‹ Histoire des Machabées ou princes de la dynastio AsmonéenneChapitre 70 sur 110 · C'est-à-dire à Djifnah. B. J. I. I · texte numérisé non relu

C'est-à-dire à Djifnah. B. J. I. I

LA DYNASTIE ASMONÉENNE. 187

Peu après qu'eurent eu lieu les combats partiels dans lesquels furent dispersées les troupes de Timothée, de Chéreas et d’Apollophanès, « Lysias, procurateur et parent du jeune Roi, » irrité des échecs subis par les armes de son maître, rassembla » une armée de 80,000 hommes, avec toute la cavalerie dispo- » nible, et marcha contre les Juifs. Il espérait s'emparer facile- » ment de Jérusalem, que n’habiteraient plus que les Grecs, et » trouver dans le temple une source de revenus, en le soumet- » tant au régime de tous les sanctuaires du royaume, et en » mettant chaque année le sacerdoce aux enchères. Pour obte- » nir ces beaux résultats, 1l comptait sur sa puissance armée et » sur ses 80 éléphants ‘.

» Il pénétra sur le territoire juif, par Bethsoura, quæ erat in » anqusto loco, ab Jerosolimé intervallo quinquestadiorum; 1llud » præsidium expugnabat. »

Il est manifeste que les faits sont ici outrageusement altérés.

Bethsoura, le Bordj-Sour d'aujourd'hui, est sur une hauteur considérable ; et l’auteur confond évidemment ici Bethsoura, avec Beth-Zacharia. Les cinq stades de distance de Bethsoura à Jérusalem, fixés par ce texte, ne représentent pas.un kilomètre ; et Bordj-Sour est à quatre ou cinq lieues de Jérusalem. Tout cela nous prouve que cette version du 11° livre des Machabées n’a en réalité aucune valeur historique. Néanmoins reprenons ce livre et poursuivons :

« Dès que Machabée et les siens connurent la prise de leur » forteresse, ils implorèrent Dieu,en pleurant, et le supplièrent » de leur envoyer un de ses anges pour sauver Israël. »

On le voit, ici la légende recommence à se faire jour.

« Judas Machabée exhorta ses soldats à le suivre au combat, » et lorsqu'ils se mirent en marche, en quittant Jérusalem, on » ‘vit distinctement à leur tête un cavalier vêtu de blanc, couvert

1. Nous avons vu que le 1er livre des Machabées ne compte que 32 éléphants.

d'armes d’or et brandissant sa lance. C'était clairement l’ange attendu ! A cette vue tous rendirent grâce à Dieu et reprirent courage, tous se sentirent dès lors capables d'attaquer, non seulement des hommes, mais encore les animaux les plus féroces, et detraverser des murailles de fer. Pleins d'enthousiasme et de confiance, ils se ruèrent sur l’armée ennemie à laquelle ils tuèrent 11,000 fantassins et 600 cavaliers. Tous les survivants prirent la fuite, et beaucoup d’entre eux étaient grièvement blessés. Lysias lui-même s’enfuit honteusement, et 1l comprit, à partir de ce moment, que les Juifs étaient invincibles, puisqu'ils avaient pour eux la protection du Tout-Puissant. Il leur envoya dire qu'il était désormais prêt à leur accorder tout ce qui lui semblerait juste, et qu'il ferait tous ses efforts pour leur concilier l’amitié du Roi. Judas Machabée s’empressa d'accepter ces offres inespérées et tout ce qu'il demanda à Lysias fut immédiatement accordé par Antiochus. Voici la teneur de la réponse de Lysias :

« Lysias au peuple Juif, salut ! Vos envoyés, Jean et Absalon, nous ont remis votre dépêche, nous priant de faire tout ce

» que vous nous demandiez. Tout ce qui pouvait être soumis

au Roi, l’a été par moi,etila gracieusement consenti à tout ce qui était admissible. — Si vous continuez à négocier avec bonne foi, je ne négligerai rien pour vous faire obtenir les avantages que vous désirez. Du reste j'ai chargé vos envoyés de vous transmettre de vive voix le résultat de notre entrevue. Portez-vous bien ! Le 2% du mois de Dioscorus, de

» l’an 148 (165 aV. J.-C.). »

Si cette date est juste, ce qu’il y a tout lieu de croire, ces

négociations ont suivi la première défaite de Lysias, rapportée

au 1° livre des Machabées (IV, v. 28 et suiv.), et qui précéda

la purification du temple. Or en ce moment Antiochus IV Épi-

phane était encore vivant. On le voit tous les faits sont brouillés

dans le 2° livre des Machabées, et il est plus que difficile de les

concilier avec les récits parallèles du 1° livre et de Josèphe. Il

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suffit de lire les chapitres III et IV de la 2° partie des Prolégomènes de Frœlich, à ses Annales des rois de Syrie, pour n’avoir

pas la moindre envie d'essayer de débrouiller un pareil chaos.

