IV — COMPLICATIONS
Les complications nombreuses énumérées dans l’encyclopédie hippocratique, les œuvres de Galien et le Canon d’Avicenne et dont avaient soigneusement fait mention tous les auteurs arabistes un peu importants (Gordon (2)^ Valescus de Tarenta (3), etc.), furent également signalées par les écrivains de la Renaissance. Les médecins de
(1) Voy. T. III, p. 222.
(2) Voy. T. III, p. 46.
(3) Voy. T. III, p. 56.
ANGINE
cette époque (Forestus, Alpinus, Fernel, Houillier, Duret, Joubert, .etc.), qui composèrent des traités ou simplement des recueils d’observations, insistèrent sur ces faits importants, qui assombrissent parfois si singulièrement le pronostic de l’angine. La fameuse doctrine de la métastase, qui dérivait naturellement des théories humorales encore en honneur, expliquait aisément leur production. D’autre part, comme l’anatomie pathologique n’était point là pour renseigner le clinicien sur la nature réelle de certaines pertubations viscérales, on exagérait même volontiers l’existence de ces phlegmasies secondaires, et on invoquait l’idée de processus inflammatoire là où nous songerions tout simplement à un trouble nerveux. On finit cependant plus tard par comprendre l’importance de cette distinction. A mesure qu’on observait de plus près une infinité de malades, et qu’on multipliait les autopsies, on arrivait à se convaincre de la rareté réelle de ces déterminations morbides à distance, et dé leur production presque exclusive dans certaines formes spécialement malignes du mal, par exemple dans les angines épidémiques. C’était là un très grand progrès* Malheureusement cette tendance fut exagérée par divers auteurs du xviii® siècle, qui eurent le tort de passer en grande partie sous silence les complications de l’angine.
Pour les complications pulmonaires par exemple, on admit de plus en plus qu’elles n’existaient "guère que dans ' les formes d’esquinancie, qui intéressent la trachée (1). Lindanus pensait que, si la membrane qui tapisse ce canal vejiait à se rompre, lors de l’ouverture d’une collection
(1) Cependant Van Swieten dit avoir vu des angines vulgaires s’accompagner de péripneumonie, malgré l’absence d’inflammation concomitante de l’arbre aérien.
TEMPS MODERNES
purulente, le pus, tombant dans les poumons, y déterminerait une péripneumonie. Forestus avait publié une observation de ce genre, qui est reproduite par beaucoup des auteurs du xv!!*" siècle, notamment par Ethmuller. Suivant Boerhaave, Sauvage, Cullen, Van Swieten, etc., c’est également à la cynanche trachéale, aux angines malignes ou aux angines épidémiques, qu’on attribue les phlegmasies broncho-pulmonaires ou pleurétiques (Amatus Lusitanus et d’autres avaient insisté sur ces dernières).
Les complications cérébrales continuent d’être signalées, bien qu’on les attribue surtout aux esquinancies épidémiques malignes, etc. Les humoristes étaient d’autant plus enclins à noter les perturbations nerveuses que, selon leur doctrine, c’était le cerveau qui produisait le phlegme. En s’enflammant, il pouvait donc corrompre cette humeur, et lui donner des qualités nocives bien propres à altérer les organes qu’elle traverse. C’est, comme nous l’avons dit, l’hypothèse émise par beaucoup de médecins de Naples, lors de la fameuse épidémie diphtérique, qui désola cette ville dans les premières années du xvn® siècle.
Les phénomènes de suffocation avec mort rapide, imputés, depuis l’antiquité, principalement à la cynanche, c est-dire à l’esquinancie sans lésions apparentes, cantonnée suivant Galien dans le larynx, furent de plus en plus placés (Ethmuller, Boerhaave, Sauvage, Cullen) sous la dépendance des esquinancies localisées, dans les, parties supérieures du canal respiratoire. Cependant les auteurs du xvi® et du xvii® siècle, signalèrent un certain nombre d’abcès de la base de la langue (1) et de l’épiglotte
(1) Voy. Valei-iola et Camerarius, T. III.
ANGINE
(replis principalement), ayant déterminé des troubles respiratoires d’une intensité extraordinaire et s’étant néanmoins subitement dissipés, quand la collection purulente s’était ouverte au dehors ou avait crevé à l’intérieur du pharynx.
On attribuait du reste, à la pénétration du pus dans les voies digestives, certaines diarrhées survenues à la suite de la rupture d’abcès (Rivière, voy. Tome III). D’autres regardaient ces troubles intestinaux comme le résultat d’une métastase. On admettait d’ailleurs la rareté de ces accidents. Cependant quelques auteurs, imbus des idées hippocratiques sur la dérivation, tâchaient de la provoquer par des drastiques énergiques, surtout bien entendu dans les esquinancies graves.
U empoisonnement du sang, comme l’on disait alors, était rapporté surtout à l’angine maligne (Boerhaave, Sauvage, Fothergill, Cullen) ; on lui attribuait les états ataxo-a dynamiques.
Quant aux complications locales {i) (gangrène, suppuration), elles étaient tantôt relatées à part, tantôt (surtout au xviii*^ siècle) regardées comme des variétés d’angine. Les uns pensaient (les humoristes et quelques iatrochimistes) qu’elles étaient malignes d’emblée et produites par des humeurs très âcres, les autres (Boerhaave, Cullen), qu’il s’agissait tout simplement d’une exagération du processus inflammatoire, et que l’angine suppurative ou l’angine gangreneuse étaient simplement des degrés supérieurs des lésions phlegmoneuses, qui constituent Tesquinancie ordinaire (synanche tonsillaire, angine commune). Du reste, l’étude approfondie des collections puru-
(1). "Voy. p. 88.
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lentes locales, souvent fort graves, qui peuvent survenir au cours de cette affection, n’avait pas en somme beaucoup avancé depuis l’antiquité, malgré le nombre considérable d’observations publiées sur le sujet.
Un grand progrès avait été accompli dans une autre direction. Les anatomistes (Eustachi, Valsalva, Santorini), en faisant connaître les rapport étroits que l’oreille moyenne contracte avec le nasopharynx, avaient en quelques sorte ouvert la voie aux cliniciens. Boerhaave parle déjà des craquements auriculaires pendant la déglutition dans l’ésquinancie. Sauvage signale même des cas de surdité temporaire.