À. J. IV. 7. — Esdras VI, v. 15 à
année de l'exil, du 10 du premier mois, et de la quatorzième année, après la ruine de la ville de Jérusalem (cette année est forcément l’an 574 av. J.-C.). Nous y trouvons trois versets qui ont une extrême importance pour la solution d’une question qui a soulevé une longue polémique; on devine qu’il s’agit des tombeaux des rois de Juda. Voici ces trois versets : :
Ézéchiel, XLIII, v. 7. «Ilme dit : fils de l'homme, voici le lieu de » mon trône, et le lieu pour la plante de mes pieds, où j'habite, » au milieu des enfants d'Israël, pour toujours; et la maison » d'Israël ne profanera plus mon saint nom, ni eux, nileurs rois » par leurs fornications, ni leurs hauts lieux, par les cadavres » de leurs rois.
» 8. En ce qu'ils plaçaient leur seuil près de mon seuil, et » leurs poteaux (de portes) près de mes poteaux, et il n’y avait » qu'un mur entre moi et eux, et ils ont profané mon saint nom, » par les abominations qu’ils ont faites, et je les ai condamnés » dans ma colère. ;
» 9. Maintenant ils éloigneront de moi leurs fornications, et » les cadavres de leurs rois, et j'habiterai toujours au milieu » d'eux. »
N'est-il pas plus que probable que, jusqu’à la prise de Jérusalem par Nabuchodonosor, les tombeaux de David et de sa dynastie furent sur la montagne sainte ? qu'Ézéchiel, qui prophétisa pendant la captivité, en fit un des plus grands griefs de Jéhovah contre son peuple, et que celui-ci, lorsqu'il revint de Babylone, pour reconstruire son temple auguste, n’eut garde d'oublier le reproche que Dieu lui avait adressé par la bouche d'Ézéchiel ? Dès lors, il n’y a rien non plus que detrès vraisemblable à ce que la translation des tombes royales ait été ordonnée et exécutée, bien que pas un mot n’en ait été dit dans les écrits sacrés ou profanes. Mais cela est-il bien étonnant, vu l'extrême pénurie des documents historiques que nous possédons sur ces temps si troublés et si malheureux ? Si une translation des tombeaux des rois de Juda a été exécutée, certes on a dû les
porter le plus loin possible de la montagne du temple. Quel emplacement plus favorable pouvait-on choisir que celui qui est occupé au nord de Jérusalem, et à peu près à 800 mètres des murailles de la ville, par le splendide monument connu sous le nom dé Tombeaux des Rois, Qbour-el-Molouk, ou Qbour-es- Selathin ? Avec cette hypothèse tout s'explique : le nom et le site du monument, le système de décoration dont il est orné, et le style architectonique qu'il présente, puisqu'il n'aurait pu être commencé au plutôt qu’en 537 av. J.-C., et beaucoup plus probablement en 520 seulement. Quant au silence profond gardé sur cette translation, comme d’un accord unanime, il a pu servir à masquer un fait qu'il était bien difficile de rendre légal, vu le respect profond que la nation entière professait pour les tombeaux en général, vu surtout l’impureté qui frappait de droit, pendant plusieurs jours, quiconque touchait un tombeau, même par mégarde !
Le Talmud nous dit bien que les seuls tombeaux de Jérusalem qui ne furent jamais touchés, sont ceux des rois de Juda et de la prophétesse Houlda. Voici en effet ce que nous lisons à ce sujet dans l’histoire de la Palestine, d’après le Talmud et les autres sources rabbiniques, par M. J. Derembourg (Paris, 1867, pag. 26 et 27): « D’après une autre tradition, Ezra aurait aussi » fait emporter hors des murs de Jérusalem, tous les ossements » des morts qu’on avait enterrés dans l’intérieur de la ville ; il » fit cependant une exception en faveur des tombeaux de la fa- » mille royale et de la prophétesse Houlda, et en note : le » fait des exhumations ordonnées par Ezra, est raconté dans » Tosiphta Négäim, C. VI, et Abot derabbr Nathan, G. XXXV ».