. Le .

Nous nous bornerons donc à analyser les livres canoniques des Machabées, sans tenter, pour les faire concorder, des efforts qui demeureraient sûrement stériles.

Mais poursuivons. La lettre du Roi à Lysias était ainsi con-

çue : « Le roi Antiochus à Lysias son frère, salut! Maintenant

que notre père est allé prendre rang parmi les dieux, nous voulons que nos sujets jouissent de la tranquillité, et puissent s'occuper sans appréhension de leurs affaires. Nous avons appris que les Juifs n'avaient pas voulu adopter la religion des Grecs, ainsi que le désirait mon père, mais que, fidèles aux institutions de leurs aïeux, ils réclamaient de nous l’usage des droits qu'il était légitime de leur reconnaître. Voulant donc que cette nation fût tranquille aussi, nous avons décidé que le temple leur serait rendu, pour qu'ils y pussent célébrer en toute liberté le culte de leurs pères. Tu feras donc bien, si tu leur envoies des députés et si tu leur tends la main, afin que, sûrs de notre bienveillance royale, ils soient contents et s'occupent sans plus de crainte de leurs intérêts. »

De leur côté, les Juifs reçurent le rescrit royal suivant : « Le roi Antiochus au Sénat des Juifs et à toute la nation juive, salut! Si vous êtes bien, vous êtes comme nous voulons que vous soyez; nous-même, nous sommes bien. Ménélas s’est présenté devant nous, disant que vous vouliez venir trouver ceux de vos frères qui sont parmi nous. À tous ceux qui vivent avec nous, jusqu’au 30 du mois de Xanthicus, nous accordons sécurité entière. Qu'ils usent des mets juifs et de leurs lois, comme ils le faisaient autrefois, et que pas un d'eux ne

.soit inquiété pour des faits que l’ignorance seule a causés.

Nous vous avons envoyé Ménélas pour vous faire connaître notre volonté. Portez-vous bien! L’an 148, le 15 du mois de

Xanthicus. »

La lettre de Lysias était du 24 Dioscorus 148 (Dioscorus est le premier mois de l’année macédonienne (octobre 165 av. J.-C.). La lettre d’Antiochus V est du 15 Xanthicus de la même année macédonienne (mars 164 av. J.-C.).

De leur côté, les représentants de l’autorité romaine en Syrie, écrivirent au peuple juif. Voici la teneur de leur lettre :

« Quintus Memmius et Titus Manilius, ambassadeurs des » Romains, au peuple juif, salut! Les concessions qui vous ont » été faites par Lysias, parent du Roi, nous les ratifions. Quant » à ce qui concerne les points sur lesquels il a dit au Roi qu’un » rapport devait lui être fait, envoyez promptement un délégué, » muni de pleins pouvoirs, après vous être concertés entre » vous, afin que nous puissions discerner ce qui est dans votre » intérêt. Nous sommes à Antioche; hâtez-vous donc de nous » écrire, pour nous faire connaître votre volonté. Portez-vous » bien! L’an 148, le 15 du mois de Xanthicus. »

La dépèche des envoyés romains est, on le voit, datée du même jour que celle du roi Antiochus.

Maintenant revenons à Josèphe, qui vivait à une époque assez rapprochée des événements, pour que ses récits méritent une sérieuse attention. |

Aussitôt après la bataille dans laquelle périt Éléazar, frère de Machabée, au défilé de Beth-Zacharia, Judas battit en retraite sur Jérusalem, et courut se préparer à défendre les murailles de la ville sainte. Antiochus, de son côté, envoya une partie de son armée à Beth-Soura; la garnison, intimidée par le nombre des assiégeants, et d’ailleurs privée de vivres qu'il n'était plus possible de faire arriver dans la place, capitula, et se rendit, sur la promesse formelle qu’elle aurait la vie sauve. Une fois maître de la ville, Antiochus se contenta d’en faire expulser les habitants nus et dépouillés de tous leurs biens, et il y établit une forte garnison.

