‹ Histoire des Machabées ou princes de la dynastio AsmonéenneChapitre 41 sur 110 · À. J. XII. IIT. 3. (194 av. J.-C · texte numérisé non relu

À. J. XII. IIT. 3. (194 av. J.-C

» Quiconque aura transgressé ces défenses payera aux prêtres » une amende de 3,000 drachmes d'argent. » |

Dans une autre circonstance, le Roi Antiochus donna à la race juive le témoignage le plus éclatant de sa confiance en elle. Il avait été informé de tentatives insurrectionnelles commises en Lydie et en Phrygie ; afin de couper le mal dans sa racine, il écrivit à Zeuxis, l’un de ses généraux, et de ses amis les plus intimes, de transporter immédiatement de Babylone, sur les points où il y avait quelque chose à craindre, 2,000 familles juives, avec tout ce qu’elles possédaient, de les y installer le mieux possible, de leur construire des habitations, de leur distribuer des terres, et de les exempter de tout tribut pendant dix années, à la charge, pour eux, de réprimer tout désordre qui viendrait à surgir‘. |

Évidemment si le Roi n’eût pas eu une confiance absolue dans le dévouement et la bravoure des colons juifs qu'il transplantait à pareille distance, jamais idée aussi coûteuse ne lui fût venue à l'esprit. |

Un peu plus tard, Antiochus IIT, las de guerroyer sans doute, fit un traité d’alliance avec Ptolémée Épiphane, traité dont la durée était assurée par le mariage de Cléopâtre, fille d’Antiochus, avecle roi d'Égypte. La dot qu’elle apporta à son royal époux se composait de la Syrie, de la Samarie, de la Judée et de la Phénicie. Les tributs perçus sur ces provinces devaient toutefois être partagés entre les deux monarques. Dans chaque pays, de grands personnages affermaient la perception de tous les impôts, et payaient aux deux rois la somme qui leur restait due, après déduction de tous les frais de recouvrement.

À cette époque, les Samaritains, se sentant un peu libres de leurs mouvements, donnèrent une fois de plus carrière à leur haine contre les Juifs; ils dévastaient leurs terres et s’emparaient même des personnes, toutes les fois qu'ils le pouvaient.

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Cela eut lieu sous la grande prêtrise d'Onias. Lorsqu’Éléazar était mort (vers 267 av. J.-C.), son oncle Manassès avait hérité de la dignité de souverain pontife, et, après celui-ci, Onias IT, fils de Siméon II, avait pris la tiare (vers 240 av. J.-C.). Ce Siméon était neveu d’'Éléazar, ainsi que nous l'avons déjà dit. À Onias II succéda Siméon II (vers 226 av. J.-C.), qui, à son tour, eut Onias IIT pour successeur. Cet Onias III qui était d’une avarice sordide, refusa de payer au Roi l'impôt dont ses prédécesseurs avaient jusque-là allégé le peuple, c'est-à-dire une somme annuelle de vingt talents (193 av. J.-C.). Cette vilainie irrita au plus haut point Ptolémée Épiphane. Il envoya à Jérusalem un chargé d’affaires, porteur de reproches et de menaces pour le grand prêtre. Si l'impôt n’était pas immédiatement payé, une colonie militaire serait envoyée en Judée, et les terres de ses habitants seraient distribuées aux soldats.

A cette nouvelle, la consternation fut générale parmi les Juifs. Quant à Onias III, il n’en tint aucun compte, tant son avarice était grande ‘.

Il y avait un jeune homme du nom de Josèph, jouissant déjà à Jérusalem d’une grande réputation de justice et de maturité, malgré son jeune âge. « Il était fils de la sœur du grand prêtre Onias III et d’un personnage nommé Tobie*. Au moment où

1. A. J. XIII IV. 4. C'est grâce à l'étude appronfondie des livres d'Esdras et de Néhémie, comparés aux écrits de Josèphe, que nous avons pu remettre dans leur ordre naturel les faits relatés dans ce paragraphe.

