‹ Histoire des Machabées ou princes de la dynastio AsmonéenneChapitre 96 sur 110 · J. XIII. VIII · texte numérisé non relu

J. XIII. VIII

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de ne déposer les armes que lorsqu'il aurait anéanti une race au contact de laquelle nulle autre ne pouvait vivre. Ces conseils furent repoussés sans hésitation par le Roi qui, persuadé que l'humanité lui réussirait mieux, répondit aux envoyés juifs : Déposez les armes, payez-moi le tribut pour Joppé et les autres villes placées en dehors de la Judée, et dans lesquelles je mettrai des garnisons; à ces conditions, je renonce à la guerre. Toutes furent acceptées avec empressement, à l'exception de celle qui concernait les garnisons, qu'ils ne pouvaient accepter, parce qu'il ne leur était pas permis d’avoir commerce avec des étrangers. Un compromis sauva cette difficulté; au lieu d'admettre des garnisons grecques dans les places, il fut convenu que les Juifs livreraient des otages, et qu’ils payeraient cinq cents talents d'argent. Trois cents talents furent payés immédiatement. Les otages exigés et choisis par Antiochus furent remis entre ses mains, et parmi eux se trouvait le propre frère d'Hyrcan. Les créneaux des murailles de la ville furent jetés bas, et cela fait Antiochus se retira avec son armée‘.

Hyrean fit alors ouvrir le sépulcre de David qui avait été le plus riche des Rois, et il en tira 3,000 talents d'argent. Avec ces ressources, 1l fut le premier des princes juifs à entretenir des troupes composées de mercenaires. Il conclut avec Antiochus un traité d'alliance et d'amitié, et l'ayant reçu dans Jérusalem, il le traita magnifiquement, ainsi que son armée ; comme ce prince allait entreprendre une campagne contre des Parthes, Hyrcan l’accompagna.

Josèphe ajoute ici que Nicolas de Damas rapporte la particularité suivante, relative à cette expédition. « Antiochus ayant » élevé un trophée au bord du fleuve Lycus, après avoir vaincu

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» Indatès, général de l’armée des Parthes, séjourna deux » jours en ce point, à la prière de Hyrcan, parce que le moment

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était venu d’une certaine fête nationale, pendant laquelle il

» n’était pas permis aux Juifs de faire route. »

1, À. J, XIII, VIT. 3. — B,. J. I. II, 5 (135 av. J.-C).

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En cela, dit encore Josèphe, Nicolas de Damas ne se trompait pas, car cette année la Pentecôte suivait immédiatement le jour du sabbat, et il ne nous est pas permis de voyager pendant ces jours-là.

Antiochus, dans une bataille qu’il livra à Arsace le Parthe, perdit une grande partie de son armée, et périt lui-même. Son frère Démétrius lui succéda sur le trône de Syrie; en effet il avait été remis en liberté par Arsace, au moment où Antiochus se préparait à marcher contre le pays des Parthes. Ces événements n’eurent lieu, du reste, que plusieurs années après le siège de Jérusalem".

Jean Hyrean s’empressa de profiter de ces graves événements, pour commencer une rapide campagne contre les villes de la Syrie. Il supposait avec raison qu'il les trouverait dégarnies de troupes, et qu’il viendrait facilement à bout de leur conquête. La première qu'il attaqua fut Medaba, devant laquelle 1l éprouva un véritable désapointement; car elle lui résista six mois durant, et ce ne fut qu'avec des peines infinies qu’il parvint à la réduire. 11 marcha ensuite sur Samega dont il s’empara, ainsi que de tout le pays d’alentour; Sichem et le Garizim eurent le même sort. Les Cuthéens avaient sur cette sainte montagne un temple qu'ils vénéraient, comme les Juifs vénéraient leur temple de Jérusalem. Ce temple, Alexandre le Grand avait jadis permis au Satrape Sanaballète de le construire, pour faire honneur à son gendre Manassès, frère du grand prêtre des Juifs Jaddous (Jadoua).

