‹ Histoire des Machabées ou princes de la dynastio AsmonéenneChapitre 79 sur 110 · II. Machab, XIII, v. 9 à · texte numérisé non relu

II. Machab, XIII, v. 9 à

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place des échecs cruels et de grandes pertes. Judas envoyait à la garnison juive de Beth-Soura tous les vivres dont elle avait besoin. Un certain Rhodocus en avertit l'ennemi; mais il fut découvert, arrêté et emprisonné. Alors Antiochus Eupator entama des pourparlers avec les défenseurs de Beth-Soura; une capitulation eut lieu, et l’armée syrienne s’éloigna. Elle rencontra ensuite Judas Machabée et fut vainceue ; c’est alors que la nouvelle de la rébellion de Philippe parvint à Eupator. Il en fut consterné et se décida à offrir la paix aux Juifs, en s’engageant par serment à leur accorder toutes les concessions qui seraient justes. Ainsi réconcilié avec la nation, Antiochus Eupator vint à Jérusalem, offrir un sacrifice dans le temple, auquel il fit de somptueuses offrandes. [1 donna l’accolade à Judas Machabée, auquel il conféra la souveraineté sur tout le pays compris entre Ptolémaiïs et les Gerréniens .

Lorsqu'il fut rentré à Plolémaiïs, la population de cette ville apprit avec le plus grand déplaisir la teneur du traité qui venait d’être conclu entre Antiochus et Judas. Lysias dut convoquer le peuple et lui expliquer les raisons qui avaient amené cette convention pacifique. Cette séance suffit pour calmer les esprits, et le Roi retourna à Antioche *?.

Revenons maintenant à l'historien Josèphe.

En l’an 162 av. J.-C., le fils de Séleucus, Demétrius I° qui, avec la couronne, prit le surnom Ge Soter, et qui était retenu comme Ôtage à Rome, réussit à s’esquiver de nuit, et trouva à l'embouchure du Tibre un navire que ses amis lui avaient préparé. Il s’embarqua en toute hâte et fit voile pour la Syrie. On était alors au commencement du printemps; comme il avait de longue main préparé son évasion, il avait fait prendre les devants à son ami Diodore, pour sonder les esprits et préparer le succès de son entreprise. Il vint prendre terre à Tripoli, ceignit immédiatement le diadème, et aidé d’une poignée de merce-

4. Usque ad Gerrenos ; qu'est-ce encore que ces Gerrent? 2, II. Machab. XIII, v. 19 à 26.

naires, il alla s'installer au palais du Roi, aux acclamations joyeuses des populations qui n’hésitèrent pas à le reconnaître pour leur Roi. Bientôt ses adhérents se saisirent d’Antiochus Eupator et de Lysias qu'ils lui amenèrent vivants. Démétrius donna sur l'heure l’ordre de les mettre à mort. Aïnsi périt Antiochus V après un règne de deux ans. Beaucoup de Juifs transfuges et apostats se présentèrent aussitôt devant le nouveau souverain, pour lui exposer leurs griefs. A leur tête se trouvait le grand prêtre Alcimus qui accusa hautement la nation juive tout ‘entière, mais spécialement Judas et ses frères, d'avoir fait périr tous les amis du Roi, d’avoir ruiné et décimé tous ceux qui souhaitaient et attendaient sa venue, de les avoir depouillés euxmêmes et repoussés sur la terre étrangère. Il termina en suppliant le Roi de déléguer à quelqu'un de ses amis les plus sûrs, le soin de parcourir la Judée et de le mettre au courant de tous les méfaits de Judas!.

Démétrius violemment irrité par les prétendues révélations désintéressées d’Alcimus, fit choix de Bacchides, ami du roi Antiochus Épiphane (cet homme passait pour être d'une probité

4. À. J, XII. X.I. — I. Machab. VI, v. 1 à 7. La date de l'évasion de Démérius Soter est ici donnée. C'est l’an 151 de l'ère des Séleucides. — II. Machab. XIX, v. 1 à 11. Ce chapitre commence ainsi : Sed post triennii tempus cognovit Judas, et qui cum eo erant, Demetrium Seleuci cum multitudine validà et navibus per portum Tripolis ascendisse ad loca opportuna.

Il est dit ensuite qu'Alcimus, grand prêtre repoussé de l'autel, vint trouver Démétrius et lui fit don d’une couronne d'or, d'une palme et de rameaux d'olivier également d'or, qu’il avait probablement volés au temple, sans rien demander au Roi le premier jour. Quelque temps après, il fut mandé par Démétrius, qui voulait le consulter sur l’état des esprits en Judée. Alcimus saisissant l’occasion, s’empressa d’accuser les Assidéens, secte juive dont Judas était le chef, d'éterniser la guerre, et de fomenter des rébellions perpétuelles, pour que le pays ne pût jamais jouir de la tranquillité. Il eut l'audace d'ajouter : « Moi-même j'ai été dépouillé de la gloire » de mes aïeux, je veux dire du souverain pontificat (et cet Alcimus n'était en au- » cune façon issu de famille pontificale !) et je suis venu ici, d’abord par dé- » vouement pour mon souverain, et ensuite par affection pour mes compatriotes » qui souffrent des actes de ces misérables. Tant que Judas vivra, il n'y aura pas » de paix à espérer. » Naturellement ces perfides paroles enflammèrent la colère du roi Démétrius. Nous devons faire remarquer que l'expression post triennii tempus, dont se sert en débutant l’auteur du IL livre des Machabées, est forcément vicieuse, puisque Antiochus Eupator n’a régné que deux ans.

