‹ Histoire des Machabées ou princes de la dynastio AsmonéenneChapitre 61 sur 110 · II. Machab. VIII, v · texte numérisé non relu

II. Machab. VIII, v

3. Béthoron, c’est certainement la Beit-hour--el-fouqah de nos jours, située à peu de distance de Jérusalem.

plus compte de la multitude des Syriens et fondant bravement sur eux, ils les mirent en fuite. Séron étant tombé l’un des premiers, tous les siens se débandèrent aussitôt, comme si tout espoir de victoire eût reposé sur la tête de leur chef. Les Juifs victorieux, poursuivirent les fuyards l’épée dans les reins, jusqu'à la plaine, et dans cette poursuite tuèrent huit cents hommes. Tout le reste s'enfuit vers la côte, dans le pays des Philistins ‘.

Le roi Antiochus, en apprenant les deux échecs subis coup sur coup par ses troupes, fut enflammé de colère. Violent et emporté comme il l'était, il ne songea plus, dès ce moment, qu’à venger sans miséricorde le double outrage qu'il venait de recevoir. Il réunit en toute hâte tout ce qu’il avait de troupes disponibles, leva parmi les populations des îles de la Méditerranée une multitude de mercenaires, et se prépara à fondre sur la Judée, aussitôt que le retour du printemps lui permettrait d'agir.

Il fallait payer d'avance la solde d’une année de tout ce monde de soldats ; et lorsque cette dépense indispensable fut faite Antiochus vit avec douleur que son trésor était épuisé. Les tributs rentraient mal, à cause des insurrections multipliées qui déchiraient son empire ; lui-même était tellement prodigue, que ses sujets avaient un beau jour changé son surnom d'’Eravhs, « illustre », en celui d’’Erwarn, « fou ? ». |

Les caisses de l’État étaient done vides, et il ne restait plus au Roi qu'un moyen de les remplir de nouveau, pour assurer sa vengeance. C'était de suspendre l’expédition contre la Judée,

4. À.J. XII, VIT. 1. — Machab. III, v. 43 à 25 (166 av. J.-C.). Faisons remarquer une fois de plus, en passant, que la comparaison du récit de Josèphe avec le récit du Ier livre des Machabées, prouve jusqu’à l'évidence que l'historien des Juifs avait ce livre sous les yeux ; très souvent même Josèphe a textuellement copié le livre sacré, bien qu'il se soit dispensé d’en faire mention.

2, Ce sobriquet fut donné à Antiochus en 166 av. J.-C., à propos des dépenses insensées qu'il fit pour fonder à Daphné, près d'Antioche, des jeux splendides en l'honneur d’Apollon,

et de courir en Perse, pour recueillir le tribut de cette riche province.

Antiochus n'était pas homme à perdre du temps, lorsqu'une fois il avait pris une résolution. Il plaça donc à la tête des affaires dont il avait abandonné la direction, avec des pleins pouvoirs pour exercer, en son absence , les actes de l’autorité royale, un certain Lysias, auquel il délégua le gouvernement de tous le pays compris entre l’Euphrate d’une part, les frontières d'Égypte etl’Asie inférieure, de l’autre. Il laissait sous ses ordres la moitié de l’armée et des éléphants. Ce Lysias était en outre chargé de surveiller avec le plus grand soin, pendant l'absence - d'Épiphane, l'éducation de son jeune fils Antiochus. Mais ce que Lysias avait l’ordre de faire avant toute autre chose, c'était de ravager la Judée, de réduire le peuple juif en esclavage, de raser Jérusalem ; en un mot d'anéantir la nationalité judaïque. Une fois toutes ces instructions données à Lysias, Antiochus Épiphane se dirigea vers la Perse ; on était alors en l’an 149 (ère des Séleucides, 166 av. J.-C.). Bientôt il eut franchi l’Euphrate et il s'achemina à marches forcées vers les provinces supérieures.

