FOTHERGILL
, . Les faits rapportés par Fothergill sont si intéressants que nous allons les analyser d’une façon complète, en intercalant les passages principaux de sa description.
Les commencements de cette épidémie furent assez effacés et remontent à 1739. « Il paraît que l’on n’y fit attention, qu’à cause de la mort subite de deux enfants de qualité et de quelques autres près du même quartier de cette ville, lesquels, pendant leur maladie, s’étaient plaints d’un grand mal de gorge ; mais, comme il ne se présenta pas, dans la suite, beaucoup de cas semblables, ou que l’on ne remarqua pas ceux qui se présentèrent, il fut peu question de cette maladie pen-
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dant plusieurs années. » En 1742, nouvelle recrudescence. « Cependant, elle commença à reparaître en 1742; mais elle ne fut pas assez générale pour devenir le sujet de discours publics ; car, quoique les plus grands praticiens la rencontrassent de temps à autre, principalement à Londres, elle resta inconnue h la plus grande partie des autres médecins, jusqu’à ces deux ou trois dernières années, où elle s’est montrée beaucoup plus fréquemment, tant à la ville que dans les villages d’alentour. » A ce sujet, l’auteur relate l’épidémie du village de Bromby en 1746. « Dans l’hiver de 1746, à Bromby, près de Bow, dans le comté de Midlesex, il y a eu un très grand nombre d’enfants, qui moururent si subitement d’une maladie qui parut résister à toutes sortes de remèdes, que les habitants en furent extrêmement alarmés, quelques-uns ayant perdu tous leurs enfants et d’autres la plus grande partie des leurs, après quelques jours d’indisposition. Quelques autres enfants des endroits circonvoisins furent attaqués, dans le même temps, de la même maladie et suivant le rapport de ceux qui en avaient fait l’observation, elle ne différait point de celle qui se faisait sentir à Londres. » Bientôt cependant le mal alla en déclinant. « Mais les symptômes en sont devenus si modérés, qu’il est rare qu’elle soit mortelle, à moins que les sujets qu’elle attaque ne soient peu favorables, ou que la maladie n’ait été négligée ou mal conduite dans le commencement. » Fothergill indique ensuite les saisons où elle prédomina. « Quoiqu’il y ait maintenant plusieurs années, que cette maladie règne en Angleterre, et qu’elle se soit fait sentir dans les diverses saisons, ainsi que dans toutes les variations de temps, auxquelles on est exposé, cependant elle se montra plus fréquemment en automne et au commen-
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cernent de Thiver ; au moins, je puis attester que j’ai vu plus de personnes attaquées de cette maladie, depuis le 3 septembre jusqu’en décembre inclusivement, que dans les autres mois de l’année pris ensemble... » L’auteur note la prédominance chez les enfants. « Dans ce pays, ainsi que dans tous les endroits où l’on a eu la première connaissance de ce mal, les enfants et les jeunes gens y sont plus sujets que les adultes ; il y a plus de filles qui en sont attaquées que de garçons, plus de femmes que d’hommes ; les personnes de l’un et de l’autre sexe, qui sont d’une santé faible, y sont plus sujettes et en souffrent beaucoup plus que les personnes d’une santé vigoureuse. Je n’ai guère vu d’hommes faits d’un bon tempérament, qui en fussent attaqués et jamais je n’ai remarqué qu’aucun en mourût. » En tout cas, l’affection était nettement contagieuse. « Quand une fois elle est entrée dans une famille, ordinairement les enfants la gagnent, si l’on n’a pas soin d’empêcher que ceux qui se portent bien, ne communiquent avec les malades et les adultes, qui se trouvent fréquemment avec ces derniers et respirent de trop près leur haleine, éprouvent souvent la même maladie. »
