‹ Histoire des maladies du pharynx. Vol. IIChapitre 143 sur 174 · II. — Pathogênie · texte numérisé non relu

II. — Pathogênie

Pendant assez longtemps, on s’en tint au système de Galien modifié par les Arabes (1) (Fernel, Houillier, Duret, Joubert, etc., c’est-à-dire la plupart des auteurs des traités médicaux du xvi® siècle). Des médecins de la valeur de Massaria étaient encore si attachés aux doctrines du médecin de Pergame, qu’ils aimaient mieux « avoir tort avec Galien que raison contre lui ». Zacutus, Lusitanus, Mercado, Heredia, c’est-à-dire les médecins espagnols les plus distingués du xvii® siècle, sont encore franchement des arabistes. Mais il n’en était pas pai’tout de même à cette époque.

(1) Voy. p. 44, 45, 46 et Textes T. lU, p. 87, 92, etc.

ANGINE

Un grand révolutionnaire médical, Paracelse (1), disciple des alchimistes plus que d’Avicenne, avait tenté de renverser le galénisme et de lui substituer des doctrines mi-partie vitalistes, mi-partie chimiques. Cet auteur faisait rentrer l’esquinancie dans les apostèmes (2) charbonneux, étendant à une espèce morbide tout entière une pathogénie, que les chirurgiens du moyen âge réservaient à une esquinancie spéciale à évolution gangreneuse. Il rattachait ainsi les inflammations pharyngées aux réactions anormales du réalgar dans Uorganisme. La tentative du novateur était prématurée. Mal étayée du reste par des raisonnements insuffisamment précis, insuffisamment aussi -basée sur l’observation, elle succomba en apparence du moins devant les attaques furieuses des traditionalistes (3). Cependant, elle avait laissé derrière elle un tel ébranlement, principalement en Allemagne et dans les pays du Nord, que Paracelse eut bientôt des imitateurs, plus timides, il est vrai, et surtout moins radicaux. Hartmann, Sylvius de le Boé, Thomas Willis, Sennert, Ethmuller, tout en restant, à certains points de vue, des humoristes hippocratiques et galéniques (ils parlent encore beaucoup du phlegme, de la bile, etc. ), modifièrent considérablement le dogmatisme. Ils expliquent les altérations des humeurs par un excès d’acidité (4), d’alcalinité, de fermentation ; ils incriminent l’accumulation de sels âcres, volatils, terreux et stables.

D’autre part, une grande découverte celle d’Aselli (chylifères), bientôt suivie de celle de Rudbeck (lympha-

(1) Voy. p. 49.

(2) Voy. T. Iir, p. 139.

(3) Voy. dans Sennert, vol. II, les chapitres consacrés à Paracelse,

(4) Voy. Sennert, p. 152, vol. ï. 111, Ethmuller, T. III, p. 185.

TEMPS MODERNES

tiques généraux) vint bientôt révéler une humeur nouvelle,'^la lymphe, dont on fit d’emblée le plus grand cas. Certains allaient même (Olaüs, Bartholin), jusqu’à attribuer les affections de toute l’économie à son altération. Sans tomber dans cette exagération, Ethmuller, à propos des cryptes amygdaliennes, dit que, si les tonsilles sont malades, elles versent incessamment dans la gorge une lymphe âcre, qui irrite celle-ci et la corrode.

Dès qu’on eut entrevu la circulation générale du sang, grâce aux admirables recherches de Harvey, une nouvelle hypothèse tenta à son tour de remplacer les conceptions traditionnelles (1). Les iatromécaniciens faisaient jouer le rôle principal aux perturbations non plus chimiques, mais d’ordre mécanique. Ils incriminaient principalement les troubles circulatoires. Selon eux, l’inflammation résultait de la stase, c’est-à-dire de l’arrêt du sang en un organe donné. Les globules rouges, accumulés dans cette région de l’économie, distendraient les vaisseaux; or, on savait depuis Ruysh que ceux-ci étaient extrêmement nombreux. (Cet auteur était allé jusqu’à dire que tous les tissus étaient formés d’un entrelacement spécial de ces derniers.) Il était facile d’expliquer ainsi la tuméfaction. Quant à la rougeur, elle proviendrait tout aussi simplement de la quantité anormale de ces hématies qui donnent sa couleur au sang. Le développement de chaleur s’expliquait par un frottement plus considérable du liquide sanguin sur les parois vasculaires, au niveau des thrombus, ou, comme devait l’admettre plus tard Boerhaave (2), par les chocs sur l’amas résistant des globules rouges au niveau de la stase.

(1) Voy. p. 81.

(2) Voy. p. 90.

ANGINE

L’iatrochimisme et Tiatromécanisme se pénétrèrent du reste de bonne heure et nous avons démontré (Voy. p. 88) déjà que le système de Boerhaave est une compromission entre les deux doctrines. De le Boé, Sennert, Ethmuller plus iatrochimiste, avaient déjà instinctivement agi de même façon et tenu, même avant Borelli, le plus grand compte de la circulation sanguine.

A côté des traditionalistes, qui persistent encore en plein XVIII® siècle, surtout en Espagne, en Portugal et dans le sud de l’Italie, des iatrochimistes, des iatromécaniciens, des éclectiques et des sceptiques (ceux-ci peut-être plus nombreux qu’on ne le pense, mais qui cette fois ne fondèrent pas de secte empirique, comme dans l’antiquité), il y avait le groupe important des épidémiologistes, tels que Stoll,Huxham(l),qui, en étudiant patiemmentles maladies épidémiques, arrivèrent peu à peu à admettre des états bilieux, des états catarrhaux, retentissant sur tout l’organisme à la façon d’une maladie générale, comme le typhus (2). Il y avait là une véritable entité morbide, caractérisée par la multiplicité et l’irrégularité des phlegmasies locales, qu’elles déterminent. Or, on voit souvent Stoll et ses imitateurs parler de déterminations catarrhales et bilieuses du côté de la gorge, déterminations qui, malgré l’analogie de nom, ne correspondent pas aux entités homonymes créées par les anciens.

Il n’y a donc plus, comme dans le moyen âge, unité de conceptions pathogéniques chez les divers auteurs. Ainsi que dans l’antiquité et davantage encore, on voit les systèmes se succéder, sans du reste se remplacer entièrement, de telle sorte que l’aspect est un peu confus

(1) Voy. Processus spécifiques.

(2) Voy. auteurs ayant écrit sur les angines climatéi’iques.

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pour celui qui n’a pas eu le temps de se livrera des études suffisantes pour pouvoir s’y reconnaître.

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