4. À. J. XIII. VIII. 4. — B. J. V. II. 5. Le Lycus dont il s’agit dans ce passage ne doit pas être confondu avec le Lycus qui coule près de Beyrouth, c’est-à-dire le Nahr-el-Kelb de nos jours; c’est du Lycus, rivière d’Assyrie, que Josèphe entend parler (130 av. J.-C.). J'ai fidèlement copié le récit de Josèphe qui prétend qu'’Antiochus perdit la vie dans la bataille contre Arsace ; mais je m'empresse de faire observer ici que les monuments numismatiques démentent absolument cette assertion de l’historien des Juifs. H estcertain, en effet, qu'il existe des monnaies d’Antiochus frappées dans les trois années qui suivirent sa défaite. Comme ce n’est pas l’histoire des

Séleucides que nous écrivons, il nous suffit de signaler ce fait, déjà prouvé par Frælich,

La destinée de ce temple était de ne rester debout que deux siècles : car dans la 200° année de son existence, il fut dévasté et ruiné par Hyrean *.

Hyrcan s’empara aussi de quelques villes de l’Idumée, telles que Adora et Marissa; et après avoir soumis les Iduméens, il leur permit de rester dans leur pays, à la condition qu'ils se feraient circoncire, et qu’ils adopteraient le culte des Juifs. Ceuxci, par amour pour le sol natal, consentirent à tout ce que le vainqueur exigeait d’eux, et devinrent ainsi des Juifs prosélytes ?.

Le souverain Pontife, après ses brillantes conquêtes, envoya une ambassade à Rome, pour renouveler avec le sénat le traité d'alliance qui, depuis des années, liait le peuple romain au peuple juif. L’édit qui consacra ce nouveau traité était ainsi conçu :

« Le préteur Fanuius, fils de Marcus, a convoqué le sénat en » comité, pour le huit des ides de février; étaient présents : » Lucius Manlius, fils de Lucius, de la tribu Mentina, et Caius » Sempronius, fils de Gaius, de la tribu Falerna. Le but de la » séance était l'examen des propositions apportées par Siméon, » fils de Dosithée, Apollonius, fils d'Alexandre, et Diodore, fils » de Jason, hommes honorables et probes, ambassadeurs du » peuple juif. Ils venaient demander le renouvellement du » traité d'alliance et d'amitié qui avait été jadis conclu entre » eux etles Romains, et prier le sénat de s'occuper de diverses » questions d'intérêt public, telles que celles de Joppé et de son » port, de Gazara et de ses fontaines, ainsi que de toutes les

4. À. J. XIII. IX. I, — B. J. I. II. 6. Ici nous lisons Zaualav: Qu’est-ce que Samega, dans la Guerre judaïque, Samæa? Ne faut-il pas y voir le nom altéré de Samarie ? Je le crois. Quant au temple du Garizim, dont j'ai pu étudier les beaux restes à deux reprises, il mérite, à juste titre, l'attention des archéologues. Plusieurs voyageurs se sont éverlués à le méconnaitre ; mais l’un d’eux et des plus savants, feu le duc de Luynes, avait été frappé du caractère imposant de ces restes vénérables, etje me rappelle avec reconnaissance les paroles qu'il me dit à leur sujet, au moment de son retour ; les voici textuellement : « Quant au temple du Gari- » zim, je ne m'explique pas comment on a pu avoir l’idée de vous en contester l’attri- » bution et la découverte. »

2, A.J, XIII. IX. I. — B. J. I. II. 6. Ici nous lisons Adwpeov xat Maptocav (129 ou 128 av. J,-C.).

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» autres villes et localités que le roi Antiochus leur avait enle- » vées, malgré les prohibitions du Sénat; ils en réclamaient la » restitution, avec défense formelle de la part du peuple » romain, aux troupes royales, de passer sur leurs terres, et » sur toutes celles qui leur étaient soumises. De même ils » demandaient que tout ce qui avait été décrété par Antiochus » pendant cette guerre, à l'encontre des décisions du sénat, fût » regardé comme nul et de nul effet : de plus, que des envoyés » spéciaux fussent autorisés à réclamer auprès d’'Antiochus » tout ce qu'il avait usurpé, et à estimer les dégâts que le pays » avait subis, par le fait de la guerre. Enfin ils réclamaient du » sénat des lettres de sauf-conduit adressées aux Rois et aux » peuples libres, pour qu'il pussent exister avec sécurité, et ren- » trer en paix dans leur pays. En conséquence il a été décrété » que toutes ces demandes étaient accordées, et que le traité » d'alliance et d'amitié, anciennement conclu, était renouvelé » avec ces hommes probes, ambassadeurs d’un peuple bon et » ami du peuple romain.»