Cependant le siège du Hiéron de Jérusalem était commencé et poussé avec vigueur. Ceux qui s’y étaient enfermés faisaient

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la plus belle résistance, et opposaient sans cesse de nombreux moyens de défense aux moyens d'attaque imaginés par les ingénieurs d’Antiochus. Ce siège durait déjà depuis longtemps, lorsque les vivres commencèrent à faire défaut. Toutes les provisions accumulées dans le Hiéron, une fois consommées, il était pour ainsi dire impossible de les renouveler, parce que cette année-là était précisément une année sabbatique, c’est-àdire pendant laquelle, suivant la loi juive, la terre se repose et n’a pas été ensemencée. Beaucoup des défenseurs du Hiéron s’enfuirent donc pour ne pas mourir de faim, et il n’y resta plus qu'une poignée de combattants *.

Mais un fait imprévu vint les sauver. Le roi Antiochus et Lysias apprirent inopinément que Philippe, auquel Antiochus Épiphane avait un moment confié le gouvernement de ses États, pendant la minorité de son fils, arrivait de la Perse et revendiquait hautement la régence. Le Roi et son ministre n’eurent plus dès lors qu’une pensée, lever le siège et marcher incontinent à la rencontre de Philippe, mais en cachant à l’armée et à ses chefs les motifs de cette détermination subite. Du reste, le roi ordonna à Lysias de réunir les chefs de son armée, de ne point leur parler de Philippe, mais de leur faire comprendre, par d’adroites insinuations, que la place qu'ils assiégeaient était d’une force extrême, que le siège traïnerait inévitablement en longueurs interminables; que les convois de vivres arrivaient mal; qu'il y avait de grosses affaires d'État à régler, et qu’en considération de tout cela, le mieux serait de traiter

4. À. J. XII. IX. 5. — I. Machab. VI, v. 48 à 54. Continuons à signaler les petites différences qui existent entre les deux récits parallèles. Suivant l'écrivain sacré Antiochus vint camper devant le mont Sion. Il fit la paix avec la garnison juive de Bethsura qui se retira vaincue par la famine, à cause de l’année sabbatique ; une garnison grecque fut immédiatement installée dans la place. Le siège du temple fut commencé et toutes les machines de guerre furent employées. Les assiégés se construisirent aussi des machines pour répondre à celles des assiégeants, et bien des jours se passèrent ainsi à combattre. Mais ia famine se fit aussi sentir dans le temple, dont les défenseurs s’enfuirent pour la plupart, de sorte qu'il n’y resta plus qu’un petit nombre de combattants.

avec les assiégés et de se faire des amis de toute leur nation, en leur permettant de vivre sous l'empire de leurs lois, qu’il n’était pas possible de leur enlever, sans s’exposer à une guerre sans, fin : en résumé, de rentrer en Syrie. Lysias s’acquitta si bien de sa mission, que l’armée entière et ses généraux applaudirent à ces résolutions nouvelles ‘.

Le Roi alors envoya des parlementaires à Judas et à ses fidèles soldats, pour leur offrir, avec la paix, la liberté de vivre sous l'empire exclusif des lois de leurs pères. Les Juifs accueil- lirent avec joie ces offres inespérées, et aussitôt que les sermèénts eurent été échangés, ils évacuèrent le Hiéron *.

Dès que, par suite de cette capitulation honorable, Antiochus eut mis le pied dans le Hiéron, la vue de cette admirable forteresse lui fit oublier le serment qu’il venait de prêter, et ce Roi parjure ordonna à ses soldats de démanteler l'enceinte dont une perfidie venait de le rendre maître. Lorsque cet ordre indigne fut exécuté, il retourna à Antioche, emmenant de force avec lui le pontife Onias qui n’était connu des Grecs que sous le nom de Ménélas. Voici pourquoi : Lysias avait donné au Roi le conseil de se débarrasser de ce misérable, s’il tenait à ce que les Juifs restassent tranquilles. Il ne devait concevoir aucun remords en commettant ce meurtre, puisque Ménélas avait été la cause de tous les malheurs arrivés en Judée, lorsqu'il avait poussé le Roi son père à forcer les Juifs à abjurer leur religion. Le Roi envoya donc Ménélas à Berœa et le fit mettre à mort. Ce prêtre indigne avait exercé le souverain pontificat pendant dix ans. C'était un homme méchant et impie, qui, par arhbition personnelle, avait

4. Dans la Guerre judaïque ([. 1. 5.) nous lisons qu'après la bataille de Beth- Zacharia, Antiochus Eupator marcha sur Jérusalem, et qu'après y être resté quelques jours, il dut se retirer faute de vivres ; il y laissa le nombre de troupes suffisant pour continuer les opérations, et alla avec le reste de son armée hiverner en Syrie (A. J. XII. IX. 6. — I. Machab. VI, v. 55 à 61). L'écrivain sacré dit nettement que Lysias seul conçut ce projet et convainquit le Roi, tout comme les autres chefs de l’armée.

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