Lysias aussitôt investi de l'autorité souveraine, n’eut rien de plus pressé que d'exécuter le mandat d’extermination qu'il avait reçu. Il fit choix de Ptolémée, fils de Dorymène *, de Nicanor et de Gorgias, tous les trois personnages de la plus haute dignité, et amis dévoué du Roi, pour diriger la guerre contre les Juifs. Il leur donna 40,000 hommes d'infanterie, 7,000 de cavalerie, et à la tête de cette imposante armée, il les lança sur la Judée.

4. A. J. XII, VII. 2. — I. Machab. II, v. 26 à 37. L'écrivain sacré nous apprend que ce Lysias était un noble personnage de sang royal. En vertu des instructions qui lui étaient données, touchant la Judée, il devait enlever tous les habitants de ce pays, et mettre à leur place des colons étrangers, entre lesquels les terres des Juifs seraient distribuées par la voie du sort.

2. Ce Ptolemée est sans doute le même que le Ptolémée, général de l’armée de

Cœlésyrie, auquel Philippe, gouverneur grec de Jérusalem, avait demandé des secours.

LA DYNASTIE ASMONÉENNE. 159

Les Syriens s'étant avancés jusqu’à la ville d'Emmaüs! s'y retranchèrentdans la plaine (i +3 rwÿ). Là ils furent renforcés par des auxiliaires arrivant de Syrie ou des pays voisins, et par des Juifs transfuges. On voyait de plus au camp des Grecs, bon nombre de trafiquants accourus pour acheter les esclaves qui allaient bientôt être mis en vente ; entraves pour les empècher de fuir, or et argent pour les payer, tout était prêt. Judas Machabée s’établit de son côté à proximité du camp des Syriens, et S'empressa de rassurer par ses paroles ses soldats qu’intimidaient les retranchements du camp ennemi, et la multitude des hommes armés appelés à le défendre. Il les exhorta à prendre courage, à demander à Dieu, comme le faisaient leurs pères, sa toute-puissante assistance, à se couvrir de sacs, au lieu de leurs vêtements habituels, à prendre, en un mot, l'attitude de suppliants placés devant un immense péril, et à conjurer Jéhovah de les fortifier dans la lutte terrible qu'ils allaient soutenir pour la gloire de son nom. Cela fait, il distribua sa petite armée en corps de 41,000 hommes, subdivisés en pelotons, suivant l'habitude antique de la nation. Les chiliarques et les chefs de peloton furent placés à la tête de leurs hommes ; les nouveaux mariés et ceux qui avaient récemment acquis des propriétés, pouvaient se montrer tièdes et craintifs dans l’action, par suite d’un sentiment naturel à la faiblesse humaine : Judas les fit sortir des rangs et les renvoya; puis il annonça à sa petite armée que le lendemain, au point du jour, ils marcheraient à l’ennemi*.

Le I° livre des Machabées nous fournit ici quelques détails assez intéressants. Lorsqu'il s’agit de marcher au combat contre les Syriens, les Juifs placés sous les ordres de Judas s’assemble-

‘1. Cette Emmaüs, c’est très certainement celle qui reçut plus tard le nom do Nicopolis, et dont il n’est pas possible de nier l'identification avec l’Amouas de nos jours, localité située à l'entrée des défilés qui conduisent de la plaine de Saron, c’est-à-dire de Jaffa et de Ramleh, à Jérusalem.

2% À J, XIT. VII. 3.

rent à Maspha, contra Jerusalem, quia locus orationis erat sn Maspha ? ; Jérusalem était alors déserte et personne, parmi les Juifs, n'osait plus y entrer, parce que la citadelle était occupée par une garnison syrienne; arrivés là les insurgés jeünèrent pendant tout un jour, se couvrirent de cilices, jetèrent de la cendre sur leurs têtes, et déchirèrent leurs vêtements, en priant avec ferveur. Lorsqu'ils eurent invoqué la protection divine, les trompettes éclatèrent, et Judas organisa sa petite armée, en nommant des chefs de mille hommes, des centurions, des pentacontarques et des décurions. Il se débarrassa de tous ceux qui lui paraissaient ne pouvoir être des combattants résolus, puis tous se mirent en marche ; ils allèrent camper au midi d'Emmaüs.

