‹ Histoire des maladies du pharynx. Vol. IIChapitre 113 sur 174 · HUXHAM · texte numérisé non relu

HUXHAM

Huxham, est un des premiers à donner une description exacte de cette esquinancie exanthématique maligne ; cependant il ne l’a point surnommée « angine scarlatineuse», vcL^\& febris anginosa c’est-à-dire « fièvre d’esquinancie ». Il avait certainement été trompé, comme bien d’autres, par le silence des auteurs sur les déterminations morbides gutturales de la scarlatine. Cependant, comme il a bien soin de noter l’aspect si spécial de l’exanthème (qu’il compare aux « taches scarlatines »), la desquamation épidermique, et même parfois l’œdème, aucun doute ne saurait exister sur la véritable nature de ces inflammations pharyngées, qu’il a si exactement dépeintes.

Dans son Traité des maux de gorge gangreneux^ il relate l’épidémie qui sévit à Londres en 1752. « Elle fut très violente : elle était accompagnée de taches scarlatines et de pustules (vésicules miliaires), suivies de grandes démangeaisons, de desquamation de la peau. Le pouls dans cette fièvre était ordinairement dur, petit et fréquent ; la respiration chaude, laborieuse et accompagnée

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d’oppression dans les hypocondres. Les urines étaient quelquefois crues et pâles, quelquefois hautes en couleur •et troubles, mais sans sédiment ».

L'été fut particulièrement humide cette année, et Huxham fait remarquer que « dans toutes les espèces de fièvi'es, il y avait une singulière disposition aux ulcères de la gorge et aux aphtes. La petite vérole fut plus funeste au mois d’août, et quelquefois elle était accompagnée^d’M/cè7■es très dangereux dans la gorge et de diffi- ■culté d’avaler. » Il serait très intéressant de démêler d’une façon précise les différents facteurs qui entrent en jeu dans la prédominance àe certaines complications viscérales, au cours d’une épidémie donnée ; probablement les influences climatériques, rendant la gorge plus vulnérable, exagèrent l’intensité du processus morbide primitif du côté du pharynx et surtout favorisent les infections secondaires. « Lafièvre d’esquinancie continuant toujours, nous eûmes un grand nombre de maux de gorge gangreneux, dans le mois de septembre, encore plus en octobre et ils furent très communs en novembre et en décembre dans le quartier des chantiers et aux environs, ce qui emporta un grand nombre d’enfants et d’adultes. »

Huxham fait remarquer la variabilité du début suivant les sujets; car c’était tantôt les phénomènes généraux, tantôt les symptômes locaux qui apparaissaient tout d’abord. Dans ce dernier cas, il y avait « raideur de la gorge, raideur du cou; quelquefois mêmé, dès les premiers moments, on apercevait une enflure et le malade sentait de la douleur dans la gorge, les amygdales devenaient très enflées et très enflammées ; souvent même les parotides et les glandes sous-maxillaires enflaient beaucoup et très subitement, quelquefois au point que le malade

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risquait d’étoufFer. » La teinte rouge cramoisie de la gorge, l’aspect spécial des taches blanches (dépôts pultacés, ou pseudo-membraneux?), la fétidité de l’haleine, l’évolution rapide du mal, l’apparition de la couleur noirâtre (qui en imposait trop souvent alors pour de la gangrène), la dépression du sujet, sont signalés avec beaucoup d’exactitude, ainsi que la tuméfaction des ganglions cervicaux, l’excoriation des lèvres et des narines, etc...

Huxham croit que la suppression brusque du flux qui se fait du côté de la cavité buccopharyngée est funeste.

C’est aux matières sécrétées par la gorge et avalées par le malade, qu’il attribue la production des désordres gastro-intestinaux. Les troubles respiratoires qu’il signale, le bruit de drapeau qui lui fait croire à l’existence du Garrotillo semblent indiquer que le croup secondaire, c’est-à-dire la diphtérie laryngée, avait été fréquent. Du reste, voici le passage où cet auteur relate d’üne façon si remarquable les lésions pharyngées de la scarlatine. « Le fond de la gorge paraissait bientôt d’un rouge vif ou plutôt d’un rouge cramoisi, il était luisant et éclatant. Le plus ordinairement on apercevait sur la luette, les amygdales, le voile du palais et sur la partie postérieure du pharynx, plusieurs taches blanchâtres ou de couleur de cendre, dispersées çà et là, qui, quelquefois, augmentaient très promptement et couvraient bientôt une amygdale ou toutes les deux ou la luette, etc; c’étaient les escarres d’ulcères superficiels, qui quelquefois cependant rongeaient très profondément. Dans ce temps, la langue quoique blanche seulement et humide à sa pointe, était très sale à sa racine et couverte d’une croûte épaisse, jaunâtre ou brune. L’haleine commençait alors à devenir

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très puante et cette puanteur augmentait d’heure en heure, de sorte qu’à la fin elle devenait dans quelques cas insoutenable aux malades eux-mêmes.

