‹ Histoire des Machabées ou princes de la dynastio AsmonéenneChapitre 87 sur 110 · D XIII III · texte numérisé non relu

D XIII III

236 vie. LES MACHABÉES.

songea à contracter une étroite alliance avec Ptolémée Philométor, son puissant voisin. Il lui demanda donc la main de sa fille, en appuyant ses prétentions à ce mariage, sur ce qu'ayant recouvré l'empire de ses pères, il n’était pas indigne d'entrer dans la famille du Roi d'Égypte. C'était, disait-il, à la providence divine qu’il devait d'avoir supplanté Démétrius, et fort de cette protection, il prenait pour l’avenir l'engagement de se montrer digne de l’union à laquelle il aspirait. Ptolémée s’empressa d'accueillir la demande d'Alexandre, et lui répondit que l'ayant vu, avec la joie la plus sincère, recouvrer la couronne de ses aïeux, il lui accordait avec bonheur la main de sa fille ; il lui demandait donc de venir au-devant de lui, à Ptolémaïs, où il lui amènerait sa fiancée, et où l’on célébrerait les fêtes de leur mariage. Ptolémée tint en effet parole, et courut en toute hâte à Ptolémaïs, avec la princesse Cléopâtre, sa fille. Alexandre de son côté, à la réception de la lettre de Ptolémée, s'était rendu à Ptolémaïs, où son futur beau-père le trouva déjà installé. Le mariage projeté fut immédiatement célébré, et la jeune reine de Syrie reçut de son père une dot vraiment royale !. | Pendant que tout était en fête à Ptolémaïs, Alexandre écrivait au grand prêtre Jonathas pour l’engager à venir prendre part à la solennité. Jonathas s’empressa d’accueillir cette invitation de son suzerain; il accourut à Ptolémaïs, combla les deux Rois de présents splendides, et fut traité par tous les deux avec la plus éclatante distinction. Alexandre le força de se dépouiller de ses vêtements habituels, et de revêtir la robe de pourpre, insigne de la puissance suprême. Il le fit asseoir à côté delui sur son trône, et ordonna aux plus hauts personnages de sa cour, de lui faire

4. À. J, XIII. IV.I.—T. Machab. X, v. 52 à 58. Nous tirons, du récit emprunté au livre des Machabées, un renseignement important ; c’est la date de la fête nuptiale qui est l’an 162 de l'ère de Grecs, ce qui revient ainsi que l’a fait remarquer Frœælich, à un moment précédant le printemps de l’année julienne correspondante à l'an 163 de l'ère des Séleucides (150 av. J.-C.). Le texte sacré donne la teneur des lettres échangées par les rois Alexandre et Ptolémée ; toutefois il paraît fort probable que ces dépêches ne sont reproduites qu’en substance, et qu’elles ont été singulièrement écourtées, pour tenir le moins de place possible dans un récit aussi serré.

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parcourir la ville en lui servant d’escorte, eten proclamant, dans tous les carrefours, qu’il n'était permis à personne de parler irrévérencieusement de lui, ni d'élever contre lui une réclamation quelconque. Cette précaution qui semble fort étrange, au premier abord, n’était pourtant pas prise sans de vrais motifs. Il ne manquait pas à Ptolémaïs d’ennemis des Machabées, prêts à porter au pied du trône une accusation formelle contre Jonathas,

qu'ils poursuivaient de leur haine impie. Dès qu'ils comprirent,

par ce qui venait de se passer, en quel honneur le prince juif était tenu par Alexandre, ils commencèrent à craindre pour eux-mêmes, et jugèrent prudent de quitter au plus tôt La ville. Il est de fait qu'Alexandre se sentait porté vers Jonathas par une sympathie telle, qu’il n’hésita pas à déclarer qu'il le tenait pour le premier de ses amis ‘

Alexandre, parvenu au comble de la fortune, ne tarda pas à se laisser enivrer par les délices de la toute-puissance. Bientôt il dédaigna de s’occuper des affaires de l’État, dont il laissa tous les soucis à son favori Ammonius. Celui-ci commença par faire mettre à mort Laodicé, propre sœur du Roi, et Antigone, fils encore en bas âge de Démétrius Soter. C'était une manière de délivrer son maître d’embarras possibles dans l'avenir; mais il songea prudemment à lui-même, et tous les amis du Roi l’un après l’autre, disparurent de la scène du monde. Ammonius était un ambitieux sans pitié, à qui l'assassinat paraissait le moyen le plus sûr et le plus prompt de gouverner les hommes. Il oubliait que c'était aussi le moyen le plus sûr et le plus prompt de perdre son maître et lui-même.