Là, Judas leur adressa une dernière fois la parole: « Ceignez- » vous les reins, soyez forts, leur dit-il, et tenez-vous prêts » pour demain matin ; car mieux vaut cent fois mourir les ar- » mes à la main, que de vivre dans l'opprobre ! Maintenant, » que la volonté de Dieu soit faite”! »

Un chef d'armée, quelque peu expérimenté qu'il soit, a toujours des espions à son service. C’est l'a à c de l’art de la guerre. [Il est indispensable, en effet, de savoir toujours de la manière la plus précise où se trouve l'ennemi, et quels mouvements il a opérés, on se prépare à opérer. Des déserteurs étaient venus, comme cela arrive presque toujours, informer les géné- | raux grecs de la position où était établi le camp des Juifs. Surprendre ce camp pendant la nuit, était une idée qui devait naturellement venir à la pensée d'hommes de guerre, habitués de longue date à diriger des opérations militaires. Ils savaient à merveille le nombre des forces juives; c'était une poignée d'hommes mal armés et inhabiles, à écraser. Rien ne devait être plus facile, parce que, sans doute, ils ne sauraient pas se

1. Cette indication précise ne nous permet plus guère de conserver de doutes sur la justesse de l'identification de Maspha avec le Scopus. 2, I. Machab. III, v. 40 à 60.

garder convenablement. Gorgias fut chargé de cette expédition qui devait être plutôt une partie de plaisir qu’un engagement sérieux, pour de vrais soldats. Cinq mille hommes d'infanterie et mille de cavalerie étaient plus que suffisants pour mener l’affaire à bonne fin, et lorsque la nuit fut venue, tout le monde se mit en marche, guidé par les déserteurs mêmes dont les rapports avaient fait concevoir le projet d'attaque du camp de Judas. Heureusement celui-ci était aussi bien servi que ses adversaires. Le plan des Syriens une fois connu dans ses plus minces détails, le brave fils de Matathias comprit qu’il y avait un grand profit à tirer des dispositions mêmes adoptées par l'ennemi. Celui-ci venait de diviser ses forces, et se croyait dans la plus profonde sécurité ; c'était bien le cas de lui jouer le même tour qu'il essayait de leur jouer à eux-mêmes. Judas fit donc prendre en hâte un repas à ses troupes ; puis de grands feux furent allumés dans toute l’étendue du camp qui fut aussitôt évacué en silence. Il fallait de toute nécessité éviter la rencontre du petit corps expéditionnaire de Gorgias ; aussi les Juifs se jetèrent-ils dans les gorges de la montagne, et se dirigèrent-ils par de longs détours, vers le camp syrien d'Emmaüs.

Pendant ce temps-là Gorgias arrivait au camp des Juifs, et n’y trouvait personne, à son grand désappointement. Avec la présomption habituelle des Grecs, il en conclut que les Juifs frappés de terreur, en apprenant son approche, s'étaient enfuis et cachés dans les montagnes. Il prit done immédiatement le parti de les y aller chercher. |

Au point du jour, Judas arrivait en vue du camp d'Emmañüs, à la tête de 3,000 hommes mal armés, à cause de leur pauvreté !. Du point où il s'était arrêté, on voyait les Syriens couverts

1. Qu'avaient-ils donc fait des dépouilles des hommes tués dans les affaires où ils avaient battu Apollonius et Séron ? Il y a là, ce me semble, une exagération. Toujours le style de Bulletin ! Judas n’avait-il pas pris lui-même l'épée d’Apollonius restée sur le terrain, et ne s’en servait-il pas d'habitude ? A qui fera-t-on croire que les soldats aussi, lorsque l’occasion s’en était présentée, avaient négligé de troquer leurs armes de rebut, contre les bonnes armes des Grecs ?

de belles cuirasses, par-dessus les solides retranchements dose.

