pas enlevée », iJC, 42» « Celui qui est fidèle dans la plus petite chose l'est aussi dans la plus grande », XVI, 10. « O Dieu, aie pitié de moi, pécheur », XVIII, 13. « Je suis parmi vous comme un serviteur », XXII, 27. « Mon Père, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font », XXIII, 34. « Aujourd'hui, tu seras avec moi au Paradis », XXIII, 43. « Ses péchés, qui sont nombreux, hii sont pardonnes, parce qu'elle a beaucoup aimé », VII, 47.
Relevons aussi ce caractère de familiarité, d'intimité presque, que présentent de nombreux passages de l'évangile de saint Luc. Nous voyons Jésus se mêler aux hommes dans leur vie domestique : il dîne dans la maison du pharisien Simon ou chez d'autres pharisiens, chez Zachée le publicain; il demeure dans la maison de Marthe et de Marie. Les paraboles qui lui sont spéciales sont empruntées aux usages de la vie courante : le semeur, le bon Samaritain, l'enfant •prodigue, le levain, la femme qui a perdu une drachme, etc.
§ 5. — Caractères historicpies du troisième évangile.
Saint Luc e3t un historien ; ce ne sont pas des mé-
moires qu'il a écrits, mais bien une œuvre qui présente tous les caractères, sinon de Thistoire, du moins de la biographie historique. Il a certainement voulu faire œuvre d'historien. Il imite visiblement les grands historiens grecs, Hérodote, Thucydide, Polybe ; comme eux, il commence son livre en disant à quelles sources il a puisé son récit, comment il Ta composé, et le but qu'il s'est proposé. Ainsi que l'a fait remarquer Zahn^: « Luc a écrit un exposé suivi de tout le développement du christianisme, en s'appuyant sur des informations solides pour donner à son lecteur l'impression de la certitude des traditions chrétiennes. »
Il a écrit un récit où il indique l'ordre chronologique des faits : I, 5, 26, 36, 56, 59; II, 42; III, 23; IX, 28, 37, 51; XXII, 1, 7; il rattache ceux-ci à l'histoire de l'empire romain, de la Palestine et de la Syrie, II, 1; III, 1. Il replace dans leur milieu historique des faits ou des paroles du Seigneur que les autres synoptiques n'ont pas datés : les adieux aux villes de Galilée , l'enseignement de l'oraison dominicale. Il connaît les circonstances qui ont provoqué certaines paroles de 'Jésus : l'exhortation au renoncement, XIV, 1 ; les paraboles des chapitres XV, XVI, etc. Souvent il emploie le mot exo;, âge. S'il ne connaît pas la date absolue des événements, il les rattache les uns aux autres de façon à former un ensemble : IV, 1, 38, 46; VII, 1,18, 24; VIII, 1; X 1, 21; XI, 37, etc. A la manière des historiens, il porte des jugements sur les événements ou sur les personnages de son récit : II, 50; III, 15; VIII, 30; XX, 20; XXII, 3; XXIII, 12. Il marque les progrès que fait Jésus au point de vue moral et physique : II, 40, 42, 51, 52; il précise les dates de son ministère : m, 23; IV, 13, et en montre la marche deNa-