En l’an 165 de l’ère des Séleucides A8 av. J.-C.), Démétrius,

4, À, J, XIIT. IV.2. — I. Machab. X, v. 59 à 95. Le verset 61 nous donne l'explication de la proclamation faite à propos de Jonathan. La voici : Et convenerunt adversus euin viri pestilentes ex Israël, viri iniqui, interpellantes adversus eum ; et non intendit ad eos Rex. E

C’est alors que le Roi fit prendre à Jonathas la pourpre royale, le mit sur le trône à son côté, et lui fit parcourir la ville, escorté par les grands de sa cour, et revêtu des in signes de la souveraineté (150 av. J.-C.).

fils de Démétrius Soter, profita habilement de la désaffection générale que s'était attirée Alexandre. Le Crétois Lasthènes lui offrit une forte troupe de mercenaires, à la tête de laquelle le nouveau prétendant passa en Cilicie. La nouvelle de son débarquement apporta un réveil cruel au voluptueux Alexandre. Plein d’anxiété et de douleur, il comprit qu'il n’avait pas un instant à perdre, et s’arrachant aux plaisirs auxquels il s'était jusque-là donné tout entier, il quitta en hâte la Phénicie, pour courir à Antioche qu’il importait d'occuper avant l’arrivée de Démétrius. Il laissait à Apollonius Daos, préfet de la Cœlésyrie, tous les pouvoirs de gouverneur général. Celui-ci partit aussitôt pour Tlamnia, à la tête d’une armée considérable, et de là il envoya un défi au grand prêtre Jonathas; 1l était ainsi conçu : « C’est une » indignité que toiseul tu restes tranquille, et libre de tes actions, » en méconnaissant l'autorité du Roï, ton maître ; aussi tout le » monde me fait-il justement à moi-même un crime de l’indé- » pendance que tu affectes. Ne te fais pas d’illusion outrecui- » dante sur ta valeur personnelle ! au lieu de te maintenir lâche- » ment dans tes montagnes, situ as réellement quelque confiance » dans ta propre bravoure, et dans celle de tes soldats, prends » avec toi les meilleures de tes troupes, ose descendre dans la » plaine, pour t'y mesurer avec les miennes, et celui-làsera vrai- » mentbrave, quiremportera la victoire. Sache, pour ta gouverne, » que chaque ville de la Syrie a fourni à mon armée les plus » valeureux de ses soldats; car ce sont encore les mêmes » hommes qui ont toujours vaincu tes ancêtres. En plaine, ce » sera avec de véritables armes dignes de guerriers, et non avec » des quartiers de roc, qu’il faudra combattre, et là tu ne trou- » veras pas de refuge, où le vaincu puisse aller se cacher !. »

4. A. J. XIII IV. 3. — I. Machab, X, v. 67 à 73. Le verset 70 est très explicite et très net. Tu solus resistis nobis, écrit Appollonius à Jonathas ; ego autem factus sum in derisum et in opprobrium propterea, quia tu potestatem adversus nos exerces in montibus; puis le verset 71 n’est pas moins énergique : {nterroga et disce quis sum ego et cæteri qui auxilio mihi sunt, qui et dicunt quia non potest stare pes vester ante faciem nostram, quia bis in fugam conversi sunt partes tui (il faut évidemment lire ici patres tui ?) in terra sua.

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Cet insolent défi produisit l'effet qu’en attendait Apollonius Jonathas exaspéré prit sur-le-champ dix mille hommes d'élite, et partit de Jérusalem, accompagné de son frère Siméon. Arrivé devant Joppé, il trouva portes closes. La ville en effet était occupée par une garnison qu'y avait laissée Apollonius. Il fallut donc camper hors de la place. Le lendemain, lorsque Jonathas s’apprêtait à monter à l'assaut, les assiégés ne se séntant pas de force à résister à l'attaque, se ravisèrent et se dépéchèrent d'ouvrir leurs portes.

