A:J: XI. VIII
2. A.J. XI. VIII. 5. Ce nom s’est sans doute conservé dans celui de la Chañfat
moderne, qui est à peu près à 4 kilomètres au nord de Jérusalem, à gauche de la route de Naplouse.
çoit guère. La traduction Xx07ù que notre auteur donne du mot Ja ne pourrait-elle pas nous induire à penser que l’entrevue du grand prêtre et d'Alexandre eut effectivement lieu sur le Scopus ? Aujourd’hui que j’ai de nouveau étudié ce fait sur place, je ne doute plus guère, et je crois, malgré ce que l'existence du village actuel de Chafat a d’attrayant pour l'identification de ce village avec la Zayà de Josèphe, que c’est bien du plateau du Scopus qu’il s’agit en réalité dans le récit qui nous occupe.
Les Phéniciens et les Chaldéens qui étaient à la suite d’Alexandre s’attendaient, grâce à l’irritation du roi, au pillage de Jérusalem et au massacre du grand prêtre; à l’avance ils s’en faisaient fête; mais leur calcul fut déjoué de la manière la plus inattendue.
Alexandre apercevant de loin cette multitude en robes blanches, précédée du corps sacerdotal en tuniques de lin,et du pontife en robe violette rehaussée d’or, ayant sur la tête la tiare ornée de la plaque d’or sur laquelle était inscrit le nom de Jéhovah, s’avança seul, s’inclina devant ce nom ineffable, et salua le premier le grand prêtre. Les Juifs alors acclamèrent Alexandre d’une voix unanime, et l’entourèrent, à la grande stupéfaction des princes de la Syrie et de tous ceux qui accompagnaient le conquérant. Tous se figuraient que leur maître venait de perdre la raison. Parménion seul osa s’approcher et interroger Alexandre, lui demandant comment il se pouvait que, lorsque tout le monde se prosternait devant lui, il s’inclinât lui-même devant le grand prêtre des Juifs! « Ce n’est pas devant cet homme, ré- » pondit Alexandre, que je me suis incliné, mais devant le Dieu » dont il a l’insigne honneur d’être le pontife. Cet homme, je » l'ai vu en songe, dans le même appareil, à Dium en Macé- » doine,et lorsque j'étais tout occupé de mes projets de conquête » en Asie. Il m’exhorta à ne pas hésiter et à franchir résolu- » ment l'Hellespont; qu'il guiderait lui-même mes armées et » me livrerait l'empire des Perses ; aussi, n’ayant jamais vu un » autre que lui dans cet appareil, et me trouvant tout à coup en
» face de celui-ci, mon rêve et ses encouragements me sont re- » venus à l'esprit; maintenant je ne doute plus que mon expé-
» dition commencée par un ordre divin, n’ait un plein succès. Je
Le
» renverserai Darius, j'anéantirai la puissance des Perses, et > tous les projets que j'ai conçus s’accompliront. »
Lorsqu'il eut adressé ces paroles à Parménion, Alexandre prit la main du pontife et marcha vers Jérusalem. Tous les autres prêtres lui faisaient cortège.
Aussitôt entré dans la ville sainte, il monta au temple et sacrifia au Dieu qui y était adoré, en suivant les prescriptions du grand prêtre qu’il traita avec la plus grande déférence, ainsi que tous les membres du corps sacerdotal.
On lui montra le livre de Daniel, dans lequel il était prédit que les Grecs détruiraient l'empire des Perses ‘, et Alexandre, convaincu qu'il était le vainqueur prédestiné dont la venue était signalée par le prophète, se sentit plein de joie et congédia la multitude.
Le lendemain, le peuple, convoqué par son ordre, fut autorisé à formuler toutes les grâces qu'il désirait obtenir de lui. Le souverain pontife réclama pour les Juifs la faculté de vivre sous les lois de leurs pères, et l’exemption du tribut annuel chaque septième année. Tout cela fut accordé sans discussion. Alors on supplia Alexandre d'accorder de même aux Juifs établis en Babylonie et en Médie, le droit de vivre sous leurs propres lois. Le roi s’engagea avec empressement à exaucer ce vœu. Comme il ajouta que, s’il s’en trouvait parmi eux qui voulussent le suivre et prendre part à la guerre qui allait commencer, sous la condi-
1. Il est certainement fait ici allusion à ce que nous lisions dans le livre de Daniel VIII, v. 16 à 27, et notamment aux deux versets suivants. « 20. Le bélier que tu » às vu, pourvu de cornes, désigne les rois de Médie et de Perse. — 21. Le bouc » chevelu, le roi de Ioun (Ionie, Grèce), et la grande corne qui est entre ses yeux, le » premier roi.— La(corne) brisée à la place de laquelle se sont élevées quatre autres, » (signifie) que quatre empires s’élèveront de la nation, mais non avec sa force, etc.» Quelle que soit l’époque que l’on prétende assigner à la rédaction du livre de Daniel, pour Josèphe ce livre existait au moment où Alexandre vint à Jérusalem.
tion formelle de ne rien changer à leurs coutumes, il était prêt à les accueillir dans les rangs de ses soldats, un grand nombre d'hommes s’enrôla sur l'heure, avec un véritable enthousiasme.
