‹ Histoire des Machabées ou princes de la dynastio AsmonéenneChapitre 95 sur 110 · I. Machab. XV, v. 15 à · texte numérisé non relu

I. Machab. XV, v. 15 à

soustraire au péril qui le menaçait, et aecourut à Jérusalem, sur la population de laquelle il avait le droit de compter, parce qu'elle n’avait pas perdu la mémoire des bienfaits de son père, et que, d’un autre côté elle n’avait que des sentiments de haine contre Ptolémée. Jean ne s’était pas trompé; Ptolémée tenta de s’introduire dans la cité sainte; le peuple qui avait accueilli Hyrcan avec joie, repoussa avec horreur l'assassin de Siméon!.

Le récit de cet attentat infâme se retrouve avec beaucoup de détails à la fin du livre des Machabées (I. Machab. XVI, v. 11 à 22). En voici la substance:

Ptolémée, fils d’Abobus, était gouverneur militaire de la plaine de Jéricho; il était puissamment riche, et avait épousé la fille du grand prêtre. Ambitieux sans conscience, cet homme aspirait au souverain pouvoir, et, pour y parvenir, il fallait se débarrasser de Siméon et de ses fils. Un assassinat ne pouvait l'arrêter.

Siméon qui inspectait les places de la Judée, afin de pourvoir à leur bien-être, descendit à Jéricho, avec ses fils Matathias et Judas, en l’an 177, au onzième mois, qui se nomme Schabat. Le fils d’Abobus les reçut dans une petite forteresse, nommée Doch, qu'il avait fait construire (elle était probablement dans le voisinage immédiat de l'Ayn-Douk). Il leur fit servir un grand festin, après avoir fait cacher des soldats qui devaient l’aider à perpétrer son crime. Lorsque Siméon et ses fils commencèrent à ressentir les effets du vin, Ptolémée donna le signal convenu à ses sicaires qui accoururent en armes, envahirent la salle du festin, et massacrèrent Siméon, avec ses deux fils et quelquesuns de ses serviteurs. Ce fut une grande douleur et un grand deuil dans Israël.

Ptolémée écrivit immédiatement au roi de Syrie, pour lui demander l’envoi d’une armée de secours, et lui annoncer qu’il

4. À. J. XIII. VI. 4. — Be J. I. II. 3. — (135 ans av. J.-C, vers le mois de février.)

(ha

lui livrerait tout le pays, et toutes les villes, en payant les tributs qui lui étaient dus. En même temps partaient des émissaires pour Gazara, où résidait Jean. Tous les chefs de l’armée reçurent des lettres de Ptolémée qui les invitait à se réunir à lui, leur promettant force argent et force cadeaux. D’autres affidés encore étaient dépêchés à Jérusalem, pour occuper cette ville et la montagne du temple. Ils ne firent pas assez diligence pour empêcher un ami dévoué d’accourir à Gazara, pour instruire Jean Hyrcan de ce qui venait de se passer. À ces effroyables nouvelles, Jean se crut d’abord perdu. Mais bientôt après 1l retrouva toute son énergie, et il réussit à s'emparer de ceux qui arrivaient pour l’égorger ; il les fit mettre incontinent à mort.

Malheureusement pour nous là finit le livre des Machabées, dont les deux derniers versets sont ainsi concus :

23. Et cætera sermonum Johannis et bellorum ejus, et bonapum virtutum quibus fortiter gessit, et ædificus murorum quos extruzit, et rerum gestarum ejus.

24. Ecce hæc scripta sunt in libro dierum sacerdotir ejus, post patrem suum. |

Combien nous devons déplorer la perte d’un pareil écrit !

Nous n'avons plus maintenant d'autre guide que l'historien Josèphe; suivons-le donc fidèlement. |

Après son infâme tentative d’usurpation, précédée du meurtre de son beau-père et de ses deux beaux-frères, Ptolémée alla s’enfermer dans une forteresse placée au-dessus de Jéricho, et nommée Dagon*.

Hyrean ayant succédé, par droit de naissance, au pontificat de son père, commença par offrir des sacrifices au Très-Haut, et se mit aussitôt en campagne contre Ptolémée. Il vint le cerner

1. Ce doit être un nom estropié. En quittant Jéricho pour remonter à Jérusalem, on laisse à sa gauche, sur la pente de la montagne, une ruine assez étendue d'une forteresse qui porte actuellement le nom de Kharbet-Kakoun. A notre avis, c’est bien là qu'est le Dagon de Josèphe. Un copiste familiarisé d’ailleurs avec le nom de la

divinité philistine, aura trouvé tout naturel de le substituer à celui d'une localité qu’il ne connaissait pas.

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dans son repaire; mais son amour pour sa mère et pour ses frères l'empêchait de profiter de ses avantages, et de pousser vigoureusement le siège ‘.

