CHOMEL
chez les demoiselles de la maison royale de Saint-Cyr et au collège Louis-le-Grand. « On prétend qu’il y a douze ou quinze ans, elle parut à l’abbaye de Montmartre; l’année dernière' elle était à Rouen et dans plusieurs autres provinces du royaume. Elle était au mois de décembre dans différents quartiers de Paris. »
La monographie de Chomel commence par une série d’observations assez bien prises, et qui ne laissent aucun doute sur la nature du mal. L’affection était généralement maligne. On notait presque toujours de l’enchifrènement ; les hémorragies nasales étaient fréquentes. L’une des malades eut certainement une paralysie du voile. « Mlle de Junillac avait un accident que n’avaient point eu toutes les autres ; c’est que les amygdales étaient gonflées, qu’elle avalait difficilement, et que souvent la boisson revenait par le nez ». Une autre malade (Mlle de Blossac), bien qu’entrée en convalescence, avait « de la peine à s’exprimer, parlant du nez, ayant la luette traînante ». Le mal, dit-il, s’annonçait par une tache blanche aux environs du voile, cc Cette tache paraît sans tumeur ; elle s’étend en tous sens, gagne la luette qu’elle ronge, descend vers le pharynx, remonte jusqu’à la membrane pituitaire ; il y a saignement de nez plusieurs fois par jour, mais ce n’est pas de l’hémorragie. »
(( Ces symptômes caractérisent le commencement de la maladie et sont développés dans les deux ou trois premiers jours.
« L’accroissement de la maladie s’annonce dès le troisième jour par la fièvre, qui se développe davantage, par une odeur fade et désagréable, qu’on sent en approchant des malades, et par l’escarre blanchâtre, qui sans s’étendre beaucoup plus, s’épaissit, devient croûte, paraît vouloir
TEMPS MODERNES
se détacher, mais tient encore par plusieurs pédicules, ou ne tombe que pour laisser paraître une nouvelle cachée sous la première. La fièvre alors augmente de plus en plus ; on doit cependant observer dans le pouls plus de vivacité et de fréquence que de dureté et d’irrégularité ; les battements des carotides sont vifs et redoublés ; le saignement de nez persévère ; la membrane pituitaire se ronge par l’ulcère gangreneux ; la voix se change ; les malades sont enchifrenés, paraissent avoir besoin de se moucher, mais n’expriment qu’une sérosité claire, âcre et limpide {ichor). Cette sérosité coule d’elle-même par les narines ; les malades ne crachent point ; les gargarismes quelque acides, quelque actifs qu’ils soient, ne font aucune impression ni visible, ni sensible; l’odeur devient putride et insoutenable ; la trachée-artère est rongée par l’ulcère ; la respiration devient gênée, entrecoupée de sifflement; le poumon s’ulcère et bientôt la gangrène de ce viscère entraîne après elle la mort quelquefois dès le cinquième jour, le plus souvent dans le septième ou le neuvième. » Chomel signale quelquefois des parotidites (adénite des ganglions sous-auriculaires ?). Il insiste sur les phénomènes parétiques du côté du voile. « La luette est longtemps traînante. » La convalescence est longue à s*établir. « Lés malades sont longtemps faibles et languissants. » L’auteur fait ressortir l’absence de réaction inflammatoire franche. « Au reste, cette maladie n est precedee d aucun frisson, comme presque toutes les maladies aiguës inflammatoires; il n’y a ni douleurs de tête, ni délire ; les yeux sont bons et dans leur état naturel, même jusqu’à la mort ; il n’y a point de douleurs de reins, ni cet abattement, symptôme ordinaire des fièvres malignes; les organes de la digestion ne