Il semble étrange que les savants docteurs qui rédigèrent, sans le coordonner, ce code religieux et civil de la nation judaïque, aient eu l’idée bizarre de constater par une assertion jetée en passant, le contraire de la vérité? Aïnsi tous les tombeaux anciens, sauf ceux des rois et de la prophétesse Houlda auraient été transportés hors de la ville, par l’ordre d’Esdras.
Ceux des rois, qui avaient été plus directement incriminés par Ézéchiel, auraient été laissés en place? C'est tout simplement invraisemblable. Nous livrons ces considérations à l’appréciation du lecteur.
Mais revenons à l’histoire de Jérusalem. A partir de cette époque, l’ancien royaume de Juda fut constitué en une sorte de république démocratique, mitigée par quelque peu d’autorité réservée à un petit nombre de personnagesillustres; en d’autres termes le pays devint une république oligarchique, que présidèrent les souverains pontifes, jusqu’à l'avènement de la famille des Asmonéens.
De Saül, premier roi des Juifs, auquel succéda David, jusqu’à la captivité et à la ruine de Jérusalem, il s'était écoulé 522 ans, 6 mois et 10 jours!.
Avant la royauté, la nation avait étérégie par des juges et des monarques (uévasyo), et sous cette autre forme de république, avait passé plus de 500 ans, depuis la mort de Moïse et de Josuë ?.
Les Samäritains étaient loin d’avoir renoncé à leur envie et à leur aversion contre les Juifs; riches, et forts de leur commune origine avec les Perses, ils essayaient de tous les moyens pour nuire à leurs rivaux détestés. Le décret royal les avait astreints Là payer une somme annuelle, pour les sacrifices offerts dans le
ee de Jéhovah ; ils s’y refusèrent, et firent si bien que leurs éparques prirent ouvertement leur parti. Les Juifs n ’hésitèrent pas, et décidèrent immédiatement d'envoyer à Darius une ambassade, composée de Zorobabel et de quatre autres magistrats de la nation, chargés d'exposer au Roi leurs griefs légitimes contre les Samaritains. Darius les accueillit avec faveur, écouta
1. Nous sommes vraiment las de retrouver toujours ces 6 mois et 10 jours qui n’ont aucune raison d'être.
2. À. J. XI. IV. 8. Nous ne perdrons pas notre temps à analyser ces nouveaux chiffres, qu'il serait probablement fort difficile de justifier ou de combattre. La période des juges est d’ailleurs impossible à préciser chronologiquement,
RETOUR DE LA CAPTIVITÉ. Ta
leurs plaintes et les renvoya dans leur pays, porteurs d’un rescrit adressé aux éparques et au sénat de la Samarie. Ce rescrit était ainsi conçu : « Darius, roi, à Tanganes et Sambabas, épar- » ques des Samaritains, à Sadracas et à Hâbelon, aussi bien » qu'à leurs collègues, nos serviteurs en Samarie. Zorobabel, » Ananias et Mardochée, envoyés de la nation Juive, vous accu- » sent de les avoir molestés pendant l'édification de leur temple, » et de ne leur avoir pas payé la redevance à laquelle je vous ai » astreints, afin de subvenir aux frais du culte. Je veux qu'après » lecture de ce rescrit, il soit pris sur le trésor de la Samarie, » pour leur être immédiatement remis, tout ce qui, de l'avis de » leurs prêtres, sera nécessaire à la célébration du culte ; afin » que les sacrifices quotidiens ne soient pas interrompus, et » qu'ils ne cessent de prier leur Dieu, pour moi et pour la nation » des Perses !. »
Josèphe poursuit ainsi: « À la mort de Darius, Xerxès son » fils monta sur le trône. Ce prince se montra pendant tout son » règne aussi pieux que l'avait été son père. Le grand prêtre » était alors Joiakim, fils de Jésus ?.
