‹ Histoire des Machabées ou princes de la dynastio AsmonéenneChapitre 42 sur 110 · PAU XII, IV · texte numérisé non relu

PAU XII, IV

leur père de confier ce soin à Hyrcan. Joseph fit appeler celui-ci etlui proposa d'entreprendre le voyage, si toutefois il se sentait capable de faire bonne figure devant le souverain. Hyrcan s’y engagea, et dit qu’il était prêt à partir, sans qu'il fût besoin de mettre grand argent à sa disposition ; qu’il vivrait économiquement, et que 10,000 drachmes lui suffiraient amplement. Le père fut charmé de cette modération, à laquelle il ne s’attendait pas. Peu après Hyrcan reparut devant Joseph, et lui con- seilla de ne pas envoyer de Judée les présents destinés au Roi, mais de lui donner une lettre de crédit sur son banquier d'Alexandrie, afin qu’il pût en obtenir l’argent nécessaire pour acheter là ce qu’il trouverait de plus précieux et de plus beau. Le père se figurant que semblable dépense ne dépasserait guère dix talents, remit à Hyrcan une lettre de crédit adressée à un certain Arion, dépositaire et administrateur de tous les fonds qu'il possédait à Alexandrie. Ces fonds constituaient une somme énorme d'au moins 3,000 talents. Josèph, en effet, expédiait à Alexandrie toutes les sommes perçues par ses soins en Syrie, et lorsque arrivait le jour où les revenus de la couronne devaient être versés entre les mains du Roi, Arion recevait l’ordre d’opérer ce versement. Hyrcan muni de la lettre qu'il avait réclamée de son père, se mit en route. Il avait à peine quitté Jérusalem que ses frères écrivaient à tous les amis de Ft pour les pousser à faire assassiner Hyrean ‘.

Dès son arrivée à Alexandrie, celui-ci courut chez Arion et lui présenta la lettre de crédit signée de la main de son père. Arion qui se figurait qu’il ne réclamerait qu’une dizaine de talents, ou une douzaine au plus, s’enquit de la somme dont il avait besoin. — « De mille talents! » répondit le jeune homme. — A cette requête inattendue, Arion s’emporta et jeta les hauts cris. — « Malheureux, lui dit-il, quelle vie entends-tu donc mener » ici? Oublies-tu que c’est à force de sagesse et de labeurs inces-

LAN JT, XIT. IV (483 47

» sants, que ton père a réuni cet argent que tu prétends dissiper » en folies? Ton devoir est de suivre son exemple. Je ne te don- » nerai que dix talents, et encore faudra-t-il que, sur cet argent, » tu payes les présents destinés au Roï. » Hyrcan s’emporta à son tour, s’empara d'Arion et le retint prisonnier. La femme d’Arion qui savait que son mari jouissait d’une grande considération auprès de la Reine, court se jeter aux pieds de Cléopâtre (mère du nouveau roi) et la suppliede châtier l’arrogance du jeune homme. Cléopâtre va tout conter à son fils. Ptolémée fait sur l'heure avertir Hyrcan qu’il est fort étonné qu'’étant envoyé par son père, il se soit permis de ne pas se rendre directement au Palais, et surtout de faire arrêter l’homme de confiance de son père ; qu’il lui enjoint en conséquence de venir sans aucun délai lui rendre compte de sa conduite.

Hyrcan, si ce que l’on raconte est vrai, répondit à l’envoyé: — « Allez dire à votre maître, qu’il existe une loi à laquelle le » Roi lui-même est soumis, et qui lui interdit de faire un sacri- » fice d'actions de grâces pour la naissance d’un fils, avant d’ê- » tre entré dans le temple, et d’avoir sacrifié à Dieu. C'était pour » une raison analogue, que je ne me suis pas présenté devant » Sa Majesté ; car j'attendais, pour le faire, que j’eusse entre » les mains des présents dignes d’être offerts au bienfaiteur de » mon père. Quant au serviteur contre lequel j'ai sévi, je l’ai » puni de sa désobéissance ; peu importe, d’ailleurs, qu’un mai- » tre soit grand ou petit, du moment qu’il est le maître ! Si nous » tolérions de pareilles licences, le Roi verrait bientôt lui-même » ses sujets lui manquer de respect. »

Lorsque cette fière réponse fut apportée à Ptolémée, il se mit à rire et admira l'énergie et le bon sens de l’enfant”.

Arion dès qu’il apprit dans quelles dispositions était le Roi, sentit qu’il n’avait plus à compter sur l’appui de personne, et il : s’exécuta. Hyrcan toucha ses mille talents, rendit aussitôt la li-

nn J XII. IV. 8.

berté au banquier, et, au bout de six jours, vint présenter ses hommages au Roi et à la Reine. Tous les deux l’accueillirent avec bienveillance, et le reçurent à leur table, pour faire honneur au nom de son père.