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extrême, et il était gouverneur de la Mésopotamie), afin de connaître par lui le véritable état des choses. Il mit des troupes sous ses ordres, lui recommanda le grand prêtre Alcimus, et lui donna pour mission spéciale de le débarrasser par le fer de Judas et de tousses affidés. Bacchides, dès qu’il eut mis le pied sur le territoire des Juifs, dépêcha auprès de Judas et de ses frères, des envoyés chargés de lui proposer un traité de paix et d'amitié. Son but était uniquement de tendre un piège au brillant chef des Juifs. Mais Judas se méfia de ces ouvertures si inattendues ; Bacchides, en effet, arrivait à la tête d’une armée avec laquelle on compte faire la guerre et non la paix. Quelquesuns cependant, ajoutant foi aux belles paroles de la proclamation que Bacchides avait fait circuler partout, et persuadés d’ailleurs qu'ils n'avaient rien à craindre de la part d’Alcimus, leur compatriote, allèrent trouver Bacchides et le grand prêtre, reçurent de tous les deux le serment de rester pleins de bienveillance pour eux et pour tous ceux qui partageraient leurs sentiments, et ils se fièrent dès lors entièrement à eux. Bacchides, l’homme probe par excellence, n’était qu'un tigre déguisé; en dépit du serment qu’il venait de prêter si gracieusement, il fit égorger soixante des Juifs qui s'étaient jetés entre ses griffes, et l’on pense bien que cet exemple dégoûta les autres Juifs qui auraient été tentés d’imiter la démarche des premiers. Après cet acte abominable, Bacchides quitta Jérusalem, et s’approcha d’une bourgade nommé Bethzetho!.

Il y fit entrer une partie de ses troupes qui se saisirent de beaucoup de gens qui s’y étaient réfugiés, et d’un certain nombre des habitants ; tous furentégorgés sans délai, et l’ordre fut donné à tous ceux qui résidaient dans la contrée, d’obéir à Alcimus, auquel il laissa un corps de soldats assez considérable pour lui assurer la libre possession de la province à la tête de laquelle il

1. Bethzetho ; dans le passage parallèle du Ier livre des Machabées, ce. VIT, au verset 19, le même lieu est nommé Bethzecha. Quelle est la véritable forme de ce nom ? nous l’ignorons.

venait de le placer. Cela fait, Bacchides retourna à Antioche, auprès de Demétrius *.

Alcimus, nous l'avons dit, n’avait qu’une pensée, assurer sur sa tête la souveraineté. Comprenant qu’il lui était plus facile d'arriver à son but, en captant la bienveillance de la nation juive, il se mit à ne plus parler aux gens qu'avec les formes les plus douces et les plus caressantes, et à chercher tous les moyens de plaire aux grands comme aux petits ; de cette façon il réussit à se procurer en peu de temps une véritable armée ; mais à la vérité la majorité de ses soldats était un ramassis d’impies et de transfuges, à l’aide desquels il parvint à dominer et à se débarrasser de tous ceux qui étaient ouvertement les partisans de Judas Machabée. Celui-ci de son côté agit largement de représailles ; il se mit à parcourir la Judée dans tous les sens, et fit mettre à mort sans miséricorde les partisans les plus zélés d’AIcimus. C'était donc la guerre civile avec toutes ses horreurs. Le grand prêtre ne tarda pas à comprendre qu’il lui serait toujours impossible de tenir tête à Judas qui disposait de forces bien autrement redoutables que les siennes, et dès lors, il n’hésita plus à recourir à la protection de Démétrius. Il partit donc pour Antioche, et ne négligea rien pour irriter le Roi contre Judas: il accusa celui-ci des plus grands méfaits déjà commis contre son souverain, et affirma que d’autres méfaits bien plus criminels encore ne tarderaient pas à suivre, si une puissante armée n'était pas lancée contre les Juifs rebelles, et si leur chef ne recevait pas, dans le plus bref délai, le juste châtiment de ses crimes *.

4. A. J. XII. X. 2. — I, Machab. VII, v. 8 à 20. Il est dit ici que les personnages qui vinrent étourdiment se livrer à Bacchides et à Alcimus étaient une assemblée de docteurs, congregatio scribarum, et des chefs des Assidéens. Bacchides, en quittant Jérusalem, vint camper à Bethzecha. Il s’y saisit de beaucoup de ceux qui s'étaient réfugiés auprès de lui, et de quelques uns des habitants qu'il fit égorger; leurs cadavres furent jetés dans un puits. — 11. Machab. XIX, v. 12 à 14 ; ici le nom de Bacchides disparaît pour faire place à celui de Nicanor, officier chargé des éléphants. Disons une fois de plus que le Ile livre des Machabées a toujours l’apparence d’une légende populaire.

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