‹ Histoire des Machabées ou princes de la dynastio AsmonéenneChapitre 43 sur 110 · À. J. XII. IV · texte numérisé non relu

À. J. XII. IV

nous besoin de faire remarquer cette première conséquence que le Roi de Lacédémone s’empresse de déduire de la prétendue parenté qu'il invoque : Nous regardons comme à nous ce qui vous appartient? Fort bien! Nous doutons fort que les Juifs aient accueilli avec empressement les tendresses de ces excellents cousins, à la légitimité desquels ils ne croyaient guère, très probablement. Josèphe a oublié de nous le dire.

La mort de Josèph, le fermier des impôts (vers 176 av. J.-C.), donna naissance à de grandes dissensions parmi le peuple de Jérusalem, à cause de ses fils. Les plus âgés, qui avaient déclaré la guerre à leur frère puiné Hyrean, avaient l'adhésion de la plus grande partie de la population, et celle d’un puissant personnage, Siméon le Benjaminite, préfet du temple, à cause de la parenté qui les unissait à lui.

Hyrcan dut se résigner à ne plus revenir à Jérusalem. Il alla donc, comme nous l’avons déjà dit, s’établir de l’autre côté du Jourdain, et y guerroya constamment contre les Arabes, auxquels il tua beaucoup de monde, et enleva beaucoup de captifs.

« Il bâtit une puissante forteresse ( Gäov tsyueay ) de pierres » blanches jusqu’au toit, et y fit sculpter de très grands ani- » maux. Il l’entoura d’un large et profond étang. Dans le flanc » de la montagne placée en face, il creusa les roches proémi- » nentes et y ouvrit des grottes de plusieurs stades de longueur. » Dans ces grottes, il établit des salles pour les festins, d’autres » pour l’habitatian. Il y introduisit aussi des eaux jaillissantes » en grande abondance, qui servaient autant à l'agrément qu’à » la décoration de ce singulier palais. Les grottes furent munies » d'entrées assez étroites pour qu’il ne fût possible qu’à un seul » homme de les franchir à la fois. C'était une précaution prise » contre la possibilité d’un siège qu’il aurait à subir de la part » de ses frères. Il bâtit également de grands palais qu’il orna

41. Josèphe cite ici le grand prêtre Siméon comme parent des fils aînés de Josèph,, le percepteur du tribut ; c'est très certainement par erreur (Voir notre étude chronologique des livres d’Esdras et de Néhémie).

» de jardins spacieux. Lorsqu'il eut terminé cette œuvre gran- » diose, il lui donna le nom de Tyr. Ce lieu se trouve entre l'Ara- » bie et la Judée, de l’autre côté du Jourdain, non loin de l'Es- » sebonitide.

» Hyrcan fut maître de cette contrée pendant les sept années » que Séleucus passa sur le trône de Syrie. A Ia mort de celui-ci » (176 av. J.-C.), son frère, Antiochus Épiphane, prit la cou- » ronne. Vers la même époque, mourut aussi le roi d'Égypte, -» Ptolémée Épiphane (181 av. J.-C.), qui laissait deux fils en- » core jeunes, dont l’aîné était surnommé Philométor, et le plus » jeune Physcon. Hyrcan s’effraya de la puissance d’Antiochus, » sachant bien que s’il tombait entre ses mains, il serait envoyé » au supplice, en punition de tout le mal qu'il avait fait aux » Arabes. Il aima mieux se réfugier dans le suicide, et Antio- » chus se saisit immédiatement de tout ce qui lui avait appar- » tenu. »

Le moyen adopté par Hyrcan pour se mettre à l’abri était efficace, nous en convenons facilement; mais, franchement, il nous paraît quelque peu ridicule. Nous avons en France un nom grotesque pour ceux qui prennent des précautions aussi radicales. |

Rechercher sur place les palais et les forteresses attribués à Hyrean, et décrits si minutieusement par Josèphe, c'était, sans contredit, se proposer un beau problème de géographie et d’archéologie à la fois. Depuis quelques années, ce problème intéressant est résolu, et le lecteur nous permettra d'en dire quelques mots. En 1818, MM. Irby et Mangles accomplissaient, avec un courage et un bonheur incomparables, un grand voyage d’exploration, sur la rive orientale du Jourdain. Ils visitèrent, chemin faisant, de très belles ruines connues des Arabes sous le nom d’Aaragq-el-Emyr (les Roches escarpées de l’'Émyr) et ils n'hésitèrent pas à y reconnaître les monuments indiqués par Josèphe. Seulement ces messieurs n’y regardèrent pas d’assez près pour ne pas commettre une grosse erreur sur la condition

du Hyrcan dont il s'agissait, car ils en ont fait le grand prêtre Hyrcan, frère du roi Aristobule; mais passons.

