I. — MÉDECINS
Pour mettre un peu d’ordre dans notre analyse, nous avons cru devoir grouper les auteurs d’après le système pathogénique qu’ils adoptent. Nous aurons ainsi :
Les hippocratiques ; ~
Les iatrockimistes ;
Les iatromécaniciens ;
Les éclectiques.
A. — ÏRADUCTEUPlS et médecins HIPPOCRATIQUES.
Il se produit à la Renaissance un engouement pour les traductions assez analogue à celui qui précéda en Orient la fondation de la médecine arabe. Ici cependant, ce n’est pas tant pour s’instruire dans les principes de l’art de guérir, que pour renverser Técole établie, qu’on fait passer en latin les principaux ouvrages de la médecine grecque. Sous prétexte de dégager celle-ci de l’alliage grossier dont on la supposait souillée par les interprètes
TEMPS MODERNES
arabes, c’était en réalité le galénisme, ce système si remarquable, mais parfois si faux et toujours si fermé, dans lequel les esprits commençaient à se sentir à 1 étroit, que l’on voulait frapper, pour lui substituer l’hippocratisme; on jugeait en effet celui-ci plus souple et plus près des faits dont il recommande sans cesse l’étude patiente et réfléchie. Dans toute cette époque, on sent la défiance des hypothèses et la recherche de l’observation clinique. Du reste, on ne consulte pas seulement les œuvres d’Hippocrate, mais aussi ses principaux successeurs (1) et Galien lui-même; car on espère qu’il a été mal compris par Rhazès et par Avicenne et que ceux-ci ont donné à ses doctrines une étroitesse et une rigidité que ne comportait pas l’original.
Les principaux hippocratiques furent : Léonicénus, Gonthier d’Andernach dont le labeur fut immense, Linacre, Valla, Cornarius le premier traducteur exact et complet de l’encyclopédie hippocratique, Copus, Jean de Gorris, Houillier, Duret et surtout Daniel de Foes qui accomplit, en l’honneur du père de la médecine, à la fin du XVI® siècle, un travail que devait reprendre en français Littré, avec le succès que l’on sait, mais sans pouvoir faire oublier le monument splendide élevé par son illustre prédécesseur de la Renaissance.
D’ailleurs, il ne s’agit pas toujours d’une simple traduction latine ; souvent le texte est commenté d’une façon à la fois fort savante et même clinique. Houillier notamment a fait suivre les Aphorismes d’excellents commentaires. Rappelons à propos d’Houillier et de Duret, qu’il s’était fondé à la Faculté de médecine de Paris une petite
(1) Les œuvres d’Ai-étée et de Gælius Aurelianus venaient d’être retrouvées.