Die

ils avaient entouré leur camp. — « Fussiez-vous tout nus, cria » Judas à ses compagnons, tombez vigoureusement sur ces in-

» fâmes, et Dieu fera certainement pour vous, cette fois encore,

» ce qu'il a fait jadis pour vos pères. » — Il donna aux trom-

pettes l’ordre de sonner la charge, et les Juifs se précipitèrent sur

les Grecs que cette attaque imprévue glaça d’épouvante. Dans

le camp le tumulte fut extrème; d’où venaient ces ennemis

qui tombaient du ciel, pendant que Gorgias exterminait l’armée

de Judas? Fatale question à laquelle on ne trouvait pas de ré-

ponse ? Tous ceux qui tentèrent de résister et de courir au devant des assaillants, tombèrent sous les épées des Juifs ; les survivants alors, ahuris par la peur, s’enfuirent dans toutes les directions. Ce fut un sauve-qui-peut général.

On les poursuivit l'épée dans les reins jusqu’à Gezeron (Gadara, écrit Josèphe) du côté de l’Idumée, et jusqu'aux campagnes d’Azot et de Iamnia. 3,000 Grecs restèrent sur le carreau !.

Après ce combat qui prit quelques heures, Judas se hâta de rallier ses soldats, et les empêcha de songer à dépouiller les vaincus. — « Tout n’est pas fini, leur dit-il; vous allez avoir à » combattre tout à l'heure Gorgias et son corps d'armée ; quand » vous les aurez vaincus, il sera temps de songer au butin ; car » alors nous n’aurons plus rien à craindre. » — A peine Judas avait-il fini de parler, que Gorgias et les siens parurent sur la hauteur qui dominait le camp des Grees, et là ils eurent un spectacle auquel ils étaient loin de s’attendre. Leur camp avait été livré aux flammes, la fumée qui en couvrait l'emplacement ne pouvait laisser de doute à cet égard, et l’armée puissante qu’ils y avaient laissée, avait disparu. |

Les soldats de Gorgias apercevant devant eux la petite armée de Judas qui les attendait de pied ferme, après avoir fait aux leurs tout le mal dont ils ne voyaient que trop bien l’étendue,

1. Gezeron ou Gadara, c’est aujourd'hui Tell-Djezer ; Azot, c'est Esdoud, et Tamnia, c’est Iabneh.

Le

na

LA DYNASTIE ASMONÉENNE. 163

furent à leur tour saisis d’une panique irrésistible, et prirent immédiatement la fuite.

Dès qu'ils eurent disparu, le pillage commença et les Juifs s'emparèrent en toute sécurité d’un immense butin.

1. À. J, XII. VIT. 4. — TI. Machab. VIII, v. 41 à 26. — Le récit des mêmes faits emprunté au Ile livre des Machabées, offre des détails nouveaux assez importants pour que nous regardions comme nécessaire d’en donner l'analyse. Comme d’ailleurs ces détails sont assez peu concordants avec tout ce que nous venons de raconter, d’après le Ier livre des Machabées et Josèphe, il n'en est que plus indispensable de fournir au lecteur les moyens de démêler lui-même ce qu’il y a de vrai et de douteux dans ce que nous savons de ces événements qui se passèrent dans la seule année 166 av. J.-C. Voici donc ce que dit le Ie livre des Machabées (cap. VIII, v. 8 à 30) :

« Philippe (c'était le gouverneur syrien de Jérusalem) instruit des progrès de l’insurrection fomentée par Judas Machabée, écrivit à Ptolémée, général en chef de l’armée de Cælésyrie et de Phénicie, de prendre des mesures promptes pour défendre les intérêts du Roi, déjà fort compromis. Celui-ci envoya immédiatement en Judée son ami Nicanor, fils de Patrocle, personnage des plus importants. Il était à la tête d’une armée de 20,000 hommes de toutes nations, chargée d’anéantir la race juive, et il avait pour compagnon Gorgias, homme de guerre très exprimenté et très habile. »

Il nous paraît certain que le 11e livre des Machabées présente ici une lacune réelle; car ce fut Lysias, laissé par Antiochus avec les pouvoirs d’un véritable régent, qui dirigea vers la Judée l’armée commandée par Nicanor et par Gorgias. Comment expliquer autrement que par une lacune du texte, le silence gardé sur les expéditions funestes d'Apollonius et de Séron ?