Quant aux lettres de sauf-conduit, il fut répondu aux ambassadeurs, qu’il en serait délibéré plus tard, en séance générale du sénat, mais qu'ils pouvaient être assurés que toutes les précautions seraient prises, afin qu’il ne pût leur être fait nulle injure, ni infligé aucun préjudice. Le préteur Fannius fut, en outre, chargé de les gratifier dé leurs frais de retour en Judée, sur les deniers du trésor public. Cet ordre fut exécuté. Les ambassa-deurs juifs reçurent une large indemnité de route, payée par le trésor, et partirent munis d’un sénatus-consulte adressé à ceux qui étaient chargés de les guider et de les ramener en toute sécurité dans leur pays".

Le Roi Démétrius aurait été bien tenté de déclarer la guerre à Hyrcan, mais le temps et l’occasion lui manquèrent, parce qu'il avait eu la maladresse d’exciter contre lui l’animadversion de son peuple et de son armée. C'était en effet un méchant homme,

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duquel il n’y avait jamais eu rien de bon à attendre. Fatigués enfin du joug odieux qu'ils subissaient, les Syriens envoyèrent des émissaires auprès du Roi d'Égypte, Ptolémée, surnommé Physcon, pour le supplier de leur donner un autre Roi de la famille de Séleucus. Ptolémée leur envoya, à la tête d’une armée, Alexandre, surnommé Zebina. Une bataille eut lieu, et Démétrius vaincu courut chercher un refuge à Ptolémaïs, auprès de Cléopâtre, sa femme. Celle-ci ne lui permit pas de pénétrer dans la ville, et Démétrius se vit forcé de courir à Tyr, où il fut arrèté. Après avoir souffert toutes les avanies, il fut enfin mis à mort par ses ennemis. Alexandre, dès qu'il se vit libre possesseur de la couronne, conclut un traité d'alliance avec le pontife Hyrcan ; mais quelques années plus tard, Antiochus surnommé Grypus, fils de Démétrius, fit la guerre à Alexandre Zébina qui périt dans un combat‘. |

Les historiens sont dans une complète incertitude sur l’origine réelle d'Alexandre Zébina. Il n’était probablement que le fils d’un marchand nommé Protarchus ; mais on fit courir le bruit qu’il était fils, soit d’Antiochus IV, soit d'Alexandre Bala ; ce qui est certain c’est que le surnom Zébina, xxx, signifie « acheté » (du chaldéen ; 2, acheter).

Antiochus Grypus, dès qu’il fut monté sur le trône de Syrie, pensa à se jeter sur la Judée à la tête d’une armée; maisilen fut détourné par la nouvelle que son frère de mère, nommé comme lui Antiochus, et surnommé le Cizycène, parce qu'il avait été élevé à Cyzique *, se préparait à lui disputer la couronne.

Pendant plusieurs années la guerre entre les deux frères sé-

1. A. J. XIII. IX. 3. C’est en 129 av. J.-C., qu'Alexandre Zébina envahit la Syrie, à la tête des troupes égyptiennes; et c’est en 122 av.J.-C. que cet Alexandre fut mis à mort, par l’ordre d’Antiochus Grypus, si nous en croyons Justin. Dans ce cas, l’assertion de Josèphe qui prétend que ce prince mourut les armes à la main, dans un combat, n'aurait aucune valeur.

2. Antiochus le Cyzicène était fils d’Antiochus Soter, qui avait péri dans la guerre contre les Parthes ; celui-ci était frère de Démétrius, le père de Grypus; tous les deux avaient été tour à tour mari de Cléopâtre, ainsi que nous l'avons raconté plus haut.