« Le second ou troisième jour, tous les symptômes devenaient plus graves et la fièvre beaucoup plus considérable ; ceux qui l’avaient le mieux soutenue pendant trente ou quarante heures ne lui résistaient plus. Le défaut de sommeil, les anxiétés et la difficulté d’avaler augmentaient excessivement. La tête était étourdie, douloureuse et pesante. Il y avait toujours plus ou moins de délire, quelquefois une perte totale de sommeil et une frénésie perpétuelle, quoiqu’il y en eût d’autres qui fussent comme stupides ; mais souvent il y avait des tressaillements et ils marmottaient entre leurs dents. On leur trouvait beaucoup de chaleur à la peau qui était sèche et rude ; rarement ils avaient de la disposition à suer. Les urines étaient pâles, crues, souvent jaunâtres et troubles. Quelquefois ils éprouvaient des vomissements considérables et parfois un grand dévoiement, surtout chez les enfants. Les escarres étaient fort étendues et d’une couleur plus foncée ; ce qui les environnait paraissait d’une couleur de plus en plus livide. La respiration devenait plus difficile, avec une espèce de râlement, comme si le malade étran-glait; la voix était rauque, creuse et ressemblait exactement à celle des gens qui ont un ulcère vénérien à la gorge. Le bruit qu’ils faisaient en pariant et en respirant était si particulier, que, pour peu qu’on fût familiarisé avec cette maladie, on la reconnaissait facilement à ce bruit extraordinaire; c’est ce qui a fait nommer cette, maladie par les médecins espagnols Garrotillo, mot qui désigne le bruit que font ceux qu’on étrangle avec une corde. Je n’ai jamais observé dans aucun le glapissement

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qu’on entend dans les esquinancies inflammatoires. L’haleine de tous les malades était très nauséabonde ; chez quelques uns même, elle était insupportable, surtout aux approches delà crise ; il y en avait beaucoup qui, vers le quatrième ou cinquième jour, crachaient une grande quantité de mucosités fétides et purulentes, quelquefois teintées de sang, quelquefois livides et d’une odeur abominable ; chez plusieurs aussi les narines étaient extraordinairement enflammées et excoriées, dégouttant continuellement une matière sanieuse si excessivement âcre que non seulement elle corrodait les lèvres, les joues et les mains des enfants qui étaient attaqués de la maladie, mais même les mains des gardes qui en prenaient soin. Lorsque les narines commençaient à s’ulcérer, les malades ne cessaient d’éternuer, surtout les enfants; car j’ai vu peu d’adultes qui fussent affectés de ce symptôme, au moins à un degré un peu considérable. Il était étonnant de voir la quantité de matière que les enfants rendaient par cette voie et, comme ils s’en barbouillaient le visage et les mains, ces parties étaient couvertes d’ampoules. La suppression subite de cet écoulement de la bouche et des narines a fait périr plusieurs enfants ; il y en avait qui en avalaient une si grande quantité que cela leur occasionnait des excoriations dans les intestins, de violentes tranchées, la dysenterie, etc., et même des excoriations à l’anus et aux fesses. Non seulement les narines, la gorge, etc., étaient affectées par cette matière si âcre, mais encore la trachée-artère elle-même en était quelquefois corrodée et on voyait les malades cracher des morceaux entiers de sa tunique intei'ne avec beaucoup de sang et de matières corrompues ; les malades languissaient pendant un temps considérable et enfin mouraient phtisiques, quoi-

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qu’il arrivait encore souvent que le mal se jetait plus subitement et avec plus de violence sur les poumons et les faisait mourir avec les symptômes de la péripneumonie.

« J’étais quelquefois étonné de voir plusieurs de ces malades avaler avec assez de facilité, quoique la tumeur des amygdales et de la gorge, la quantité de mucus épais et le râle en respirant, fussent très considérables ; ce qui montrait clairement que ces esquinancies malignes venaient plutôt de l’acrimonie et dei’abondance de l’humeur que de la violence de l’inflammation.

« L’esquinancie précédait le plus ordinairement les exanthèmes ; mais souvent l’éruption à la peau paraissait avant le mal de gorge et était quelquefois très considérable, quoiqu’il n’y eût que peu ou point de douleur dans la gorge ; au contraire, il y avait des malades qui avaient des maux de gorge très violents sans éruption. Cependant dans ces cas mêmes, il survenait une très grande démangeaison et une desquamation de la peau surtout chez les grandes personnes, rarement chez les enfants. En général, il se faisait une éruption sur toute la surface du corps, particulièrement chez les enfants, et cela arrivait le plus souvent le deux, trois ou quatrième jour. Quelquefois elle ne concernait que certaines parties du corps, mais attaquait la face ; elle était parfois de

la nature de l’érysipèle; quelquefois c’étaient de véritables pustules; ces pustules étaient souvent très élevées et d’une couleur rouge foncé et enflammées principalement sur la poitrine et sur les bras, mais elles étaient quelquefois très petites et plus sensibles ou toucher qu’à la vue et donnaient une rudesse extraordinairement rouge cramoisi, comme si la peau avait été barbouillée au suc de framboise. La peau paraissait enflammée, comme

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enflée ; les bras, les mains, les doigts étaient gonfles en effet, très raides, un peu douloureux. Cette couleur cramoisie paraissait particulière à cette maladie. Quoique cette éruption manquât rarement de procurer un soulagement marqué au malade dont elle calmait les anxiétés, les maux d’estomac, le vomissement, le dévoiement, etc. » Huxham insiste sur le caractère putride de cette angine. La clinique le démontre, et la nature des lésions découvertes à l’autopsie semble également le prouver. En effet « à l’ouverture des cadavres on trouvait non seulement la gorge, mais encore les poumons, les intestins... gangrenés et toute leur masse changée en sanie putride. » Bien qu’il n’ose pas affirmer l’identité des deux angines, il fait ressortir les analogies étroites que présentait cette esquinancie si maligne avec la febris anginosa décrite dans le premier volume de .ses fièvres De aere et morhis epidemicis, c’est-à-dire avec l’angine scarlatineuse vulgaire.

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