Antiochus Épiphane devait aux Romains un tribut de 2,000 talents. D'où provenait cetle dette ? était-ce un arriéré du tribut de douze ans imposé par les Romains, en 189 av. J.-C., lors du traité conclu après la défaite d’Antiochus II[? C’est possible, Était-ce une amende imposée à Épiphane lui-même, lorsqu'il fut forcé d’évacuer l'Égypte, devant les menaces du Sénat ? C’est plus probable. Nicanor imagina qu'il lui serait facile de fournir à son maître les 2,000 talents en question, par la vente des Juifs comme esclaves, puisqu'il avait mission d’exterminer ce malheureux peuple. En conséquence il fit publier dans toutes les cités maritimes, qu’il allait ouvrir un immense marché d'esclaves juifs, qu'il livrerait au prix d’un talent pour quatre-vingt-dix individus. Dès que Judas fut informé de ces infâmes dispositions, il annonça l’arrivée de Nicanor à toute la nation. Beaucoup frappés de terreur s’empressèrent de fuir devant l’homme qui les vendait avant de les avoir pris. Judas Machabée convoqua en hâte les 7,000 partisans sur lesquels il pouvait compter, etles supplia de se préparer à combattre, sans trêve nimerci. Il les trouva tels qu’il l’espérait, c’est-à-dire prêts à mourir pour leur sainte loi et leur patrie. Il prit alors toutes ses dispositions, À chacun de ses frères, Simon, Joseph et Jonathan, il donna le commandement de 1,500 hommes. Il fit lire ensuite par Esdras (Quel Esdras ? N'y a-t-il pas ici un souvenir malencontreusement utilisé ?) les livres saints à ses soldats, et prenant lui-même le commandement des 1,500 hommes restants, qui formaient le premier corps de bataille, il engagea le combat avec

Lorsque la nouvelle de ce désastre parvint aux oreilles de. Lysias, il en fut humilié et irrité à la fois. Il n’était pas possible d'accepter un semblable échec, sans essayer d’en tirer une revanche éclatante. Il leva donc une armée de 60,000 fantassins d'élite et de 5,000 cavaliers, et, l’année suivante, il envahit la Judée à la tête de toutes ses troupes. Il eût bientôt pénétré dans le pays montagneux et vint asseoir son camp près de Bethoron (Josèphe dit Bethsoura ‘).

Judas plein de confiance dans la bonté de la cause qu’il défendait, n'hésita pas à marcher au-devant de l'ennemi, à la tête d’une petite armée de 10,000 combattants. Avant d’en venir aux mains, il implora, comme c'était son habitude, la protection du Très-Haut ; puis il fondit sur les Grecs et les mit en déroute. Cette fois 5,000 hommes restèrent sur le carreau, et à la vue d'un pareil massacre, le reste de l’armée fut saisi d’une terreur folle et prit la fuite. Lysias lui-même voyant qu’il avait affaire à des hommes qui affrontaient gaiement la mort, et qui aimaient mieux périr, jusqu'au dernier, que de vivre sans la liberté, Lysias jugea qu’il était prudent de cesser de s'attaquer à de pareils désespérés, et que ce qu’il avait de mieux à faire, c'était de regagner Antioche. Une fois de retour dans la capitale du royaume, il se ravisa et ne songea plus qu’à lever une multitude de mercenaires, et à préparer de nouveau une expédition formidable contre la Judée *.

Nicanor. Grâce à l’interventiou divine, plus de 9,000 Syriens périrent dans la bataille ; il y eut un nombre de blessés plus grand encore ; l’armée grecque prit la fuite.

L'argent des trafiquants qui étaient accourus pour la vente des esclaves, fut saisi et les fuyards furent poursuivis dans toutes les directions. Malheureusement l'heure tardive força les Juifs de renoncer à la poursuite, et ils durent rentrer parce que l’on était à la veille du sabbat. Après la célébration du saint jour, une part du butin fut distribuée aux faibles, aux orphelins et aux veuves.