Voici quelle était l’allure du mal. « Elle commence d’habitude par un vertige ou par un tournoiement de tête, précédé souvent d’une faiblesse, ou d’un frisson semblable à celui d’un accès de fièvre ; ce frisson est bientôt suivi d’une grande chaleur et ces deux états se succèdent mutuellement pendant quelques heures, jusqu’à ce qu’enfin la chaleur deviennent constante et à un très haut degré. Le malade se plaint alors d’une douleur de tête très aiguë, de chaleur et de mal de gorge, d’une raideur du col ordinairement très douloureux avec vomissement
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ou dévoiement. Ces deux derniers symptômes se montrent quelquefois ensemble. Bientôt après, le visage devient rouge et enflé, les yeux enflammés et baignés de larmes, comme dans la rougeole, le tout accompagné d’insomnie, d’inquiétude, de faiblesse ; c’est ordinairement le matin qu’on est attaqué de cette maladie. A mesure que la nuit approche, la chaleur, l’insomnie ou les inquiétudes augmentent jusque vers le'matin, ou, après un sommeil léger fort court et fort troublé, on est pris d’une sueur qui calme la chaleur et les inquiétudes et, par là, la maladie a quelque apparence d’une fièvre intermittente. »
L’état de la gorge au début est soigneusement étudié. « Quand on examine la bouche et la gorge immédiatement après la première attaque, on remarque que la luette et les amygdales sont enflées ; et ces parties paraissent d’un rouge vermeil, ainsi que le voile, les joues de chaque côté, proche de l’orifice du gosier et tout ce que l’on peut voir du gosier même et du derrière du pharynx ; ordinairement cette couleur se montre d’une manière plus sensible au bord postérieur du palais, dans les angles, au-dessus des amygdales et sur les amygdales mêmes. On voit quelquefois au lieu de cette rougeur une large tache d’une figure irrégulière, d’un blanc pâle et entourée d’un rouge vermeil. Cette couleur ressemble communément à celle que l’on occasionne aux gencives, immédiatement après les avoir pressées avec le doigt, ou comme s’il y avait quelque matière renfermée toute prête à sortir.
(c En général, le deuxième jour de la maladie, le visage, le cou, la poitrine, les mains, jusqu’au bout des doigts, sont devenus d’une teinte très érysipélateuse ou sensiblement tuméfiés ; fort souvent, les doigts ont une teinte si remarquable, que, par la seule inspection de ces
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parties, on peut aisément juger de la nature du mal.
« Un grand nombre de petites élevures, d’une couleur évidemment plus foncée que celle qui les environne, se font voir aux bras et à d’autres parties ; elles sont plus larges, plus saillantes dans les personnes, et aux parties des mêmes personnes, où la rougeur est moins forte ; et c’est en général aux bras, à la poitrine et aux extrémités inférieures.
(c A mesure que la peau acquiert cette couleur, ordinairement le mal s’en va ; le vomissement, et le dévoiement cessent d’eux mêmes, et il est rare qu’ils continuent après le premier jour.
« Les symptômes dü gosier continuent d’être les mêmes, excepté que les places blanches deviennent d’un blanc plus opaque; et c’est alors que l’on découvre évidemment que, ce qui paraissait d’abord couvrir une tumeur prête à suppurer, est réellement une escarre, qui cache un ulcère de même étendue.
« Toutes les parties du gosier, dont on a parlé ci-dessus, sont sujettes à des ulcérations ; mais, en général, on commence à les découvrir dans les angles, au-dessus des amygdales et sur les amygdales mêmes, quoiqu’on en remarque souvent à l’arcade formée par la luette et l’une des amygdales, ainsi qu’au derrière du pharynx, sur l’intérieur des joues et à la base de la langue, qu’elles recouvrent d’une croûte épaisse. Au lieu de ces escarres, quand le mal est bénin, on voit en quelqu’une, ou en plusieurs de ces parties, un ulcère superficiel d’une figure irrégulière, et que l’on a bien de la peine à distinguer des parties saines, si ce n’est que ces ulcérations occasionnent des inégalités dans la surface des parties quelles affectent.