En effet, Ptolémée avait fait amener ses prisonniers sur les murailles de Dagon, et là, choisissant le point le plus en vue, il les maltraitait, en menaçant de les précipiter du haut en bas de la forteresse, si Hyrcan ne renonçait à l’assiéger. Celui-ci, on le comprend sans peine, retenu par sa tendresse pour des êtres si chers, n’osait activer ses travaux d'approche, etse montrait hésitant. Sa mère alors, tendant vers lui des mains suppliantes, lui cria de ne pas s'arrêter à cause d’elle, mais au contraire de poursuivre son attaque avec d'autant plus d’'indignation, qu'il l’a voyait plus menacée, de tout faire, en un mot, pour forcer la place, pour se saisir de l’assassin des siens, et les venger sur ce misérable. Elle ajouta qu'il serait doux pour elle de mourir dans les tortures, si elle emportait avec elle la certitude que l’auteur de leurs maux serait châtié comme il le méritait. En entendant ces paroles de sa mère, Hyrcan recommença plus vigoureusement son attaque; mais dès qu'il vit frapper et déchirer de coups celle à qui il devait le jour, le courage lui manqua, et il n'eut pas la force de continuer. De cette façon, le siège se prolongea, si bien que l’année sabbatique commença. Pendant cette année, qui revient tous les sept ans, les Juifs sont obligés de renoncer à tout travail quel qu’il soit, et ils observent cette prescription avec autant de rigueur que celle qui concerne le repos du septième jour, ou jour du sabbat. Ptolémée délivré par cette cause de la guerre qui le menaçait, en profita pour faire mettre à mort la mère et les frères de Hyrcan. Lorsqu'il eut accompli ces nouveaux forfaits, il courut se réfugier auprès de Zénon, surnommé Cotylas, tyran de la ville de Philadelphie *.

4. B. J. I. II. 3. Nous avons vu, dans le livre des Machabées, que les deux frères de Hyrcan avaient été égorgés au même moment que leur père ; nous nous en tenons donc au récit de l'écrivain sacré, et nous pensons que Josèphe a voulu dramatiser sa

narration.

2, À.J. XII. VIII. 4. —B. J. I. II. 4. Philadelphie c’est Rabbat-Ammon, l'Am-

La mention de l’année sabbatique nous fournit la date exacte de cet événement. C’est, en effet, entre l’automne de l’an 136 av. J.-C., et l’automne de l’année 135, que se place l’année sabbatique des Juifs.

Disons en passant que puisque Ptolémée manda sur-le-champ au roi Antiochus, le succès de son attentat contre Siméon, il est bien probable que ce Roi, qui avait à cœur de s'emparer de la Judée, avait trempé dans l’abominable complot dont Siméon fut victime.

Antiochus avait trop à cœur de se venger de tout le mal que lui avait fait Siméon, pour ne pas saisir l’occasion qui se présentait à lui. En l’an IV de son règne, première année du principat de Hyrean, dans la 162° olympiade (135 av. J.-C.), il envahit la Judée et, après avoir ravagé les campagnes, il refoula Hyrcan dans les murs de Jérusalem. Il investit alors la place, et disposa sept camps fortifiés sur son pourtour. Au commencement du siège, il ne remporta aucun avantage, grâce à la solidité des remparts, grâce surtout à la valeur des assiégés ; le manque d’eau ayant commencé à se faire sentir dans la place, une pluie abondante vint heureusement combattre cette calamité. Le roi de Syrie avait choisi naturellement pour point d'attaque le nord de l’enceinte, où il pouvait cheminer en terrain plat; il y fit construire cent tours à trois étages, qu'il remplit de soldats, et chaque jour il essayait d'enlever Jérusalem de vive force; il finit par creuser un double fossé large et profond, à l’aide duquel il crut avoir réussi à cerner étroitement les assiégés; ceux-ci néanmoins parvinrent à se créer plusieurs issues par lesquelles ils opéraient des sorties multipliées, et, dans ces sorties, ils faisaient subir de grandes pertes à l’ennemi. Aussitôt que leurs tentatives devenaient dangereuses, ils se repliaient, et trouvaient bientôt un abri sûr derrière leurs murailles. Hyrcan comprenant tout ce qu'avait de fatal la présence des bouches inutiles,

man de nos jours, dont j'ai visité et décrit ailleurs les ruines splendides (Voyez mon Voyage en Terre sainte, t. I).

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prit le parti de s’en débarrasser. Tous ceux qui n'étaient pas aptes à porter les armes et qui ne constituaient qu'une foule gènante, furent expulsés de la ville. Antiochus ne leur permit pas le passage, de sorte que beaucoup de ces malheureux, errant au pied des murailles, y périrent misérablement de faim. Cependant lorsque arriva la fête des Tabernacles, les défenseurs de Jérusalem se sentirent émus de compassion, et permirent aux survivants de rentrer dans la place. Hyrcan alors envoya au camp des Grecs un parlementaire chargé de demander un armistice de sept jours, pour que la solennité pûüt se célébrer tranquillement. Chose étrange! Antiochus mû par un sentiment de piété bien inattendu, accorda l’armistice réclamé et fit mieux encore ; il envoya dans la place, pour être sacrifié au Dieu des Juifs, des taureaux aux cornes dorées, et une foule de vases d'or et d'argent, remplis des aromates les plus précieux. Les victimes offertes furent acceptées par les gardes des portes, et aussitôt conduites au temple. Pendant que la fête s’accomplissait dans la ville assiégée, Antiochus réunissait son armée dans un immense banquet, bien différent en cela d’Antiochus Épiphane, qui une fois maître de la ville, immolait des porcs sur l'autel, et inondait les parvis sacrés du sang de ces animaux immondes, violant ainsi de la manière la plus outrageante les lois et la piété de la nation. Ces procédés n’avaient pas manqué d’exaspérer le peuple, de telle sorte que jamais Épiphane ne trouva grâce aux yeux des Juifs. Au contraire, le Roi qui venait de donner cette preuve si éclatante et si inespérée de piété, reçut immédiatement de la population entière le surnom d’Eusébès, «le pieux »”.

Hyrcan touché de cette magnanimité de son adversaire, n’hésita pas à lui envoyer des ambassadeurs chargés d'obtenir de lui, pour la nation juive, la liberté de vivre sous les lois et les institutions de ses pères. À l’arrivée de ces envoyés, on ne manqua pas de conseiller à Antiochus de rejeter cette prière, et

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