À. J, XIT. IT. 44 et 12 (277 ans av. J.-C
Théopompe, qui s'était proposé d'écrire quelque chose sur ce sujet, avait perdu la raison pendant plus de trente jours ; dans un intervalle lucide, il avait supplié Dieu de lui pardonner le sacrilège qu'il regardait comme la cause de son mal, un songe lui en ayant donné l'assurance. Enfin, aussitôt qu’il eut renoncé à ce travail, il avait recouvré la raison. Démétrius parla aussi au roi du poète lyrique Théodecte, qui ayant formé le projet d’utiliser dans une de ses œuvres, ce qui se trouvait dans les livres sacrés des Juifs, avait immédiatement été attaqué de la maladie des yeux nommée glaucoma ; mais dès qu’il avait reconnu et déploré la cause de son mal, Dieu lui avait fait grâce, en permettant sa guérison ‘.
Il semble que ces confidences auraient dû causer quelque inquié. tude à Ptolémée; il n’en fut rien, heureusement pour lui. Lorsque la traduction des livres saints eut été remise à Démétrius de Phalères, le roi lui ordonna d’en prendre un soin extrême, afin que rien ne püût les altérer; puis il invita les docteurs à revenir souvent de Judée vers lui, afin qu’il pût, par ses largesses, leur témoigner toute sa reconnaissance. Enfin, il les congédia, après les avoir gratifiés chacun de trois magnifiques vêtements, de deux talents d’or, d’une coupe de la valeur d’un talent, et d’une riche couverture. Il les chargea de porter de sa part au grand prêtre Éléazar, dix lits à pieds d’argent, avec toute leur garniture, et une coupe de la valeur de trente talents ; plus dix robes, de la pourpre, une couronne splendide, et cent pièces de toile de byssus. A toutes ces richesses étaient joints des ustensiles que Josèphe nomme gas, tpiôlia et omovèeta, et deux bassins, le tout destiné au service du temple. Une lettre accompagnait ces présents, et elle priait le grand prêtre d'autoriser à partir ceux des traducteurs des livres saints qui lui demanderaient la permission de venir en Égypte. Il avait, en effet, le plus grand désir de s’entretenir souvent avec des hommes aussi
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instruits, et son plus grand bonheur serait toujours de mettre ses richesses à leur service ".
On nous blâmera peut-être d’avoir aussi largement parlé d’un événement en apparence peu important; contre ce blâme nous protestons avec énergie, et nous le repoussons de toutes nos forces. Qu'on y songe ! il s’agit des livres saints, de ces livres qui ont été et qui sont toujours la base de la foi judaïque et de la foi chrétienne; il s’agit de la traduction des septante, de l’un des monuments les plus vénérables élevés par l'esprit humain à la gloire du maître unique de toutes choses, et nous pourrions regretter un seul instant d’avoir raconté l’histoire de cette illustre version des septante? Non, certes, il n’en saurait être ainsi! Cette histoire, d’ailleurs, qui la sait donc si bien? Qui donc oserait dire qu'il est inutile pour lui de la relire ? Que beaucoup de gens d'étude sachent en gros que Ptolémée Philadelphe a fait traduire par soixante-dix docteurs les livres saints des Juifs, j'en demeure d’accord ; mais qu’il soit superflu de rappeler de quelle profonde vénération ces livres furent entourés par un roi puissant et par un savant, tels que Plolémée Philadelphe et Démétrius de Phalères, voilà ce que je n’accorderai jamais. Tous les deux ces hommes étaient grecs et païens ; tous les deux ils ont rendu le plus éclatant hommage à l’incomparable valeur de ces livres, et nous, chrétiens, nous regretterions de nous en être occupés pendant les quelques instants qu'il a fallu dépenser pour écrire ou pour lire les pages qui précèdent? Non! je ne puis admettre cela; car le supposer possible, ce serait faire injure à l'intelligence de ceux qui prennent la peine de me lire.
Nous venons de voir ce que Ptolémée Philadelphe fit en faveur de la nation judaïque. Il ne fut pas seul à payer par des bienfaits les services qu'elle lui avait rendus; car les rois d’Asie, de leur côté, surent se montrer reconnaissants envers les Juifs qui avaient combattu sous leurs drapeaux. Ainsi, Séleucus Nicator
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RETOUR DE LA CAPTIVITÉ. 105 leur conféra le droit de cité dans les villes qu'il fonda en Asie
et dans la Syrie inférieure, aussi bien que dans Antioche, devenue la capitale de ses États. Ce droit les mettait sur un pied
d'égalité complète avec les Grecs et les Macédoniens établis
dans ces mêmes villes *.
