‹ Histoire des livres du Nouveau TestamentChapitre 87 sur 99 · Adv. Haer.f ni · texte numérisé non relu

Adv. Haer.f ni

3, Le I, i, 2.

ont trouvé dans le troisième évangile des passages favorables au judaïsme et aux apôtres ; par Holtzmann, qui a nié l'hostilité de Luc envers le judaïsme; par Holsten, qui découvre dans cet évangile une tendance irénique.

En réalité, saint Luc a voulu raconter tout ce qu'il savait sur la vie de Notre-Seigneur et il a impartialement enregistré ce qui était favorable aux apôtres et aux Juifs, tout aussi bien que ce qui leur était défavorable. Il a, il est vrai, rappelé les paroles de Notre-Seigneur, mettant en garde les apôtres contre leur manière trop matérielle d'écouter; il a seul relevé leur inintelligence, à propos de l'annonce de la passion, IX, 45; XVIII, 34. Il a montré Pierre, Jacques et Jean s'endormant au moment de la Transfiguration, IX, 32 ; les apôtres se disputant sur la préséance, après avoir participé au corps et au^ang du Seigneur, XXII, 24- 30. Il raconte des faits et redit des jugements qui sont loin d'être à l'honneur des Juifs : IV, 28; X, 10, 31 ; XI, 39; XII, 47; XIII, 1-5; XVI, 15 etc. Mais on relèvera des faits analogues dans les deux autres évangélistes : Mt XV, 16; XVI, 7-11; Me VI, 52; VII, 18; VIII, 17; IX, 32; d'autre part, Luc n'a pas rapporté certains faits défavorables à Pierre et aux apôtres : les paroles sévères de Jésus à Pierre, Mt XVI, 23; Me VIII, 33; la promesse des apôtres de suivre Jésus jusqu'à la mort, MtXXVI, 35; Me XIV, 31, et leur fuite quelques heures après, Mt XXVI, 56; Me XIV, 50.

Il n'a pas craint de répéter ce qui peut être interprété en faveur de la Loi. Il fait ressortir que Jésus est né sous la Loi et qu'il en pratique toutes les observances, I-II; de nombreux récits montrent le respect de Jésus pour Moïse et la loi juive ; enfin, Luc rapporte la sentence : <c II est plus facile que le ciel et la terre passent qu'un seul trait de la Loi tombe », XVI, 17. En

outre, saint Luc a seul des paroles du Seigneur tout à l'honneur de Pierre, V, 4, 5, 8, 9, 10; XII, 43; XXIL 32, des apôtres VI, 12; XXII, 28-30.

En résumé, saint Luc n'a pas écrit un pamphlet contre le judaïsme ou contre Pierre et les apôtres, non plus qu'une apologie en faveur de saint Paul et de ses doctrines ; tel n'a pas été son but. Il nous a dit très nettement quel il était : « Il a suivi exactement toutes choses depuis l'origine et les a écrites dan5 leur ordre, afin que Théophile reconnaisse la certitude des enseignements qu'il a reçus. » Il ressprt de là qu'il a voulu rassembler tout ce que « Jésus a fait et enseigné dès le commencement jusqu'au jour où il fut enlevé », Act, I, 1, tel que l'avaient raconté les témoins oculaires, le mettre en ordre et l'écrire pour Théophile d'abord, et ensuite pour tous les convertis du paganisme, afin de prouver la certitude des enseignements qui leur avaient été transmis. La prédication apostolique avait dû être incomplète, et surtout dans un ordre peu historique. Les biographes antérieurs n'avaient pas suffisamment remédié à ce défaut. Saint Luc pense y mieux réussir.