1, C’est Bordj-Sour ou Beïit-Sour, localité ruinée placée sur la hauteur à droite de la route de Jérusalem à Hébron, en face de la fontaine où fut baptisé l’eunuque de la reine Candace, c'est-à-dire da l’ayn-ed-diroueh. Le Ier livre des Machabées mentionne Bethoron au lieu de Beïit-Sour, et nous n’hésitons pas à croire que l'écrivain sacré est dans le vrai ; pourquoi en effet cette marche sur Beiït-Sour placé au sud

de Jérusalem ?

2. À. J. XII. VII 5. — I. Machab. IV, v. 25 à 35 (165 av. J.-C).

LA DYNASTIE ASMONÉENNE. 165

Après tant de victoires éclatantes, remportées coup sur coup, Judas débarrassé de toute inquiétude prochaine, assembla le peuple et lui déclara que puisque Dieu lui avait accordé de si nombreux succès, il était temps de monter à Jérusalem, de purifier le temple et de rétablir les sacrifices accoutumés. Cette ouverture fut accueillie par des acclamations unanimes, et la multitude conduite par Judas pénétra dans Jérusalem. Elle trouva le temple désert; toutes les portes étaient brûlées, et le hiéron encombré de broussailles qui, grâce à l’abandon des saints lieux, avaient spontanément poussé partout. A la vue de pareille désolation, Judas et tous ceux qui le suivaient éclatèrent en sanglots. Mais bientôt le héros eut retrouvé toute son énergie. Désignant parmi ses soldats un nombre suffisant d’hommes éprouvés, il leurordonna d'aller combattre la garnison dela citadelle {x} "Axow)! pendant que, de son côté, il procéderait à la purification du temple. Lorsqu'il l’eut nettcyé avec un soin extrême, il fit apporter un nouveau mobilier, les candélabres, la table et l’autel, tout cela construit en or; il fit suspendre aux portes de nouveaux voiles, et y plaça de nouveaux battanis ; l'autel des holocaustes qui avait été souillé fut démoli, et on en construisit un nouveau, composé de pierres brutes que le fer n'avait pas touchées.

Le 25 du mois de khaslew (que les Macédoniens nomment apellæus), le candélabre fut allumé, l’encens brûla sur l'autel, les pains furent placés sur la table, et les victimes furent immolées sur le nouvel autel des holocaustes. Ce jour de joie suprème pour les Juifs, était précisément le troisième anniver-

4. Dans la Guerre judaïque (I. I. #), Josèphe concentre en quelques lignes, le récit de tout ce que Judas entreprit contre Antiochus Épiphane. Il y est dit que lorsqu'il reprit Jérusalem, il chassa les Grecs de la ville haute, s’empara du temple qu'il purifia, et refoula les soldats d’Antiochus dans la ville basse, qui s’appelle Akra: Ilai x6aAGy arû tns &vw Tokews ouvellet Toûs otpatutas els thv xatw (roËto dE Toù &otews T0 Èpos ”Axoa xéxAntat).

Josèphe termine ce paragraphe en disant que presque aussitôt après le rétablissement du culte à Jérusalem, Antiochus Épiphane mourut, et que son fils et successeur, Antiochus Eupator, hérita de sa haine contre les Juifs.

saire de la profanation du temple de Jéhovah. Il était arrivé, en effet, que le temple était resté trois années entières dans la désolation que nous avons dite, depuis le jour où Antiochus l'avait profané.

Ce fatal événement avait eu lieu en effet le 25 d’apellæus, en l'an 145 (168 av. J.-C.), dans la 153° olympiade ; et la restauration du culte judaïque fut célébrée le 25 d’apellæus, en l’an 148 (165 av. J.-C.), dans la 154° olympiade *.

Il arriva de la sorte, ajoute Josèphe, que la désolation du temple s’accomplit ainsi que Daniel l'avait prédit, 408 ans auparavant; il annonça en effet qu'il serait ruiné par les Macédoniens ?.