2. Nous trouvons dans la Guerre Judaïque (I. I. 1.) un passage fort curieux concernant ces personnages et l’état de la nation juive à cette époque ; le voici : Une lutte s'étant engagée entre les grands, à l’époque où Antiochus Épiphane disputait la Syrie entière à Ptolémée VI, (chez les Juifs, en effet, on se disputait avec acharnement la suprématie, chacun des grands personnages se refusant de céder le pas à un de ses égaux), il arriva que l’un des prêtres, nommé Onias, parvint à dominer tous les autres, et il chassa alors les enfants de Tobie deJérusalem. Ceux-ci se réfugièrent auprès d’Antiochus et poussèrent ce prince à leur confier une armée pour envahirla Syrie.— Après avoir résumé brièvement les récits de la victoire d’Antiochus, Josèphe ajoute, en nommant le père au lieu du fils, que le Pontife Onias se réfugia en Égypte auprès duroi Ptolémée, et reçut de ce monarque l'autorisation de construire, dans le nome Héliopolitain, une petite ville et un temple analogue à celui de Jérusalem. Je le répète, il y a ici confusion de personnages.

l’envoyé de Ptolémée Épiphane vint se heurter contre le stupide entêtement du grand prêtre, Josèph était absent de Jérusalem, et se trouvait dans la bourgade nommée Phikhola, de laquelle il était originaire. Sa mère l’informa de ce qui venait de se passer, et il accourut à Jérusalem. Aussitôt arrivé, il alla trouver son oncle Onias, et lui reprocha, en termes très vifs, le mépris qu'il faisait du salut de ses concitoyens, et l'orage qu'il attirait sur la nation, en se refusant à payer l'argent au prix duquel on lui avait donné l’administration du peuple et la dignité de grand prêtre. Josèph ajouta que s’il était assez cupide pour aimer mieux voir sa patrie en péril, et ses concitoyens exposés à toutes les indignités, que de payer ce qu'il devait légitimement, il lui conseillait d’aller se présenter devant Le Roi, et de le supplier de lui faire remise, sinon de la somme entière, du moins d’une partie de cette dette. — « Que m'importe à moi le principat, répondit » Onias? la grande prêtrise elle-même, si la chose était pos- » sible, je m'en débarrasserais à l’instant! Non certes! je

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> n’irai pas trouver le Roi ! Je ne me soucie en aucune façon de » ce qui arrivera !... »

Josèph alors lui demanda s’il l’autorisait à aller se présenter

devant Ptolémée, comme envoyé de la nation. — « Tu iras si » cela te convient, répondit Onias, ce n’est pas moi qui t'en » empêcherai. » — Aussitôt qu’il fut assuré de l’assentiment

du grand prêtre, Josèph courut au temple, convoqua le peuple, l’'engagea à se rassurer et à bannir toute crainte née de l’obstüination de son oncle Onias. « Chassez toute appréhension, leur » dit-il; je pars pour l'Égypte, et je me charge d'empêcher le Roi » de vous faire aucun mal. » — La multitude répondit par de joyeuses acclamations et par des actions de grâces.

Josèph descendit aussitôt du temple, courut chercher l’envoyé de Ptolémée, en fit son hôte, le combla de présents et d’honneurs, lui offrit pendant plusieurs jours de splendides fes-

tins, et lui fit prendre les devants, l’assurant qu'il le suivrait de près.

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Josèph était d'autant plus disposé à aller se présenter devant le Roi, que l’envoyé de celui-cilui avait, par ses paroles et par ses promesses, inspiré une très grande confiance. Ravi tout à la fois de la réception, des cadeaux et de l’austérité des mœurs de son hôte, ce personnage s’était engagé à lui faire obtenir de Ptolémée tout ce qu'il lui demanderait!.

De retour en Égypte, l’envoyé fit connaître au Roi, son maître, les ignobles sentiments du grand prêtre Onias, et exalta les mérites de Josèph, qui allait arriver très prochainement, pour plaider auprès de lui la cause du peuple innocent dont cet Onias était le chef. Il s’étendit avec une si grande complaisance sur les vertus du jeune homme, en parla avec tant d’éloges, qu’il parvint à lui concilier la bienveillance du Roi et de la reine Cléopâtre, avant même que Josèph ne se fût montré. Pendant ce temps-là, Josèph avait emprunté une forte somme d'argent des amis qu'il avait à Samarie; il avait fait tous ses préparatifs de voyage, s'était procuré les vêtements, la vaisselle et les bêtes de charge nécessaires, consacrant à ces acquisitions une somme de vingt mille drachmes. Aussitôt qu’il fut prêt, il se mit en route pour Alexandrie. Au même moment, partaient des villes de Syrie et de Phénicie, des personnages qui allaient prendre part à l’enchère des impôts; chaque année, en effet, le Roi avait l'habitude de vendre la perception des impôts aux plus riches habitants de chaque cité. Ces hommes rencontrèrent Josèph en chemin, et ne manquèrent pas de faire des gorgées chaudes sur la chétive apparence de ses équipages et sur sa misérable condition. Celui-ci ne fit pas mine de s’en apercevoir et continua son chemin. Arrivé à Alexandrie, il apprit que le Roi avait été à Memphis, et il courut au-devant de lui. D’aventure, Ptolémée se promenait en char avec la reine, et avec Athénion, son ami (c'était lui qui avait été envoyé par le roi à Jérusalem, et qui avait été si bien accueilli par Josèph}). Du plus loin qu’il aperçut

HA. Je XII: IV: 2.