C'est donc une histoire apologétique qu'il nous offre. Et son récit présente bien ce double caractère. Nous avons déjà montré que saint Luc s'était efforcé de faire œuvre d'historien et qu'il y avait réussi dans une large mesure. Quant au caractère apologétique de son œuvre, il ressort de l'idée directrice, qui la commande, et du plan qu'il a suivi. Ainsi que nous le dirons, saint Luc écrivait pour les Gentils convertis ; il devait donc insister sur les doctrines qui leur avaient été déjà enseignées. De là cette caractéristique doctrinale très marquée que nous avons signalée : Jésus est le salut pour toutes les nations, salut mérité par la mort de Jésus-Christ et dont la résurrection nous est un gage ;

c'est par la foi et par la pénitence que les hommes obtiendront ce salut, et non par les œuvres de la Loi. Cette doctrine ressortait nettement de la vie du Seigneur; il n'y avait donc qu'à raconter simplement la vie de Jésus, en insistant sur les faits et les paroles qui mettaient en lumière cette doctrine. C'est ce qu'a fait saint Luc. Son évangile pourrait être tenu comme le recueil des pièces à l'appui de l'épître aux Romains : Le salut, offert d'abord aux Juifs , qui le refusent, est proposé ensuite à tous les hommes. Pour démontrer cette thèse saint Luc retrace la vie de Jésus dans tout son développement. Jésus , né sous la Loi,, prêche d'abord le royaume de Dieu à ses compatriotes de Galilée; méconnu par ceux-ci, il va à Jérusalem. Dans le cours du récit, se dessine le plan du salut : comme il a été écrit, Jésus doit souffrir pour le salut de tous. Il meurt, victime de la haine des chefs et des prêtres, et rejeté par les Juifs, qui demandent sa mort; mais il ressuscite et ordonne à ses apôtres d'aller prêcher la pénitence et le pardon des péchés à toutes les nations de la terre, en commençant par Jérusalem, XXIV, 46, 47. Tel est dans l'ensemble le but que saint Luc s'est proposé et la manière dont il Ta atteint; vouloir entrer dans le détail serait chimérique. On ne doit pas oublier que l'évangéliste a écrit une biographie et non une thèse.

Nous pensons cependant avec le P. Rose^ que saint Luc a choisi ses matériaux, ne prenant dans la matière évangélique que ce qui convenait à son dessein et le disposant d'une manière systématique. Pour lui, l'Évangile est un salut mérité par la mort du Christ : c'est à Jérusalem qu'eut lieu la consommation finale. « L'Évangile est apparu à saint Luc comme un phénomène,

i. Évangile selon saint Luc, Paris, 1901, p. xiii.

qui s'est d'abord montré en Galilée et s'est dirigé ensuite à travers la Samarie où il brilla dans toute sa splendeur. Tel est Tordre qu'il suit dans sa composition littéraire : Galilée, Samarie, Jérusalem * . »

Citons encore cette remarque importante du P. Rose 2, laquelle nous explique l'ordre particulier qu'a suivi saint Luc dans son récit et justifie ses éliminations. Lorsqu'il introduit un personnage sur la scène, il lui fait dire tout son rôle en une fois, puis il le fait disparaître sans le ramener aux moments qu'indiquent saint Marc et saint Matthieu. Qu'on examine à ce point de vue l'histoire de Jean-Baptiste et le séjour de Jésus à Nazareth.

§ 8. — Destinataires du troisième évangile.

Le but que s'est proposé l'écrivain était commandé, avons-nous dit, par ceux auxquels il s'adressait. Saint Luc a écrit son évangile en vue tout d'abord de l'instruction de Théophile, mais ce personnage réel était représentatif de toute une catégorie d'hommes. Bien que quelques Pères, Origène, saint Ambroise, saint Epiphane, aient vu dans Théophile tout homme qui aime Dieu ', nous n'avons aucune raison sérieuse de croire à un personnage fictif. Le nom de Théophile n'est pas un nom artificiel : il a été porté par des Juifs et par des Grecs : l'épithète qui y est jointe ne conviendrait pas à un être symbolique. Nous ne pouvons d'ailleurs dire qui a été ce Théophile, ni de quelle condition il était; la tradition est muette à ce sujet, et les indications qu'on cherche à extraire du troisième

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