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vit en Syrie, et tout le temps qu’elle dura, fut un temps de paix pour Hyrcan. Nous avons dit, en effet, qu’il avait abandonné la cause des princes macédoniens, et que depuis lors, ni comme vassal, ni comme ami, il ne leur avait plus prêté aucun secours. Lorsque Alexandre Zébina fut élevé au pouvoir suprême, la Judée devint florissante, et le devint plus encore, pendant que les deux frères rivaux se disputèrent la couronne. Ce repos heureux permit à la Judée d’accumuler des sommes énormes. Aussitôt qu'Antiochus le Cyzicène se mit à ravager la Syrie, Hyrean ne fit plus mystère de ses idées d'indépendance absolue ; Grypus étant abandonné par les Égyptiens, et neutralisant autant qu’il le pouvait les forces de son frère, qui le lui rendait de son mieux, le prince juif ne s’inquiétait plus ni de l’un ni de l’autre‘.

Ce fut alors qu'il entreprit une expédition contre Samarie, ville extrêmement forte et qui fut reconstruite plus tard par Hérode, sous le nom de Sébasté. Hyrcan était irrité contre les Samaritains, parce que, à l’instigation des rois de Syrie, ils avaient fait tout le mal possible aux Marisséniens, colons et alliés des Juifs. Il enserra la ville dans un fossé garni d’une double muraille, de l'étendue de 80 stades, et, cela fait, il laissa la direction du siège à ses fils Antigone et Aristobule. Cet étroit blocus amena bientôt la famine dans la place, et les Samaritains implorèrent l’assistance d’Antiochus le Cyzicène. Celui-ci croyant n'avoir affaire qu’à des ennemis méprisables, se fit battre à plate couture par Aristobule et Antigone, et prit la fuite. Il fut poursuivi par les deux frères, jusqu’à Scythopolis. L'armée de secours une fois rejetée au loin, le siège recommença de plus belle, et les Samaritains se virent bientôt forcés d’implorer de nouveau l’aide d'Antiochus. Celui-ci obtint de Ptolémée Lathyrus un contingent de 6,000 hommes, que le roi d'Égypte lui envoya contre le gré de sa mère qui l’avait à peu près dépouillé déjà de toute autorité. A la tête de ce petit corps d'armée, Antiochus fon-

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dit sur la Judée, commettant ae les plus affreuses rapines, mais se garant autant qu’il le pouvait de la nécessité d’en venir à une bataille décisive avec Hyrcan. Il espérait par ses déprédations forcer Hyrcan à abandonner le siège de Samarie, mais il avait compté sans l’habileté militaire de son adversaire. Il finit par tomber dans une embuscade, y perdit une bonne partie de ses troupes, et se vit contraint de fuir jusqu’à Tripolis, laissant le soin ingrat de continuer cette guerre à ses généraux Callimander et Épicrate ‘.

Callimander, à la première rencontre avec les Juifs, fut mis en déroute et perdit la vie; quant à Épicrate qui était d’une avarice sordide, il livra à prix d’or Scythopolis et les places voisines, et ne songea guère à délivrer Samarie. Après une année entière de siège, la place fut enlevée, et Hyrcan, lorsqu'il l’eut rasée jusque dans ses fondements, y amena des torrents, qui en noyèrent les tristes débris. A la place où s'élevait naguère la brillante Samarie, il n’y eut bientôt plus que de vastes cavités dans lesquelles s’effondrèrent les derniers vestiges de la cité*?. Après cette conquête, les deux princes allèrent ravager Scythopolis et le Carmel.

Ici Josèphe raconte un fait incroyable. A l'entendre, le pontife Hyrcan était en communication avec l'esprit de Dieu. On raconte, dit-il, que le jour mème où ses fils défirent Antiochus le Cyzicène, pendant qu'il était seul dans le saint des saints, offrant l’encens à Jéhovah, une voix lui annonça que ses fils allaient remporter la victoire sur Antiochus. Aussitôt sorti du temple, il fit part au peuple de ce qu’il venait d'apprendre miraculeusement, et, de fait, la prédiction s’accomplit de point en point*.

À la même époque, la reine Cléopâtre qui, ainsi que nous l'avons dit tout à l’heure, était en absolu désaccord avec son fils

1: À. J. XIII. X. 2. — B. J. I, II. 7. Ici Josèphe donne à Antiochus le surnom d'Aspendien, d'Aspendus ville de Pamphylie,

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