Nous ne savons dans quel but l’on a révoqué en doute l'authenticité du récit que nous venons de reproduire d’après Josèphe, ou plutôt nous ne voulons pas deviner quelle a été l’arrière-pensée qui a motivé ces dénégations. Nous nous contenterons done de déclarer nettement que nous avons eu beau chercher, et que nous n’avons pu trouver une seule bonne raison pour douter de la réalité de ce fait intéressant.
Pour nous donc la venue d'Alexandre le Grand à Jérusalem, sous le pontificat de laddouà est un fait avéré, dont nous ne prendrons pas la peine de discuter la valeur.
Nous appuyant sur ce fait de l'autonomie concédée solennellement aux Juifs par Alexandre, nous avons essayé de fixer l’époque à laquelle furent émises les magnifiques monnaies judaïques d’argent, connues de tous les numismatistes, sous le nom de sicles et de demi-sicles. Cette attribution a soulevé l’incrédulité de tous ceux qui tranchent volontiers les questions, sans avoir pour le faire la compétence nécessaire. Ils ont prétendu faire descendre ces monnaies jusqu’à Simon l’Asmonéen, ce qui, pour tout numismatiste exercé, est d’une impos- Sibilité flagrante. À ceux-là, nous disons aujourd’hui : — Vous prétendez que nous nous sommes trompé en voyant, dans les sicles et les demi-sicles d'argent, des monnaies émises par le grand prêtre laddouà, après la visite d'Alexandre à Jérusalem ; vous avez raison, nous nous sommes trompé ; Ces monnaies sont plus anciennes encore, et elles ont été frappées sous l'autorité des rois Archéménides ; telle est aujourd’hui la seule concession que nous puissions faire. Quant à voir dans ces belles monnaies l’œuvre de Simon l’Asmonéen, c’est une autre affaire, vous ne nous y aménerez jamais, et nous vous mettons au défi de
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jamais fournir la preuve de cette classification insensée.
Au reste, il ne serait peut-être pas impossible de justifier cette nouvelle thèse, et en voici les moyens: nous lisons dans Josèphe (A. J. XIV. VII. 2) suiv dt Gnudoix ypfuata ody éotuv, # rù t0ù Oeoë. « Chez nous iln’y a pas de trésor publie, si ce n’est celui qui appartient à Dieu. » Les sicles et les demi-sicles étaient donc exclusivement destinés à être versés dans le trésor du temple ; et c'était avec ces monnaies, que les Juifs payaient annuellement la capitation sacrée. Lorsqu'Esdras vint à Jérusalem, dans l’année VII du règne d’Artaxerxès Mnémon (397 ans av. J.-C.), le firman royal dont il était muni portait ceci (Esdras VIT), v. 14: « Puisque tu es envoyé par le Roi, et par ses sept conseillers, » pour visiter le pays de Juda et Jérusalem, selon la loi de ton » Dieu, que tuas en main, — 15. et pour porter l’argentetl’or que » le Roi et ses conseillers ont volontairement donnés au Dieu, » d'Israël qui réside à Jérusalem — 16. Ettoutl’argentet l’or que » tu trouveras dans le pays de Babylone, avec les dons que le » peuple et les prêtres font volontairement au temple de Dieu, à » Jérusalem. — 17. Tu achèteras donc promptement, avec cet » argent, des taureaux, des béliers, des moutons, les offrandes » et les libations qui y sont attachées, et tu les sacrifieras sur » l’autel du temple de Dieu, à Jérusalem, —et ce qu’il plaira à » toi et à tes frères de faire avec le reste de l’argent et de l'or, » agissez selon la volonté de votre Dieu. » — Nousle demandons, est-il impossible que le reste del’argent disponible ait été employé à la fabrication des sicles et des demi-sicles consacrés, et cela par l’ordre même d’Esdras ? et la disparition de cette fabrication à la cinquième année, n'indiquerait-elle pas qu’en cette année la ressource métallique était épuisée? Nous demandons pardon au lecteur de cette digression qui n’était pas indifférente pour nous, et nous revenons au récit des événements.