Depuis lors, les monuments d’Aaraq-el-Emyr ont été revus par MM. Waddington et Melchior de Vogüé, en 1861, par nousmême, en novembre 1863, et quelques mois après, par M. le duc de Luynes. Ces explorations successives ont produit de très précieux résultats, et aujourd’hui ces merveilleuses ruines sont parfaitement connues.

Pour notre part, nous en avons rapporté un plan topographique très complet, des photographies et une ample collection dé dessins levés et cotés avec le plus grand soin. De l’étude de ces documents divers, il résulte, de la manière la plus évidente, que Josèphe a décrit sur ouï-dire ce qu’il n'avait jamais vu ; que la prétendue forteresse de Hyrcan est un temple inachevé, dont la construction remonte au moins aux temps de la domination des Perses : que Hyrcan est venu s'établir dans le temple abandonfé, et s’y construire une espèce de refuge militaire, dont les débris sont reconnaissables ; qu’il a utilisé de son mieux le terrain etles matériaux qu’il avait sous la main, en se gardant bien, lui Juif, placé à la tête d’une troupe de Juifs, de bâtir un édifice sur lequel il aurait, au mépris de la loi de ses pères, fait sculpter des images d’animaux. Il y a donc à prendre et à laisser dans le récit de Josèphe : cela est incontestable.

Nous venons de dire que ces belles ruines représentent des monuments datant au moins de l’époque des souverains Achéminides. Cherchons s’il ne serait pas possible d'y retrouver la trace d’un autre personnage historique que Hyrcan.

Parmi les Adouans, à la tribu desquels le pays environnant appartient, le temple porte le nom de Qasr-el-Aabed (palais de l’Aabed ; Aabed est généralement le nom que l’on donne aux esclaves noirs) ; le fond de l’étang aujourd’hui désséché qui enveloppe, sur trois côtés, le temple, se nomme Meydan-El-Aabed (l’hippodrome de l’Aabed).

L'un des ennemis acharnés des Juifs et de leur chef Néhémie,

était Tobiah l’Aabed. D'où lui vient ce titre d’Aabed ? Nous l'ignorons. Mais puisqu'il a fait trembler les Juifs et, plus tard, pu contracter des alliances entre les membres de sa famille et celles du grand prêtre de Jérusalem, à coup sûr ce n’était pas un esclave. Ÿ aurait-il quelque rapport entre l’Aabed du livre de Néhémie et l’Aabed de la tradition arabe? C’est fort possible ; mais il y a mieux ! A la porte d'entrée de deux des cavernes taillées dans le roc qui domine le plateau d’Aaraq-el-Emyr, on lit deux fois un mot sémitique écrit en très gros et très beaux caractères, à moitié phéniciens, à moitié hébreux.

Ce mot j'avais pensé devoir le lire: n°215 Aaraqiah. M. le D' Lévy de Breslau, a, de son côté, donné sans hésitation la transcription 2%, Tobiah. Je suis aujourd’hui convaincu de l’exactitude de la leçon proposée par le savant professeur, et nous avons dans la présence de ce nom, répété deux fois, la justification la plus heureuse de l'hypothèse qui ferait attribuer à Tobiah, l’Aabed-Ammonite du livre de Néhémie, la construction du beau temple d’Aaraq-el-Emyr.

Mais en voilà assez sur ce point d'archéologie pure, revenons aux événements historiques et reprenons le récit de Josèphe.

« Au commencement du règne d’Antiochus Épiphane (176 av. » J.-C.) le grand prêtre Onias III, étant venu à mourir, le Roi » conféra le Pontificat à Jésus, frère du titulaire défunt. Celui-ci » en effet n'avait laissé qu’un fils du nom d’Onias, qui était en- » core en bas âge. Jésus ne jouit pas longtemps de la faveur du » prince ; et celui-ci irrité, (nous ne savons pour quel motif) » contre le grand prêtre, le destitua, et transmit la dignité pon- » tificale à son plus jeune frère, nommé Onias. Ainsi le grand » prêtre Siméon II avait laissé trois fils qui successivement por- » tèrent la tiare.

» Jésus par suite de la fatale tendance qui poussait les Juifs à » se gréciser, que l’on me pardonne cette expression, changea son nom contre celui de Jason, et son frère Onias en fit au-

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