II. — ANATOMIE PATHOLOGIQUE
L’insuffisance des notions anatomiques, le manque de moyens puissants d’exploration rendaient rudimentaires les connaissances non seulement sur l’étendue, mais encore sur la nature vraie des lésions. Comme le fait remarquer du reste Morgagni, les autopsies, permettant d’étudier de i>isu les altérations morbides de l’angine, n’abondaient pas ; et même alors, le plus souvent les sujets étant morts d’une autre maladie, il était parfois difficile de faire la part des deux affections, par exemple quand il s’agissait de maladies du cœur ou du poumon. Sans doute on avait publié quelques nécropsies; mais celles-ci, exécutées d’ailleurs le plus souvent d’une façon négligente, se rapportaient surtout à l’angine diphtérique. On continuait donc de suppléer à la connaissance positive des faits par des hypothèses plus ou moins bien imaginées.
On admettait que la gorge s’enflammait totalement ou seulement dans une de ses parties ; mais, considérant toujours l’élément dyspnée comme le facteur principal, les auteurs tendaient à faire rentrer dans la synanche, non seulement la pharyngite et la laryngite comme autrefois, mais encore les lésions de la trachée et des bronches (synanche trachéale de Boerhaave et Sauvagej. Une observation de Dodonæus que nous avons rapportée autre part (Voy. T. III) semblait même démontrer que les symptômes habituels de l’esquinancie pouvaient coïncider avec un foyer inflammatoire situé dans le poumon. Sans doute, beaucoup s’insurgeaient contre cette variété
ANGINE
pulmonaire, ainsi que contre la variété thymique, créée par Bonnet (1), pensant qu’il s’agissait là d’une fausse esquinancie. Mais l’entraînement était tel, qu’on finit par créer une synanche parotidienne (ourle) (2), bien que les anciens eussent distingué les affections de la parotide de celles du gosier. On continuait du reste à penser, avec ce peu de précision dans la localisation, que les muscles du cou proprement dits pouvaient aussi être intéressés dans la variété périsynanche ; Boerhaave, Sauvage et Pinel patient d’une angine siégeant dans les muscles hyoïdiens» Rappelons d’ailleurs que Galien, qui ne connaissait pas les muqueuses, avait introduit cette confusion que, tantôt les muscles internes, tantôt les muscles externes, pouvaient être intéressés.
A mesure que l’anatomie fait des progrès, on tend de plus en plus à incriminer la membrane interne du pharynx qu’avaient appris à connaître les recherches de. Schneider, de Malpighi, de Verheyen, de Dimerbroeck, de Ruysh. Pinel, dans sa nosologie philosophique, ne parle guère que de la muqueuse et laisse presque les muscles de côté.
On distinguait du reste des inflammations légères, des inflammations interstitielles, des inflammations suppuratives, qui n’étaient qu’un degré plus avancé du processus de phlogose, dont le'dernier terme était la gangrène.
En raison de la connaissance plus parfaite de la circulation sanguine et des découvertes de Ruysh sur les fins réseaux qui se trouvent dans l’intimité de nos organes, les médecins, principalement les iatromécaniciens, tendaient de plus en plus à ramener à des perturbations vas-
(1) Voy. Anatomie pathologique, et Sauvage, p. 221.
(2) Yoy. T, III, p. 205,
TEMPS MODERNES
culaires toutes les lésions et tous les phénomènes morbides observés (1).
D’autre part, on se préoccupait aussi de la lymphe que les découvertes d’Aselli, de Rudbeck, de Thomas Bartholin, etc., avaient mise à la mode. Beaucoup même, ainsi que nous l’avons dit dans le paragraphe précédent, rattachaient à peu près toute la pathologie aux perturbations de cette humeur. Boerhaave, puis Sauvage admirent que la lymphe seule, c’est-à-dire l’œdème, était à incriminer dans l’angine œdémateuse qui survient dans les états cachectiques terminaux(2).
Rappelons enfin, que l’étude plus approfondie des amygdales avait fait admettre que l’inflammation de la gorge pouvait se déterminer par induration fibreuse (scjuirrhe). On trouve quelque chose d’analogue chez les Grecs, les Arabes et les médecins du moyen âge, mais pas aussi nettement défini. Boerhaave alla même jusqu’à admettre une synanche fibreuse (3).