Alexandre, après avoir ainsi réglé les affaires de la nation juive, repartit et traversa, avec son armée, les villes du voisinage. Partout il fut accueilli avec le même empressement et les mêmes
démonstrations de dévouement. Les Samaritains avaient alors Sichem pour capitale, et cette ville située au pied du mont Gazim ‘ comptait parmi ses habitants une foule de Juifs qui avaient déserté Jérusalem. Ces Samaritains sachant que les Juifs avaient été si bien traités par Alexandre, n’hésitèrent pas à revendiquer pour leur compte la nationalité judaïque, bien entendu afin d’en tirer les bénéfices ! Ici Josèphe ajoute une remarque fort instructive sur la moralité de cette race asiatique.
‘« Les Samaritains ont l'habitude, dit-il, de se déclarer d’une » tout autre race que les Juifs (et en cela ils sont dans le vrai),
» toutes les fois que les affaires des Juifs vont mal! mais les
SV
» juifs viennent-ils à jouir d’une position un peu avantageuse, » les Samaritains ne perdent pas de temps pour se rattacher à » eux, et ils prétendent qu'ils sont du même sang, parce qu'ils » descendent directement d'Éphraïm et de Manassès, enfants de » Joseph.» L'occasion était donc belle de jouer une fois de plus cette vieille comédie, etils accoururent en grande pompe au-devant du roi de Macédoine, jusque près de Jérusalem. Comme Alexandre les remerciait de cette marque de déférence, les Sichémites, s’unissant aux auxiliaires que Sanaballète avait fournis à l’armée, conjurèrent le roi d’honorer de sa présence leur ville et leur temple. Alexandrleeur promit de les visiter, mais à son retour! Ils lui demandèrent alors de les exempter du tribut de la septième année, parce que, dans cette année-là ils ne faisaient pas de récolte. — Qui êtes-vous pour m'adresser cette requête ? répondit le roi. Ils alléguèrent alors qu'ils étaient Hébreux, et qu’on les appelaitles Sidoniens de Sichem.— Mais enfin êtes-vous Juifs ? — Ils furent forcés de dire : Non. — Ce que vous demandez pour vous, c’est aux Juifs et aux Juifs seuls, que je l’ai accordé; cependant quand je reviendrai, et que je saurai clairement qui vous êtes, je verrai ce que j'aurai à faire. — Làdessus, il congédia les Sichémites. Quant aux soldats de Sanaballète, il les amena en Égypte, avec la promesse deleur distri-
1. IIp0s 75 l'apifety doper, signifie littéralement, en face du mont Garizim.
buer des terres dans ce pays. Et, de fait, peu de temps après, il les installa à poste fixe dans la Thébaïde, dont il leur confia la garde!.
Il ne peut entrer dans notre plan de raconter même brièvement les campagnes d'Alexandre ; nous abrégerons donc en disant simplement que, lorsque Alexandre mourut, ses généraux se partagèrent ses vastes États.
Le temple du mont Garizim resta debout, et devint le sanctuaire des Samaritains. Si, à Jérusalem, quelque Juif se trouvait accusé d’avoir transgressé la loi sur la pureté des aliments, sur la célébration du sabbat, ou sur quelque autre prescription du même genre, il ne manquait pas de se réfugier chez les Sichémites, en criant à l'injustice.
Vers cette époque, le grand prêtre laddouû vint à mourir, et son fils, Onias [°', lui succéda dans le souverain pontificat *.
Comme Onias [° n’est pas nommé dans la généalogie des grands prêtres successifs, donnée au chapitre XII du livre de Néhémie, nous sommes en droit d'affirmer qu’à tout le moins ce chapitre a été rédigé du vivant de laddouà, et avant l’accession d’Onias I°* à la grande prêtrise.
Après avoir renversé le trône des Achéménides et s’être emparé de leur empire, Alexandre mourut à la fleur de l’âge (324 av. J.-C.\. Il n'avait régné que douze ans.
Ses vastes États furent dépecés à leur tour, et ses généraux se les partagèrent. Antigone se saisit de l’Asie, Séleucus de Babylone, et Ptolémée, fils de Lagus, de l'Égypte, comme des vautours s’acharnant sur un cadavre. Tous ces chefs de dynastie se détestaient et se faisaient la guerre, afin d’avoir leur part plus grosse. Ces discussions armées devinrent la cause la plus grande des calamités qui pesèrent sur les populations, et la Syrie entière se vit ravagée par Ptolemée, fils de Lagus, dont le surnom de Soter (sauveur) semblait impliquer une odieuse dérision.
TXT VIIL. 6.
AT XI VIII. 1 (327 ave J.-C).