» À Babylone habitait un homme juste et estimé de tous, prêtre » du premier rang, et nommé Esdras, qui avait su se concilier » l'amitié du roi Xerxès *, Il en profita.pour obtenir pour lui
DU ATEV, 9.
2. À. J. XI. V. TI. Voici la généalogie des grands prêtres, descendants directs de Serayah qui fut mis à mort, à la prise de Jérusalem, en 588 av. J.-C. Josaddok, Jeschoua (Jésu ou Josuë), Joiakim, Eliasib, Joiada, Jonathan (lisez Jokhanan), Jaddoua, (Néhémie, XII. v. 10 et 11).
3. Nous avons vu, dans le livre d'Esdras, le roi protecteur d'Esdras nommé Artakhchachtah ; cela doit être vrai, et il s'agit d'Artaxerxès II, Mnémon ; Josèphe est cette fois encore dans le faux.
» même et pour ceux de ses coreligionnaires qui voudraient » retourner à Jérusalem, la protection efficace du roi des » Perses. » Nous avons déjà donné les détails de cette nouvelle émigration des Juifs captifs vers leur patrie, d’après l'Écriture ; inutile donc de recommencer ce récit, en copiant Josèphe !.
Un des faits qui concernent Esdras, et dont nous n'avons pas encore parlé, est le suivant que nous trouvons à la fois dans le livre de Néhémie et dans Josèphe. |
Lors de la célébration de la fête des Tabernacles, le peuple réuni dans la place qui est devant la porte des eaux, supplia Esdras de lui donner lecture de la loi de Moïse. Cette lecture, commencée à l’aurore, fut continuée jusqu’à midi «et les oreilles » de tout le peuple étaient attentives aux paroles de la doc- » trine », dont.les lévites, et avec eux Néhémie, donnaient l'explication. Cette explication provoqua, nous ne savons trop pourquoi, un tel attendrissement parmi la foule des auditeurs, que Néhémie dut leur dire que ce n’était pas le cas de gémir, mais bien de se réjouir; et que c'était un jour de fête qu'il fallait célébrer par de joyeux festins. La recommandation fut accueillie avec empressement, et le lendemain la lecture de la loi fut continuée avec le même succès. La loi prescrivait de célébrer la fête des Tabernacles, en se construisant des cabanes de branchages d'olivier, de myrthe et de palmier. Toutle monde s’empressa d’obéir, et chacun habita, pendant sept jours, le tabernacle verdoyant qu'il s'était préparé. Durant toute cette semaine de réjouissances, la lecture des livres saints fut régulièrement poursuivie.
Esdras réussit de la sorte à amender singulièrement les mœurs de la nation à la tête de laquelle il se trouvait placé. Il avait atteint un grand âge, lorsqu'il s’éteignit, laissant après lui le renom le plus glorieux. Ses funérailles eurent lieu à Jérusalem avec une grande magnificence. A la même époque qu’Esdras
1, À. J. XI, V. 1 à 4, (397 ay. J.-C.)
mourut le grand prêtre Joiakim, auquel succéda son fils Eliasib!.
Nous avons maintenant à apprécier la part que prit Néhémie à la reconstruction de Jérusalem. Néhémie fils de Hakaliah était échanson du roi Artakhchachta (c’est encore Artaxerxès IT, Mnémon, qui est désigné ici). Au mois de Kaslew de la 20° année du règne de ce monarque (384 av. J.-C.), pendant qu'il résidait à Suse, Néhémie vit arriver de Judée Hanani, son frère, et quelques autres hommes avec lui. Il s’empressa de s'informer de l’état dans lequel les Juifs rentrés se trouvaient à Jérusalem, et il apprit avec douleur qu’ils vivaient dans l’affliction et l’opprobre : que les murailles de la ville étaient toujours en ruine, et que ses portes brûlées lors de la catastrophe qui avait renversé la dynastie de David, n'avaient pas encore été remplacées. Gette triste nouvelle brisa le cœur de Néhémie, qui pendant plusieurs jours ne fit que jeûner et prier, pleurer et se lamenter. Au mois de Nisan suivant, son service l’ayant appelé à la table du Roi, celui-ci, pendant qu’il lui servait du vin, remarqua la douleur empreinte sur son visage, et l’interrogea avec bienveillance sur la cause de son chagrin.