Le I‘ livre des Machabées qui rapporte naturellement de son côté ces joyeux événements * s'exprime ainsi à propos de la sainte montagne du temple : 37. Ef congregatus est omnis exercitus et ascenderunt in montem Sion. 38. Etviderunt sanctificationem desertam et altare profanatum, etc. De ce texte ressort un fait d’une extrême importance ; c'est que la montagne du temple portait le nom illustre de Sion, à tout le moins à l’époque où fut rédigé le livre des Machabées. Au verset 38, il est dit encore que Judas, à son entrée dans le temple, trouva les Pastophories en ruines. Qu'était-ce que ces Pastophories ? Josèphe ne nous en parle qu'une fois (B. J. IV. IX. 12). Il nous raconte que Jean, maitre du hiéron, et tenant tête à Simon qui occupait la ville, fit

1. Il y a dans le texte de Josèphe une erreur de chiffre ; puisque la 454e olympiade n’a commencé que l’an 149 des Séleucides (164 av. J.-C.), c'est donc dans la durée de la 153e olympiade qu'eurent lieu et la profanation et la purification du temple. Le 25 d'apellæus correspond au 25 novembre,

2. À, J. XII. VII 6. Nous ne nous arrêterons pas à discuter ici la valeur de cette assertion de Josèphe. Quant au chiffre de 408 ans qu’il mentionne, il est possible qu’il soit exact, puisque la prise de Jérusalem par Nabuchodonosor eut lieu en 588 av. J.-C., et que de 165 à 588 il s’est écoulé 423 ans. En ce sens Josèphe placerait la prophétie de Daniel en 573 av. J.-C. Or en cette année Nabuchodonosor était encore . sur le trône.

3, [, Mach. IV, v. 36 à 55 ; cf. II. Machab. X, v. 1à 8. Le verset 3 nous apprend que le feu des sacrifices fut tiré d'une pierre à feu. Seulement ce même verset prétend à tort que l'interruption du culte ne dura que deux ans.

construire quatre grandes tours de défense, l’un à l'angle nordest de l’enceinte sacrée ; un autre dominant le Xvystus; une troisième à l'angle placé en face de la ville basse; et la quatrième enfin sur le sommet des Pastophories ; c'était de là, ajoute-t-il qu'un prêtre, suivant la coutume, annonçait à son de trompe le commencement de chaque septième jour, et la fin de ce jour consacré au repos, au coucher du soleil suivant. Il semble résulter de là que les Pastophories devaient être placés à l’angle sud-est de l'enceinte sacrée.

Aux versets 43 et 44, l'écrivain sacré dit que les pierres souillées furent jetées dans un lieu immonde, et que Judas tint conseil avec les plus illustres docteurs, pour savoir ce qu’il fallait faire de l’autel des holocaustes. Il fut décidé qu’il serait démoli, et que ses pierres seraient mises en dépôt dans un lieu propice, sur la montagne sainte, où elles resteraient jusqu’à ce qu’un prophète de Jéhovah vint dire ce qu’il en fallait faire.

Huit jours de suite furent consacrés au rétablissement des sacrifices dans le temple, et ce furent huit jours d’allégresse. Il fut décidé que chaque année, et à jamais, la nation juive célébrerait par une fête de huit jours, le souvenir glorieux de la purification du temple. Josèphe ajoute ici: « Et depuis cette époque » jusqu’aujourd’hui, nous observons cette solennité commémo- » rative que nous appelons les Lumières (b&:«). Üe nom lui » fut donné, à notre avis, parce que ce fut ce jour-là que brilla » pour notre loi l’aurore d’une délivrance inespérée'. »

Mais il ne suffisait pas de songer au rétablissement du culte ; Judas prit donc toutes les mesures nécessaires pour la sécurité de

1. A. J, XII. VIT. 7. — TI. Machab. IV, v. 56 à 59. Nous citerons ici, comme très intéressant, le verset 37: Ef ornavernnt faciem templi coronis aureis et scutulis ; et dedicaverunt portas et Pastophoria ; et imposuerunt eis januas. (IL Machab. X, v. 6 à 8). Ce dernier texte est très curieux en ce qu’il nous donne quelques détails sur ja nature de la fête commémorative ; nous le reproduisons donc intégralement. 1. « Et cum lætitià dies:octo egerunt in modum tabernaculorum ; recordantes quod ante modicum temporis diem solemnem tabernaculorum, in montibus et in speluncis, more bestiarum egerant. 7. Propter quod thyrsos, et ramos virides et palmas præ ferebant ei qui properavit mundare locum suum.»

