NAIL
Pour arrondir ses États, tous les moyens étaient bons, et Jérusalem elle-même se trouva asservie par ruse et par trahison (319 ans av. J.-C.). Entré, en effet, dans cette ville un jour de sabbat, sous le prétexte d’y offrir un sacrifice au Dieu que l’on y adorait, Ptolémée, en qui les Juifs étaient loin de soupçonner un ennemi, l’accueillirent avec bienveillance; d’ailleurs, la journée qu'il avait habilement choisie était un de ces jours entièrement consacrés au repos et à l’inaction; une fois introduit dans la place, le roi d'Égypte s’en déclara le maître, et la traita avec la plus grande dureté. | |
Ici Josèphe, à l’appui de son dire, cite le témoignage d’Agatharchides de Cnide, ainsi conçu : «Il est une nation qu’on ap- » pelle les Juifs, habitant Jérusalem, ville grande et bien forti- » fiée, et qui ont subi le joug des Ptolemées, parce qu'ils n’ont » pas voulu avoir recours aux armes; dominés par une supers- » tition malencontreuse, ils ont mieux aimé se courber sous la » plus cruelle tyrannie, que de résister à la force. »
Ptolémée enleva une foule de captifs aux montagnes de la Judée. aux alentours de Jérusalem, à Samarie, au Garizim, etil les transporta tous en Égypte. Pour lui, les Hiérosolymitains étaient les plus fidèles observateurs de la foi jurée ; il le savait, par la réponse qu'ils avaient faite aux envoyés d’Alexandre, après la défaite de Darius; il en plaça donc un grand nombre dans les places fortes, les mit à Alexandrie sur le pied d'égalité avec les Macédoniens, et les força de jurer qu'ils resteraient fidèles serviteurs des descendants de celui qui leur avait confié la garde de cette province. Il faut ajouter, du reste, que bon nombre de Juifs, attirés soit par la beauté du climat et par la richesse du sol, soit par la libéralité de Ptolémée, émigrèrent en Égypte. |
Quant à ceux qui restèrent dans leur patrie, avec la ferme volonté d'y vivre sous les lois de leurs pères, ils eurent bien souvent de vifs et sanglants démêlés avec les Samaritains, au sujet de leurs temples. Les habitants de Jérusalem soutenaient que
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le leur était le plus saint et le seul dans lequel pûssent être adressés les sacrifices à Jéhovah ; les Samaritains, de leur côté, prétendaient que le seul sanctuaire légitime existait sur le mont Garizim ‘. |
Ptolémée Soter régna quarante ans et eut pour successeur Ptolémée Philadelphe (284 ans av. J.-C.), qui resta trente-neuf ans sur le trône. Ce fut ce monarque qui fit exécuter la traduction des livres saints des Juifs et qui rendit la liberté aux Hiérosolymitains, amenés en servitude en Égypte, au nombre de 120,000. Voici ce qui motiva cet acte de ciémence. Démétrius de Phalères, qui était le bibliothécaire du roi, était animé du désir de recueillir, si faire se pouvait, tous les livres du monde entier. Achetant à tout prix et partout tout ce qui en ce gence passait pour être agréable ou utile, il rivalisait de zèle pour l’enrichissement de la bibliothèque avec le Roi lui-même, qui était amateur passionné des livres. Ptolémée lui demandant un jour combien 1l avait déjà réuni de milliers de volumes, Démétrius lui répondit qu'ils étaient au nombre de deux cent mille, et qu'avant longtemps ils dépasseraient cinq cent mille. [Il ajouta qu’il avait appris qu’il existait chez les Juifs un certain nombre de livres relatifs à leurs institutions, dignes d’être étudiés et de figurer dans la bibliothèque royale. « Mais, dit-il, ces livres sont écrits » en lettres et en idiome judaïques, et les traduire en grec serait » une œuvre très longue et très laborieuse *. Leur écriture pa- » raît, en effet, ressembler à celle des Syriens et représenter les » mêmes consonnances ; mais elle n’en est pas moins d’une na- » ture particulière. Du reste, rien n'empêche, à Roi! que tu les » fasses traduire; tu es assez riche pour cela, et de la sorte tu » les auras dans ta bibliothèque. »
Ptolémée, convaincu que Démétrius lui donnait un bon con-
AJ XIII. 1:
2. À. J, XII. IT. 1. Les Juifs avaient donc à cette époque une écriture et un langage à eux. Leur écriture ressemblait à celle des Syriens, représentait les même sons, mais n’en avait pas moins une nature particulière. — Ce renseignement est fort intéressant. |
seil dans l'intérêt de sa collection, s’empressa d’écrire à ce sujet au grand prêtre des Juifs ‘.
Déjà, depuis longtemps, un des amis les plus intimes du roi, nommé Aristée, dont la retenue était très appréciée du souverain, avait formé le projet de conjurer son maître de rendre la liberté à tous les Juifs qui existaient dans ses États. Croyant le moment opportun, puisque le roi lui-même réclamait un service du grand prêtre, il s’entendit avec Sosibios de Tarente et Andréas, tous deux chefs des gardes du roi, et sollicita leur appui. Une fois assuré qu'ils lui viendraient en aide, Aristée alla trouver Ptolémée, et lui présenta sa requête avec une très grande adresse et une véritable force de logique.
Il insista d'autant plus pour obtenir la liberté des Juifs, qu’il n’appartenait pas à leur nation, etqu’il n’avait de commun avec eux que le désir ardent de reconnaître les bienfaits du Dieu qui avait créé tous les hommes sans distinction de race ?.
Le roi regardant Aristée en riant, lui dit : « Combien crois-tu qu'il y ait de milliers de ces captifs dont tu réclames la liberté ? » Andréas, qui était présent, lui répondit qu'il y en avait un peu plus de cent mille, et le roi se tournant vers Aristée lui dit : « Ge n’est pas un petit cadeau que tu me demandes ! » Sosibios et les autres officiers présents à cette scène prirent alors la parole, et représentèrent au Roi qu’un pareil acte de munificence était digne de Dieu et de lui, et le Roi n’hésita plus. Un édit spécial fut immédiatement rédigé et promulgué. Dans l’espace de sept jours il ne restait plus un seul esclave juif dans les États de Ptolémée. Leur libération coûta au trésor plus de 460 talents *.
Ce fut après avoir accompli ce grand acte de réparation, que Ptolémée Philadelphe demanda à Démétrius de Phalères un mémoire sur les livres sacrés des Juifs, qu'il voulait à tout prix
1. À. J. XII. II. 1. C'était alors Éléazar, frère d’Onias Ier, et successeur de Siméon Ier,