— Comment ne serais-je pas affligé, dit Néhémie, quand la ville où sont les tombeaux de mes pères est dévastée, et a ses portes consumées par le feu ?—Que demandes-tu ?—S'il semble bon au Roi, etsi ton serviteur est agréable à tes yeux, envoie-moti en Judée, à la ville où sont les tombeaux de mes pères, pour que je la rebâtisse. — Soit, répondit le roi, combien de temps resteras-tu absent ? — Néhémie fixa l’époque de son retour, et le Roi consentit à son voyage. Il fit plus encore et remit à Néhémie des lettres adressées aux satrapes de l’autre côté du
1. Néhémie VIII, v. 1 à 8. — À. J. XI. V.5. S'il faut en croire Josèphe, la porte des eaux était la porte orientale du Naos, puisqu'il décrit ainsi le lieu de réunion du peuple assemblé pour entendre la lecture de la loi : dveXôvres els TO aveuévoy 709 VaoÙ Tp0s TNY TÜÀNV TAV ET! Tv avatoANv axo6hÉTOUIAV
Je crois qu'il y a ici une confusion et que la porte des eaux du texte de Néhémie, est une porte du Hieron (la triple porte aujourd'hui murée), tandis que la porte désignée par Josèphe est une porte du Naos.
fleuve, pour qu’ils eussent à veiller à la sécurité du voyageur, et une autre destinée à Assaph, gardien des forêts royales, qui devait fournir à Néhémie tous les bois de construction dont il aurait besoin. Néhémie, sous la protection d’une escorte de cavalerie, se mit en route pour Jérusalem, où il arriva sans encombre *.
La haine des nations voisines n’était qu’assoupie ; la nou- . velle de l’arrivée de Néhémie avec les lettres royales l’autorisant à relever les murailles de Jérusalem, la réveilla incontinent. L'homme qui se mit à la tête de la résistance aux ordres royaux, fut un personnage nommé Sanaballète le Khoronéen (il était donc Moabite d’origine, puisque Khoron ou Khoronaïm était une ville du pays de Moab). Il était secondé par un certain Tobiah que Néhémie appelle l’Aabed (le serviteur) Ammonite ?. |
Tous les deux voyaient avec un profond dépit la venue d’un homme qui pouvait faire renaître la prospérité des enfants d'Israël *.
Nous verrons plus tard comment ils s’y prirent pour entraver le zèle de Néhémie. |
Celui-ci quine voulait agir qu'avec une extrême prudence, fit d’abord mystère de la mission dont il était chargé, et commença par visiter de nuit, accompagné d’un très petit nombre d'hommes, l'enceinte de la malheureuse Jérusalem “.
Dès qu’il fut bien édifié sur l'étendue de la tâche qu'il s'était volontairement imposée, Néhémie réunit les prêtres, les grands,
1. Néhémie I entier et IL, v. 1 à 9. — A. J. XI. V. 6. Dans ce passage le nom du satrape placé à la tête de la Samarie et de la Phénicie est Adaios ; de plus l'année du règne de Xerxès dans laquelle Néhémie arriva à Jérusalem, est dite la 25e, au paragraphe 7 (A. J. XI. V).
2. Que peut être cet Aabed, 3DNn 729ñ. Il est assez singulier que le beau monument ammonite d'Aaraq-el-Emyr, s'appelle toujours dans le pays Qasr-el-Aabed. La résidence de Tobiah l'ammonite, aurait-elle été 1à par hazard ? Ce serait bien possible ; nous aurons lieu de revenir plus tard sur ce curieux sujet.