Hyrcan s’aboucha ensuite avec les marchands d'esclaves, fit emplète de 100 jeunes garçons et de 100 jeunes filles, qu'il paya 200 talents. Ayant été peu après invité à la table du Roi, avec les plus grands personnages du pays, les officiers chargés de distribuer les places, suivant la dignité de chacun, ne manquèrent pas de lui assigner la plus infime, qui leur semblait bonne pour un enfant auquel ils ne pensaient devoir aucune considération. Hyrcan ne dit mot. Pendant le festin, tous ses voisins, par plaisanterie, s’amusèrent à accumuler devant lui les os dont ils avaient mangé la chair, de telle sorte quela table en était couverte. Hyrcan ne dit mot encore. Alors, à l’instigation des convives, Tryphon, le bouffon du Roi, vint se placer devant Ptolémée et lui dit : « Vois-tu, Roi, tous les os sont devant Hyrcan. Hé bien! » son père en fait de même pourla Syrie entière. Il l’a dépouillée, » comme ce garçon à dépouillé ces os. » Tout le monde se mit à rire, avec le Roi lui-même, de cette impertinence de Tryphon. Puis Ptolémée demanda à son jeune convive comment il se faisait qu’il y eût tant d’os devant lui. «Il n’y a là rien d'étonnant, » Seigneur, répondit-il; l'habitude des chiens est de dévorer » les os avec la chair, ainsi que l'ont fait tout ces hauts person- » nages; ce disant il lui montra du doigt ses compagnons de » table; regardez; 1l n’y a pas un os devant eux; les hommes au » contraire mangent la chair et rejettent Les os ; moi qui suis un » homme, j'ai fait ainsi. » Le Roi frappé de cette réponse ordonna à tous les assistants d'y applaudir, et déclara que la leçon était bonne et méritée. Le lendemain Hyrcan faisait visite à tous les amis du Roi, à tous les grands officiers du palais ; il eut soin d'interroger en cachette leurs serviteurs, afin de savoir quels étaient les présents qu'ils comptaient offrir au Roi, pour célébrer le jour de son couronnement. Il apprit ainsi que quelques-uns

d’entre eux doaneraient jusqu’à douze talents ; mais que tous, en définitive, ne feraient que ce que leur position leur permettrait de faire. Hyrcan alors affecta un grand chagrin et déplora l’impossibilité où il se trouvait de faire les choses si grandement. Il n'avait, ajoutait-il piteusement, que cinq talents à sa disposition. Les serviteurs ne manquèrent pas de rapporter cela à leurs maîtres, et chacun de se réjouir à l’avance de l’humiliation que Hyrean allait subir, et du mépris que le Roi concevrait pour ce petit misérable. Au jour solennel, les plus magnifiques allèrent jusqu’à vingt talents ; pas un ne dépassa cette somme. Lorsque le tour de Hyrean fut venu, on vit paraître les cent jeunes garcons et les cent jeunes filles qu'il avait achetés ; chacun d’eux étant porteur d’un talent. Les garçons furent offerts au Roi, et les jeunes filles à la reine Cléopâtre.

Hyrcan ne se contenta pas d’avoir fait au roi un aussi somptueux présent que tous les assistants admirèrent ; il crut prudent de répartir un grand nombre de talents entre les amis et les serviteurs du Roi; c'était, pensait-il, se garer contre leur mauvais vouloir, et il avait raison ; car nous avons déjà dit que ses frères leur avaient écrit, afin d'obtenir d’eux qu'ils le fissent disparaître. Ptolémée ravi, dit au jeune homme qu'il était prêt à lui accorder tout ce qu'il lui demanderait. Hyrcan réclama uniquement de ses bontés qu’il voulût bien écrire en sa faveur à son père et à ses frères. Non seulement le Roi fit ce que Hyrcan désirait de lui, mais ille combla de riches cadeaux, ensuite de quoi il le congédia.

La renommée eut bientôt instruit les frères de Hyrcan de la réception que le Roi lui avait faite, et ils apprirent en même temps qu'il était en route pour revenir. Ils s’empressèrent de marcher à sa rencontre, pour s’en défaire, avec l’assentiment de Josèph leur père ; celui-ci, en effet, était si furieux des dépenses que son fils avait faites, qu'il ne s’inquiétait plus guère de son sort. Toutefois Josèph dissimulait autant qu’il le pouvait son ressentiment, par crainte du Roi.

LE

sen

Un Hat eut lieu entre Hvyrcan, avec sa suite, et ses frères. Deux d’entre eux y perdirent la vie, avec un grand nombre de leurs affidés. Les survivants s’enfuirent à Jérusalem, auprès de leur père. Hyrcan continua son chemin, vint se présenter devant la ville, se vit repoussé par tout le monde, prit peur et se réfugia de l’autre côté du Jourdain, où il s'établit et sut forcer les Arabes à lui payer un tribut”.

À cette époque, régnait en Asie Séleucus IV Philopator, fils d’Antiochus III le Grand. Josèph, père d'Hvyrcan, vint alors à mourir. C'était un homme bon et magnanime, dit Josèphe (qui oublie que, quelques lignes plus haut, il a raconté que cet excellent homme s'était fait le complice de ses fils aînés qui s’apprôtaient à assassiner leur frère Hyrcan). Ce Josèph qui avait rendu quelque éclat à la nation judaïque, avait été, ainsi que - nous l’avons déjà dit, fermier des impôts de la Syrie, de la Phénicie et de la Samarie, pendant bien des années. Il fut suivi de près au tombeau par son oncle Onias III.

J'est à ce souverain pontife que le roi de Lacédémone, Aréus, adressa une très singulière lettre que nous allons reproduire en passant.

« Aréus, roi de Lacédémone, à Onias, salut! Nous venons de » lire un écrit dans lequel il est dit que les Juifs et les Lacédé- » moniens ont la même origine, et qu’ils descendent tous de la » famille d'Abraham. Il est donc convenable, puisque vous êtes » nos frères, que vous nous fassiez savoir si vous désirez quel- » que chose de nous ; nous agirons de même à votre égard. Ce » qui vous appartient, nous le regardons comme à nous, et ce » que nous possédons est à vous. Démotelès, qui vous remet- » tra cette lettre, est porteur de nos instructions. L'écriture est » carrée; l'empreinte du sceau est un aigle tenant un serpent®.»

Que faut-il penser de cette étrange dépêche ? Devons-nous la considérer comme authentique ? Nous ne savons. Avons-

Page 1