Jérusalem. Les murailles d'enceinte furent réparées ; des tours élevées furent établies, pour résister aux invasions de l’ennemi, et des garnisons y furent installées. Enfin la ville de Bethsura fut fortifiée, pour qu'elie pût servir aux Juifs de place de refuge, au cas où des revers les mettraient dans la nécessité d’évacuer Jérusalem f.

On pourrait croire que les tours élevées dont parle Josèphe étaient des ouvrages militaires placés hors de Jérusalem ; ce se- .rait une erreur, car le texte du 1° livre des Machabées est ainsi conçu : Et ædificaverunt in tempore 1llo montem Sion, et per circuitum muros altos et turres firmas, ne quando venirent gentes, conculcarent eum, sicut antea fecerunt ; et collocavit ilhic exercitum ut servarent eum, et munivit eum ad custodiendam Bethsuram, ut haberet populus munitionem contra faciem Idumeæ”?.

Nous avons signalé tout à l'heure l’emploi du nom de Sion appliqué à la montagne de l’enceinte du temple, qui fut mise par Judas en était respectable de défense. Quant à Bethsura, il est dit que cette forteresse était destinée à faire face à l’Idumée ; cela convient parfaitement au Bordj-Sour moderne.

Les nations voisines des Juifs, nations dont l'hostilité ne s’était jamais démentie, trouvèrent naturellement un nouvel élément de haine dans les succès de Judas, et dans la résurrection, s’il est permis de s'exprimer ainsi, d’une race abhorrée. Cette haine se manifesta bientôt par des actes de violence abominables. De tous les côtés on apprit à Jérusalem que beaucoup de Juifs, paisiblement établis au milieu des populations étrangères, avaient été massacrés ou réduits en servitude (165 av. J.-C.).

Judas n’était pas homme à laisser impunis de pareils attentats aux droits des gens. Il fit donc aux ennemis des Juifs une guerre implacable, s’efforçant de les réprimer et de les habituer à respecter les enfants d'Israël. Beaucoup d’Iduméens, descendants d’'Ésaü, attaqués par lui dans l’Acrabatène, furent taillés en

AA, UV. XII ENTER 2, I. Machab. IV, v. 60 et 61.

pièces et dépouillés. Les fils de Baânas qui avaient tendu des embüûches aux Juifs, furent poursuivis, contraints de se réfugier dans de petites forteresses que Judas assiégea et livra aux flammes, en faisant périr leurs défenseurs. Machabée envahit ensuite l’'Ammonitide où il se trouva en présence d’une forte armée commandée par Timothée. Elle fut mise en fuite. La ville de Gazer‘ fut prise d'assaut et brûlée ; puis Judas victorieux reprit le chemin de la Judée, traînant en captifs à sa suite les femmes et les enfants de ceux qu'il avait défaits. — Les nations voisines dès qu’elles furent assurées du départ de Judas, profitèrent de ce moment de répit, pour courir sus aux Juifs habitants du pays de Galaad. Ceux-ci réussirent à fuir et à se réfugier dans la forteresse de Dathema *, d’où ils envoyèrent en toute hâte prévenir Judas de ce qui venait de se passer, et de l'intention manifeste de Timothée d'enlever de vive force l'asile qu’ils avaient choisi. À peine cette nouvelle était-elle reçue, que parurent d’autres envoyés accourus de la Galilée, et annonçant à Judas que les habitants de Ptolemaiïs, les Tyriens et les Sidoniens, tous gens étrangers à la Galilée, venaient de faire invasion dans leur pays*.

4. Machab. 5 dit cap. 5. Gazer, c'est certainement Machærous, ainsi que l’a démontré M. Auguste Parent, C’est aujourd'hui M'kaour.

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