Ambroise, Corn, tn Lucam^ I
évangile ou des Actes sont contradictoires. Le seul fait certain, c'est que Théophile n'était pas un Juif, mais un chrétien converti du paganisme ; une multitude de détails prouvent que l'écrivain s'adresse à un lecteur étranger à la Palestine, à l'histoire et aux coutumes juives, et plus généralement à des lecteurs païens. 11 évite ce qui pourrait les froisser, et a soin de rappeler toutes les paroles de Jésus, qui appellent les nations au salut. Il ne répétera pas la défense du Seigneur aux apôtres d'aller dans les chemins des nations, Mt X, 5, ni la parole à la Chananéenne : Je n'ai été envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël, Mt XV, 24. Pour saint Luc Jésus n'est pas seulement le fils de David, mais aussi le fils d'Adam. Les Anges annoncent la paix à tous les hommes de bonne volonté, II, 14. Nous avons déjà relevé les sentences qui établissent que tous sont appelés au salut.
Remarquons encore que saint Luc substitue d'ordinaire le mot grec au mot hébreu : il dira Kpaviov au lieu de FoXYoÔa; ZiqXwnqç pour Kavocvatoç; SiSaŒxaXe ou litKTcàTa au lieu de faêêet; àXyjôwç OU en àXyjôeiaç à la place de àfjn^v ; à Saiaoviov, il ajoute axaôapxov pour éviter la confusion avec les Saifxovta qui, chez les Grecs, pouvaient être de bonnes divinités. Bien qu'il ne se montre pas hostile à la loi juive et qu'il en rappelle les observances, II, 21, 27; V, 14; X, 26, etc., il n'a pas les sentences de Matthieu en faveur de la Loi, V, 17, 19, 20, 21 ; XII, 5-7, etc. ; les citations directes de l'Ancien Testament sont peu nombreuses, I, 17 = Malachie, IV, 6; II, 25 = Exode, XIII, 2-12; III, 4-6 = haïe, XL, 3-5; IV, 18 = haïe, LXI, 1, 2; VII, 27 = Mal. m, 1; X, 27 = Deut. VI, 5; XIÏI, 35 = Ps. CXVIIl, 26; XVIII, 20; XIX, 38 z= Ex. XX, 12-16; XIX, 46 = haïe, LVI, 7 ; XX, 17 = Ps. CXVIIl, 22 ; XX, 42 = Ps. ex, 11. Toutes ces citations sont empruntées aux
Septante, à l'exception de la parole de Malachie, III, 1, au chapitre VII, 27, laquelle dérive d'un type grec inconnu. Il est donc possible que saint Luc n'ait pas su l'hébreu; il ne cite aucun terme hébreu ou araméen. Il insiste peu sur l'accomplissement des prophéties et sur les cinq passages où il est dit que les Écritures doivent être accomplies : III, 4 ; IV, 21 ; XXI, 22 ; XXII, 37; XXIV, 44; tous, sauf le premier, sont des affirmations du Seigneur. Saint Luc ne se préoccupe pas de prouver, textes en mains, que Jésus était le Messie annoncé par les prophètes, démonstration qui n'était pas nécessaire pour des lecteurs païens.
Il ressort de ces observations que cet écrit s'adressait principalement à des Gentils convertis, dont Théophile était le prototype ; toutefois il avait aussi en vue les Juifs. Que saint Luc ne voulût pas les exclure de son dessein, cela ressort du fait yie lui seul a rapporté cette parole de Jésus que l'Évangile devait être prêché à toutes les nations, en commençant par Jérusalem. Il ne pouvait d'ailleurs oublier cette parole de son maître Paul : « L'Évangile, c'est la puissance de Dieu pour le salut de tout croyant, du Juif d'abord, puis du Gentil », Rom, I, 16. Il serait possible de relever dans le troisième évangile des faits et des paroles qui intéressaient spéciaflement les Juifs, en particulier les pleurs de Jésus sur Jérusalem et la prière du Seigneur en croix pour ses bourreaux. Enfin, saint Luc écrivait poiu» les communautés évangélisées par son maître; or, si celles-ci étaient en majorité composées de convertis du paganisme, les Juifs y étaient en bonne proportion; cela ressort des épîtres pauliniennes. Il ne faudrait donc pas entendre dans un •sens trop exclusif les paroles d'Origène*, affirmant que
EusÈBE, HisU eccl.y VI, 85, 6.
Luc composa son évangile pour les Gentils convertis ou celles de saint Jérôme \ disant à Damase que Luc a écrit son évangile pour les Grecs. Saint Jean Chrysostome est plus près de la vérité lorsqu'il affirme que saint Luc s'adresse généralement à tous les hommes^.
g 9. — Date et lieu de composition du troisième évangile.
Nous n'avons aucun témoignage positif sur la date et le lieu de composition de l'évangile de saint Luc; nous en sommes donc réduits sur ces questions à des conjectures plus ou moins plausibles.
Dans son prologue, l'auteur nous apprend que, lorsqu'il a écrit son travail, d'autres, auditeurs des témoins oculaires, avaient déjà entrepris de composer un récit des événements; pour lui, il vient en seconde ligne. Ceci ne prouve pas, cependant, qu'il n'ait pu, lui aussi, être sur le même rang que les premiers et travailler sur des documents de première main. Il s'autorise simplement de leur exemple, sans préciser le temps qui s'est écoulé entre leur œuvre et la sienne. Jûlicher ^ n'a donc pas le droit d'affirmer que ce prologue prouve que la littérature évangélique était dors dans sa fleur. Si elle avait déjà produit des œuvres remarquables, comment Luc aurait- il pu penser faire mieux? Dans les premières lignes des Actes des Apôtres, I, 1, saint Luc se réfère à son premier livre, dans lequel il a raconté tout ce que Jésus a fait et enseigné dès le commencement. Il a donc écrit les Actes après l'évangile. Or, il paraît probable que les Actes ont été écrits vers l'an 62-64; s'ils l'avaient été après la mort de saint Paul , comment l'écrivain n'aurait-il pas ra-
i. Ad Dam., 145.