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Manassès courut auprès de son beau-père Sanaballête, et lui déclara que quelque amour qu’il eût pour sa femme Nicaso, il.ne se résignerait jamais à se dépouiiler pour elle du sacerdoce qui, parmi son peuple, était la plus grande des dignités et un honneur héréditaire dans sa famille. Sanaballète s’empressa de lui promettre que non seulement il lui conserverait le sacerdoce, mais encore qu’il saurait bien lui donner une dignité pontificale égale à celle du grand prêtre de Jérusalem. — Garde ma fille pour femme, lui dit-il, et je te ferai le souverain réel de tous les pays que je commande, et je ferai bâtir sur le mont Garizim, la plus haute des montagnes de la Samarie, un temple qui sera semblable à celui de Jérusalem. Je m'engage formellement à obtenir du roi Darius l'autorisation de le construire. — Il n’en fallait pas plus pour satisfaire la vanité et l'ambition de Manassès; il ne quitta plus son beau-père, et attendit que le roi Darius lui confiât le souverain pontificat, et l’investit de l'autorité de Sanaballète qui était très avancé en âge. Un grand nombre de prêtres et d’enfants d'Israël qui avaient contracté des unions prohibées, comme celle de Manassès, s’'empressèrent de quitter Jérusalem, et de venir se ranger autour du futur grand prêtre, dont le beau-père, par égard pour Manassès, les combla de présents de toute nature, leur distribuant des habitations et de grandes sommes d'argent *.
Darius effrayé des progrès rapides d'Alexandre, après la bataille du Granique, rassembla en toute hâte une nouvelle et puissante armée et courut au-devant du conquérant, pour l'arrêter avant qu’il n’eût envahi l’Asie entière.
L'armée des Perses à la tête de laquelle Darius s'était mis en personne, passa l'Euphrate, franchit le Taurus et descendit en Gilicie, pour livrer bataille aux Macédoniens. Sanaballète ravi de la venue de son souverain, renouvela toutes ses promesses à Manassès, en lui jurant qu’elles seraient accomplies de point en
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point, aussitôt que Darius aurait remporté la victoire qui ne pouvait lui échapper. Il croyait, en effet, comme du reste le faisaient {us les Perses, que les Macédoniens effrayés de la multitude de leurs adversaires n’oseraient tenter le sort d’une bataille. Il en arriva tout autrement! Darius fut battu ; la plus grande partie de son armée périt, et le Roi dont la femme et les enfants tombèrent entre les mains de l'ennemi, s'enfuit honteusement vers la Perse. Cette victoire ouvrait la Syrie à Alexandre, il s’y précipita, prit Damas et Sidon, et vint mettre le siège devant Tyr (330 av. J.-C.).
Pendant qu’il était arrêté devant cette ville, Alexandre écrivit au grand prêtre des Juifs, pour lui enjoindre de lui envoyer des auxiliaires et des vivres, de lui payer désormais à lui-même le tribut qu'il payait naguère à Darius, et de mériter ainsi l’amitié des Macédoniens, ce dont il n’aurait pas à se repentir. Le grand prêtre répondit aux envoyés du roi de Macédoine, qu’il avait fait à Darius le serment de ne jamais porter les armes contre lui, et que jamais il ne violerait ce serment. A la réception de cette réponse royale, Alexandre entra en fureur ; il ne voulait pas s’éloigner de Tyr qui était sur le point de tomber; mais il jura que, dès qu'il en aurait fini avec cette ville, il marcherait sur Jérusalem et apprendrait à tous, par l'exemple du grand prêtre, à bien choisir les souverains auxquels il fallait prêter serment de fidélité. |
En effet, Tyr ne tarda pas à succomber, et de là Alexandre se porta sur Gaza, dont le gouverneur militaire, nommé Babemès, se vit assiégé à son tour.
Qu’avait fait le satrape Sanaballète, à la nouvelle des désastres subis par la monarchie perse? Il s'était montré le plus digne émule des Asiatiques, dont la perfidie était justement prover- ‘biale, et il avait trahi le Roi son maître, sans hésitation comme sans vergogne, aussitôt que le moment lui avait paru favorable.