Apollonius dès qu’il eut reçu avis de l'occupation de Joppé par Jonathas, se porta sur Azot, à la tête de 3,000 cavaliers et de 8,000 fantassins. Marchant tranquillement et au pas de route ordinaire, 1l alla ainsi se montrer devant Joppé; puis feignant un mouvement de retraite, 1l entraîna Jonathas dans la plaine, où il ne doutait pas que sa cavalerie ne fit merveille, et ne lui assurât la victoire. Jonathas poursuivit, jusqu’à Azot, l’armée d’Apollonius. Celui-ci dès qu'il eut attiré l'ennemi suffisamment en plaine, fit face en arrière, et engagea immédiatement le combat. Mille hommes de cavalerie avaient été placés en embuscade, dans le lit d’un torrent, et devaient, au moment opportun, prendre les Juifs à revers. Jonathas averti à temps de ce suprême danger, ne perdit pas son sang-froid ; il forma son armée en carré, de sorte que de tous les cotés elle faisait face à l'ennemi. Le combat se prolongea jusqu’au soir. Pendant l’action, Jonathas donna à son frère Siméon le commandement d’une partie de l’armée, avec ordre de charger la phalange des Syriens; de son côté, il commanda à tous ses soldats de se couvrir de leurs boucliers, et de se contenter de parer les traits que leur lanceraient les cavaliers ennemis. Cet ordre fut exécuté à la lettre. La cavalerie d’Apollonius épuisa ses munitions, sans blesser un seul homme, car les boucliers des Juifs, serrés les uns contre les autres, formaient comme une muraille que les javelots venaient frapper, sans autre effet que de s’amortir pour tomber inutilement à terre. Depuis le matin jusqu'au soir, cette manœuvre

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continua, en causant une lassitude extrême aux Syriens. Dès que Siméon s’aperçut que ses adversaires étaient à moitié domptés par la fatigue, il fit sonner la charge, et fondit sur la phalange qui fut bientôt ébranlée, enfoncée et mise en déroute. La cavalerie, dès qu’elle vit l’infanterie tourner le dos, jugea prudent de cesser le combat. Harassée, exténuée et privée désormais de l'appui sur lequel elle avait compté jusque-là, elle rompit ses rangs, et chacun s’enfuit au hasard. On vit bientôt les fuyards couvrir la plaine dans toutes les directions. Jonathas poursuivit les vaincus jusqu’à Azot, en leur tuant beaucoup de monde. Arrivés là, ils cherchèrent un refuge dans le hiéron de Dagon, où ils s'enfermèrent, Jonathas enleva la ville du premier coup et la livra aux flammes, ainsi que les bourgades voisines: Le temple de Dagon ne fut pas plus épargné ; il fut incendié et tous ceux qui s’y étaient réfugiés, périrent avec lui. En tout, sur le champ de bataille et dans l'incendie du temple, Apollonius avait perdu 8,000 hommes. Après cette merveilleuse victoire, Jonathas se rendit d’Azot à Ascalon, où il campa hors des murailles de la ville. Les Ascalonites s’empressèrent d'aller audevant de lui, pour lui offrir tout ce dont il avait besoin, et leurs félicitations. Jonathas leur rendit grâces de leur bienveillance, et se remit en route pour Jérusalem, où il rentra gorgé de butin. | Alexandre, lorsqu'il apprit la défaite d’Appollonius, feignit d'en être enchanté, parce que celui-ci avait osé outrepasser ses ordres et attaquer Jonathas, son ami et son allié ; il s’'empressa d'envoyer au prince juif, en témoignage de sa satisfaction, et de son admiration pour sa brillante conduite, un collier d’or semblable à ceux dont on gratifiait les plus proches parents des Rois. À ce présent, il ajoutait en toute propriété la possession d’Accaron et de sa toparchie !.

1. À. J. XIII. IV. 4. — Accaron est placé, par saint Jérôme, entre Azot et lamuia vers lorient, c’est aujourd'hui Akir, à un peu moins de deux lieues, au sud-sud-ouest de Ramleh. —T. Machab. X, v. 74 à 89. Le verset 83 est ainsi conçu : Et qui dipersi

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Était-ce là une comédie jouée par Alexandre Bala ? nous n’en avons jamais douté. Quoi qu’il en soit, ce fait se place en l’an L48 av. J.-C.

Nous allons maintenant rencontrer un exemple significatif de la duplicité qui caractérisait les monarques grecs de cette époque.

