SAMUEL BARD
La monographie de Samuel Bard [De la nature, cause et traitement de l’angine suffocante), qui relate l’épidémie de diphtérie de New-York, en 1771, résume en' quelque sorte les notions de l’époque sur l’angine et la laryngite pseudo-membraneuse. Ce travail fort bien fait contient' outre des conclusions générales, de nombreuses observations qui permettent déjuger de l’allure du fléau.
Raoul Bayeux a fait une bonne analyse de l’ouvrage de Samuel Bard, tout en laissant de côté quelques faits que nous avons cru devoir rapporter.
Le principal mérite de cet auteur est d’avoir nettement entrevu, comme les écrivains espagnols et italiens du XVII® siècle, la propagation possible à l’arbre respiratoire des lésions tonsillaires, qui, comme nous l’avons vu, avaient complètement échappé a Home. Il range ces cas dans un type mixte, présentant à la fois et l’esquinancie, qu’il appelle encore gangreneuse, et le croup. Il en signale quelques cas, dont l’observation XI est typique. Il s’agit d’une petite fille de trois ans, qui eut d’abord sur les amygdales des pellicules blanches très apparentes, tranchant par leur teinte sur la couleur rouge foncé des tonsilles. La dysphagie était très accentuée. Le lendemain, la voix s’altérait nettement et la dyspnée apparaissait, s’aggravant de plus en plus jusqu’à la mort du petit sujet, au troisième jour de la maladie. « A l’autopsie, dit Bard, je trouvai les parois du pharynx, de la luette, les amygdales et la base de la langue parsemées de pellicules, qui conservaient encore leur couleur blanche. En les enlevant, on trouvait les parties sous-jacentes plutôt pâles qu’enflammées; pas d’odeur putride. L’épiglotte enflammée était recouverte à sa face postérieure, ainsi que tout le larynx, de la même pellicule blanchâtre que les amygdales. La totalité de la trachée, depuis le larynx jusqu’à la bifurcation bronchique, était doublée d un mucus épais, en forme de membrane coriace, qui en bas s’atténuait peu à peu et finissait par disparaître, w Les poumons présentaient les altérations de la péripneumonie.
Quant aux croups d’emblée signalés par Villaréal,
MIGHAELIS
Herrera, etc., puis bien plus tard par Home, qui en exagéra si étrangement l’importance, Bard en reconnaît l’existence; mais il déclare, contrairement à l’auteur écossais, que le plus souvent on constate une tuméfaction des tonsilles avec enduit pseudo-membraneux.
La putréfaction et les symptômes adynamiques ne seraient pas, selon lui, inséparables du mal et dépendraient plutôt du génie épidémique. Du reste, il a vu des malades qui présentaient à ce point de vue des différences notables. On ne devrait donc pas, selon lui, l’appeler toujours angine maligne pestilentielle. Il insiste sur le peu d’intensité habituelle de la fièvre, sur l’état du pouls, sur la prédominance du mal dans l’enfance, sur le grand nombre de décès causés par cette maladie, etc. Mais à ce point de vue, il ne fait guère que répéter les affirmations de ses prédécesseurs.