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Pendant qu’Alexandre était arrêté devant les murs de Tyr, Sanaballète, à la tête de huit mille hommes choisis parmi les troupes qu’il avait sous ses ordres, vint se présenter au roi de Macédoine, et lui offrit la soumission de la province dont il était gouverneur, en lui déclarant que c'était avec bonheur qu'il désertait le service de Darius pour passer au sien. Comme Alexandre recevait ces ouvertures avec une joie qu’il ne cherchait pas à dissimuler, Sanaballète, plein de confiance, aborda le sujet qui lui tenait au cœur, et dit au conquérant qu’il avait pour gendre Manassës, frère de [addous, le grand prêtre de Jérusalem; qu’un grand nombre de Juifs l’avaient suivi en Samarie, et que tous avaient l’ardent désir de construire un temple à leur Dieu, dans les limites de son gouvernement. Il fit ressortir adroitement ce que l'exécution de ce projet aurait d’avantageux pour Alexandre, puisque les forces de la nation juive se trouveraient ainsi divisées, et que, par conséquent, il n’y aurait plus à compter avec un peuple uni, mais à gouverner sans embarras un peuple désormais incapable de fomenter des rébellions, comme ils n’avaient cessé de le faire sous le sceptre des rois d’Assyrie. Alexandre s’empressa d’acquiescer au plan de Sanaballète, qui fit toute diligence pour construire le temple projeté *, et y établit Manassès grand prêtre, comptant bien que de là rejaillirait un grand honneur sur les enfants de sa fille. Nous avons déjà dit que Sanaballète était un vieillard. Après son entrevue avec Alexandre, sept mois encore furentemployés au siège de Tyr, et deux à celui de Gaza. Cette dernière ville venait d’être prise lorsque Sanaballète mourut *.
Lorsque Gaza fut prise, Alexandre se disposa à marcher sur Jérusalem. A cette nouvelle, la perplexité et l’appréhension du grand prêtre laddous devinrent très grandes. Comment faire pour calmer l’irritation du roi de Macédoine, dont il avait pro-
4. Nous aurons plus tard l’occasion de parler en détail du temple élevé par Sanaballète, sur le sommet du Garizim. | 2. À, J. XI: VII, 4(329 av. J-C.).
fondément blessé l’orgueil, par la belle et honorable réponse qu’il lui avait adressée quelques mois auparavant? Des prières publiques furent ordonnées pour conjurer l’orage qui menaçait la ville sainte, et le grand prêtre, pendant qu’il officiait, supplia le Tout-Puissant de détourner de son peuple les dangers qu'il n’était que trop facile de prévoir. La cérémonie achevée, laddous s’endormit et vit en songeJehovah qui lui disait de se rassurer, d'ouvrir les portes de la ville, de faire revêtir à tout le peuple des robes blanches, de prendre lui-même les ornements pontificaux, et de se porter ainsi, sans crainte, au-devant des Macédoniens, parce que la protection divine ne lui ferait pas défaut. Le grand prêtre se réveilla plein de joie, et fit publier sur l'heure l’ordre providentiel qu'il avait reçu en songe. Toutes les prescriptions de cet ordre mystérieux furent préparées en hâte, et l’on attendit l’arrivée d'Alexandre ‘.
Lorsqu'on fut averti de l’approche des Macédoniens, laddous sortit de la ville à la tête du corps sacerdotal et de la foule du peuple. Ce cortège, qui présentait un appareil imposant et bien différent de celui des pompes de toutes les autres nations, s’avança jusqu’au lieu que l’on appelle Sapha. Ce nom signifie en grec lieu d'observation (Xxorà ), de là, en effet, on voyait à merveille la ville et le temple ?.
Nous sommes quelque peu embarrassés pour déterminer avec précision le point que Josèphe veut désigner ici; dans plusieurs pages des écrits de cet historien, nous trouvons mentionné le Scopus, sommet de la colline qui est à 1,300 mètres au nord de Jérusalem, et d’où la ville et le temple se voient parfaitement, tandis qu’à la hauteur du village actuel de Chafat, s’il est vrai qu'on aperçoive encore, et pour la dernière fois, les murailles de Jérusalem, iorsqu’on se dirige vers Naplouse, on ne les aper-