On se rappelle que le roi d'Égypte, Ptolémée Philométor, était devenu le beau-père d'Alexandre. Dès qu'il sut que son malheureux gendre était en péril, il conçut l’idée de confisquer ses États à son profit. Le prétexte était tout trouvé ; ne fallait-il pas courir au secours de son gendre? Il quitta donc l'Égypte, à la tête de forces imposantes de terre et de mer. Alexandre qui ne se méfiait de rien, avait donné partout l’ordre d’accueillir avec empressement l’armée égyptienne, et toutes les villes obéirent sans difficulté. Ptolémée parvint ainsi presque en triomphateur jusqu’à Azot, où il fut assourdi par les clameurs des habitants, se plaignant à lui de la ruine de leur temple de Dagon. Jonathas était un monstre qui avait renversé de fond en comble ce sanctuaire vénéré ! Il avait ravagé leur pays, par le fer et par les flammes ! il avait enfin fait prisonniers un grand nombre de leurs compatriotes ! Ptolémée prêta l'oreille à ces accusations violentes, mais n’y répondit pas un mot. Presque aussitôt Jonathas accourait au-devant de lui et le rejoignait à Joppé. Il fut reçu à bras ouverts, et comblé de riches présents ; puis il ne quitta plus le camp de Ptolémée, qu’il accompagna fidèlement jusqu'aux rives du fleuve Éleuthèrus ; là il se sépara de lui et re-

tourna à Jérusalem :.

sunt per campum, fugerant in Azotum et intraverant in Beth-Dagon idolum suum, ut ibi se liberarent.

Il semble que l'écrivain sacré ait voulu distinguer une localité du nom de Beth- Dagon ; et, de fait, entre Ramleh et Jaffa, on aperçoit un mauvais village perché sur une petite éminence, et qui porte le nom de Beit-Dedjan. Serait-ce par hasard la Bèth-Dagon du livre des Machabées ? c’est fort possible. Le cadeau d'Alexandre à Jonathan est désigné ici sous le nom de fibulam auream, tandis que Josèphe se sert des mots ; 70p7ny {pvséav; or le vraisens de r0pxn est agrafe, équivalent de fibula.

4. À. J. XIII. IV.5. Le fleuve Éleuthèrus, c’est le Nahr-el-Barid de nos jours, qui coule devant les ruines d’Orthosia (Ardh-Artouz).

Josèphe ne parle pas des projets perfides de Ptolémée Philométor ; mais le l° livre des Machabées est aussi explicite que possible sur ce point: Qu'on en juge. Ef rex Æqgypti congreqavit exercitum, sicut arenam quæ est circa oram maris, et naves multas ; et quærebat obtinere regnum Alexandri dolo, et addere illud regno suo.

À mesure qu’il avançait dans le pays, le roi d'Égypte qui, sur l'ordre exprès d'Alexandre, était parfaitement accueilli dans toutes les villes appartenant à son gendre, ne les quittait qu’a-

‘près y avoir laissé une garnison égyptienne. Lorsqu'il approcha d’Azot, on lui montra les restes du temple de Dagon, détruit par le feu, ainsi qu'Azot et les autres localités ravagées par les Juifs. On lui fit voir les corps laissés en pâture aux bêtes sauvages, et les sépultures de ceux qui avaient succombé en combattant, et qu'ils avaient inhumés le long de la route. Ils lui nommèrent l’auteur de tous ces désastres, Jonathas, contre lequel ils espéraient enflammer sa colère. Mais Ptolémée resta muet ; on le voit, le récit de l'écrivain sacré est parfaitement concordant avec celui de Josèphe‘. |

Lorsqu'il fut parvenu à Ptolémaïs* contre l’attente de tous, Ptolémée faillit trouver la mort dans cette ville, grâce à un complot, dont Ammonius, l’âme damnée d'Alexandre, était le chef apparent, tandis qu’en réalité c'était Alexandre lui-même qui l'avait conçu. Dès qu'il eut découvert le danger qui l'avait menacé, Ptolémée écrivit à Alexandre pour lui dénoncer la conduite d'Ammonius et lui demander la tête de son favori. Alexandre refusa de livrer le coupable et le roi d'Égypte en conclut naturellement que c'était à son gendre lui-même qu'il avait à s’en prendre. Sa colère contre lui fut extrême. Le peuple d’Antioche avait pris Alexandre en horreur, à cause d'Ammonius ; celui-ci,

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