Josèph, Athénion le fit remarquer au roi. — « Voilà, lui dit-il, » celui dont je vous ai tant parlé à mon retour de Jérusalem ; » voilà ce jeune homme si bon et si généreux ! » — Ptolémée fit arrêter, salua Josèph le premier et l’engagea à monter dans son char. Dès qu’il eut pris place, Ptolémée l’interrogea sur la conduite d’Onias.

« Que le Roi pardonne à sa vieillesse, répondit-il; le Roi ne » peut ignorer que l'humanité est ainsi faite, que le vieillard et » l'enfant ont les mêmes idées et les mêmes défauts; mais » de nous, hommes jeunes, le Roï obtiendra tout et n'aura ja- » mais à se plaindre. »

Le Roi touché de la grâce et de l’urbanité du jeune homme, se prit immédiatement d'affection pour lui, comme s’il le connaissait de longue date; il exigea qu’il vint s'établir au palais et qu'il s’assit tous les jours à sa table.

Lorsque Ptolémée rentra à Alexandrie, les personnages syriens dont nous avons parlé tout à l'heure, furent stupéfaits de l& faveur dont jouissait Josèph, et le virent, dès lors, du plus mauvais œil *.

Le jour de l’enchère des impôts étant venu, ces hommes qui s’étaieat entendus entre eux, offrirent huit mille talents des revenus de la Cælésyrie, de la Phénicie, de la Judée et de la Samarie. Survint alors Josèph qui leur dit : — « Vous êtes tous des fri- » pons, et vous vous êtes concertés pour faire au Roï une offre » aussi misérable ; moi je lui offre le double de ce que vous » osez lui proposer, et les biens des coupables de lèse-majesté » lui seront intégralement réservés. »

D’habitude, en effet, le produit de la confiscation de ces biens était affermé avec les impôts. Le Roi charmé de ces paroles, dit aussitôt à Josèph qu'il lui adjugeait très volontiers le tout, puisqu'il augmentait aussi notablement les revenus de sa couronne. — «Mais quelles garanties peux-tu me donner?

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— Je vous donnerai, Ô Roi, répondit-il gaiement, des garants bons et probes, en qui vous aurez pleine confiance. — Qui donc sera-ce? — Vous, à Roi et la Reine votre épouse? »

Ptolémée se mit à rire, adjugea la perception des impôts à Josèph, sans exiger de lui aucune garantie effective, ce qui ne manqua pas de causer un vif désappointement aux fermiers habituels qui regagnèrent, non sans confusion, chacun sa villet.

Josèph pria le Roi de lui confier deux mille hommes d’infanterie, pour se faire respecter dans les villes qui seraient tentées de faire quelque résistance ; 1l les obtint, et après avoir emprunté 500 talents aux amis du Roi qui étaient à Alexandrie, il regagna la Syrie. La première ville dans laquelle Josèph se présenta fut Ascalon. Aussitôt arrivé, il exigea le tribut. Les Ascalonites déclarèrent qu'ils ne payeraientrien, et l’accablèrent d’injures. Que fit alors Josèph ? Il s’empara d’une vingtaine des plus riches habitants et les fit mettre à mort. Tous leurs biens furent confisqués, et il en tira 100 talents qu'il fit passer immédiatement au Roi, en lui rendant compte de ce qu’il venait de faire. Ptolémée enchanté des façons expéditives de son percepteur, approuva tout ce qui s'était passé, et donna carte blanche à Josèph.

Naturellementle bruit dece qui venait d'arriver à Ascalon, se répandit avec rapidité dans la Syrie entière, et toutes les populations furent frappées de terreur. L'exemple des Ascalonites mis àa mort, était bien fait pour donner du zèle aux plus récalcitrants. Aussi les portes de toutes les villes furent-elles ouvertes à Josèph qui perçut désormais les tributs sans le moindre inconvénient. Les Scythopolitains seuls * poussés par une sorte de vertige, répondirent par des invectives aux sommations de Josèph, et refusèrent de payer les tributs qu’il avaienttoujours acquittés sans retard jusque alors. Leurs chefs furent aussitôt saisis, décapités et leurs biens envoyés au Roi.

On pense bien que Josèph ne faisait pas tout cela par pur dé-

. À. J. XII. IV. 4. (193 av. J.-C.).