Pendant le règne d’Antiochus IIT, dit le Grand (223 à 187 av. J.-C.) les Juifs et les habitants de laCœlésyrie virent leurs terres dévastées à plusieurs reprises, et eurent à subir de véritables calamités. Antiochus en effet guerroya constamment contre Ptolémée Philopator (221 à 204 av. J.-C.), et contre son fils Ptolémée Épiphane (204 à 181 av. J.-C.). Presque toujours ce fut en Judée et en Cœlésyrie, que la guerre fut portée. Que ce fût l’un ou l’autre des deux adversaires qui favorisât le sort des armes, les malheureux habitants du théâtre de cette guerre sans fin, en supportairent tout le poids. Placés en effet entre l’enclume et le marteau, tous les coups étaient pour eux. Lorsque Ptolémée fut vaincu, Antiochus s’empara de la Judée (219 av. J.-C.). Après la mort de Philopator (204 av. J.-C.), Épiphane jaloux de venger la défaite de son père, leva une puissante armée, dont il confia le commandement à Scopas. Cette armée reprit la Judée et presque toute la Cæœlésyrie (203 et 202 av. J.-C.). Plus tard Antiochus III battit Scopas vers les sources du Jourdain, et détruisit en grande partie l’armée de ce général (198 av. J.-C.). Antiochus, par suite de cette victoire, recouvra la Cœlésyrie et la Samarie, et les Juifs s’empressèrent de lui offrir leur soumission. Ils ouvrirent à Antiochus les portes de Jérusalem, lui fournirent en abondance tout ce dont son armée et ses éléphants avaient be-
soin, et, lorsqu'il assiégea dans la citadelle, (év 1% &xpa r@v Iepdookger,
(198 av. J.-C.) la garnison que Scopas y avait laissée, ils lui prêtèrent, avec une grande bravoure, le secours de leurs armes. Antiochus pour récompenser la conduite des Juifs à son égard, écrivit pour les généraux de son armée et pour ses amis, un manifeste
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dans lequel il reconnaissait publiquement les services que la population de Jérusalem lui avait rendus, et faisait connaître les grâces par lesquelles il entendait s’acquitter envers eux.
Josèphe cite ici, pour garant de sa véracité, le témoignage de Polybe le Mégalopolitain, au XVT° livre duquel il emprunte les passages suivants : « Scopas, général en chef des armées de Pto- » lémée, marchant vers les provinces d’en haut (du Nord) sou- » mit pendant l'hiver, la nation des Juifs. »
. € Puis: Ce Scopas ayant été vaincu par Antiochus, ce monar- » que reprit la Batanée, la Samarie, Abila et Gadara ; peu après » les Juifs qui habitaient autour du Hiéron, connu sous le nom » de Jérusalem, se rendirent à luif. »
Voici maintenant la teneur de l’édit ou manifeste, dont nous avons parlé tout à l'heure.
« Le Roi Antiochus à Ptolémée. Salut°!
» Considérant que les Juifs, aussitôt que nous avons eu fran- » chi leurs frontières, nous ont donné les preuves palpables de » leur bienveillance à notre égard, et nous ont splendidement » accueilli dans leur ville, en se portant, avec tout leur sénat au- » devant de nous; qu'ils ont abondamment pourvu à l’entretien » de notre armée et de nos éléphants ; qu’ils ont vaillamment » aidé à enlever la citadelle occupée par une garnison égyp- » tienne, il nous a paru bon de les récompenser, de relever, de » repeupler leurs villes abattues par des événements fâcheux » qui sont dans les éventualités humaines, en y rappelant les » populations dispersées. En premier lieu, nous avons décidé » de leur accorder, comme témoignage de notre piété, les ani- » maux à immoler, le vin, l'huile et l’encens nécessaires au culte, » jusqu’à concurrence de 20,000 pièces d'argent, plus six artabes » de farine consacrée suivantla coutume du pays, 1460 médimnes » de froment et 375 médimnes de sel. Nous voulons que tout cela