FERNEL
La pathologie et la thérapeutique générales tiennent une grande place dans les œuvres de Fernel et y sont remarquablement développées. La nosologie proprement dite est le plus souvent abrégée, notamment dans le court chapitre consacré aux maladies de la gorge. Extrêmement bref sur les amygdalites, sur les inflammations de la luette, à propos desquelles il rappelle les divisions adoptées par les Grecs, il s’étend un peu plus longuement sur l’angine. D’après la nature supposée de l’humeur peccante, il la divise en vraie ou fausse. La vraie est engendrée par la bile ou le sang, la fausse (notha), par le phlegme. Cette qualification de fausse, attribuée à l’esquinancie phlegmatique, se justifiait à ses yeux par l’absence à peu près totale de rougeur, de douleur, de fièvre, la tuméfaction seule subsistant avec un peu de dysphagie. C’est là une distinction importante qui ne tardera pas à être imitée par beaucoup d’auteurs (Sennert, Ethmuller). Cette idée de l’angine bâtarde, d’angine fausse, plus ou moins débarrassée de son concept humoral, se retrouvera, assez complètement, dans Boerhaave, Sauvage, etc... L’angine vraie (bilieuse, sanguine) est répartie classiquement en angine proprement dite, en laryngite et en synanche périphérique. Cette dernière variété, bien indécise chez les auteurs de la période greco-romaine, où elle comprenait des abcès péripharyngiens, des rhumatismes des muscles du cou et de la gorge, des cas de mal de Polt sous-occipital, est considérée
PROSPER ALPINUS
par Fernèl comme la plus bénigne, probablement parce qu’il n’avait vu que le type rhumatismal. Il craint au contraire beaucoup l’espèce caractérisée par une tuméfaction de la racine de la langue et de l’épiglotte, qui peut tuer, dit-il, en moins de huit heures, ceux qui en sont atteints, ainsi qu’il a pu le constater lui-même.