2. Scythopolis, c’est la Bethsan de l'écriture sainte, la Beysan de nos jours.

sintéressement. En très peu de temps, il devint possesseur d’uné immense fortune, dont il se servit fort habilement pour mieux asseoir l'autorité dont il était revêtu. Le plus sage à son avis était de conserver aussi longtemps que possible la charge qui l'avait enrichi, et pour y parvenir, il usa largement de ce qu'il avait acquis déjà. En conséquence, de magnifiques présents furent secrètement envoyés au Roi, à la Reine, à leurs amis, et à tous les personnages influents de la cour, pour payer leur bien- - veillance‘.

Le calcul n’était pas mauvais, et Josèph resta pendant plusieurs années fermier des impôts ?.

Il'eut sept fils d’une même femme, et de la fille de Solymios, son frère, il en eut un huitième qui reçut le nom de Hyrcau. Nous allons dire par suite de quelles circonstances Josèph était devenu l’époux de sa nièce. Il avait fait un voyage à Alexandrie, accompagné de son frère, et de la fille de celui-ci, qu’il se proposait de marier à quelque noble, Juif résidant en Égypte. Un jour qu’il était assis à la table du Roï, des danseuses furent introduites, et l’une d’elles était si charmante, qu’il en devint éperdument épris. Il fit la confidence de sa passion à son frère, et le supplia de l’aider à la satisfaire, et à cacher une liaison que la loi religieuse des Juifs condamnait expressément. Ici, je me vois forcé d'employer le latin, pour raconter un trait de mœurs ignoble. Frater libenter polhcitus se voluntatis ejus ministrum fore, fiham suam ornatam noctu ad eum deduxit, et in lectum ejus collocavit. Josephus vero pro ebrietate ignorans quid ageretur, cum fra- dris filiä congreditur, et quum hoc sæpruscule fecisset, vehementius

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2. Le chiffre de 22 ans est ici allégué par l'historien des Juifs ; est-il exact? cela est plus que douteux : c’est en 193, que Joseph fut nommé percepteur du tribut ; c’est en 176 très vraisemblablement que ce personnage est mort. De 193 à 176 il ne s’est écoulé que dix sept ans. Il y a donc impossibilité à ce que pendant 22 ans, Joseph ait exercé les devoirs de sa charge. Il y a mieux encore ; puisque ce n'est qu'à partir de l’année 193 que le roi d'Égypte Ptolémée Épiphane, a pu avoir des droits sur un tribut payé par la Syrie et la Judée, le percepteur de ce tribut, mort en 176, n’a pu le percevoir pendant 22 ans.

eam deperibat, fratri etiam fatebatur se de vit perichitari ex amore saltatriculæ, nt forte rex vellet eam sibi concedere. Quum autem frater eum hortaretur ne animo esset anxio et sollicito, atque licere et muliere amatà frui, eamque uxorem habere dixisset, et quid factum fuerit et operuisset, quod maluerit fihæ suæ injuriam fiert, quam ipsum pat tale in sese dedecus admittere, Josephus, collaudatà ejus fraternä benevolentid, filiam ipsius sibi matrimonio junxit, filiumque ex eû genuit, nomine Hyrcanum, ut jam ante diximus.

Dès l’âge de treize ans, Hyrcan le plus jeune des fils de Josèph, montrait les plus heureuses dispositions et une énergie extraordinaire ; aussi ses frères étaient-ils extrêmement jaloux d'un enfant dont les merveilleuses qualités natives justifiaient, en quelque sorte, l’envie qu'ils lui portaient. Josèph voulant s’assurer de la valeur morale de ses fils, et savoir au juste lequel d’entre eux était le plus heureusement doué, confia leur éducation à des précepteurs du plus grand mérite. Aucun de ses enfants, à l'exception du seul Hyrcan, ne profita des leçons qui leur étaient données. Tous se montrèrent si insoumis, si légers et si paresseux, qu’ils rentrèrent dans leur famille aussi ignorants et inexpérimentés qu'ils en étaient sortis.

Aussi Josèph se laissa-t-il aller, tout naturellement, à considérer Hyrcan comme le seul fils digne de lui, et à lui témoigner une préférence marquée, dont ses frères s'irritèrent au plus haut point".

Vers cette époque eut lieu le couronnement de Ptolémée Épiphane, et tous les grands personnages de la Syrie et des pays soumis à l'Égypte, se mirent en devoir de se rendre à Alexandrie, pour y célébrer en grande pompe l'intronisation du jeune Roi. Josèph n’était plus d’âge à faire un voyage aussi fatigant, et il demanda à ses fils lequel d’entre eux irait le représenter à cette. solennité. Les sept aïnés s’en excusèrent, sur ce qu’il n’étaient pas gens à parader dans les cours, et ils conseillèrent à

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