CHOMEL
paraissent point attaqués ; il n’y a point de vomissement, dé hoquet ou de dévoiement ; les urines sont belles, quoique crues ; si les excréments sont noirâtres et très . fétides, ce n’est que vers le cinquième ou le septième jour et lorsque le désordre est devenu général; la langue, le plus ordinairement, est belle, vermeille, humectée, mais gonflée ; le reste de la bouche est sain.
« On doit aussi observer que les malades n’avaient point d’agitation, d’ardeur, de soif ; il fallait les avertir et les presser de boire et alors elles buvaient, mangeaient même sans douleur. » Du reste, Ghomel continue à prétendre avec tous ses prédécesseurs, que les lésions buccopharyngées appartiennent à la gangrène. « Dès les premiers temps de la maladie lorsqu’elle n’est pas encore bien développée, il n’est pas possible de méconnaître cette pourriture au caractère d’extension que prend cette aphte, qui paraît dans le fond de la bouche, à l’odeur fade, désagréable et aux fréquents saignements de nez, qui, ne pouvant pas dépendre de la force de la nature dans les commencements d’une maladie et ne dépendant pas non- plus de la plénitude, puisque les fréquentés saignées ne pouvaient pas les empêcher, dépendaient ordinairement de l’érosion ou de la rupture des vaisseaux de la membrane pituitaire, causée par une humeur âcre et ichoreuse, et par la dissolution des principes du sang; tels sont ces malheureux stillicidia sanguinis que nous voyons arriver dans toutes les maladies de putréfaction. »
Comme traitement, Chomel recommande l’émétique et les gargarismes astringents, les tisanes, mais sans croire beaucoup à leur efficacité. « C’est au médecin à juger si le tartre émétique convient mieux ou moins que l’ipécacuanha. Ces remèdes plus sûrs et plus actifs ont été subs-
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titués par les modernes à l’élatérium que les anciens donnaient en pareil cas ; mais il est bon d’avertir que ces remèdes ne réussiront que placés à propos et dès le commencement de la maladie ; à ces remèdes nous proposons de joindre un régime doux, simple, humectant, de nourrir les malades avec des bouillons faits avec le veau et le poulet, en prenant la précaution de les couper avec quantité d’herbes apéritives rafraîchissantes et qui puissent aussi résister à la pourriture, telles que les feuilles d’oseille, à'alléluia, de pourpier et des deux chicorées ; je pense qu’on devrait faire la boisson ordinaire des malades avec le sirop ou la gelée de groseilles délayée dans de l’eau tiède ; cette boisson aigrelette et cordiale est capable de ranimer le sang, d’en réunir les principes et n’agacera jamais autant que les boissons chargées des acides minéraux, qui peuvent froncer les fibres tendres et molles des enfants.
« Mais ces remèdes ne feront qu’arrêter les progrès de l’incendie ; ils auront bien de la peine à éteindre le feu déjà allumé et à détruire le mal déjà existant. » Chomel savait que les médecins espagnols et italiens n’approuvaient pas en général la saignée; mais, entraîné par l’habitude de pratiquer la phlébotomie dans la plupart des esquinancies, il s’efforce de défendre ainsi la pratique des émissions sanguines au cours des angines gangreneuses. « D’ailleurs, l’air de Paris étant lourd,.grossier, les aliments étant plus gras, plus succulents, l’oisiveté plus générale, conséquemment les humeurs sont en plus grande quantité, plus épaisses, plus disposées à l’engorgement ; de là, la saignée devient plus fréquemment nécessaire, l’effet des sudorifiques plus pénible, moins sûr, plus dangereux. »
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Rejetant les sudorifiques, peut-être à cause des abus qu’on en avait fait, l’auteur de ce petit traité s’en tient au camphre (avant Raspail?). « Enfin, nous croyons remplir la même indication, chasser l’humeur morbifique, en arrêter l’activité, en détruire la pourriture, soutenir les forces de la nature, la mettre en état de se défendre, par le seul usage assidu et continué du camphre pris intérieurement. Par les partiés sulfureuses et volatiles que ce remède contient, il sera cordial, et il préservera de la pourriture; de tous les sudorifiques, c’est celui qui porte le moins de feu, jusque-là que plusieurs auteurs l’ont prétendu calmant et rafraîchissant; il adoucit l’âcreté des humeurs, il prévient, arrête, guérit la gangrène, et on ne peut trop en recommander l’usage dans le traitement de l’ulcère gangreneux, usage d’ailleurs que jnous étendons souvent'avec succès... Ainsi on doit donner la préférence aux gargarismes capables de résoudre, de fortifier, de dessécher, d’arrêter les progrès de la pourriture et de la combattre. Le camphre ne mériterait-il pas encore d’être la base des gargarismes? R n’a rien de désagréable; il est si difficile de faire gargariser des enfants, de leur faire prendre des dragées, pour peu qu’on leur en donne de rebutantes ; on sait qu’après il n’est plus possible de leur en faire prendre aucune quelle qu’elle soit ; ainsi en faisant dissoudre vingt-cinq grains de camphre dans la plus petite dose de. bon esprit-de-vin, on pourrait ensuite l’étendre dans des eaux distillées appropriées, telles que celle de plantain, de roses sèches, etc. Par ce moyen, on éviterait l’usage des gargarismes armés des acides vitrioliques ou autres minéraux. »
Chomel se prononce catégoriquement contre les cautérisations prônées par Marc-Aurèle Séverin et adoptées
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par certains praticiens, en invoquant l’opinion contraire de Van S'wieten, « Pour guérir cette terrible maladie, dit cet illustre commentateur de Boerhaave, il faudrait séparer tout ce que l’on voit de mort d’avec ce qui ne l’est pas; mais cela ne se peut faire sans produire une nouvelle inflammation, par conséquent une suppuration près de la partie gangrenée. » Plus loin il ajoute : « Ceux qui s’imaginent en savoir plus que les autres, croyent qu’en coupant, brûlant, cautérisant, ils sépareront plus facilement les parties gangrenées d’avec les parties saines ; mais ils se trompent certainement ; car de quelque façon qu’ils s’y prennent, ou ils laisseront une partie de ce qui sera gangrené, ou ils emporteront aussi les saines et vives. »